Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Jeudi 28 octobre 2010 | Mise en ligne à 19h31 | Commenter Commentaires (24)

    Djmawi Africa: cool ou pas cool ?

    djmawi africa 3

    Hindi Zahra, qui a grandi dans le Sud du Maroc au sein d’une famille berbère et qui fait un tabac en Occident depuis que son premier album a été lancé sur un label européen, c’est déjà considéré comme très cool. On l’a constaté au National, en juillet dernier. La place était pleine de monde, un public hétérogène qui n’était pas le public habituel des musiques du monde.

    Pourquoi alors Djmawi Africa, un jeune band d’Alger qui se démarque du raï et du chaabi en offrant un métissage très dynamique de rock, reggae, musique gnawa et autres folklores maghrébins, suscite moins d’intérêt d’emblée ? Pourquoi serait-ce moins cool de prime abord ?

    Parce que seul le Festival du Monde Arabe, qui présente ce groupe en ouverture de sa onzième édition, en a fait la promotion. Pas d’autre machine qu’un festival local, pas de label, pas de buzz chez les chroniqueurs spécialisés des médias occidentaux. Parce que le jeune groupe est basé à Alger plutôt qu’à Paris, Londres ou Berlin. Parce qu’il vien d’un pays diposant de moyens très modestes sur le plan culturel ne peut lancer aisément un groupe sur la scène internationale. Parce que la dimension occidentale est moins présente dans la musique de Djmawi Africa que dans celle de Miss Zahra, néanmoins irrésistible sur scène, de surcroît très allumée. Parce que cette musique s’avère plus artisanale sur disque.

    Bien sûr, il ne s’agit pas de comparer directement la chanteuse marocaine au groupe algérien, de fait beaucoup plus proche d’une démarche à la Naas El Ghiwan, fameux groupe marocain des années 70 ayant intégré la musique gnawa dans une pop plus moderne quoique profondément nord-africaine. Il s’agit de comparer deux progressions différentes: une à partir de Paris, l’autre d’Alger.

    Alors ? La réalisation studio s’en ressent sur Mama, un album qui fait quand même son petit bout de chemin au Maghreb. Pourtant… Avec plus de fric, un réalisateur de niveau international, quelques actualisations dans les arrangements, un meilleur mix, un peu plus de punch, cette nouvelle musique populaire d’Algérie pourrait s’exporter aisément, bien au-delà des marché communautaires.

    Vendredi à l’Astral, Djmawi Africa se produira devant les invités du Festival du Monde Arabe, devant quelques douzaines d’Algériens de Montréal s’étant passé le mot et… devant une toute petite poignée de curieux « de souche», qui n’ont rien à voir avec la défense de la culture de quelque culture communautaire. La vie est ainsi faite…

    Liens utiles:

    MySpace

    Site officiel

    Mon interview avec Abdou, guitariste de Djmawi Africa


    • Je ne suis pas certain de voir le lien entre Hindi Zahra et eux ?

    • Excellent. Plein d’énergie et très festif.

    • @jon8

      Le lien est la musique gnawa, ces influences black qu’on retrouve beaucoup moins dans le raï, le chaabi, et l’arabo-andalou, formes populaires très importantes en Afrique du Nord.

    • Je dois dans ce cas aimer Hindi Zahra plus pour sa voix, sa féminité ou l’ambiance smooth et mélodique.. je sais pas trop..

    • @jon8

      Il y a aussi un lien à établir avec le vieux band marocain Naas El Ghiwan. Comme Hindi Zahra ce groupe exploite les côtés black et berbère de l’Afrique du Nord.

    • Apres Gnawa Diffusion de l’immense Amazigh Kateb, un autre groupe gnawa issu d’Algerie ! Bonne chance a ces jeunes ! Sans beaucoup de moyens, en systeme debrouille, ces gars-la perseverent dans leur passion et donnent un bon exemple a la jeunesse algerienne, avide de (re)vivre la culture, riche et variee de ce pays qui se remet tranquillement pas vite de la decennie noire !

    • @alainbrunet:
      On peut dire que Nass el Ghiwan a inspire toute cette nouvelle generation de gnawa Men/Women issus du Maghreb !

      Sinon pour rester dans le ton connaissez-vous l’Algerienne Hasna el Becharia, une doyenne/pionniere de musique gnawa ?

      http://www.youtube.com/watch?v=_GT2nqg-BgI

    • @ alain

      Elle est peut-être plus mignonne et plus “marketable”?

    • Qui ? Hindi Zahra ? Si oui, cette fille brûle les planches. Superbe sur scène, une naturelle. Sa musique? Pas particulièrement audacieuse, juste assez world pour plaire à un max d’auditeurs qui ne s’intéressent pas aux musiques actuelles peu occidentalisées. J’aimerais personnellement plus de berbéritude et de gnawa dans sa mixtion mais bon, elle a déjà une formule gagnante, d’autant plus qu’elle chante surtout en anglais.

    • @alain

      Ben voilà!

    • Pour changer de registre, il y a un nouveau CD des moines de St-Benoît-du-Lac qui vient de sortir. J’aime bien écouter cette musique à l’occasion. C’est appaisant.

    • HS

      Petit retour sur Halycon Digest de Deerhunter.

      Wow. Cet album est excellent. Mon meilleur de 2010 ! Je vais dire une grosse bêtise : si Arcade Fire (ou même Karkwa) sonnait comme ça, je serais fan. Je dis ça, parce que la ‘démarche’ est apparente : faire du rock sans vraiment savoir jouer. Le seul au Québec qui approche ça en fait c’est l’ancien des Unicorns dont j’ai oublié le nom.

      Voilà du Indie Rock avec du flair. Lo-fi, pas ‘virtuose’ (mes reproches habituels, n’est-ce pas?), mais quel sens de la texture, quel génie référentiel (Zombies, Everly Brothers, Left Banke, 13thFloor, Krautrock, Air, Hotel2Tango, Byrds, My Bloody Valentine, Boards of Canada, etc. etc.) et quelles… tounes !

      Je viens de l’écouter 3x de file et je suis soufflé. Le genre de disque qu’on écoute et où on de dit : merde, pourquoi j’ai pas écrit ça ?!

      Dreamy, hooky, psychédélique à souhait, bien intonné… Whoa. Très ‘Constellation’ comme production, graphisme, et tout. Ça m’étonne pas que ça passe pas live. Ce genre de disque est pas fait pour être joué live, point barre.

    • Exactement. Le genre d’album pas fait pour être joué live.

    • Pink Floyd a réussi à faire du planant complexe en live, mais ils y mettaient les moyens dès le début. Grosses scènes, gros son, systèmes de switching d’effets hyper sophistiqués, samples triggés, laser show, musiciens d’appoint (Snowy White à la guitare, hyper important), etc.

      Mettez Pink Floyd à 4 musiciens sans sound-man au Divan Orange avec 2 moniteurs, pas de boucane et ça va faire cheap longtemps. Ce genre de son exige une mise en scène sonique bien plus complexe.

      Or, le marché de ce genre de show s’amenuise. On a beau dire, un ’show de bar’, c’est un ’show de bar’. Et les Deerhunter devraient pas y laisser leur nom…

    • J’avais bcp aimé Microcastle/Weird era…pas encore écouté Halcyon.

      Parlant de planant, un nouveau Brian Eno la semaine prochaine.

    • Je ne comprends pas, d’ailleurs, pourquoi Deerhunter soigne si peu ses shows avec d’aussi bonnes chansons.

    • C’était quoi, la capacité de la salle ? 500 places ? Une vraie joke : notre hommage à Floyd attire 2 fois ça facile en région !

      Faites le calcul de ce qui reste pour ’soigner un show’ avec à peine 10 mille piasses de revenus bruts pour un band qui arrive d’Alabama ! Money Talks.

      Même à 6 musiciens + vidéo, samples, etc., avec le show hommage il se trouve toujours qq pour dire que telle bébelle scénique enlève 20 piasses de cachet chacun, et qu’on devrait l’enlever…

      Pour faire un vrai show rock, ça prend du 5,000 entrées. Là on jase.

    • 5000 places ? Pas tant que ça.
      Maintenant, les technologies coûtent beaucoup moins cher, il y a moyen d’être créatif avec peu. Or il y a une différence entre peu et rien. Et Deerhunter n’a rien à offrir en tournée sauf un band de garage.

    • J’y serais bien allé faire un tour, après un appel pour obtenir des infos malheureusement le set up est le suivant quelques places assises au parterre et apparemment le balcon réservé au membres du FMA et la majorité de places assises avec.

      L’art de se tirer dans le pied.

    • Pour répondre a la question pourquoi Djmawi Africa suscite moins d’intérêt que Hindi Zahra ?
      La raison est simple c’est “la chance”. Hindi Zahra est d’abord installée à Paris depuis fort longtemps elle a enregistrée ses chansons depuis très longtemps et celles-ci ont étaient mises en ligne sur son myspace tournant en free depuis plusieurs mois. Jusqu’au jour où la bande de Radio Nova s’empare d’un de ses titres “beautiful tango” qu’il va tourner en boucle, voir matraquer durant plusieurs semaines sur cette radio. S’ensuivirent quelques concerts dans de petites salles parisiennes avec une grosse promo orchestrée toujours par Nova. Puis on décide de sortir l’album et c’est parti pour Hindi Zahra. Donc, si par chance, un titre de Djmawi Africa sur leur Myspace fera flasher un programmateur d’une radio réputée, soyez sûr que c’est le buzz.
      Djmawi Africa installez vous à Paris et faites-vous connaître et bonne chance.

    • @vanbasten

      L’art de se tirer dans le pied ? Les 4/5 des concerts rock se voient debout. Pourquoi pas celui-là ? J’y étais hier. Vraiment pas le genre de show à voir (absolument) assis. C’était d’ailleurs très bon, meilleur que je ne le croyais.

      @bledconnexion

      Bien sûr, c’est la chance, et c’est le choix courageux de rester dans un pays qui a souffert et qui n’est pas encore sorti de ses souffrances. Personnellement, je souhaite à ce groupe de rester à Alger et d’obtenir le succès mondial qu’il mérite.

    • Je sais bien que la plupart des salles qui présentent des concerts rock n’ont pas ce luxe mais lorsqu’un endroit est capable d’offrir les deux c’est à dire un parterre pour ceux qui veulent se dégourdir les jambes et un balcon pour les plus pépères d’entre nous comme c’est le cas à l’Astral. Je trouve plutôt ordinaire qu’on empêche l’accès au balcon.

      Perso, taper de pied c’est amplement en masse pour moi. Du reste c’est ce qui faisait le charme du défunt Spectrum d’avoir le meilleur des deux mondes c’est à dire un vaste parterre qui pouvait se transformer en plancher de danse (dans les formes les plus diverses) tout en conservant des espaces avec sièges avec une bonne vue sur la scène.

    • Ah oui j’oubliais !

      Est-ce que c’était plein finalement, vous sembliez être pessimiste quant au pouvoir d’attrait du groupe ?

    • Oui c’était plein à craquer. Il faut comprendre le FMA de ménager ses dignitaires cette fois. La plupart d’entre eux, même ceux issus de la communauté arabe ou maghrébine, ne savait rien de Djmawi Africa. Les jeunes Québécois d’origine algérienne, eux, semblaient parfaitement au courant. Et ils n’avaient nullement envie de s’asseoir. Vous savez, vanbasten, je ne pourrais exercer mon métier si j’exigeais de m’asseoir. Les musiques plus exigeantes (jazz, classique, chanson d’auteur, etc.) impliquent des places assises. Mais le reste ? Franchement, c’est rarissime.

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