Alain Brunet

Archive du 4 avril 2011

bertrand cantat

Voici donc qu’un des artistes les plus controversés de la culture populaire française est embauché dans une production théâtrale québécoise.

Impossible alors, absolument impossible d’éviter l’embouteillage médiatique. Pour le meilleur et pour le pire. Ou, plutôt, pour le pire et… peut-être le meilleur.

Visiblemement, l’empathie et le pardon sincères de Lorraine Pintal et de notré éminent dramaturge  et metteur en scène Wajdi Mouawad font déjà bon ménage avec l’irrépressible surenchère de commentaires sur le «cas Cantat», surenchère déjà en marche sur toutes les plateformes locales disponibles.

Au cas où vous n’en n’ayez pas encore pris note, voici l’argumentaire de Lorraine Pintal que résume mon collègue Jean Siag.

«Nous sommes conscients que Bertrand Cantat est un personnage controversé, nous a dit la directrice artistique du TNM, Lorraine Pintal, mais nous croyons qu’il a déjà payé pour ce qu’il a fait.» (NDLR: il a été reconnu coupable d’homicide involontaire de la comédienne Marie Trintignant en 2003 et a purgé une peine de quatre ans de prison).

Sans s’étendre sur la collaboration artistique entre les deux hommes, Lorraine Pintal considère aussi faire un geste humain en accueillant l’ex-chanteur de Noir Désir.

«Bertrand Cantat est un homme qui veut retrouver la paix. Je peux vous dire que Wajdi l’a beaucoup aidé dans sa réhabilitation, ils sont devenus amis, même des frères. Bertrand a déjà travaillé sur sa pièce Ciels (en enregistrant sa voix hors champ), présentée l’an dernier au FTA, ce n’est donc pas surprenant qu’il ait fait appel à lui.»

Et voilà le problème qui s’ensuit: les nobles intentions de Mouawad et de son employeure à l’endroit de Cantat (que l’on peut partager sur le fond) sont forcément altérées par le caractère public voire hyperpublic du sombre passé de  l’ex-Noir Désir.

On a beau comprendre et admettre qu’un homme ayant purgé sa peine veuille retrouver la paix,  acquérir de nouveau  une certaine dignité si ce n’est que pour son image projetée à ses propres enfants, mais… la «renommée» acquise de l’homme depuis le crime dont il est repentant risque aussi de jouer en sa défaveur, renommée exponentiellement multipliée par les médias traditionnels et sociaux dans le cas qui nous occupe.

On n’a pas de mal à imaginer l’avalanche de tweets et de murales facebook en train de se déployer au moment où vous lisez ces lignes. Et que dire du voyeurisme potentiel lors des représentations à venir au TNM, bien au-delà de son auditoire habituel.

Alors ?

Si, via cette initiative, Pintal et Mouawad souhaitent prêcher par l’exemple et générer un débat sain sur la notion de pardon, il leur faut aussi réaliser que l’opération puisse aussi dégénérer en un vaste et spectaculaire dialogue de sourds fondé sur des certitudes morales. Ou, pis encore en une séance de lynchage virtuel qui fera vite oublier les motifs de leurs initiateurs, aussi défendables soient-ils.

On leur souhaite bonne chance…

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