
Sous la direction de Paolo Bellomia, l’Orchestre 21 joue Alap et Gat de José Evangelista à la salle Pierre-Mercure / crédit photo: Jacques Cabana
Avant de passer à un autre sujet (…) et d’y revenir au moment opportun, voilà une autre chronique consacrée à la musique contemporaine puisque le festival Montréal Nouvelles Musiques tire à sa fin.
Je l’ai encore observé cette semaine (je vous épargne les détails), cette catégorie souffre encore d’un sérieux problème d’image. Pourquoi donc ? Parce que plusieurs restent encore refroidis par une période de son évolution. Période dominée par le formalisme et l’austérité, intellectualisation à outrance de systèmes compositionnels, usage mécaniste de concepts scientifiques transposés dans le langage musical, équations à plusieurs inconnues transformées en bruits savants, on en passe et des meilleures.
Oui, il est arrivé souvent que la méthode et les idées pour aboutir à l’oeuvre, sans compter le discours sur la méthode, l’ont emporté sur le résultat final.
Or, cette période est loin derrière nous. Rejeter en bloc Xenakis, Stockhausen, Ligeti et autres Cage a été de bon ton pendant des décennies. Ça l’est beaucoup moins aujourd’hui: on admet que ce fût un passage obligé, question de développer de nouveaux matériaux orchestraux, bien qu’on puisse encore adresser des critiques sévères à la musique contemporaine… des années 40 et 50 ! Après quoi tant de compositeurs ont écrit tant d’oeuvres magnifiques… encore méconnues d’une majorité absolue de mélomanes qui y trouveraient leur compte, j’en ai la certitude.
Alors ? Croire que la musique contemporaine constitue un ensemble monolithique et abscons tient du gros cliché. Et le cliché s’empoussière, inutile de l’ajouter. Bien au contraire, j’ai plutôt l’impression aujourd’hui d’un ensemble on ne peut plus hétérogène, extrêmement diversifié. Pour illustrer mon propos, un simple coup d’oeil sur ma soirée de vendredi: j’ai assisté à l’interprétation de trois oeuvres dans le cadre du festival Montréal Nouvelles Musiques que présente la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ)
La première, en ce qui me concerne, fut la plus marquante: Alap et Gat, créée en 1998 par le compositeur montréalais José Evangelista, une oeuvre magnifique jouée par l’Orchestre 21 sous la direction de Paolo Bellomia.
Wow !
«Alap et Gat, explique Evangelista sur le site de la SMCQ, sont des concepts formels de la musique classique instrumentale de l’Inde du nord. Alap est une introduction lente et non pulsée qui présente progressivement les notes du raga. Raga est un concept mélodique complexe qui comprend, entre autres, la notion de mode (de 5 à 7 notes) et de patron mélodique. Gat est la section rythmée qui présente une mélodie, toujours dans le même raga. Cette mélodie est reprise de multiples façons mais toujours appuyée sur une accélération constante.
J’ai conçu ma pièce à partir de ces idées. Ce qui correspondrait au raga est ici une longue mélodie de plus de 80 notes sur laquelle s’articule le discours mélodique et harmonique. La première partie, Alap, explore lentement les notes de la mélodie du grave vers l’aigu. La deuxième, Gat, est une musique pulsée organisée autour d’un long accelerando. La pièce conclut avec une coda qui ramène l’atmosphère du début.»
Je ne m’étendrai pas trop sur L’unique trait de pinceau de Philippe Leroux, concerto pour saxophone (baryton, soprano et embouchure de saxophone) dont l’approche me semble tenir davantage d’une suite d’effets savamment imbriqués que d’une intégration sensible. De prime abord, typique de la musique contemporaine telle que plusieurs l’imaginent encore aujourd’hui.
Il fallait rater le dernier volet de ce programme pour se rendre à cette magnifique et très sobre Christ Church, un des plus beaux temples chrétiens de Montréal. Au programme, Atlas Eclipticalis et Winter Music du compositeur américain John Cage.
«Trente musiciens provenant de part et d’autre de la scène contemporaine montréalaise s’unissent pour présenter une interprétation unique du fameux Atlas Eclipticalis de John Cage, créé à Montréal il y a 50 ans sous la direction du compositeur lui-même. Commandée à ce monument de la musique américaine par le compositeur québécois Pierre Mercure, l’œuvre (pour 1 à 86 instruments) est une transcription littérale des constellations du ciel: un chaos magnifiquement organisé d’où naît une musique méditative en constant renouvellement.»
Chaos magnifiquement organisé ? Vraiment ? La musique contemporaine devait probablement passer par là, d’accord. Personnellement, je passerai mon tour la prochaine fois. Avec cette opinion raffermie: John Cage fut un grand porte-parole de la musique contemporaine, un théoricien de très haut niveau qui a su fasciner pour la qualité de sa rhétorique et la profondeur des concepts qui y furent élaborés. Quant à sa musique… Il y a quelque chose que je n’ai toujours pas compris. Pas vendredi soir, en tout cas. J’ose le dire humblement sans prétendre à quelque autorité en la matière…
Avis aux intéressés, le Nouvel Ensemble Moderne boucle la boucle du 5e MNM ce samedi, 19h, à la salle Pierre-Mercure. Au programme, des oeuvres de Denis Gougeon, Claude Vivier, Iannis Xenakis, Mauricio Kagel.
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Bio de José Evangelista
Alap et Gat sur un album du Nouvel Ensemble Moderne, extraits sur Classics Online .com
Site du festival MNM