Alain Brunet

Archive, mai 2011

Mardi 31 mai 2011 | Mise en ligne à 21h10 | Commenter Commentaires (3)

Elektra chez Mutek

Purform

Yan Breuleux et Alain Thibault : Purform

« Les festivals Elektra et Mutek ont remporté aujourd’hui le 25e Grand Prix du Conseil des arts de Montréal. Nommés ex aequo tant ils sont complémentaires, ces deux organismes font de Montréal la capitale nord-américaine des arts numériques. Branchés sur l’innovation, l’émergence et la mixité des pratiques, ouverts aux collaborations les plus riches de la planète technologique, Elektra et Mutek partagent une vision artistique audacieuse résolument tournée vers l’avenir, en affichant une programmation internationale de haut niveau. Les deux événements ont un effet d’attraction et de rétention auprès de publics dont l’assistance, de toutes générations, présente une courbe de croissance vertigineuse. Le jury du Grand Prix 2009 a reconnu l’importance majeure de ces deux organisations. »

C’était le 23 mars 2010. Cétait ainsi rédigé dans un communiqué officiel du Conseil des arts de Montréal. Deux festivals concurrents devenaient officiellement complémentaires et considérés équivalents. Vraiment équivalents ?

Oui, plusieurs artistes présentés à Mutek l’ont été ensuite à Elektra avant de revenir à Mutek. Elektra a beau miser essentiellement sur la combinaison audiovisuelle avec l’électro pour sa dimension audio, Mutek présente une portion probante de musiques électroniques de pointe assorties de vidéos d’art.

Or, il est clair que Mutek est plus réputé, plus considérable et plus fédérateur qu’Elektra. Beaucoup plus de journalistes internationaux s’y présentent chaque année, les découvertes y sont plus nombreuses malgré le retour de valeurs sûres parmi les nouveautés – Amon Tobin, Plastikman, etc.

Lorsque le festival Élektra s’est positionné à trois semaines de Mutek il y a quelques années, a-t-on imaginé le torchon brûler entre les deux organisations? Oui. Pourquoi au juste Elektra se rapprochait-il d’un événement cousin, bien implanté et plus gros ? Afin de profiter de l’effet d’entraînement de la haute saison festivalière ? Ou encore profiter de l’engouement printannier des technoheads ? Poser la question…

Or, en 2011, il semble que Mutek et Élektra soient désormais disposés à cohabiter pour le meilleur et pour le pire.

À preuve :

«Bien que les festivals montréalais MUTEK et Elektra ne soient qu’à trois semaines d’intervalle et défrichent tous deux le domaine de la création numérique depuis plus d’une décennie, la frontière entre ces deux événements a été rarement franchie… Jusqu’à ce jour… MUTEK est fière d’accueillir le compositeur Alain Thibault, fondateur du festival Elektra, et son partenaire visuel Yan Breuleux pour une présentation de White Box, performance audiovisuelle fascinante sur trois écrans. Misant sur une nouvelle forme de génération de contenu A/V en temps réel, cette dernière création du duo Montréalais s’inscrit dans un cycle qui a débuté en 2003 par une performance intitulée Black Box. Ce cycle transpose métaphoriquement en sons et en images certains concepts de la théorie des systèmes liés aux black boxes, white boxes et grey boxes.»

En février dernier, j’ai assisté à la présentation de White Box à la 5e Salle de la Place des Arts, dans le cadre de Montréal en lumière. Intéressant, très conceptuel, profusion de lignes, beaucoup de blanc.

Chose certaine, Breuleux et Thibault valent le détour.

« Ils ont obtenu une mention pour la vidéo-musique a-light au prix Ars Electronica 1998 (Linz, Autriche) dans la catégorie animation par ordinateur. Leur suite vidéographique a-b-c-light a été diffusée dans plusieurs pays d’Europe. Une nouvelle version haute définition du projet a été présentée à la Maison des Métallos à Paris en septembre 2008. Leur oeuvre pour multi-écrans FausTechnology fut créée lors des événements ELEKTRA 2001 à Montréal et présentée en octobre 2002 à Nagoya (Japon), lors du International Symposium for Electronic Arts, ISEA 2002 et au festival Dissonanze à Rome en septembre 2003. La première du projet Black_Box, une création pour son quadraphonique et multi-écrans, a eu lieu en mai 2003 à l’Usine C et fut présentée à Bolzano et à Milan en Italie en 2005. After Dark, réalisée en 2006, est une oeuvre immersive pour panorama vidéo 360 degrés et système audio surround 8.1. Ils travaillent actuellement sur la transposition du projet ABC-Light pour des dispositifs HD, multi-écrans et sphériques. »

L’expérience PurForm sera proposée de nouveau, soit en ouverture de Mutek : ce mercredi, 20h, salle Pierre-Mercure, dans le cadre de A/Visions 01 de Mutek 2011, «festival international de créativité numérique et de musiques électroniques».

Que penser de la relation actuelle entre Mutek et Élektra ? Signe des temps ?

Que les blogueurs technoïdes se prononcent!

Liens utiles

Purform, site officiel

Mutek 2011

Conseil des arts Montréal

Purform – White Box from Gridspace on Vimeo.

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Lundi 30 mai 2011 | Mise en ligne à 19h56 | Commenter Commentaires (8)

Vers Mutek 2011: Amon Tobin en première mondiale

Amon Tobin Isam

Bien connu des mélomanes technoïdes, l’ex-Montréalais Amon Tobin (d’origine brésilienne, élevé en Angleterre et aujourd’hui résidant de la région de San Francisco) estime qu’Isam, son dernier album sous étiquette Ninja Tune et dont il défendra la matière mercredi en ouverture de Mutek, est sa plus importante réalisation depuis belle lurette.

Le travail d’Isam n’est pas un repiquage d’enregistrements prélevés sur vinyle, il repose plutôt sur la transformation en profondeur des sons «naturels». Nature organisée, donc, au même titre qu’un aménagement paysager.
De la voix humaine à tous les sons ambiants de son environnement immédiat, les traitements prodigués par Amon Tobin se rapprochent plus que jamais de la recherche électroacoustique.

En interview (lire bientôt mon texte sur Cyberpresse et dans La Presse), le principal intéressé estime la démarche d’Isam «à la fois expérimentale et accessible».

La tournée qui accompagne la sortie de l’album se veut également une expérience audiovisuelle plutôt qu’un DJ set auquel il nous a habitués par le passé.

En première mondiale ce mercredi, les festivaliers de Mutek auront ainsi droit à un environnement audiovisuel en trois dimensions, au centre duquel l’artiste pourra évoluer en temps réel. La technologie de mapping, qui consiste à représenter l’image en s’adaptant à différents reliefs de la surface de projection, sera aussi exploitée dans le cadre de cette performance. Qui plus est, l’image pourra réagir en temps réel à l’émission des sons.

Pour ce, Amon Tobin a travaillé avec la firme V Squared Labs en collaboration avec LVTHN, à qui l’on doit des environnements visuels conçus notamment pour 50cents, Korn ou Red Hot Chili Peppers. Les réalisateurs Vello Virkhaus et Matt Daly ont été employés à la conception de cet environnement, de concert avec le directeur artistique Alex Lazarus – ce dernier a travaillé avec Flying Lotus, Massive Attack, Lady Gaga ou Snoop Dogg.

Liens utiles

Mutek

Profil wiki

Site officiel

Amon Tobin ‘ISAM’ Live Trailer from Ninja Tune on Vimeo.

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Lundi 30 mai 2011 | Mise en ligne à 11h20 | Commenter Commentaires (22)

Une soirée avec Lady Alys

Alys Robi 2

Franchement, je ne suis pas penché très souvent sur le cas d’Alys Robi, qui s’est éteinte ce week-end. Lorsque toutefois elle avait relancé sa carrière au milieu des années 90, ce qui coïncidait avec la publication de sa biographie (écrite par mon ex-collègue Jean Beaunoyer) et d’une télésérie, j’avais dû plonger dans cette légende dont je ne connaissais que l’évocation, notamment via le texte de Plamondon que Dufresne avait popularisé. C’était près d’une décennie avant le film mettant en vedette Pascale Buissières qui incarnait Lady Alys. On m’avait alors assigné à la couverture ce spectacle ébouriffant qu’elle avait donné à la Place des Arts, un dimanche soir de décembre de l’année 1995. Je viens de retrouver le texte dont je vous suggère la lecture. Encore aujourd’hui, je me souviens d’une soirée des plus étranges.

Les scribes de Guinness pourront l’inscrire dans le livre des records. Quelle vedette, au fait, a réussi un come-back 50 ans après avoir décliné? Probablement aucune, sauf Lady Alys Robi.

Depuis les années 40, l’aura de la chanteuse n’a jamais été aussi chatoyante. Un demi-siècle dans l’ombre ou dans les demi-teintes, un demi-siècle de déceptions et de retours plus ou moins réussis, et pif paf en fin de trajectoire.

Une biographie, une télésérie et un triomphe à la Place des Arts. Tiens, toi, la vie. Tiens, toi, le mauvais karma.

Hier soir, la première star de l’histoire du showbusiness québécois n’était tout simplement plus arrêtable. Une Bamba quasi-erratique d’entrée inquiétait, mais tout est rapidement rentré dans l’ordre avec Brasil. Alys était partie! Entre autres au menu, La Quête de Brel, Amour (version de Jean Lalonde, on s’en doute bien), sa chanson-fétiche Tico Tico, Summertime de Gershwin, Que reste-t-il de Trenet, Jalousie, L’Hymne à l’amour popularisé par Piaf, Laissez-moi encore chanter d’Alain Morisod (un grand cru…), Mes blues passent pus dans’porte en guise de sortie.

Hier, nous survolions 68 ans de carrière, nous a rappelé la principale intéressée. La chanteuse du National, du Frolics Cabaret, du Mocambo, la Carmen Miranda du Québec exotique, tropicale à 30 en bas de zéro. LA chanteuse de la Deuxième Guerre, la darling des camps militaires, la copine des mafiosi, la recrue d’Hollywood, l’amante d’Olivier Guimond et de Lucio Agostini, la courtisée par Guillermo Gonzalez Camarena (qui ne buvait que du Canada Dry en son honneur), la star déchue, la psychiatrisée, la lobotomisée, la vedette de deuxième ordre, l’ombre de la vedette. Et voilà la septuagénaire triomphante.

Vic Vogel, qui assurait la direction musicale, n’avait pas l’air de s’emmerder, alors là pas du tout. Il dirigeait son combo vers les ondes rococo, teintées de chansonnette française, de rythmes swing, afro-cubains ou brésiliens. L’homme a bien connu cette époque du Montréal-ville-ouverte, il la revivait avec Alice Robitaille, ressuscitée à la suite d’un build-up médiatique pour le moins impressionnant.

Une bonne dizaine d’ovations, plus d’une quarantaine de chansons au programme! Mais pas de rappel. «À mon âge, il faut que je me couche de bonne heure», a justifié notre Lady… avant d’inviter ses fans en liesse (la moyenne d’âge était plutôt élevée…) à lui acheter des disques à l’arrière-scène! La moitié de la salle s’est dirigée vers les loges, 1500 personnes faisaient le pied de grue afin d’obtenir une autographe!

Surréaliste est un euphémisme, dans le cas qui nous occupe. J’appréhendais le freak show d’une épave maintenue artificiellement en vie par les faiseurs de mythes, ce ne fut pas tout à fait le cas. Grisée par un succès qui lui a si souvent glissé entre les doigts, la vieille dame aurait pu basculer, se perdre, s’enfarger sérieusement, rater les mesures, multiplier les trous de mémoire, capoter carrément, quoi. Nenni.

Bien sûr, quelques vibratos trop épais lors de certaines finales, quelques phrases mal engagées, quelques fréquences douteuses, quelques gags faciles (appréciés par ses fans, néanmoins), une introduction maladroite, quasi-risible mais ô combien sincère du maître de cérémonie Deano Clavet dont Alys est la «marraine artistique»- son numéro de claquettes dans le bridge des Feuilles mortes passera probablement à l’Histoire, et que dire de son Requiem du boxeur…

Mais Alys Robi s’en est tiré, croyez-le ou non. Plus survivant que ça… tu meurs.

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