
Non, je ne cultive pas la nostalgie des grandes années jazz… du Festival international de jazz de Montréal. Vraiment pas. Je peux désormais trouver mon compte ailleurs lorsqu’il est question de découvrir, nourrir, élever ma propre «mélomanie». Aussi, je comprends parfaitement qu’un festival qui compte sur un budget de 30 millions $ par an puisse se limiter à 3,5 % des amateurs de musique, c’est-à-dire les fans de jazz.
Or, lorsque le directeur artistique du festival soutient publiquement que l’événement repousse ses limites «aux quatre coins de l’enveloppe» en s’inspirant de l’expression anglaise push the envelope, je m’étonne. Aux quatre coins ??? Vraiment???? J’ai plutôt l’impression que le FIJM continue à s’enraciner à l’extrême-centre de l’enveloppe. Plus que jamais.
Est-il besoin d’ajouter que le festival doit adopter cette facture «familiale» avec un ratio déclinant de découvertes importantes au domaine des musiques créatives, et ce bien au-delà du jazz. En ce sens, on observe que même les têtes d’affiche de la pop dite de qualité se trouvent de plus en plus ailleurs.
Que Janelle Monae, par exemple, se retrouve à Osheaga au lieu du FIJM est un signe des temps.
Que Peter Frampton, sans intérêt à l’époque de ses deux ou trois hits glorieux, soit mis de l’avant comme s’il s’agissait d’un grand retour, est un autre signe des temps…
Que Robert Plant et son Band of Joy soit produit par le FIJM me semble désormais normal et je le vois même d’un bon œil. Que le Black Dub de Daniel Lanois y soit présenté, rien contre. Youssou N’Dour non plus. Et le reste… Sade , Men Without Hats, Madeleine Peyroux, Steel Pulse, Youssou N’Dour, Keren Ann, Wanda Jackson, Pink Martini, Colin James, Milton Nascimento, Marianne Faithfull, Random Recipe, Buck 65, The Roots, The Dears, Afrodizz, Don McLean, America, Southside Johnny, John Day, The Jolly Boys, Sophie Hunger, America, Florence K, Ana Moura, Clara Furey, Eliza Doolittle, Emilie Clepper, le projet gitano-roumain GRUBB, Trombone Shorty, Bootsy Collins et autres Ron Sexmith.
Quelle ligne, au fait, peut-on tracer à travers cette nomenclature ? Plus vieux que jeune. Plus nostalgie que découverte. Plus centriste et conservateur qu’audacieux.
Bon, passons au jazz.
Nous voilà au rayon des pointures que préconise la programmation d’un événement majeur qui porte toujours cette étiquette rassurante : le jazz. À cette enseigne, plusieurs habitués sont de retour. Brad Mehldau en solo ou duo avec Joshua Redman (on aurait préféré le projet Highway Rider, n’est-ce pas?), Diana Krall en solo (elle aura intérêt à chanter!), Dianne Reeves en trio de chanteuse aux côtés de Lizz Wright et Angélique Kidjo (semi jazz?), Gonzalo Rubalcaba et Richard Galliano en tandem, Paco de Lucia en septuor renouvelé. Et puis Belà Fleck, Oliver Jones, Erik Truffaz, Kenny Garrett en hommage à son beau-père, Dee Dee Bridgewater, John Surman, Emily Claire Barlow, Alain Caron, Return to Forever sous la gouverne de Chick Corea, Tony Bennett, Dave Brubeck, battle of the bands (Glenn Miller vs Artie Shaw…), Nikki Yanovsky avec l’Orchestre métropolitain, Esperanza Spalding et sa Chamber Music Society.
Voilà une nomenclature s’adressant au jazzophile débutant, novice ou intermédiaire. Rien de plus normal qu’un grand festival officiellement consacré au genre y présente une telle brochette.
Quant au reste des propositions, on parle d’une nomenclature pour jazzophiles intermédiaires ou connaisseurs. Sa qualité fait la différence entre un festival de jazz moyen, bon ou très bon.
À ce troisième rayon se trouvent les jazzmen émergents sur la planète jazz, les artistes ou groupes attendus des mélomanes, les rarissimes avant-gardistes ainsi que les musiciens valeureux qui dynamisent notre scène locale.
Alors? Voici venir la formation norvégienne Jaga Jazzist, la chanteuse new-yorkaise Gretchen Parlato, le big band de Darcy James Argue, le quartette de David Binney, le pianiste Harold Lopez-Nussa, les trois soirées du guitariste Marc Ribot, les trois soirées de l’oudiste tunisien Anouar Brahem, le prodige arménien Tigran Hamasyan (cette fois avec son quintette), la soirée Bunky Green-Rudresh Mahantappa, le trompettiste français Stéphane Belmondo, la saxophoniste Grace Kelly avec l’aîné Phil Woods, la chanteuse Holly Cole, le clarinettiste Don Byron, le guitariste Eivind Aarset et son Sonic Codex, le groupe scandinave In The Country, la violoniste Regina Carter, le saxophoniste Mark Turner, le pianiste et chanteur Steve Amirault, le Jazzlab d’Alain Bédard, le groupe Lifetime de la pianiste Geri Allen, la chanteuse Anne Bisson, la guitariste flamenca Caroline Planté, le pianiste cubain Harold Lopez-Nussa, le pianiste et violoniste français Thomas Enhco, la chanteuse China Moses, le Tremblement du fer du saxophoniste et compositeur montréalais Pierre Labbé, le saxophoniste Jean-Pierre Zanella, récipiendaire du Prix Oscar-Peterson cette année.
Franchement? Cela ne suffit pas à faire du FIJM un grand festival de jazz cette année. Sa grille a beau prévoir 180 concerts en salle, sa proposition jazzistique s’y avère très moyenne, du moins sur papier. Non, le festival de Montréal ne témoignera pas de ce qui se passe globalement dans le jazz d’aujourd’hui, que ce soit à New York, Paris, LA, Londres, Stockholm, Chicago, Boston, Oslo, San Francisco, Berlin, Rome, Sao Paulo, La Havane, Rio, Buenos Aires, Barcelone, Toronto, Vancouver, Madrid ou MTL.
Au quatre coins de l’enveloppe ? Hmmmm…. nenni.
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