
Lorsque je suis sorti du Centre Bell, mercedi soir, c’était le party. Pas à peu près.
Je traverse la rue, aperçois la première d’un long cortège de voitures à bord desquelles des fêtards survoltés postillonnent et gueulent leur joie. Sur la portière de ce premier char de l’allégresse, une pancarte À VENDRE est collée.
Coudon, la gars profite-t-il de cette parade improvisée pour vendre sa bagnole ??? Je regarde de plus près sous la petite annonce, un nom a été ajouté à la main sur l’affiche: CAREY PRICE.
Je mettrai ensuite 45 minutes pour sortir ma voiture du traffic. Qu’est-ce que ça sera si le CH bat les Penguins ???!!!!
Bon bon… Rembobinons le film de la soirée, et retrouvons-nous à l’approche de 20h. Je me sens alors un peu frustré de rater la majeure partie du septième match, me pointer au Centre Bell, pénétrer dans le temple quelques minutes après le but de Bergeron qu’on m’a décrit à la radio AM.
Ciboulo, Gabriel est mieux d’être bon ! Puis je vois cette foule peuplée de gens de mon âge. Des quadras et des quinquas en majorité absolue… quelques poches de jeunes adultes et autres trentenaires… Ben coudon.
Je me dis alors que Peter Gabriel n’est plus jugé cool par les jeunes, je m’en désole un tantinet. Le sexagénaire a cessé de recruter depuis 2002, année de la sortie de son dernier album original. Enfin… on peut convenir que l’ex-Genesis n’a pas chômé pour autant – label, studio, musiques de films, festivals, causes humanitaires,etc.. Cela étant, ne sortir que trois albums de chansons originales entre 1986 et 2002 (So, Us, Up), c’est trop peu pour garder la main. On peut comprendre que les jeunes ne soient pas au rendez-vous, quoi qu’on pense du legs de PG.
Scratch My Back ? Cet album de reprises avec orchestre n’intéresse que son auditoire déjà conquis depuis des lustres et encore. Une part importante des fans de Peter Gabriel n’écoute pas de musique instrumentale complexe, et cette part est restée tiède à l’écoute de cette entreprise orchestrale.
Pour plusieurs nostalgiques des grandes époques qui ne se sont pas convertis (avec l’âge et l’expérience) à la musique classique, au jazz et autres formes plus complexes de l’expression sonore, pas sûr que Scratch My Back soit particulièrement fédérateur…
Il s’en trouve même encore un contigent d’hypernostalgiques à regretter les années Genesis et, on s’en doute bien, réprouver le déroulement de toute moquette symphonique. Juste derrière moi, il y avait ce subtil gaillard qui ne se gênait pas pour passer des remarques du genre: “De la musique de même, c’est bon avant d’aller à’messe…” Excellent sujet pour la rubrique “Ah ferme-la donc!” dans la chronique de mon collègue Ronald King.
Ainsi donc, Scratch My Back, un album de versions sorti cet hiver, fut l’amorce de cette ambitieuse tournée de Peter Gabriel avec grand orchestre.
Pas de band rock avec tapis orchestral comme c’est souvent le cas dans le rock symphonique. Seul un orchestre symphonique sous la direction de Ben Foster (surtout ne pas confondre avec David Foster!) et dont les arrangements ont été signés John Metcalfe. Très beaux arrangements, impeccale direction d’orchestre, étonnante performance de Gabriel, supérieur sur scène à ce qu’il nous offre dans son récent album de reprises.
On doit souligner au demeurant que le succès de cette entreprise est grandement attribuable à ses orchestrations. Le choix des chansons, d’accord. La voix de Gabriel et la qualité de son interprétation, bien entendu.. Les orchestrations, assurément.
Élégance, pointes de complexité, jeu subtil de références, utilisation judicieuse des instruments et des sections de l’orchestre. Aucune pompe au programme, où si peu – L’Ode à la joie de Beethove citée dans l’incontournable Solsbury Hill (une des moins réussies à mon sens, et ce malgré l’enthousiasme des fans) et les arrangements plus prévisibles de Philadelphia (Neil Young).
Exemples probants ?
* Violons servis en hachures délicates sur Heroes (David Bowie).
* Violon et clarinette mis en évidence dans The Boy in the Bubble (Paul Simon).
* Subtil arrangement dans Mirrorball, une de mes préférées d’Elbow.
* Cuivres rutilants sur la poignante Flume (Bon Iver).
* Choeurs avec Listening Wind (Talking Heads).
* Arrangements élaborés en plusieurs “mouvements” pour My Body Is A Cage (Arcade Fire), mouvements d’ailleurs difficiles à saisir chez plusieurs fans qui ne cessaient de présumer de la fin de la pièce… et applaudissaient trop tôt.
* Dénuement approprié sur I Think It’s Going to Rain (Randy Newman)
* Superbe finale sur San Jacinto.
* Clarinette basse proéminente dans Digging in the Dirt.
* Métallophones et choeurs féminins (Melanie Gabriel, jolie voix avec certaines carence en tant que soliste, et la chanteuse norvégienne Ane Brun, très talentueuse), le tout coiffé de salves de trombones, tubas et trompettes sur Mercy Street.
* Superbe dynamique orchestrale, très contemporaine, sur The Rhythm of the Heat.
Et ainsi de suite…
La performance s’est terminée avec l’instrumentale The Nest That Sailed The Sky, tirée de la trame sonore Ovo, conçue par Gabriel pour le Millenium Dome Show.
En ce qui me concerne, le chanteur britannique a gagné son pari de chanter “with strings”, un sort que l’on réserve généralement aux artistes pop devenus classiques et dont le rayonnement peut justifier les coûts d’un orchestre aussi considérable. Gabriel n’échappe peut-être pas à ce destin de “vieux”, il en évite néanmoins les écueils de la prévisibilité.
Non seulement a-t-il réussi à interpréter bellement le matériel des autres, mais encore a-t-il su relire son propre répertoire dans la même foulée – ce qu’on n’avait, d’ailleurs, pas entendu jusqu’à ces représentations montréalaises. J’oserais même ajouter que les versions symphoniques de ses chansons étaient même plus vibrantes que les précédentes. Question d’échauffement ? Fort possible.
Qui plus est, sa voix est encore très puissante, corrige même les faiblesses repérables sur l’album – plusieurs ont été déçus par sa version très mince de Street Spirit (Radiohead) , faut-il le rappeler.
La suite maintenant ? Pour revenir vraiment sur les rails, Peter Gabriel nous doit maintenant une bonne douzaine de chansons originales. Rien de moins.
Liens utiles:
Sur Ben Foster
Sur John Metcalfe
Le compte-rendu d’Alain De Repentigny
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