Alain Brunet

Archive, novembre 2010

Mardi 30 novembre 2010 | Mise en ligne à 23h13 | Commenter Commentaires (158)

La pensée magique

Tard dans la soirée, nbfrankin a répliqué sur l’envoi précédent:

« Je deviens tanné des artistes qui chialent pour des subventions. Ils vont devoir faire comme tout le monde et se servir de leur tête pour tirer leur épingle du jeu. Tout les artistes en herbes n’auront pas tous un succès doré, c’est ça la vie, y’en a des poches qu’on veut pas écouter et c’est pas à cause du piratage. Si ça ne marche pas sans subvention, ben tant pis, arrêtons de niaiser.
Le monde change et les dinosaures disparaissent.
J’en veux pas de taxe supplémentaire sur mon internet, j’en veux pas de taxe sur mon équipement.
Des redevances pour de la musique que je paye déjà ou bien que j’écoute pas.
Ce n’est pas le rôle de l’état de gérer des redevances artistiques.»

Carlitos, qui considère la citation précédente comme l’extrait d’un «message épais», a des prétentions plus édifiantes en citant François Bélanger dont la réplique a été extraite d’un autre blogue:

« Il serait temps que ces petits bébés gâtés commencent à réfléchir à de nouvelles méthodes de se faire valoir et au mieux, s’il sont si pauvre et bien qu’ils fassent comme chacun de nous qui quand il n’arrive plus à payer ses comptes, qu’il se trouve un deuxième emploi ou qu’il parte à la recherche d’un nouvel emploi plus payant. Notre société n’as plus les moyens de subventionner des artistes poches, des reprises de tunes d’il y a 20 ans et des spectacles subventionnés à tour de bras. Une des solutions : allez faire des spectacles plus souvent, c’est plus durs que d’attendre les ristournes sur son cul dans le salon mais au moins on verrait que vous faites quelque chose. »

hooch, lui, nous dit que l’achat d’un CD devrait le dédouaner de toute redevance supplémentaire:

« J’ai plus de deux milles CDs, tous achetés légalement et ce, en plus d’une centaine acheté sur iTunes. Le hic, c’est que ma musique je l’écoute en auto ou lors de mes promenades à pieds avec mon chien. Pour ce faire je dois la télécharger sur mon iPod. Alors je ne vois pas pourquoi je devrais payer une taxe supplémentaire pour écouter de la musique que j’ai déjà payée et en ayant assumé les taxes et droits d’auteur.»

Quant à austerlitz, il s’applique à «mettre de l’ordre dans les concepts»:

« Un artiste n’attend pas de rémunération pour son expression artistique. Il crée et donne un sens à la vie, pour citer Shopenhauer. Van Gogh peignait, point barre. Là, on parle de PROFESSIONNELS de la vente d’art, ici musique, qui veulent en vivre. Ça, c’est une autre histoire. On sait tous que 90% des jeunes montent un groupe pour se sortir de leur condition sociale et, ultimement, faire la vie rock’N’roll, i.e. fric, sexe, célébrité. C’est leur choix.»

Une fois de plus, on observe le déploiement d’une pensée qu’on lit régulièrement sur les blogues lorsqu’il est question de droit d’auteur. Quelle est la représentativité exacte de cette portion du public ? Il faudra un jour s’y pencher.
Elle illustre néanmoins le fossé réel entre le milieu de la création et une portion (probante ?) des consommateurs de musique. Quoi qu’on en pense, ce noyau d’intervenants mérite d’être cité… et questionné à son tour. Et pourquoi pas par les artistes ?

Ainsi, la redevance et la taxe y deviennent deux concepts totalement similaires alors qu’ils sont clairement différents.

Ainsi, si les artistes n’obtiennent pas de succès commercial, ils sont des «poches qu’on veut pas écouter et c’est pas à cause du piratage.»

Ainsi, on ne veut pas que les fabricants d’outils numériques et les fournisseurs d’accès internet soient contraints de céder une redevance aux créateurs, car cela pourrait augmenter leurs factures… alors qu’ils ne paient plus leurs albums.
Vraiment ? S’il n’y a plus de sources de monétisation de la musique ailleurs, où est la solution ?

Au fait, qui parle de l’État pour gérer les redevances destinées aux artistes ? Les sociétés de gestion collective n’ont rien à voir avec le gouvernement, non ?

Avoir un deuxième emploi pour se permettre de créer à temps partiel, n’est-ce pas ce que fait une majorité absolue de «petits bébés gâtés» ?

Puisque les demandes des artistes sont déraisonnables, quelles sont ces «méthodes pour se faire valoir mieux» au juste ?

Comment, au fait, considérer qu’un salaire perçu à même les bénéfices d’une entreprise privée est une subvention ?

Quant aux 1000 CD de hooch achetés en toute légalité, on peut comprendre qu’ils proviennent d’un monde en voie de disparition. En ce qui a trait aux prochains albums téléchargés plus ou moins gratuitement à l’avenir, comment en paiera-t-on les créateurs ?

Au bout du compte, si on s’en tient au «point barre» d’austerlitz, un artiste ne doit pas s’attendre à quelque rémunération, déjà ennobli par le geste de création ?

Si, au bout du compte, les créateurs ne reçoivent aucune espèce de redevance et que leur musique se vend au compte-gouttes sur l’internet, que fait-on des compositeurs, paroliers, bref des deux-tiers de créateurs de la musique dont le métier n’est pas de monter sur sur scène ?

De quoi procède au juste cette pensée magique ?

Je suis de retour d’Ottawa, je vous laisse sur mon reportage réalisé dans l’autobus du showbusiness.

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Lundi 29 novembre 2010 | Mise en ligne à 19h26 | Commenter Commentaires (113)

La musique et le projet de loi C-32

Tony Clement et James Moore

En juin dernier, les ministres conservateurs Tony Clement (Industrie) et James Moore (Patrimoine canadien) ont mis de l’avant le projet de loi C-32 visant à adapter le droit d’auteur à l’environnement numérique. En voie d’être adopté, ce projet fait l’objet d’une mobilisation du milieu de la musique qui s’inscrit en faux contre plusieurs dispositions de ce projet de loi.

Cette opposition est-elle fondée ? Essayons d’y voir plus clair.

D’abord en citant ce regard extérieur au milieu de la musique :

Signé Philippe R. Bertrand, un article mis en ligne lundi sur Cyberpresse soulève que l’industrie du livre devra s’adapter à l’environnement numérique comme l’a fait l’industrie de la musique en 2010. Pour appuyer son propos, l’auteur soumet ces statistiques:

* Il y a en ce moment 823 millions d’utilisateurs-payeurs de musique digitale dans le monde et ce chiffre augmentera à 1,55 milliard en 2014.

* Le nombre d’utilisateurs-payeurs utilisant un appareil mobile pour télécharger cette musique était de 483,8 millions en 2009 et devrait atteindre 1 milliard.

* Il s’est vendu 275 millions de iPods (tous modèles confondus) depuis leur lancement en 2003.

L’auteur omet cependant de préciser que les 823 millions d’utilisateurs-payeurs dépensent beaucoup moins pour la musique qu’ils ne faisaient avant sa circulation généralisée en ligne. Que l’achat d’un iPod ou autre outil d’enregistrement numérique ne rapporte pas un rond aux créateurs dont les oeuvres en remplissent les mémoires. Qu’iTunes a beau vendre des milliards de chansons, ces revenus n’arrivent pas à la cheville de l’ancien système en termes de rentabilité. Que les revenus de la musique ne cessent de décliner alors que ceux des fournisseurs d’accès et de services internet ainsi que ceux des fabricants ne cessent de croître.

Au Canada, un examen du projet de loi C-32 mène à croire que cette tendance ne sera aucunement inversée s’il est adopté dans sa forme actuelle.

Adopté par le gouvernement libéral en 1997, le régime de copie privée avait été mis en place pour compenser les créateurs de la pratique de la duplication des oeuvres. À l’époque, on copiait avec des cassettes et des CD/DVD vierges. Cette pratique a chuté de moitié, vu les changements technologiques survenus depuis 10 ans. Par voie de conséquence, les revenus annuels des redevances sur la copie privée sont passés de 30 millions à 15 millions depuis cinq ans. Le projet C-32 ignore d’emblée la perspective de redevances sur les nouveaux outils d’enregistrement audionumérique qui prennent le relais des CD vierges – balladeurs numériques, téléphones portables, disques durs externes, etc. Est-il besoin d’ajouter que le gouvernement conservateur voit dans la perspective de cette redevance une taxe inutile.

Les droits de reproduction mécanique dans les mondes de la radiodiffusion et de la télédiffusion, tout comme dans le milieu de l’éducation mangeraient aussi une méchante volée si le projet de loi C-32 est adopté dans sa forme actuelle – des revenus annuels de 500 millions $ seraient directement menacés si l’on s’en tient aux dires de l’éditeur Daniel Lafrance.

Quant au téléchargement illégal, le fardeau de la preuve reviendrait ayants droit, déplorent ces derniers. C’est-à-dire qu’ils devraient eux-mêmes identifier les pirates, après quoi le fournisseur d’accès internet feraient parvenir un avertissement à l’internaute déviant.

Visiblement, les créateurs canadiens de la musique ne veulent pas se relancer dans une chasse aux internautes qui n’a mené nulle part depuis l’apparition de Napster il y a dix ans. Tous les témoignages récoltés auprès des associations d’ayants droit vont plutôt dans le sens d’une responsabilisation financière des fournisseurs d’accès et de services internet. Or, avec le projet C-32, les FAI sont totalement exempts du moindre partage de leurs revenus avec les titulaires du droit d’auteur.

Pendant ce temps, les ventes de musique (produits physiques et contenus en lignes réunis) continuent de fondre comme neige au soleil.

Alors ?

Ce que le milieu de la musique exige dans sa mobilisation contre le projet de loi C-32, enfin si je me fie à ce qu’on m’a dit dans le cadre de ce reportage mis en ligne depuis dimanche, se résume à deux axes de solutions :

1. Une responsabilisation financière des fabricants de matériel d’enregistrement numérique par le biais d’un régime de la copie privée adapté au contexte de 2010 … et non de 1997.

2. Une responsabilisation financière du monde de l’internet avec à la clef un partage équitable de revenus avec les créateurs, interprètes, éditeurs et producteurs du monde de la musique.

Enfin, on observe que milieu de la musique est en voie de délaisser les solutions contraignantes pour les internautes. Voilà sa seule véritable adaptation…Car, contrairement à ce que laisse entendre l’auteur du texte sur l’avenir du livre dans un environnement numérique, la musique n’est pas encore adaptée au nouveau contexte.

Bien au contraire, elle ne cesse d’y perdre des plumes.

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Dimanche 28 novembre 2010 | Mise en ligne à 18h34 | Commenter Commentaires (24)

Bujo

bujo5

Parmi les Monogrenade, Alex Nevski et cie, un certain David Bujo essaie de tailler une place sur la scène émergente. J’ai reçu sa musique l’autre jour, parce que je connais ses jeunes musiciens, tous très bons – Caroline Cameron, basse, Miles Dupire-Gagnon, batterie, etc. Depuis des mois, on me parle du mec sur FaceBook, tant et si bien qu’il est entré en contact avec moi, au point de me livrer son CD à domicile.

Ce Bujo a le sens de la pop, il y exoloite des angles intéressants.

Et qu’y trouve-t-on ?

De la techno, du rock, du prog-rock, de la pop, de la chanson française.

Des refrains accrocheurs, des ponts solides, des arrangements circonspects.

Des machines, des guitares électriques ou acoustiques, de la basse, de la batterie.

De belles mélodies, de solides constructions harmoniques

Le gars sait chanter, composer, frayer dans un studio. Il est d’ores et déjà un fort bon réalisateur.

Quant aux rimes, c’est plus faible. Comme c’est le cas de tant de paroliers québécois tributaires d’un enseignement déficient du français, le gars n’a pas été encadré, édité, coaché. Il y a bien pire, remarquez.

D’où sort Bujo ? De Montréal. Sa bio en ligne nous apprend que le papa de Bujo serait chansonnier. Fiston a étudié le jazz au cégep Saint-Laurent, après quoi il est parti rouler sa bosse de par le monde. Le voyage l’aurait mené à écrire ses premières chansons. À la suite d’une participation au Festival international de la Chanson de Granby, il s’est familiarisé à l’électronica. En 2008, il a remporté cinq des dix prix au Festival en Chanson de Petite-Vallée, dont ceux de «meilleure performance» et «présence et charisme». En 2009, il s’est pointé une première fois aux Francofolies de Montréal.
Il vient de faire 14 dates en France, il a lancé son premier album (sans titre) le 24 novembre 2010.

Ce Bujo mérite notre attention. Vraiment.

Liens utiles

Site officiel

MySpace

Clip du lancement:

À Belle et Bum il y a deux ans.

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