Alain Brunet

Archive, février 2011

Lundi 28 février 2011 | Mise en ligne à 18h38 | Commenter Commentaires (12)

Lykke Li: Suède… californienne

Lykke_Li_-_Wounded_Rhymes_album_cover

Superbement réalisé par Björn Yttling (de la formation indie pop Peter, Björn & John), cet album de Lykke Le n’exhale pourtant rien ou si peu qui puisse évoquer clairement la période actuelle.

Originaire de Suède, née de parents hippies routards et baroudeurs, férue de contre-culture américaine, la chanteuse de 24 ans aurait créé ce Wounded Rhymes en s’imprégnant de la contre-culture californienne proéminente fin 60 début 70. Sur Wikipedia, on raconte même que Lykke Li a visionné à répétition le film culte du cinéaste mexicain Alejandro Jodorowsky, La Montagne Sacrée. Très en vogue au milieu des seventies, ce film initiatique garni de symboles mystico-pétés ressurgit dans de jeunes caboches ! De quoi fumer la moquette…

Dans une interview accordée à Pitchfork (18 novembre dernier), Lykke Li dit s’être terrée dans le quartier Echo Park de Los Angeles afin d’y pondre ces Wounded Rhymes. Elle se serait inspirée de cette Californie mythique où convergeaient les archi-bonzes hippies. Elle aurait aussi été séduite par la cohabitation du bien et du mal dans cette banlieue éternelle qu’est aujourd’hui LA.

Ainsi, elle nous a pondu une pop musclée, certes fédératrice, rigoureusement construite dans les règles de l’art, néanmoins muséologique malgré les minuscules réformes que propose la réalisation. Mélodies contagieuses au programme, accroches à profusion, excellente prise de son, excellent mix, guitares post rock’a'billy, ambiances claviers à la Jefferson Airplane, prises de son inversées, quelques évocations post punk à l’anglaise (les sources les plus récentes de son inspiration?!!), et cette voix qui perce les murs.

Difficile d’imaginer plus référentiel. Très habité, pourtant, d’autant plus efficace. Lykke Li sera de retour le 21 mai prochain au Métropolis, annonce-t-on sur son site officiel.

Liens utiles

Wikipédia

My Space

Site officiel

L’interview de Pitchfork

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Lundi 28 février 2011 | Mise en ligne à 10h35 | Commenter Commentaires (78)

Gerry’s et Marjo’s… confits à point !

Navet Confit

Jean-Philippe Fréchette, mieux connu sous le pseudonyme Navet Confit, m’écrit:

«Tu es certainement au courant de la fermeture de la Confiserie. j’ai brisé mon contrat de disques lors de la vente de GSI à Sphère. Ça faisait déjà un bout que ça allait moins bien avec GSI, alors pour moi (et pour les autres artistes du label), ça a pris la forme d’une libération. J’ai presque trouvé un autre label pour mon prochain album, que je prévois enregistrer cet été, si tout va bien. je considère qu’il est écrit à 75%, environ.»

On se souviendra que GSI Musique a été vendu il y a quelques mois. Robert Vinet, un vieux routier de notre insdustrie de la musique, avait le sentiment d’avoir fait le tour du jardin. Lorsqu’on vend une compagnie de disques en cette décennie, on vend surtout un répertoire. Et la portion spécialisée d’un répertoire en cette ère où les albums ne se vendent pas des masses, devient négligeable. D’où la disparition assez prévisible de la Confiserie, label de l’ancienne configuration GSI Musique.

« Depuis mon départ de GSI, poursuit Navet Confit, j’ai arrêté de faire des spectacles parce que je n’avais plus aucun soutien pour tourner. Je me suis concentré sur le travail en studio. la réalisation est mon activité principale, et j’enseigne, au CÉGEP comme au privé, l’écriture de textes de chansons.

« Je fais aussi des arrangements vocaux pour deux groupes, Les Gerry’s et Les Marjo’s »

La vie est dure pour la scène indé francophone, et on ne pourra certes pas accuser Navet Confit de se vautrer dans le misérabilisme. On lui souhaite tout le succès possible pour son prochain album. Pour contrer ce déclin du souffle créateur en ce qui a trait à l’expression francophone (sauf peut-être le hip hop), déclin provisoire on l’espère, des artistes comme Navet Confit doivent poursuivre leur démarche.

On dit que la contrainte déclenche la créativité et le renouvellement des formes. Souhaitons que ça se produise ! En cette semaine des Victoires françaises de la musique, quelques discussions sur l’expression francophone me semblent indiquées.

En s’y préparant, pourquoi pas se dilater la rate ?

Ce soir, façon barbershop, les Gerry’s et les Marjo’s reprennent le répertoire de nos icônes rock d’une autre époque de plus en plus lointaine. Faut-il pleurer ? Faut-il en rire ? En rire. Vraiment rigolos ces Gerry’s et Marjo’s confits à point ! En concert ce lundi à la Chapelle St-Louis coin Rachel et Drolet.

Merci Navet !

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Samedi 26 février 2011 | Mise en ligne à 15h01 | Commenter Commentaires (108)

Musique contemporaine, gros clichés et suite des choses

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Sous la direction de Paolo Bellomia, l’Orchestre 21 joue Alap et Gat de José Evangelista à la salle Pierre-Mercure / crédit photo: Jacques Cabana

Avant de passer à un autre sujet (…) et d’y revenir au moment opportun, voilà une autre chronique consacrée à la musique contemporaine puisque le festival Montréal Nouvelles Musiques tire à sa fin.

Je l’ai encore observé cette semaine (je vous épargne les détails), cette catégorie souffre encore d’un sérieux problème d’image. Pourquoi donc ? Parce que plusieurs restent encore refroidis par une période de son évolution. Période dominée par le formalisme et l’austérité, intellectualisation à outrance de systèmes compositionnels, usage mécaniste de concepts scientifiques transposés dans le langage musical, équations à plusieurs inconnues transformées en bruits savants, on en passe et des meilleures.

Oui, il est arrivé souvent que la méthode et les idées pour aboutir à l’oeuvre, sans compter le discours sur la méthode, l’ont emporté sur le résultat final.

Or, cette période est loin derrière nous. Rejeter en bloc Xenakis, Stockhausen, Ligeti et autres Cage a été de bon ton pendant des décennies. Ça l’est beaucoup moins aujourd’hui: on admet que ce fût un passage obligé, question de développer de nouveaux matériaux orchestraux, bien qu’on puisse encore adresser des critiques sévères à la musique contemporaine… des années 40 et 50 ! Après quoi tant de compositeurs ont écrit tant d’oeuvres magnifiques… encore méconnues d’une majorité absolue de mélomanes qui y trouveraient leur compte, j’en ai la certitude.

Alors ? Croire que la musique contemporaine constitue un ensemble monolithique et abscons tient du gros cliché. Et le cliché s’empoussière, inutile de l’ajouter. Bien au contraire, j’ai plutôt l’impression aujourd’hui d’un ensemble on ne peut plus hétérogène, extrêmement diversifié. Pour illustrer mon propos, un simple coup d’oeil sur ma soirée de vendredi: j’ai assisté à l’interprétation de trois oeuvres dans le cadre du festival Montréal Nouvelles Musiques que présente la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ)

La première, en ce qui me concerne, fut la plus marquante: Alap et Gat, créée en 1998 par le compositeur montréalais José Evangelista, une oeuvre magnifique jouée par l’Orchestre 21 sous la direction de Paolo Bellomia.

Wow !

«Alap et Gat, explique Evangelista sur le site de la SMCQ, sont des concepts formels de la musique classique instrumentale de l’Inde du nord. Alap est une introduction lente et non pulsée qui présente progressivement les notes du raga. Raga est un concept mélodique complexe qui comprend, entre autres, la notion de mode (de 5 à 7 notes) et de patron mélodique. Gat est la section rythmée qui présente une mélodie, toujours dans le même raga. Cette mélodie est reprise de multiples façons mais toujours appuyée sur une accélération constante.
J’ai conçu ma pièce à partir de ces idées. Ce qui correspondrait au raga est ici une longue mélodie de plus de 80 notes sur laquelle s’articule le discours mélodique et harmonique. La première partie, Alap, explore lentement les notes de la mélodie du grave vers l’aigu. La deuxième, Gat, est une musique pulsée organisée autour d’un long accelerando. La pièce conclut avec une coda qui ramène l’atmosphère du début.»

Je ne m’étendrai pas trop sur L’unique trait de pinceau de Philippe Leroux, concerto pour saxophone (baryton, soprano et embouchure de saxophone) dont l’approche me semble tenir davantage d’une suite d’effets savamment imbriqués que d’une intégration sensible. De prime abord, typique de la musique contemporaine telle que plusieurs l’imaginent encore aujourd’hui.

Il fallait rater le dernier volet de ce programme pour se rendre à cette magnifique et très sobre Christ Church, un des plus beaux temples chrétiens de Montréal. Au programme, Atlas Eclipticalis et Winter Music du compositeur américain John Cage.

«Trente musiciens provenant de part et d’autre de la scène contemporaine montréalaise s’unissent pour présenter une interprétation unique du fameux Atlas Eclipticalis de John Cage, créé à Montréal il y a 50 ans sous la direction du compositeur lui-même. Commandée à ce monument de la musique américaine par le compositeur québécois Pierre Mercure, l’œuvre (pour 1 à 86 instruments) est une transcription littérale des constellations du ciel: un chaos magnifiquement organisé d’où naît une musique méditative en constant renouvellement.»

Chaos magnifiquement organisé ? Vraiment ? La musique contemporaine devait probablement passer par là, d’accord. Personnellement, je passerai mon tour la prochaine fois. Avec cette opinion raffermie: John Cage fut un grand porte-parole de la musique contemporaine, un théoricien de très haut niveau qui a su fasciner pour la qualité de sa rhétorique et la profondeur des concepts qui y furent élaborés. Quant à sa musique… Il y a quelque chose que je n’ai toujours pas compris. Pas vendredi soir, en tout cas. J’ose le dire humblement sans prétendre à quelque autorité en la matière…

Avis aux intéressés, le Nouvel Ensemble Moderne boucle la boucle du 5e MNM ce samedi, 19h, à la salle Pierre-Mercure. Au programme, des oeuvres de Denis Gougeon, Claude Vivier, Iannis Xenakis, Mauricio Kagel.

Liens utiles

Bio de José Evangelista

Alap et Gat sur un album du Nouvel Ensemble Moderne, extraits sur Classics Online .com

Site du festival MNM

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