
Pavement sous une pluie de cervoise à Osheaga, photo David Boily
Pas besoin d’estimation officielle pour observer l’affluence accrue au parc Jean Drapeau : plus ou moins 25 000 personnes, saura-t-on finalement en fin de soirée. C’était un peu moins que Coldplay le samedi de l’édition 2009. Mais bon, Coldplay étant beaucoup plus grand public qu’Arcade Fire, Pavement ou The National, voilà une bonne nouvelle pour la musique indie.
Tout concorde enfin pour cet événement qui a eu des débuts plutôt laborieux, qui a mis cinq ans avant de trouver sa véritable vitesse de croisière. On peut dire que c’est chose faite. Osheaga peut se comparer aux autres manifestations estivales de facture indie.
L’aire fermée du parc Jean-Drapeau comporte quatre scènes très courues, sans compter la zone Picnic Elektronik. Les comptoirs de nourriture y sont plus diversifiés qu’avant, on sent les assises de cette organisation plus solides que jamais elles ne l’ont été auparavant.

Après une heure de magasinage, j’ai ouvert l’ordinateur portable dans les estrades de la scène Verte, pendant les tests de son de Jamie Liddell et ses musiciens qui n’ont cessé de nous balancer des fragments de standard, de Coleman Hawkins à Dionne Warwick. Un peu plus tôt, j’y ai vu un petit tit bout très vitaminé du tandem Japandroids- guitare/chant et batterie.
Encore plus tôt, j’ai été témoin d’une trentaine des 40 minutes du rapper canadien K’Naan, moins format familial sur scène que je ne l’aurais cru. Son band est loin d’être vilain, c’est quand même plus que de la jolie pop politiquement correcte pour la coupe du monde de foot.
Quant au chanteur britannique Jamie Lidell, son band est compétent à n’en point douter. De bons musiciens (from Brooklyn) qui maîtrisent plusieurs genres à la fois, mais dont la facture finale et dont la mission essentielle sont essentiellement funk. Avec un brin d’attitude rock, et un petit numéro de beatbox et chant simultanés dont les pistes de chant et de percussions bucales s’échantillonnent en direct.
Sous un soleil de 18h qui tape encore, l’effet d’une telle performance est quand même atténué. La pénombre serait souhaitable. Elle finira bien par arriver mais Jamie sera reparti… et reviendra en septembre pour y défendre de nouveau le contenu de Compass, son nouvel album.
Bon, on peut dire que le volume et l’intelligibilité du son ne sont pas parfaits à Osheaga mais me semblent acceptables. Bien sûr, les performances rock sont avantagées par rapport à celles, plus sophistiquées (et, il faut le dire, plus conformiste que je ne l’aurais cru, sauf la séquence en solo) d’un Jamie Lidell, pour citer cet exemple qu’on a sous les yeux et dans les oreilles.
Vers 19h, petit arrêt chez Marie-Pierre Arthur, qui nous revient, quelques mois après avoir enfanté. Devant la scène des Arbres, les fans francos se présentent en majorité pour voir la bassiste et chanteuse reprendre du service. Sympathique, peut-être pas dans les conditions idéales… et on a déjà entendu tout ça.
Et on se dirige illico vers la scène de la Rivière pour y voir renaître Pavement, quelques siècles après son apogée. Enfin… près d’une une couple de décennies, mettons. Au tournant des années 90, ces Californiens nous concoctaient de très bonnes chansons (une compilation récente en témoigne), leurs enregistrements avaient un angle esthétique particulièrement intéressant – post-grunge, lo-fi et toutes les étiquettes que vous voudrez.
En 2010, les six gars ne témoignent d’aucune amélioration technique (le rythme ralentit parfois, les guitares sont approximatives et que dire des voix) mais bon, ils ont l’air heureux et ils ont l’air de rendre heureux leurs dizaines de milliers de fans.

The National, photo David Boily, La Presse
L’an dernier, c’était Elbow qui jouait à Osheaga le rôle de The National samedi. Avec un constat relativement similaire : un peu trop raffiné pour une scène extérieure, en tout cas dans le contexte où plusieurs groupes doivent s’installer à tour de rôle sur une même scène.
On a mis près de la moitié de cette performance pour entendre convenablement la section de cuivres et l’alto, dont la tâche était d’étoffer la facture de ce superbe quintette from Brooklyn.
Ce fut néanmoins une performance vibrante, bien sentie, Matt Berninger et ses potes se sont donnés à souhait. Nous avons eu droit aux meilleurs titres de High Violet, un des plus beaux albums de chanson rock en 2010 (sans compter quelques bonus des albums précédents). Plus j’écoute The National, plus j’aime, plus j’en découvre la profondeur.
Et je suis certain qu’on aura droit à beaucoup mieux au retour de The National en salle dans un avenir proche, tel qu’annoncé par le chanteur en interview.

Win Butler sur la scène de la Rivière
Impressions à chaud ? Ce samedi au parc Jean-Drapeau, je voyais Arcade Fire pour la troisième fois depuis l’amorce de ce nouveau cycle.
Honnêtement, je crois que la performance donnée au Festival d’été de Québec m’a le plus impressionné des trois. Le premier spectacle à Longueuil était plutôt quelconque, mal sonorisé, pas encore rodé.
Celui de Québec fut très spécial, c’était la première fois que le groupe Montréalais était la tête d’affiche d’un spectacle aussi considérable. L’invitation de la formation haïtienne RAM au rappel avait aussi quelque chose de très touchant pour le sympathisant d’Haïti que je suis. Plus de monde sur les Plaines (45 000 plutôt que 25 000), plus gros écrans avec une meilleure définition sur les côtés de la scène, excellente sono… et à peu près le même spectacle à Montréal sauf exceptions, notamment Sprawl II (Mountains Beyond Mountains), joueé pour la première fois en public dans la série de rappels – ce qui n’était pas la meilleure décision au programme.
Ce fut quand même un très bon show. Les films derrière le band ont été choisi avec goût et discernement. L’ajout de violons sur scène (Owen Pallett) aurait pu être mieux mis en évicence par la sono, mais on convient que ce fut plus difficile dans un contexte de festival du genre. La ferveur tragicomique de tous les membres d’AF fut toujours aussi remarquable.
J’en connais qui ne se lassent pas de voir le même concert de leurs artistes préférés. Ce n’est pas mon cas. Une fois ou deux, ça suffit et on passe à un autre appel. À moins que ce soit ZE groupe. Ne vous y méprenez pas, j’aime beaucoup AF mais je ne crois pas encore que ce soit une formation de la trempe des plus marquantes. Au prochain album, on pourra peut-être se prononcer si un autre album du niveau de Funeral émerge du labo.
N’ayez crainte, fans d’AF, je crois que le nouvel album est très bon, sans transcender le genre pour autant – un 3 1/2 étoiles fort … ou un 4 étoiles faible. Funeral demeure le meilleur album des trois. The Suburbs est à mon sens le deuxième. Neon Bible le troisième. Franchement, ceux et celles qui voient en The Suburbs un autre OK Computer m’étonnent…
Où est le problème au juste ? On n’attend pas le messie.
Cela étant, les fans montréalais (qui n’ont pas assisté aux représentations de Québec, Sherbrooke ou Longueuil) en ont eu en masse pour leur argent. On peut aisément conclure que ce fort bon spectacle a été à la hauteur des attentes de celles et ceux qui n’avaient encore rien vu, et même les autres comme bibi.
Une heure et demi d’intensité, feux d’artifices du samedi soir en prime.
Arcade Fireworks, blaguaient des fans anglos!
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