Alain Brunet

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  • Alain Brunet

    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Samedi 26 février 2011 | Mise en ligne à 15h01 | Commenter Commentaires (108)

    Musique contemporaine, gros clichés et suite des choses

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    Sous la direction de Paolo Bellomia, l’Orchestre 21 joue Alap et Gat de José Evangelista à la salle Pierre-Mercure / crédit photo: Jacques Cabana

    Avant de passer à un autre sujet (…) et d’y revenir au moment opportun, voilà une autre chronique consacrée à la musique contemporaine puisque le festival Montréal Nouvelles Musiques tire à sa fin.

    Je l’ai encore observé cette semaine (je vous épargne les détails), cette catégorie souffre encore d’un sérieux problème d’image. Pourquoi donc ? Parce que plusieurs restent encore refroidis par une période de son évolution. Période dominée par le formalisme et l’austérité, intellectualisation à outrance de systèmes compositionnels, usage mécaniste de concepts scientifiques transposés dans le langage musical, équations à plusieurs inconnues transformées en bruits savants, on en passe et des meilleures.

    Oui, il est arrivé souvent que la méthode et les idées pour aboutir à l’oeuvre, sans compter le discours sur la méthode, l’ont emporté sur le résultat final.

    Or, cette période est loin derrière nous. Rejeter en bloc Xenakis, Stockhausen, Ligeti et autres Cage a été de bon ton pendant des décennies. Ça l’est beaucoup moins aujourd’hui: on admet que ce fût un passage obligé, question de développer de nouveaux matériaux orchestraux, bien qu’on puisse encore adresser des critiques sévères à la musique contemporaine… des années 40 et 50 ! Après quoi tant de compositeurs ont écrit tant d’oeuvres magnifiques… encore méconnues d’une majorité absolue de mélomanes qui y trouveraient leur compte, j’en ai la certitude.

    Alors ? Croire que la musique contemporaine constitue un ensemble monolithique et abscons tient du gros cliché. Et le cliché s’empoussière, inutile de l’ajouter. Bien au contraire, j’ai plutôt l’impression aujourd’hui d’un ensemble on ne peut plus hétérogène, extrêmement diversifié. Pour illustrer mon propos, un simple coup d’oeil sur ma soirée de vendredi: j’ai assisté à l’interprétation de trois oeuvres dans le cadre du festival Montréal Nouvelles Musiques que présente la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ)

    La première, en ce qui me concerne, fut la plus marquante: Alap et Gat, créée en 1998 par le compositeur montréalais José Evangelista, une oeuvre magnifique jouée par l’Orchestre 21 sous la direction de Paolo Bellomia.

    Wow !

    «Alap et Gat, explique Evangelista sur le site de la SMCQ, sont des concepts formels de la musique classique instrumentale de l’Inde du nord. Alap est une introduction lente et non pulsée qui présente progressivement les notes du raga. Raga est un concept mélodique complexe qui comprend, entre autres, la notion de mode (de 5 à 7 notes) et de patron mélodique. Gat est la section rythmée qui présente une mélodie, toujours dans le même raga. Cette mélodie est reprise de multiples façons mais toujours appuyée sur une accélération constante.
    J’ai conçu ma pièce à partir de ces idées. Ce qui correspondrait au raga est ici une longue mélodie de plus de 80 notes sur laquelle s’articule le discours mélodique et harmonique. La première partie, Alap, explore lentement les notes de la mélodie du grave vers l’aigu. La deuxième, Gat, est une musique pulsée organisée autour d’un long accelerando. La pièce conclut avec une coda qui ramène l’atmosphère du début.»

    Je ne m’étendrai pas trop sur L’unique trait de pinceau de Philippe Leroux, concerto pour saxophone (baryton, soprano et embouchure de saxophone) dont l’approche me semble tenir davantage d’une suite d’effets savamment imbriqués que d’une intégration sensible. De prime abord, typique de la musique contemporaine telle que plusieurs l’imaginent encore aujourd’hui.

    Il fallait rater le dernier volet de ce programme pour se rendre à cette magnifique et très sobre Christ Church, un des plus beaux temples chrétiens de Montréal. Au programme, Atlas Eclipticalis et Winter Music du compositeur américain John Cage.

    «Trente musiciens provenant de part et d’autre de la scène contemporaine montréalaise s’unissent pour présenter une interprétation unique du fameux Atlas Eclipticalis de John Cage, créé à Montréal il y a 50 ans sous la direction du compositeur lui-même. Commandée à ce monument de la musique américaine par le compositeur québécois Pierre Mercure, l’œuvre (pour 1 à 86 instruments) est une transcription littérale des constellations du ciel: un chaos magnifiquement organisé d’où naît une musique méditative en constant renouvellement.»

    Chaos magnifiquement organisé ? Vraiment ? La musique contemporaine devait probablement passer par là, d’accord. Personnellement, je passerai mon tour la prochaine fois. Avec cette opinion raffermie: John Cage fut un grand porte-parole de la musique contemporaine, un théoricien de très haut niveau qui a su fasciner pour la qualité de sa rhétorique et la profondeur des concepts qui y furent élaborés. Quant à sa musique… Il y a quelque chose que je n’ai toujours pas compris. Pas vendredi soir, en tout cas. J’ose le dire humblement sans prétendre à quelque autorité en la matière…

    Avis aux intéressés, le Nouvel Ensemble Moderne boucle la boucle du 5e MNM ce samedi, 19h, à la salle Pierre-Mercure. Au programme, des oeuvres de Denis Gougeon, Claude Vivier, Iannis Xenakis, Mauricio Kagel.

    Liens utiles

    Bio de José Evangelista

    Alap et Gat sur un album du Nouvel Ensemble Moderne, extraits sur Classics Online .com

    Site du festival MNM


    • Pardonnez le hors-sujet…

      Pour souligner l’anniversaire de George Harrison qui aurait eu 68 ans hier…

      DRIVE d’Adrian Belew qui joue une variation de *Within You Without You*.

      http://www.youtube.com/watch?v=MG_mAhYLiAU

    • @Alain_Brunet : Ce dédain généralisé envers les musiques cérébrales et classiques d’avant-garde, pourrait-il être l’une des causes qui nous empêche collectivement, d’aller au-delà des standard actuels (rock, jazz, techno)?
      Peut-être que lorsqu’on aura assimilé la musique de ces visionaires du passé, qu’il sera alors envisageable de réapprendre à concevoir autrement la musique et de la faire évoluer, au lieu de continuer de recycler ce qu’on a déjà entendu.

    • @scories

      À mon sens, ce dédain généralisé pour tout ce qui exige une éducation musicale plus poussée pour apprécier (eh oui, c’est inévitable au même titre que l’apprentissage permettant d’apprécier un grand vin) procède du même cercle vicieux quant au déclin apparent de l’intérêt porté à la grande littérature ou à tout autre pratique culturelle raffinée. Je reste optimiste, vous savez. Pendant qu’une majorité de grands gestionnaires de ce monde font preuve d’inculture, jamais autant de jeunes gens se sont avérés éduqués, curieux et beaucoup plus cultivés qu’on ne le croit. Il s’agit de faire la connexion. Et ce blogue y contribue humblement, je l’espère.

      @denis3r

      Pourriez-vous reprendre votre réplique SVP ? Elle est mystérieusement disparue.

    • Je me demande à quel âge on devient cultivé? J’aurais plutôt envie de parler de curiosité. Véritable moteur vers les découvertes et les apprentissages. Les ouvertures créées par la curiosité font souvent ouvrir des portes qui seraient restées inconnues… Le jeune qui s’intéresse à Janelle Monae aujourd’hui fait un copier-coller sur un style de musique, revendiqué ou assumé par elle, va sur youtube et s’expose à de nouveaux sons et une autre esthétique. Copier-coller sur le nom d’un artiste et bingo! Internet est carrément magique pour tous les curieux. Ça ne doit pas être le coup de foudre chaque fois. James Brown et Georges Clinton quand la norme populaire est Justin et Gaga, ça doit faire friser les oreille! Il faut se laisser le temps de maturer. Des fois, j’aimerais avoir 14 ans aujourd’hui pour aller prêter des oreilles quasi vierges à tout ce qu’on peut écouter de neuf sur le net…
      .
      Cela dit, par éducation, vous ne devez pas entendre diplômation. On a parfois l’impression que les cegep et universités sont une série de silos dans lesquels les étudiants se déplacent en paralèle sans jamais se rencontrer…

    • Du bon Ligeti dans un bon film d’horreur… Miam! En fait, les tentatives de conceptualiser la musique (tout comme les tentatives de conceptualiser les arts visuels) ont provoqué des esthétiques en elle-mêmes, ce qui fait qu’on reconnait une oeuvre conceptuelle par son aspérité ou sa surface avant même de connaître ses intentions. On peut facilement aujourd’hui parodier la musique “expérimentale”, le “classique contemporain”, ou le “drone”. Les artistes ont plutôt intérêt à sortir des cadres.

      Quant à la musique académique, nous sommes loin de l’époque du mécénat. Le financement des universités se font dans le but de la recherche. C’est normal que ces musiques s’adressent à un petit nombre d’auditeurs capable de les comprendre.

      Depuis que la classe moyenne a pris le dessus sur la culture, l’influence de l’”élite” (élite intellectuelle qui a plus souvent qu’autrement été accoudée par celle de la “haute classe”, qui finance encore souvent les institutions) a perdu beaucoup de son impact. Du moment que quelque chose d’intéressant est produit par l’académie, c’est recyclé par la culture populaire. Ces gens-là travaillent quasiment dans le seul espoir de se retrouver dans le dictionnaire. Très peu de gens connaissent les résultats de la musique académique (le produit de compositeurs instruits en musique) des 50 dernières années (à part peut-être la musique de film, souvent romantique à souhait).

    • La semaine dernière sur Espace Musique on nous mentionnait ce concert et on nous faisait jouer des compositions de Pierre Mercure, Cage, Ligeti, Stochhausen…

      Oui, le 17 pendant l’émission de Michel Keable et on citait Claude Gingras à l’époque… Qui parlait qu’il fallait laisser le temps décider à savoir la valeur de cette musique…

      Pendant cette version enregistrée avant de Atlas Eclipticalis, qu’ai-je compris ou qu’ai-je plutôt ressenti ? Mon écoute n’était pas parfaite. Mais moi je fais un rapprochement entre la musique contemporaine et d’autres arts contemporains. D’autant plus qu’ils avaient fait jouer Structures métalliques II juste avant…

      On parlait aussi des réactions aussi à l’époque… Dommage que l’émission ne soit pas en baladodiffusion car j’y vais seulement de mes souvenirs de ce que j’ai écouté la semaine passée.

    • @alain brunet
      Ma réplique perdue n’est plus pertinente. Merci de m’avoir relancé. À plus!

    • Oui, il y a probablement des clichés et préjugés qui circulent toujours sur la musique contemporaine mais je dirais qu’il y en encore plus sur les arts contemporains de certains musées. Sur l’art moderne, en général.

      Quoique certaines créations méritent probablement les accusations de ”fumisteries”. Et il me semble que c’est ce mot qu’avait employé Claude Gingras à l’époque non pas pour décrire ce qu’il avait entendu, il disait d’attendre pour juger la valeur. Ils le citaient pendant l’émission… Mais n’ayant pas une possibilité de réécouter, je ne voudrais pas trop mal cité une citation…

    • @alain brunet

      Je ne vois pas pourquoi vous dites que la pratique culturelle raffinée est en déclin si vous dites par ailleurs que de plus en plus de jeunes sont éduqués et cultivés.
      Mais selon moi tout est une question de perception. À une époque pas si lointaine que ça (à peine 50-60 ans) où seulement les membres de l’élite intellectuelle avait le monopole des médias, la présence de la culture raffinée dans les médias était certes plus présente, mais disproportionnée par rapport à la réalité. Ce qui nous reste aujourd’hui de cette époque est évidemment l’opinion de ces érudits. Ce qui nous donne l’impression que les arts intellectuels étaient beaucoup plus importants que dans les faits. À l’ère de l’internet, des blogues et des médias sociaux, tout le monde peut se prononcer sur tout, ce qui nous permet d’avoir l’heure juste sur le niveau de culture de la moyenne de la population. C’est pourquoi on peut avoir l’impression que celle-ci a chutée.

      Mais je crois sincèrement que celle-ci a augmentée. Car grâce à cette même technologie, toute la culture est accessible en quelques secondes et tout le monde en profite. On peut facilement découvrir 10 à 20 nouveaux artistes en passant seulement une heure sur le net. C’est de l’efficacité rare, avant on pouvait découvrir un artiste dans le journal du matin et peut-être un ou deux à la radio dans la même journée. Quel changement!

      Peut-être aussi que cette surdose d’offre nous fait paraître moins cultivés que nous le sommes réellement. Je lance la question comme ça

    • Beaucoup de philosophes et d’esthètes de haut niveau (ici) pour un samedi soir hautement culturel (sortez, je le veux!)(Montréal à son meilleur, lustre, son (musique) mais aussi parole : deux nuits de poésie/musique à la Grande bibliothèque et à la place des arts, sortez!) mais avant d’y aller,(sortez, je le veux!) je le jure, je vais prendre une bière ordinaire aux Foufs, pour me tenir au courant du vent…

    • Pour ma part j’aime bien les sonates pour piano préparé de Cage

    • Dom87
      “de plus en plus de jeunes sont éduqués et cultivés.”

      Je crois qu’il y a de plus en plus de gens cultivés et de moins en moins de gens éduqués. Cela s’explique par le fait que la culture de nos jours ratisse large, et il y a tellement d’informations qui circulent à tous les niveaux que çà ne prend pas beaucoup de temps pour connaître pas mal de chose. Cependant, nous sommes peu éduqué car les études sont de plus en plus ultra-spécialisées, ce qui fait que l’on comprend parfaitement qu’un certain nombre de détails relatif à notre champ d’étude (pour ne pas dire, “à notre thèse”).

      Je ne sais pas si après John Cage, c’est si pertinent théoriquement de comprendre la musique pour pouvoir en jouir. Si toute suite de sons est potentiellement valable comme pièce musicale, l’intérêt de comprendre pourquoi une certaine suite de sons nous plait plus qu’une autre devient anodin ou anecdotique.
      Il ne s’agit plus qu’une question de gouts.

    • Il est assez paradoxal de voir comment la grande culture occidentale est accessible sur internet à peu de prix pendant que les jeunes ne connaissent pas Bach, Mozart, Beethoven, Shakespeare, De Vinci, Michel-Ange, Dante, Hugo ou Schiller. Je pense que l’école doit retourner à la culture générale classique afin de donner à tous cette grande culture qui unit tous les peuples de la terre.
      La fameuse brisure de la musique contemporaine est à l’image d’un siècle qui a vu deux guerres mondiales et une grande dépression. La grande tradition classique occidentale a pris fin brusquement à cette époque où l’élitisme a séparé complètement la musique sérieuse de la musique populaire. Avant cette époque, la musique classique était une élévation de la musique populaire et elle lui était toujours liée. Je pense que la musique contemporaine va revenir tranquillement à la vocation traditionnelle de la musique classique en se rapprochant davantage des formes populaires et en redevenant ainsi plus accessible à tous.

    • Ce qu’il faut comprendre quand on aborde une œuvre qualifiée d’avant-garde, c’est que ce sont des prototypes. Ce côté parfois austère est inclus dans le forfait si je peux dire.

      Par exemple, les premiers tests pour le téléphone n’ont pas le même pouvoir de séduction qu’un portable! Pour un esprit curieux avide de découvertes, c’est une tout autre histoire! Ceux qui s’aventurent vers l’inconnu, doivent aussi comprendre qu’il signent une entente invisible qui stipule qu’ils devront aussi accepter le fait qu’il y aura beaucoup plus d’échecs que de succès! Combien de découvertes sont des réponses à un échec? On avance par déduction!

      C’est certain, qu’une programmation radicale vers ce qu’il y a de plus étrange doit s’attendre à avoir un nombre plus limité d’adeptes qu’un dosage avec plus de contenu moins déroutants mais qui reste quand même dans la tonalité de l’évènement.

      Dans ce domaine, ce qui m’intéresse présentement, c’est les constructeurs d’instruments virtuels (VSTI)
      Si le médium est le message, disons que la forme musicale est vraiment influencée par ce genre d’instruments. Comme la musique a aussi beaucoup de choses en commun avec les mathématiques, ceux qui explorent les fractals ont aussi un nouveau monde découvrir.

      Que ce soit des théories ou une performance, peut importe. Le but n’est-t’il pas d’émouvoir et pour ce faire, il faut que ce qui a été la première impulsion soit une émotion. Un ”Wow!” ou un ”Câlisse de tabarnak!” quelconque!

      Pour le résultat final, c’est du domaine de la magie! Si on savait pourquoi un truc fonctionne et un autre pas, on ferait juste des hits!

      Comme Lady Gaga!

    • Ivoquebec:
      “Je pense que l’école doit retourner à la culture générale classique afin de donner à tous cette grande culture qui unit tous les peuples de la terre.”

      Un cours “classique” serait mal vu de nous jours parce que cela sous-entend des “universalismes”, ce qui est exactement ce que les pomos (les intellectuels post-moderne) ont voulu annihilé, et avec quelques raisons, car il n’y a pas grand culture qui “unit les peuples”. Juste l’idée de vouloir “unir la terre culturellement” est dangeureuse.

      Quant à la musique “académique”, selon moi elle a toujours été assez séparée de tout les reste, depuis le temps de la musique religieuse ou de “rituels” (Grecs et avant). En fait, ce que je veux dire c’est qu’elle a rarement été connue du grand public, jusqu’au Blue Danube Waltz. Le Blue Danube Waltz c’est fait très connaitre car la vente de partition-chanson (l’équivalent d’un single aujourd’hui) s’est déployé chez la classe moyenne émergeante. C’est un peu à la même époque que le Tin Pan Alley. À partir du “blue Danube Waltz”, on peut parler d’une musique
      qui “unit les peuples” parce que connu par un grand nombre de gens, à travers le monde.

    • @ alain_brunet

      “Liens utiles”

      Pour découvrir la musique de José Evangelista, je vous suggère d’aller sur le site du Centre de musique canadienne. Vous pouvez y écouter 46 œuvres en streaming provenant de la collection d’archives du Centre. Je vous suggère, entre autres, l’écoute de “Concerto con brio” et “Symphonie minute”.

      http://www.centremusique.ca/apps/index.cfm?fuseaction=composer.FA_dsp_biography&authpeopleid=216&by=E

    • Pendant longtemps, les défenseurs de la musique d’avant-garde ont prétendu que le temps ferait les choses et qu’avec l’habitude, cette musique finirait par sonner «naturellement» à nos oreilles. Ce n’est vrai qu’en partie. Ce qui est vrai, c’est que nos oreilles acceptent beaucoup plus facilement certaines tensions harmoniques, voire des effets cacophoniques, que ne le faisaient les oreilles d’autrefois. Cela dit, une large part des innovations et expérimentations ce la musique d’avant-garde demeure indigeste à la plupart des amateurs de musiques. Pourquoi?

      Je risque une hypothèse : ne serait-ce pas parce que la musique n’a rien à faire des concepts, parce qu’elle est avant tout un art du sensible? Je ne veux pas juger la composition de Cage, que je ne connais pas, mais je vous dirai d’emblée que lorsqu’on cherche à me faire apprécier une telle musique en arguant qu’il s’agit d’une «une transcription littérale des constellations du ciel: un chaos magnifiquement organisé», eh bien, tout comme vous M. Brunet, je reste froid.

      On a vu le même phénomène en peinture : lorsqu’une oeuvre, pour être appréciée, exige d’être accompagnée d’un livret expliquant la démarche qui l’a vue naître ou le concept qui la soutient, il y a un problème.

      Ce n’est pas sur l’organisation des étoiles que se fonde notre sensibilité à la musique, mais sur le fonctionnement et l’organisation de notre cerveau en rapport avec nos sens. Là-dessus, on me dit qu’il est fortement recommandé de lire les travaux de Levitin. J’ai comme l’impression que la musique d’avant-garde a cherché à imposer des mondes sonores qui heurtent le fonctionnement du cerveau, et donc du corps. On a pensé que les harmonies étaient pure convention, de même que la recherche de la symétrie, de l’équilibre, des rythmes répétitifs, etc. On est en train de réviser cette conviction. Il est certain que toutes les cultures ne ressentent pas l’harmonie de la même manière, mais il faut prendre note du fait que Stockhausen, malgré sa diffusion, n’a pas réussi à s’installer dans les habitudes auditives au même titre que «Danube bleu». C’est plate, mais c’est comme ça.

      Pour finir, une remarque : je reste de marbre si on veut m’imposer une musique construite sur le modèle des rapports mathématiques entre les étoiles; par contre, certaines musiques me font véritablement ressentir ce que Pascal appelait l’effroi des espaces infinis. Là-dessus, je recommande à tous la pièce de Ligeti intitulée «Lux aeterna». Frissons assurés.

    • ”Oui, il est arrivé souvent que la méthode et les idées pour aboutir à l’oeuvre, sans compter le discours sur la méthode, l’ont emporté sur le résultat final. ” dit Alain Brunet.

      Justement, l’oeuvre ici de ma compréhension à moi n’est pas un résultat final mais une pierre posée pour faire avancer une école ou d’autres oeuvres par la suite. Je ne me souviens plus assez de l’émission mais on disait que Pierre Mercure était de telle école alors qu’un autre était de telle autre. Ainsi, par l’expérimentation John Cage devait être de ceux voulant faire avancer l’art et mettre de l’avant une conception ou plusieurs de la musique contemporaine… En tous les cas, c’est intéressant d’écouter les musicologues nous en parler.

      Donc je suis un peu d’accord avec re…re…

      Pour ce que dit ivoquébec… Pour moi l’école c’est dans ses sorties et les activités parascolaires qu’il n’y en a pas assez et les parents n’ont plus ne font pas assez d’efforts pour faire goûter à leurs affaires autre chose que la culture populaire. Il y a quand même des choses qui se font…

      Prenez ma nièce, elle a pu rencontrer Raymond Lévesque avec sa classe. C’est quand même bien. Oui, c’est très connu ” Quand les hommes vivront d’amour”, mais je suis content que des enfants puissent le rencontrer ou chanter devant lui. Il doit avoir un appareil pour entendre…

    • @witoldo

      Je l’ai entendue à la radio la pièce de Cage, jeudi le 17… Je me préparais à sortir quelques minutes plus tard mais je pouvais trouver cela intéressant.

      Et je voyais cela aussi comme une fusion à venir ou pas de plusieurs arts. Alors, je trouve peut-être cela plus intéressant que monsieur Brunet… Pour moi musique d’avant-garde et expérimentale peuvent rejoindre le théâte expérimental, la poésie, la sculpture, la peinture…

      Écoutez, je suis mal placé pour juger encore plus. On parlait aussi que Pierre Mercure était proche des signataires du Manifeste du Refus global… De faire venir Cage à Montréal cela était dans toute cette mouvance là… Il vaudrait mieux réécouter l’émission et même demander aussi l’avis de Claude Gingras qui y était à l’époque.

    • Ligeti, oui. Autre musique très populaire: Gorecki. Qui a beaucoup inspiré Godspeed.

    • @witoldo

      Le dodécaphonisme tempéré est jusqu’a un certain degré une ‘convention’ (quoique), mais ou que vous soyez dans l’Univers connu (du moins celui qui a une constante alpha de 1/137e) une quinte, une quarte, et une tierce ‘pure’ naîtront de l’interaction physique des objets qui vibrent.

      Alors oui, la musique est basée sur les rapport mathématiques ‘entre les étoiles’. Que vous en restiez ‘de marbre’ ou non, croyez-moi, les étoiles s’en balancent bien…

      Vous me direz qu’un extraterrestre trouvera ‘joli’ le battement qui précède l’accord parfait plutôt que l’accord parfait : je veux bien. Il préférera une bouche reptilienne écumante a Scarlett Johansson… Mais j’ai la faiblesse de croire qu’il remarquera que le battement cesse a la quinte pure, et que cette quinte pure, purement mathématique et universelle, aura une portée qui le transcende lui, la bébitte verte.

      Je l’ai souvent écrit ici : la musique extraterrestre n’est pas si différente de la nôtre…

      Et on a même pas parlé du rythme, qui lui ne peut être que binaire ou ternaire.

    • Le principal problème avec la profondeur, c’est que ça manque de légèreté!

    • Pour ne pas faire peur à de possibles nouveaux intéressés, ils devraient diviser cette manifestation en deux thèmes.

      Le premier, plus accessible pourrait avoir comme sous titre:”C’est certain que vous n’avez jamais entendu ça!”

      Et le deuxième, pour les habitués, un sous titre genre:”Nous fournissons les bouchons!”

    • Dans la même soirée du 17, ils ont fait jouer deux versions de la pièce de Pierre Mercure nommée Kaléidoscope. Et juste le nom, j’aime. Oui, car cela correspond à ma façon de voir la vie à partir de plusieurs prismes ou métaphores mais c’est la même vie.

      Et si on parle de penseurs du passé qui étaient à la fois économistes, philosophes certains musiciens aussi je crois et bien autres choses… Les domaines d’études de nos jours sont trop segmentés, je crois et il n’y a pas assez de liens de fait entre les diverses parties d’un même tout…

    • C’est très intéressant cet idée du sensible. Quand Boulga disait que la musique était des mathématiques appliquées, je veux bien, mais il ne faut pas oublier cette idée du sensible. Pour le dire autrement, il faut que la musique crée de des percepts (manière totalement singulière de percevoir le monde) et des affects (sentiments singuliers) que l’auditeur peut percevoir avec sa sensibilité et son corps. Si une musique ne crée pas de percepts/affects, mais seulement l’incompréhension et le dégoût, et qu’elle ne peut faire sens qu’à être traduite dans un autre langage, celui des mathématiques (comme il faut traduire en mots un tableau dans un livret pour qu’il fasse sens) c’est qu’on n’est plus dans le domaine du sensible partageable (sinon entre musiciens matheux).

      C’est un peu comme l’architecture moderne qui a souvent créé des architectures où personne ne veut vivre ou qui ne créent que du malheur (les grandes barres d’habitation, par exemple). Cela dit, je tuerais pour vivre dans un Frank Lloyd Wright ou un Mies van Der Roe. Dans un Lecorbousier, jamais, même si j’y trouve des idées intéressantes. Il y a donc un tri à faire. L’élitisme du modernisme a souvent créée un terrorisme selon laquelle il fallait défendre en bloc toute la modernité. Or, il y a des choses biens et d’autres ratés, comme dans toute les époques.

    • Pour les bouchons pour les oreilles moi j’en parlais aussi l’autre jour… Mais pas des bouchons qui font que vous n’entendez plus rien… Non, des bouchons qui vu le volume sonore très élevé protègent vos oreilles, tout en vous permettant d’entendre tout de même et ce en essayant de dégrader le moins possible la qualité de la musique. Le volume élevé, pour moi nuit à cette qualité. Pas dans tous les cas, mais souvent…

    • Le Corbusier et Mies van der Rohe, désolé.

    • Ce n’est pas faut d’y voir des mathématiques appliquées mais c’est qu’une des façons de le voir… Et même que vous ne comprenez pas encore les calculs, vous pouvez ressentir des choses…

      Quand à savoir si objet d’art moderne est raté ou non, il peut y avoir plusieurs opinions et tout dépend de l’objectif visé par l’auteur. Je ne suis pas assez qualifié pour en juger sur plusieurs, on peut quand même reconnaître une importance historique à certaines oeuvres et peut-être conclure que ce n’étaient pas des grandes oeuvres mais des moments importants dans l’ensemble de la démarche ou du mouvement.

      Quelles sont les oeuvres importantes du dadaïsme et celles du surréalisme ? Qui retenez vous en art contemporain, en peinture en photographie, etc. ? Et en musique, à chaque époque et au moment présent ? Des universitaires et chercheurs peuvent faire des classements et des recherches. Et on peut aller fouiller dans des archives pour voir comme cela a été reçu par le milieu. Par la société ? Si une personne était dans le fin fond de l’Abitibi, pas certaine qu’elle entendait parler de ces créations là…

    • “Je ne suis pas assez qualifié pour en juger sur plusieurs, on peut quand même reconnaître une importance historique à certaines oeuvres et peut-être conclure que ce n’étaient pas des grandes oeuvres mais des moments importants dans l’ensemble de la démarche ou du mouvement.”

      Bien sûr, Le Corbusier est un génie et son importance n’est pas discutable. Mais il semble avoir oublié quelques trucs en chemin. Chez ces disciples, c’est pire.

    • L’incompréhension et le dégoût ? Mais quel était l’objectif ? Et si on voulait provoquer les esprits dans le but de faire avancer ses idées ?

      Évidemment quand on provoque tout le monde… Il faut aussi voir à quelle époque on vit… Amusant parfois de voir encore des artistes contemporains se voir attirer les foudres des éléments les plus réactionnaires de nos sociétés. Et l’artiste ne le fait pas nécessairement par provocation.

      C’est pas à moi toujours d’évaluer comme simple spectateur je ne fais que vivre des impressions ou perceptions. Satisfaisant ma curiosité ou pouvant m’émouvoir, me donner du bonheur, me repousser… Trouver que c’est d’une prétention infinie sur le moment et ensuite changer d’idée. L’artiste a quelque chose à dire… En utilisant la provocation ou pas…

    • Cerla dit, si je restais dans plusieurs ses constructions, je changerais p-e d’idées, mais pour en avoir vu quelques unes à Paris, j’avais pas franchement envie d’y habiter même si les formes étaient géniales (comme une sculpture géante).

    • @ boulgakov

      Unholy Ghost m’enlève les mots du clavier…

      Vous avez raison de dire que les rapports physiques et mathématiques agissent sur notre corps, même si c’est de façon plus inconsciente que les sensations brutes (le chaud, le froid, le sucré, le salé, etc.). Or, c’est justement ce qu’il faut pouvoir dire : ça agit ou ça n’agit pas?

      Dans le cas de certaines musiques dites d’avant-garde, force est de reconnaître que ça n’agit pas, et ce malgré le caractère sophistiqué du concept qui sert de caution à l’expérimentation. On a beau trouver l’idée intéressante, ça n’opère tout simplement pas. Un musicien honnête se demandera pourquoi et cherchera à y remédier.

    • Le problème avec le modernisme, il est difficile de tout aimer (terrorisme) ou de tout rejeter (discours réactionnaire). Il faut faire le tri, selon sa sensibilité justement.

    • D’accord Ghost mais je ne faisais pas référence à personne en particulier…

      C’est un nom qui m’est connu Le Corbusier mais j’ai pas ces oeuvres en tête pour le moment…

      Je laisse donc aux spécialistes de définir les oeuvres à retenir et celles qui le sont moins. Une oeuvre moins important peu quand même être présentée aux plus profanes ou aux curieux pour nous permettre de comprendre l’évolution de la démarche.

      Dans les universités mais je vois aussi cela comme rôle des radios publiques d’en parler et là il faut être plus succint. Et si un auditeur par goût ou intérêt veut lui se pencher sur des choses mêmes moins importantes… Il pourrait bien aller poursuivre ses recherches éventuellement sur le web ou les bibliothèques ou musées de ce monde…

      Ce que je souhaite ? C’est l’augmentation de la culture générale pour tous et de l’intérêt pour les arts mêmes chez ceux qui n’ont que peu d’aptitudes pour en faire. Mais je rêve un peu en couleurs en en souhaitant trop… Il faut faire avec ce qu’il existe aussi…

    • Oui, oui ghost…

      Et tiens prenons l’exemple d’une visite au Musée… Devant une peinture vous pouvez ne rester que 10 secondes et passer à une autre par la suite… Et celle-là la regarder longtemps et revenir la voir à plusieurs reprises.

      Et pas nécessaire d’être le Conservateur du Musée. Certains sont gardiens de sécurité et sont marqués par les oeuvres autour d’eux. Pas tous. Certains. Ils n’ont pas de discours théorique élaboré. Ils se sont juste renseignés un peu sur le peintre et sur sa maîtresse qui peut être présente sur la peinture…

      Là je vous parle d’une visite au Musée des Beaux-Arts dans le temps… Je suis aussi allé au Musée d’Art Contemporain et il y avait un film dans une salle et j’étais sorti rapidement… À tort ou à raison… Ou je discutais avec une Américaine en visite et sur une oeuvre j’ai peut-être fait un commentaire désobligeant… Laissant supposer que c’est bien parce que c’est le gouvernement qui finance que cela se retrouvait là… Mon commentaire était peut-être trop rapide… Je crois pareil, pas grave, de laisser à prime abord nos préjugés s’exprimer… On découvre et on s’exprime, c’est tout… Ce n’est pas un jugement définitif et je n’ai pas la même responsabilité qu’un journaliste ou qu’un professeur…

    • Il me semble qu’il ne faut pas oublier l’aspect fonctionnel de la musique dans une communauté. Pendant longtemps (et encore aujourd’hui, sans doute), la musique a servi à accompagner les activités quotidienne et les rituels. Le rapport au corps était alors prégnant.

      Même lorsqu’elle prétendait se mettre au service de la vie spirituelle, ses effets étaient intimement liés au corps. L’effet que crée sur nous une musique de Bach jouée à l’église est éminemment physique.

      Plus haut, Sultitan disait de cette musique qu’elle était d’abord réservée à une élite. Il reste qu’elle accomplissait sa fonction et qu’elle a continué de le faire au moment où des cercles hors de l’élite initiale se l’est appropriée. Ainsi, les valses de Strauss, destinée au départ à la noblesse de l’Empire, a quand même été adoptée par un large auditoire. Pour quelle raison? Bien sûr, parce qu’elle a été diffusée, mais n’est-ce pas avant tout parce qu’elle le faisait DANSER ?

      Alors, ma question est : quelle fonction peut remplir la musique d’un Cage? (C’est une vraie question, ne croyez pas que j’ai ma réponse toute faite).

      Pour ce qui est des Gorecki, Pärt et compagnie, on connaît à peu près la réponse. Leur oeuvre est étroitement liée au besoin de spiritualité qui a suivi la glasnost. Le retour qu’elles opèrent vers la musique médiévale et le romantisme a permis à des auditeurs de s’y retrouver. Même chose pour Reich et les minimalistes : leurs rythmes répétitifs font en sorte qu’on s’y retrouve. C’est une structure mantra dans laquelle l’esprit se dépose et qui vient le modeler, lui donner forme.

      Les assemblages formels qui débordent les capacités du corps à les ressentir (ne serait-ce qu’inconsciemment) sont condamnées à n’intéresser que les spécialistes qui sauront les expliquer à défaut de les éprouver.

      Mais tout ça n’est que propos de dilettante…

    • Pour l’avant-garde, l’art s’inscrit d’abord et avant tout dans une recherche de liberté. Or, dans la logique des avant-gardes, la liberté n’est pas possible au sein d’une civilisation qui s’est constituée autour de valeurs judéo-chrétiennes et bourgeoises.

      Ainsi, les avant-gardes ont toujours cherché à prendre ces valeurs à rebrousse poil, à s’inscrire CONTRE un monde dont la destruction est la condition sine qua non de l’authentique liberté. Ce n’est donc pas étonnant que nous ayons autant de mal à apprécier cet art, nous qui, malgré toute notre bonne volonté, avons beaucoup de mal à échapper au «modèle» judéo-chrétien et bourgeois.

      L’art ancien était un art du consensus, alors que l’art moderne est un art de combat. Je crois que si on ne comprend pas ça, il est impossible d’apprécier la musique «savante» contemporaine.

    • Petite correction : glasnost, terme trop technique, n’était pas approprié. Je corrige par la formule plus générale : démantèlement de l’URSS et liberté religieuse retrouvée.

    • Ce que j’apprécie de la musique contemporaine, c’est qu’elle bouscule nos habitudes d’écoute. On perd nos repères, on doit tendre l’oreille encore plus attentivement. Notre écoute subséquente des « classiques » s’en trouve enrichie.

    • @ astyanax

      Votre proposition est intéressante, mais j’espère que vous êtes conscient de tous les problèmes et des contradictions qu’elle soulève.
      1) On en met beaucoup sur le dos du judéo-christianisme. On oublie souvent que notre monde occidental a été aussi marqué, sinon plus, par la pensée grecque.

      2) En musique, ce que je disais de la fonctionnalité du rapport aux sens peut autant s’appliquer à ce qui se fait en Orient, étranger en grande partie au judéo-christianisme.

      3) Musique de combat ? Que penser d’un combat qui ne mobilise pas ? Bach réalisait ce pourquoi on le payait : il faisait prier, il entretenait la dévotion. Y a-t-il un compositeur contemporain qui ait provoqué une révolution ?

      4) Le combat, d’accord. Mais pour instaurer quoi? Et au profit de qui? D’une élite culturelle?

      5) Ne savez-vous pas toutes les horreurs nées du projet de détruire le modèle bourgeois ?

    • Witoldo:
      “lorsqu’une oeuvre, pour être appréciée, exige d’être accompagnée d’un livret expliquant la démarche qui l’a vue naître ou le concept qui la soutient, il y a un problème.”

      Non, il n’y a pas de problème. L’artiste n’est pas dans l’obligation de s’adresser au plus large public possible. Il est très clair que la musique “savante” (académique, théorique, difficile de décrire un terme précis) n’est pas exécutée dans le but de plaire au grand public. Ceci dit, si l’artiste se plaint que son auditoire est restreint, alors çà devient son problème de chercher à élargir son auditoire.

      Une musique basée sur les étoiles est un projet intéressant à un autre niveau que musical, et la poésie derrière ce projet demeure accessible, même quand on perd les détails de sa fabrication. Il faut comprendre que la lune et les étoiles sont des sujets poncifs dans la poésie, et de vouloir démontrer comment sonnent réellement les étoiles est un peu une boutade à la façon qu’ont les gens de vouloir tout romanticiser. Il s’agit d’un “art qui est musical” plutôt que d’une “musique qui est art”. J’ajouterais aussi que les excellent collages sonores de Cage sonnent à mes oreilles beaucoup plus organiques et viscéraux que conceptuels.

      Stockhausen ne sera pas populaire pas à cause de l’inaccessibilité théorique (son obsession pour le timbre), mais parce que sa musique sonne parfois presque diabolique. C’est du Sunn 0))) d’avant l’heure. À mes oreilles çà ne sonne pas conceptuel (comme un Xénakis), mais religieu. Çà sonne un peu comme la colère d’un dieu relégué aux oubliettes, et qui annoncerait sa revanche. Quelque chose d’énorme dans ce sens.

      Lecteur Curieux:
      “Quand à savoir si objet d’art moderne est raté ou non, il peut y avoir plusieurs opinions et tout dépend de l’objectif visé par l’auteur.”

      Et par le spectateur. Il s’agit d’une équation (pas mathématique, celle-là). Une oeuvre peut accéder à un consensus approbateur sans que personne n’ait vraiment compris l’objectif de l’artiste. Cela dit, tout est question d’opinions, et quand une oeuvre se démarque, c’est à travers un consensus d’opinions favorables. Quelqu’un ici à parlé d’avant-garde comme étant anti-consensus,
      mais il y a quand même un consensus intellectuel pour qu’on entende parlé d’une oeuvre 40 ans plus tard. L’avant-garde est aussi “fashion”, et être en dehors de la mode est une façon assurée d’être relegué aux oubliettes (et pourquoi le John Lennon d’aujourd’hui ne serait pas aussi populaire que Lady Gaga).

    • @astyanax
      Pour l’avant-garde, l’art s’inscrit d’abord et avant tout dans une recherche de liberté. Or, dans la logique des avant-gardes, la liberté n’est pas possible au sein d’une civilisation qui s’est constituée autour de valeurs judéo-chrétiennes et bourgeoises.

      Oups! Quand je lis judéo chrétien, je sors le ”RAID”! C’est comme des mouches qui se multiplient quand je tente de les éliminer!

      Mais si ils ne me tournent pas autour, juste les nombres pour moi, c’est divin! C’est suffisant!

      Les créateurs qui m’inspirent le plus sont ceux pour qui la vie est une aventure formidable qui peut faire chier pas juste un petit peu quand ça y tente! Il y a aussi l’aspect ludique et laboratoire qui est vraiment intéressant.

      Pour les autres que je qualifie de politiciens qui font de la création, je trouve cette forme d’art vide du ‘’spirituel dans l’art” qui était l’expression de Vassily Kandinsky, je pense.

    • “Y a-t-il un compositeur contemporain qui ait provoqué une révolution ?”

      Oui, le Velvet Underground a inspiré la Révolution de velours en Tchécoslovaquie, le Velvet étant très inspiré des minimalistes.

      Sinon, je trouve justement que plusieurs compositeurs modernes créent des affects/percepts: Stockhausen, Berg, Ligeti, etc. Le tri, toujours le tri.

      Quant au fait que le modernisme est anti-bourgeois, Céline et Baudelaire aussi l’étaient comme la plupart des artistes, je ne vois ce que ça prouve.

    • Le combat de l’avant-garde, c’était le plaisir de la nouveauté, et les champs de bataille ont été la théorie (art conceptuel) et l’esthétique (Abex). L’avant-garde n’a été réellement politique (anti-bourgeoise?) que par moments. Elle s’est très bien agrémentée des poignées de main avec les riches collectioneurs.

    • @Unholy_Ghost : À propos des mathématiques, des effets de la musique sur le corps; En essayant de comprendre la matière dont nous sommes formés, on a décomposé les molécules en atômes, les atômes en particules plus simples, protons, neutrons, électrons, puis en particules élémentaires qarks qui seraient composés d’éléments plus simples. Et à chaque fois qu’on va plus loin, on contate un vide sidéral. Tout ça pour dire que les scientifiques n’ont jamais trouvé de véritable matière solide à l’échelle atomique. La matière pourrait donc être constituée de champs de forces et de mouvement ondulatoires comparables aux attractions magnétiques et au son, plutôt qu’à de la matière.
      En d’autre termes, il se pourrait que nous soyions constitués [d'une manière infiniment complexe] de sons. J’aime bien cette idée.

    • Scories, je ne parlais pas du corps comme matière, mais comme bloc de sensations.

    • Alain parle de l’image de la musique contemporaine…

      Bien moi, je pourrais aussi vous parler d’une image d’une partie de l’auditoire pour plusieurs types de concerts. C’est à la fois un avantage et un inconvénient. Les gens de Montréal sont curieux, oui il y en a plusieurs et qui se procurent leurs billets à la dernière minute. Alors l’article d’Alain dans La Presse ou d’en parler à Radio-Canada la semaine même cela peut amener un public restant à venir remplir la salle… Bon mais une part de ce public est pas assez préparé ou réceptif, il vient surtout par curiosité ou parce qu’il a été invité par d’autres membres de son réseau social…

      Certains ont même pas lu l’article, c’est juste par les réseaux sociaux et voient un nom et ils se présentent…

      C’est ma perception et cela fait en sorte d’être une force et une faiblesse en même temps de notre public qui est spontanné et qui prend certaines décisions sur le fly pour leurs sorties… Cela amène des belles découvertes et des mauvaises surprises aussi…

      En le sachant six mois d’avance, par contre et en ayant déjà les albums tout en sachant qu’il va rester des billets trois semaines avant la représentation… On peut avoir des attentes qui ne se réaliseront pas.

      Avec tout cela ? Un événement peut faire salle comble ce qui ne veut pas dire un public comblé. Et c’est en partie la faute du public qui vient trop à la dernière minute ou qui a mal fait ses devoirs.

    • Et certains vont à des manifestations culturelles pour accompagner quelqu’un et c’est l’occasion par là-même de débiter leurs clichés et préjugés… Oui, cela me fait penser à un certain chroniqueur qui parlait d’une exposition qu’il était allé voir avec son épouse aussi animatrice culturelle bien connue dans un autre pays et qui venait débiter ses clichés… Bah… C’était un peu drôle…

      Ok ne parlons pas de Richard Martineau, il n’est pas présent ici sur le blogue. Et je ne suis pas allé voir cette exposition d’art moderne avec eux il y a quelques années. Cela reste juste dans mon souvenir, ce passage radio. Pour moi, Martineau débitait des clichés et préjugés. Certains fondés mais…

    • Qu’est-ce qui nous dit que le son n’interfère pas avec notre corps-matière?

    • Tu as raison, surtout si nos chakras sont ouverts.

    • C’est pas du new-age, la science cherche encore l’exixtence de la matière. Les rapports de force constituant la matière pourraient être des mouvements ondulatoires comparables au son.

    • Je sais tout ça, je blaguais.

    • Pour revenir au sujet, voici des oeuvres qui m’ont plu et qui s’écoutent très bien:
      Webern : Quatuors à Cordes
      Stockhausen : Aus den Sieben Tagen, Kontakte
      Ligeti : Ramifications, Quatuor à Cordes #2, Requiem, Double Concerto
      Penderecki : Thrènes à la mémoire des victimes d’Hiroshima
      Cage : Sonates pour Piano Préparé
      …et pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux, Boulez : le Marteau sans maître

    • Pour reprendre mon exemple du prototype, je peux faire des liens avec la musique de Steve REICH
      et ses répercutions sur des formes actuelles de musique ”New Age” par exemple ou même l’industriel ou le techno par le côté fractionné du temps avec des points et les cycles insistants.

      Je pourrais faire le même jeu d’association avec Meredith Monk car son exploration des onomatopée ou des langages inventés se retrouve dans Cocteau Twins et même Dead can Dance dans une certaine mesure.

    • “Y a-t-il un compositeur contemporain qui ait provoqué une révolution ?”

      Oui. Les minimalistes ont inspirés le Velvet Underground qui lui a provoqué la Révolution de velours en Tchékoslovaquie (pas moi qui le dit mais Vaclav Havel).

    • @ Witoldo

      Le «combat» des avant-gardes relève bien sûr du théorique, voire du poétique. Il est par exemple explicite dans la démarche des dadaïstes: «L’art est produit par et pour la bourgeoisie, donc il faut détruire l’art si nous voulons détruire la bourgeoisie». Tout cela contient sa part de naïveté, certes, mais tout le vingtième siècle a été marqué par cet esprit. Fluxus, auquel on associe John Cage, n’est-il pas un prolongement de Dada? Et, plus près de nous, Refus Global dit-il autre chose?

      C’est parce qu’il n’est pas destiné à se manifester dans le réel que ce combat ne se soucie pas de mobiliser. N’empêche que les avant-gardes ont parfois aussi entretenu des liens très étroits avec des idéologies axées sur la «destruction» de l’ordre bourgeois: les futuristes avec le fascisme, les constructivistes russes avec le communisme, par exemple.

      «Et au profit de qui? D’une élite culturelle?» dites-vous. Comment pouvez-vous sérieusement douter qu’il en est été autrement? Des types comme Cage ou Pierre Henry ne sont pas idiots, ils savaient très bien qu’on ne se taille pas facilement un place dans les palmarès en composant des pièces de silence ou en faisant grincer une porte de grange! Le projet des avant-gardes est avant tout utopique; pour elles, le monde actuel est perdu et sans espoir, il faut préparer l’avènement du prochain monde autour d’une poignée de «happy few».

      Quant à l’Orient que vous mentionnez, n’est-il pas très précisément l’une des principales influences de la musique contemporaine occidentale? Où ai-je déjà vu une photo de John Cage vêtu d’un kimono?

    • La musique en occident chrétien constitue peut-être l’unique rempart où ont pu se conserver les antiques Culte des Mystères qui, venaient tous d’Orient: initiation par le corps, élévation… et tout ça, sans écritures !!! L’envers de Rome, sa part cachée. La force du christianisme a justement été de récupérer ces cultes en les intégrant à sa liturgie. Autrement, nous serions aujourd’hui tous mithriastes comme dirait l’autre.

    • Il y a le manifeste de ‘L’art des bruits’ de Russolo, rédigé en 1913, à l’apogée de l’ère de l’industrialisation (phase mécanique) qui prônait une accaparation artistique des bruits de l’ère moderne: métal, fracas de tôles, klaxons et sifflements.
      http://fr.wikipedia.org/wiki/L’Art_des_bruits

      Les nouvelles perçées artistiques sont très souvent influencées par la nouveauté technologique.

    • Le point central, c’est que l’art en est rendu à parler de lui-même, à s’auto-référencier, disons. De là les oeuvres conceptuelles que l’on constate et qui n’auraient pu s’inscrire dans aucun autre contexte historique que celui-ci.

      Le monde ordinaire étant assez peu au fait des débats du monde artistique (il a un gosse à aller porter au karaté à 19h), les connaissances qui lui seraient nécessaires pour interpréter justement les oeuvres conceptuelles lui manquent, et de là les théories qui prennent plus de 10min à intégrer lui font l’effet d’une divagation brumeuse, ce qui est en partie justifié, et il y aura bien un moment ou un anti-méta-art se formera en réaction au méta-art. En fait, on pourrait peut-être inclure le pop-art là-dedans?

      Par contre, on ne pourra jamais nier que tout art aujourd’hui est intellectuel. D’autant plus s’il est anti-intellectuel.

    • “Autrement, nous serions aujourd’hui tous mithriastes comme dirait l’autre.”

      Nous ne sommes que dimanche et déjà ma semaine est faite!

    • @aldoushuxley : “Par contre, on ne pourra jamais nier que tout art aujourd’hui est intellectuel. D’autant plus s’il est anti-intellectuel.”

      Z’êtes sûr??! Moi j’avais l’impression que c’était le contraire. À chaque fois que je vais au musée ou à une galerie pour me taper une expo conceptuelle, le ton est ludique. Il y a souvent des notions participatives, et souvent une touche de cynisme (pudeur, protection préventive contre la critique??).

      - Un truc purement intellectuel?? Ben jamais!! On s’prend pas au sérieux nous autres.

      Sinon, c’est vrai que l’art s’auto-référencie de plus en plus. Mon impression, c’est qu’il y a trop d’artistes, des gens sont de très bons amateurs d’art et qui rendent hommage [de façon créative, certes] aux vrais artistes qu’ils admirent.

      Même s’ils s’inspirent parfois de leurs prédécesseurs, les authentiques artistes créateurs, selon moi prennent avant tout leur inspiration du monde [intérieur ou extérieur] qui les entoure, et non de la culture dans laquelle ils baignent. Ils parviennent même parfois à s’extraire de cette boue culturelle ambiante qui nous préformate pour prendre un vertigineux recul qui nous laisse pantois.

    • auto-référence moins dans le sens de rendre hommage que de repousser les limites conceptuelles de l’art. Disons que si l’exercice est de s’affranchir, en art, c’est souvent d’une conception particulière et donc l’art devient conceptuel.

      Manet, c’est aussi ça. En fait, c’est loin d’être nouveau, l’intellectualisation en art.

    • Pas seulement en art, l’intellectualisation poussée les amis. Sur ce blogue aussi dans un sens… Quoiqu’il y a tellement de forums ou de blogues ou l’anti-intellectualisme se manifeste qu’il faut bien tolérer quelque peu.

      Pour ma part, je vais continuer à être à l’écoute de la culture ou des manifestations culturelles et je vais me déplacer à l’occasion à celles qui m’attirent.

      Moi ce que j’écoutais c’était l’émission de Michel Keable c’est tout que j’écoute pour le concert ou autre et si cela fait pas mon affaire je peux fermer ma radio. Et je laisse soin aussi aux animateurs et programmateurs de me présenter ce qu’ils jugent bon. Moi, j’ai juste le contrôle de la chaîne. Je peux bien être à l’émission The Signal à la CBC Radio 2 comme je peux être à Espace Musique pour Fruitier ou Rhéaume en reprise… Ou ce soir plus tard ? Peut-être, Rajotte.

      L’émission du 17, je la voyais plus pour parler de Pierre Mercure que de John Cage. Et cela incluait Cage et cette oeuvre.

    • @Astyanax

      Le mouvement Dada ? Bien oui sans m’y connaître vraiment je fais des liens avec le surréalisme avec même Boris Vian aussi et plusieurs artistes contemporains. Ce sont plusieurs écoles de pensée mais avec des points communs.

    • “Is there any escape from noise?”
      -Negativland

    • Dada, Fluxus et certains points de vue du Popart ne sont pour moi qu’un excellent fumier pour faire pousser des fleurs!

    • C’est de la musique ‘en amont’. C’est pas fait pour être écouté par tout le monde.

      Exemple réel :

      Xenakis fait du bruitisme statique total fin fifties. 50 pelés et 3 tondus y portent attention. Dont Eddie Karmer, qui flippe la-dessus et en met sur des albums de Hendrix.

      Jimmy Vaughn trouve dans les poubelles de Austin une copie de ‘Are You Experienced’ et ramène ça a la maison. Son petit frère, un certain SRV, écoute ça et buzze complètement : une vocation est née. JAMAIS il a entendu une guitare faire des choses pareilles…

      Petit SRV devient grand et ramène a lui seul les roots blues dans une Amérique synthé-pop qui en avait plus rien a cirer. Même Fender était en faillite technique en 1985…

      Aujourd’hui les murs des magasins de musique sont remplis de Fender Strats a des prix de fous : grâce a qui ? Xenakis.

      Tordu ? Un peu. Mais c’est le musique ‘en amont’; ses effets ‘en aval’ peuvent être plutôt distants et inattendus…

    • Un peu tordu, oui.

      L’avant-garde, comme départements recherche, c’est bien vrai. Beaucoup de choses mainstream sont nés là. Beau Dommage a commencé en faisant du théâtre expérimental underground sous le nom de Quenouille Bleue. Bjork a pigé chez Stockhausen, etc.

    • Après, ces oeuvres ne sont pas faites non plus pour être aimées. Ya personne qui va dire que 4:33 de Cage est sa pièce préférée. Inversement, dire que l’on s’emmerde profondément en écoutant 4:33 n’est pas un prédicat valable.

      Ça serait un peu comme dire que Tchaikovsky ne me donne pas envie de danser ou que Chagall manque de réalisme.

    • Depuis l’aube de l’ère moderne, les meilleurs artistes populaires se sont inspirés de concepts plus lourds, souvent avant-gardistes. Ce qui justifie amplement l’existence et la prolifération de formes plus complexes destinées à des publics plus pointus. Une élite ? Ben oui, au même titre qu’une élite scientifique ou une élite sportive. On constate ainsi que ces musiques d’avant-garde enrichissent le langage artistique destiné à de plus vastes auditoires tout en alimentant des auditoires plus éduqués. En ce qui me concerne, ces auditoires spécialisés doivent croître aussi, les sociétés avancées doivent accroître leur soutien à ces artistes plutôt que de le restreindre comme on l’observe depuis trop longtemps déjà. Bien sûr, l’expérimentation conduit souvent à la création de prototypes plutôt que d’oeuvres viables sur le long terme. Au même titre que la R&D en sciences et technologies.

    • Tordu, mais fondé. Via David Bowie, en plus…

      Mais toujours moins que les couillonnades inrockiennes de Vaclav Havel… Je me souviens de cette citation sur les Velvet, c’est du grand n’importe quoi…

    • Toute saine influence n’est-elle pas toujours tordue; une déviation forcée qui, lorsqu’on tente de l’expliquer, semble perdre toute sa force initiale, son mouvement, jusqu’à en devenir parfois ridicule?

    • «Ya personne qui va dire que 4:33 de Cage est sa pièce préférée.»

      Je ne dirais pas ça en effet, mais je pense tout de même qu’assister à une représentation de cette pièce par un orchestre constitue une expérience beaucoup plus intéressante et, oui, plus émouvante que bien des concerts plates et sans âme de musique romantique ou classique. Par exemple, je préférerai toujours assister à un 4′33″ bien «rendu» à un poème symphonique de Liszt (zzzzzzzz…) joué mollement.

    • Bien d’accord, mais le danger aussi c’est de devenir le dindon de la farce. Le provocateur ne rigole jamais autant que devant celui qui chante ses louanges. Ça vaut aussi pour celui qui pose un regard critique, ceux qui font de l’art marginal (il serait marginal par rapport à quoi en étant célébré?), on rencontre le même genre d’ironie lorsqu’un homme comme Michel Chartrand est encensé par la classe bourgeoise pour son “apport à la société”. Certains gestes sont faits pour demeurer dans l’ombre, ou pour être appréciés en demi-teinte. C’est pourquoi l’art d’avant-garde ou “d’expérimentation” aura toujours de la difficulté à étendre son auditoire, comme le souhaite Alain Brunet. Le contraire n’est pas nécessairement souhaitable.

    • @aldoushuxley
      Je souhaite une expansion réaliste. C’est-à-dire à la hauteur de la curiosité des auditoires potentiels qui sont à mon sens plus considérables qu’ils ne l’étaient, contrairement à ce qu’on laisse entendre.

    • @ aldoushuxley

      «Bien d’accord, mais le danger aussi c’est de devenir le dindon de la farce.»

      Il n’y a pas de farce et il n’y a pas de dindon. Croyez-vous vraiment que John Cage se levait le matin en se disant: «Bon, aujourd’hui je vais me foutre de la gueule des gens.»?

      De même on ne doit pas regarder un tableau de Barnett Newman comme on regarde un Rubens, de même on ne doit pas écouter une pièce de Cage comme on le ferait d’un concerto de Mozart.

    • Bon, le grand fantasme des Inrocks, encore. zzzzzzzzzz! Un moment donné, parler à travers son chapeau…

      C’est pas les Inrocks mais bien Vaclav Havel en personne qui a expliqué la chose à Lou Reed en personne. Je te copie la citation, je l’ai à la maison. Si je me souviens bien, il explique en gros qu’il a nommé la Révolution de velours en l’honneur du Velvet. Il est revenu en 68 avec un exemplaire du disque, en plein printemps de Prague, et les dissidents ont traduit les paroles en Tchèque, publiées à quelques centaines d’exemplaires. Toute personne avec le recueil se faisait mettre en prison. Tout l’underground s’est fondé sur la musique de Lou Reed et Frank Zappa et c’est elle qui a cimenté les dissidents. Ils ont publié la Charte 77, puis le succès de l’opposition à la mise en prison d’un groupe, Plastic People of the Universe (fortement inspiré du Velvet comme le nom l’indique), a donné de l’énergie à tous.

      Bref, la musique peut changer le monde et aider à fomenter des révolutions. Comme c’est le cas du rap en ce moment dans les pays arabes.

    • astyanax

      Quelqu’un qui me propose une pièce musicale sans une seule note, pour moi c’est un début de provocation. Au même titre que Malévitch avec sa toile blanche. Qu’on aime ou qu’on apprécie l’un et l’autre je veux bien, mais que ce soit avec le sourir et un brin de recul, puisque ce qu’on apprécie ce n’est pas le silence en lui-même (ce n’est pas l’unique fois que l’on “entend” un silence) ou la couleur blanche, mais l’idée que le contexte (une pièce musicale, une toile) fait naître de ce vide. C’est parce que ces propositions nous heurtent qu’elles ont un quelconque pouvoir évocateur, si elles n’étaient pas provocatrices elles ne seraient pas.

      Mais je conviens qu’il ne s’agit pas du meilleur exemple pour discuter de l’art provocateur. Certaines oeuvres de Robert Mapplethorpe, peut-être. Je ne sais pas trop.

    • Barnett Newman, assez provocateur lui aussi.

    • “«Bon, aujourd’hui je vais me foutre de la gueule des gens.»?”

      Quand on compose 4:33 de silence ? Mets-en !!

    • Voir une ‘représentation’ de ça et y trouver du génie est du reste le comble du snobisme.

    • «Voir une ‘représentation’ de ça et y trouver du génie est du reste le comble du snobisme.»

      Dire ça est du reste le comble de la fermeture d’esprit et de l’inculture.

    • Godard disait que le silence qui suit une pièce de Mozart, c’est toujours du Mozart. Le silence de Cage, non seulement ce n’est pas du silence (il y a tout le bruit de la salle), mais c’est du Cage. Comme la toilette de Duchamp c’est du Duchamp. Pour le reste, si c’est deux artistes n’avaient fait que cela, on pourrait parler de fumisterie, mais ce n’est pas le cas.

    • Je conçois qu’on puisse concevoir la chose. Mais de la a y assister…

      D’ailleurs, John Cage n’a pas inventé la partition muette. C’est Alphonse Allais, un demi-siècle pous tôt. Sa ‘marche funèbre’ était une page blanche parce que ‘les grandes douleurs sont muettes’… Ç’a été joué.

      Ça en dit long !

    • Je dois ma naissance au Printemps de Prague mais je n’irai pas plus loin sur ce sujet (hihi).

      Rere:
      “association avec Meredith Monk car son exploration des onomatopée ou des langages inventés se retrouve dans Cocteau Twins”

      Je “adore” (prononcé à l’anglaise) les Cocteau Twins! J’ai même rencontré deux des membres. Je doute qu’ils connaissaient Monk. Je pense que Siouxsie a pas mal influencé Fraser. La guitare sur Dark Side Of The Moon a pu influencer le style de Guthrie. Et le post-punk en général (surtout les Birthday Party).

      astyanax:
      “Fluxus, auquel on associe John Cage, n’est-il pas un prolongement de Dada?”

      C’est plus complexe. Dada cherchait à provoquer dans une époque d’amertume politique. Fluxus descend des minimalistes dans le sens qu’il s’intéressait à la déconstruction de l’art (réduire le geste artistique à son minimum). C’était un mouvement purement intellectuel, mais clairement associé à Duchamp, lui-même un peu le mouton noir parmis les surréalistes et dada, parce que plus théorique, disons.

      “pour (l’avant-garde), le monde actuel est perdu et sans espoir”.

      Trop généraliste. Les constructivistes étaient TRÈS positif. Et vive le prolétariat!!

      aldoushuxley
      “En fait, on pourrait peut-être inclure le pop-art là-dedans?” (comme anti-méta-art?)

      C’est assez pointu, le Pop Art. C’est de l’art conceptuel qui apparait comme “n’en étant pas”.

      Boulga:
      “Aujourd’hui les murs des magasins de musique sont remplis de Fender Strats a des prix de fous : grâce a qui ? Xenakis. Tordu?”

      Non, très intéressant.

      aldoushuxley
      “Inversement, dire que l’on s’emmerde profondément en écoutant 4:33 n’est pas un prédicat valable.”

      Ce 4.33, c’est vraiment le Fountain (L’urinoir) de John Cage. Trop connu par rapport au reste de son oeuvre, souvent incompris aussi (méditation sur le fait que le silence n’existe pas, doit-on encore le répéter?). C’est un exercise philosophique, faut pas s’arracher les cheveux avec çà. Cage a été le prophète de la Théorie Du Chaos, concevant tout environnement sonore comme une “organisation” , donc valable musicalement (suivant la volonté de l’auditeur).

    • 4:33 de Cage, c’était un one shot. La première «interprétation» avait fait son oeuvre. Sympatique provocation. Quant aux oeuvres de l’Américain, j’en ai entendu plusieurs au cours des derniers 30 ans, dont trois la semaine dernière. AUCUNE ne m’a convaincu. Ses écrits, transcriptions de conférences et interviews m’ont vraiment mobilisé, pourtant.

    • Oui, mais le silence de Cage ne provoque pas de recueillement, contrairement à celui de Mozart. Ce n’est pas le même silence. L’assemblée étouffe généralement un rire. Il y a un léger malaise. Et dans un sens la pièce est reçue de manière exemplaire par l’assemblée. Il n’y a pas de fumisterie, mais pas d’oeuvre transcendentale non plus. Il y a une part de badinage là-dedans, qu’il faut reconnaître ou sinon accepter l’epithete de “snob”…

    • @sultitan

      Comme c’était plus un jeu d’associations qu’un cours d’histoire de la musique, possible que j’étais dans le champs!

      PS:J’ai vu Siouxsie et Bauhaus sur la même scène à Montréal, il y a fort longtemps…c’était très noir comme spectacle.

      Pour les fumisteries en art, ce n’est pas leurs existences qui me dérange mais le fait que ceux qui prétendent faire de l’anti art se définissent comme des artistes.

      C’est de la marde pour mangeux de marde ton truc! Un point c’est tout!

      Je ne les mets pas tous dans le même panier mais je préfère ceux qui font avancer les choses autrement que par la provocation…et il y en a beaucoup alors j’ai l’embarras du choix! J’adore être déstabilisé mais il faut que ce qui m’est présenté évoque une richesse quelconque en échos possibles.

    • @ sultitan

      «Trop généraliste. Les constructivistes étaient TRÈS positif. Et vive le prolétariat!!»

      Oui, mais ils partaient quand même du constat que le monde bourgeois allait sous peu s’effondrer. La seule différence avec Dada, c’est que les constructivistes croyaient que le nouveau monde était déjà en train de naître.

    • “Ce n’est pas le même silence.”

      C’est ce que j’ai dit: le silence de Cage qui n’est pas celui de Mozart.

    • Bien, moi j’écoute les vieux collages de Cage
      et je trippe!

      http://www.youtube.com/watch?v=T6pgklMAgIA

      @astyanax Quoique les artistes aient pu voulu
      faire dans certains pays, c’est toujours le marché
      de l’art (les riches) qui a pris le dessus et fait rouler
      la machine, y compris les constructivistes, achetés,
      auctionés, et installés au Moma aujourd’hui.
      Il est possible qu’une portion d’artistes ont tenté de
      se moquer du marché de l’art, mais une majeure
      partie (du modernisme) était préoccupée par des intérêts
      tout à fait “for art’s sake”. D’autres (Art Déco) embrassaient
      le “chic” et le plaisir de l’objet de luxe (un beau Brancusi).

    • Plusieurs des membres de Fluxus venaient de “bonnes familles” (ahem). Le contexte de DADA (noirceur des guerres) était très différent.

    • Recommended Records:
      “C’est de la marde pour mangeux de marde ton truc! Un point c’est tout!”

      Une petite canne de “merda d’artista” (Manzoni) avec çà? ;-)

    • Ou une déjection de Cloaca de Wim Delvoye?

    • Peut-être, il aurait été utile dans ma dernière intervention de préciser à quoi je pensais quand je l’ai écrite. Alors je le fais maintenant. Je sais que c’est un blog sur la musique mais je pense que mes exemples peuvent facilement être transposés dans le monde musical.

      C’était sur deux artistes qui m’ont vraiment provoqués un malaise mais pas pour la même raison.

      Le premier, c’est Mark Prent, par sa virtuosité dans l’expression de la souffrance dans tout ce quelle a de plus horrible. Quand on voit un truc semblable, on tente de l’observer sous plusieurs angles pour comprendre le pourquoi de la chose. J’ai vu l’auteur dans une interview par la suite et j’ai tout compris. D’autres y verrons autre chose mais moi, j’y ai vu comme l’expression de cette douleur invisible que peuvent subir ceux pour qui le corps devient un obstacle sociale. C’est comme un étau qui serre le cœur lentement mais très lentement. Sublime!

      Le deuxième artiste a fait les nouvelles et c’est ce qui me plonge dans la consternation. C’est celui qui a proposé le projet de la banane au dessus du Texas et que ça été accepté. Un malaise vous dites? Une rage plutôt! Une des principales qualités en art est d’obtenir le maximum de pouvoir d’évocation avec si possible une certaine économie des moyens. Ben lui, c’est exactement le contraire. Il invente l’insulte en ballon pour aller dire à Bush qu’il est un singe avec sa banane. Ça c’est 10 ans d’âge mental!

      Et moi je devrais ne rien dire? C’est parce que j’ai vu trop de Clotaires Rapailles des arts visuels que je ne vais presque plus au MAC.

      Vous parliez du silence sur ce Blog. Bizarrement, j’ai fait un truc, il n’y a pas si longtemps avec comme titre ”Presque le silence” alors je suis très bien placé pour en parler! Si pour moi, le silence c’est comme un secret ou un code qui refuse de dévoiler sa clé? Si pour moi, le silence, c’est incroyablement vaste, c’est la chose la plus vertigineuse qui soit? Si pour moi, le silence c’est aussi un bonheur muet? Et si je lis que pour un type, sa création qui évoque le silence se résume en une ineptie qui a la subtilité d’une flatulence (silencieuse) qui ne fait que provoquer un malaise et des petits rires idiots et en plus c’est cité comme presque un événement historique! Si il ne se gêne pas pour faire du bruit avec son interprétation du silence, pourquoi je me gênerais de dire ce que j’en pense?

      Comme pour moi, l’offre des stupidités dépasse largement la demande, je ne peux pour l’instant utiliser ce fumier pour mon jardin car j’en ai déjà un qui fonctionne très bien.
      Le ”Dada-PowerGrow”! C’est certain que réagir à ce nihilisme me donne envie de construire mais heureusement ce prétexte, n’est pas une nécessité.

    • J’avais acheté le set de Viewmasters des machines Cloaca! ;-)

    • Vous pourriez faire des phrases courtes, re_re, avec des paragraphes de moins de 10 lignes? Je ne saisis pas de quoi vous parlez.

    • %aldoushuxley

      Si vous ne saisissez pas, c’est pas grave maudit chanceux, il y a tout les autres commentaires.

      Certains sont plus faciles à comprendre et dans l’ensemble assez intéressants!

    • Bon ok!

      Quand j’ai dit”Pour les fumisteries en art, ce n’est pas leurs existences qui me dérange mais le fait que ceux qui prétendent faire de l’anti art se définissent comme des artistes.

      C’est de la marde pour mangeux de marde ton truc! Un point c’est tout! ”

      Je me suis rendu compte que dire une chose semblable devait être appuyée par des exemples.

    • Non, non, c’est pas ça. C’est le bout où vous parlez de flatulences.

    • Je ne peux pas vous en vouloir de ne pas comprendre car moi je ne saisis même pas qu’on puisse interpréter un sujet aussi grandiose que le silence avec un argument aussi simpliste qu’une partition vide!

    • Bon, assez rigolé re_re…

      Vous me comprenez assez mal. Indiquez-moi où j’ai interprété le silence de Cage??

    • Je ne visais personne en particulier mais j’exprimais juste mes réserves en étant bien conscient que mon point de vue n’était pas neutre.

      Je ne peux pas être contre les passionnés de prototypes, j’en suis un moi-même mais quand c’est nul à chier, il faut le constater et passer à autre chose.

    • Si pour moi, le silence, c’est aussi géant qu’un ciel étoilé et qu’un type me dit que pour lui c’est comme une partition vide, je ne peux faire autrement que penser que c’est un niveau de réflexion égale à du Bart Simson!

    • Effectivement, le silence, c’est pas mal une partition vide. Pas besoin de Bart Simpson pour comprendre ça.

    • Oui, mais le silence de Cage ne provoque pas de recueillement…

      ??? avec ce que vous venez de dire.

    • Avec un porte voix, on peut dire n’importe quelle niaiseries et c’est certain qu’il y aura des auditeurs.
      Pas obligé d’être preneur!

      Ce qui est valable pour vous l’est aussi pour moi.

    • Un exemple concret sur une application d’un art marginal d’exploration qui se retrouve intégré à un feu d’artifices populaire. Encore du visuel mais transposable au monde musical.

      Ça me dérange un peu que le designer Franc Fernandez se donne le crédit de l’idée de la robe de Ladygaga quand en fait, c’est fortement inspiré (plagiat?) de l’œuvre de l’artiste contemporaine montréalaise Jana Sterbak.(1991!)

      Références:http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/arts_visuels/clips/1427/

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