Tard dans la soirée, nbfrankin a répliqué sur l’envoi précédent:
« Je deviens tanné des artistes qui chialent pour des subventions. Ils vont devoir faire comme tout le monde et se servir de leur tête pour tirer leur épingle du jeu. Tout les artistes en herbes n’auront pas tous un succès doré, c’est ça la vie, y’en a des poches qu’on veut pas écouter et c’est pas à cause du piratage. Si ça ne marche pas sans subvention, ben tant pis, arrêtons de niaiser.
Le monde change et les dinosaures disparaissent.
J’en veux pas de taxe supplémentaire sur mon internet, j’en veux pas de taxe sur mon équipement.
Des redevances pour de la musique que je paye déjà ou bien que j’écoute pas.
Ce n’est pas le rôle de l’état de gérer des redevances artistiques.»
Carlitos, qui considère la citation précédente comme l’extrait d’un «message épais», a des prétentions plus édifiantes en citant François Bélanger dont la réplique a été extraite d’un autre blogue:
« Il serait temps que ces petits bébés gâtés commencent à réfléchir à de nouvelles méthodes de se faire valoir et au mieux, s’il sont si pauvre et bien qu’ils fassent comme chacun de nous qui quand il n’arrive plus à payer ses comptes, qu’il se trouve un deuxième emploi ou qu’il parte à la recherche d’un nouvel emploi plus payant. Notre société n’as plus les moyens de subventionner des artistes poches, des reprises de tunes d’il y a 20 ans et des spectacles subventionnés à tour de bras. Une des solutions : allez faire des spectacles plus souvent, c’est plus durs que d’attendre les ristournes sur son cul dans le salon mais au moins on verrait que vous faites quelque chose. »
hooch, lui, nous dit que l’achat d’un CD devrait le dédouaner de toute redevance supplémentaire:
« J’ai plus de deux milles CDs, tous achetés légalement et ce, en plus d’une centaine acheté sur iTunes. Le hic, c’est que ma musique je l’écoute en auto ou lors de mes promenades à pieds avec mon chien. Pour ce faire je dois la télécharger sur mon iPod. Alors je ne vois pas pourquoi je devrais payer une taxe supplémentaire pour écouter de la musique que j’ai déjà payée et en ayant assumé les taxes et droits d’auteur.»
Quant à austerlitz, il s’applique à «mettre de l’ordre dans les concepts»:
« Un artiste n’attend pas de rémunération pour son expression artistique. Il crée et donne un sens à la vie, pour citer Shopenhauer. Van Gogh peignait, point barre. Là, on parle de PROFESSIONNELS de la vente d’art, ici musique, qui veulent en vivre. Ça, c’est une autre histoire. On sait tous que 90% des jeunes montent un groupe pour se sortir de leur condition sociale et, ultimement, faire la vie rock’N’roll, i.e. fric, sexe, célébrité. C’est leur choix.»
Une fois de plus, on observe le déploiement d’une pensée qu’on lit régulièrement sur les blogues lorsqu’il est question de droit d’auteur. Quelle est la représentativité exacte de cette portion du public ? Il faudra un jour s’y pencher.
Elle illustre néanmoins le fossé réel entre le milieu de la création et une portion (probante ?) des consommateurs de musique. Quoi qu’on en pense, ce noyau d’intervenants mérite d’être cité… et questionné à son tour. Et pourquoi pas par les artistes ?
Ainsi, la redevance et la taxe y deviennent deux concepts totalement similaires alors qu’ils sont clairement différents.
Ainsi, si les artistes n’obtiennent pas de succès commercial, ils sont des «poches qu’on veut pas écouter et c’est pas à cause du piratage.»
Ainsi, on ne veut pas que les fabricants d’outils numériques et les fournisseurs d’accès internet soient contraints de céder une redevance aux créateurs, car cela pourrait augmenter leurs factures… alors qu’ils ne paient plus leurs albums.
Vraiment ? S’il n’y a plus de sources de monétisation de la musique ailleurs, où est la solution ?
Au fait, qui parle de l’État pour gérer les redevances destinées aux artistes ? Les sociétés de gestion collective n’ont rien à voir avec le gouvernement, non ?
Avoir un deuxième emploi pour se permettre de créer à temps partiel, n’est-ce pas ce que fait une majorité absolue de «petits bébés gâtés» ?
Puisque les demandes des artistes sont déraisonnables, quelles sont ces «méthodes pour se faire valoir mieux» au juste ?
Comment, au fait, considérer qu’un salaire perçu à même les bénéfices d’une entreprise privée est une subvention ?
Quant aux 1000 CD de hooch achetés en toute légalité, on peut comprendre qu’ils proviennent d’un monde en voie de disparition. En ce qui a trait aux prochains albums téléchargés plus ou moins gratuitement à l’avenir, comment en paiera-t-on les créateurs ?
Au bout du compte, si on s’en tient au «point barre» d’austerlitz, un artiste ne doit pas s’attendre à quelque rémunération, déjà ennobli par le geste de création ?
Si, au bout du compte, les créateurs ne reçoivent aucune espèce de redevance et que leur musique se vend au compte-gouttes sur l’internet, que fait-on des compositeurs, paroliers, bref des deux-tiers de créateurs de la musique dont le métier n’est pas de monter sur sur scène ?
De quoi procède au juste cette pensée magique ?
Je suis de retour d’Ottawa, je vous laisse sur mon reportage réalisé dans l’autobus du showbusiness.
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