Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Jeudi 25 mars 2010 | Mise en ligne à 19h21 | Commenter Commentaires (24)

    Brad Mehldau : Highway Rider

    mehldau-highway-rider

    Highway Rider, très ambitieux CD double de Brad Mehldau  réalisé par John Brion, vient d’être rendu public sur Nonesuch. Voilà un des albums les plus attendus sur la  planète jazz.

    À l’heure où ce genre musical extrêmement important voit vieillir ses auditoires – sauf les étudiants en musique et une minorité de jeunes mélomanes ouverts à autre chose que de la musique purement générationnelle (même dans le champ gauche de la pop culture, j’en ai bien peur),  le pianiste américain fédère bien plus que la gent jazzistique.

    Pour arriver à ses fins,  il fut le premier à transformer les chansons de Radiohead en standards de jazz, mais il a fait beaucoup plus en proposant une musique des plus raffinées. Depuis Songs, un album paru il y a une décennie, quantité de jeunes musiciens de jazz ont suivi son exemple et fait évoluer le répertoire en s’appropriant  la musique indie de leur génération.

    Oui, le jazz a cruellement besoin de ces renforts, on ne le dira jamais assez. Oui, je crois sincèrement que le lectorat de ce blogue a tout intérêt s’initier au jazz, du moins à celui qui témoigne de la période actuelle.

    Toujours dans le peloton de tête à ce titre, Brad Mehldau met de côté son fameux trio et va de l’avant avec un projet multipolaire.

    Highway Rider m’a exigé plusieurs écoutes (au moins cinq)  avant de me faire une tête et de me prononcer. Vraiment beaucoup de stock à absorber, 15 pièces qui débordent largement cet art renouvelé du trio qu’il a imposé depuis les années 90.

    Le plus célèbre des pianistes de jazz de cette génération devait aller de l’avant. Sortir de sa zone de confort. Bousculer ses paramètres. Cette fois, il a réussi.

    Jusqu’à cette sortie, je n’ai jamais été profondément séduit par ses albums en solo, avec des formations plus considérables ou autres expériences classiques comme ce duo assez ordinaire avec la soprano Renée Fleming. Toujours cette impression de travail inachevé, vraiment pas à la hauteur de de son travail en trio.

    Souvenez-vous de Largo, un projet lancé en 2002, réalisé par le Californien John Brion. L’idée était excellente, pourtant: mélanger les genres et instrumentations et plonger enfin dans un jazz électrifié qui nous sort des passes instrumentales jazz-rock pour talk-shows télévisés. Or Largo était demeuré à mon sens un chantier, une construction inachevée.

    Cette fois, ce Highway Rider, de nouveau réalisé par John Brion, est à prendre au sérieux. Vraiment.

    Le pianiste américain y  présente des pièces originales de différentes configurations – musiques pour trio, solo, quartette, orchestre, équilibre remarquable entre écriture et improvisation. Hormis son trio (Larry Grenadier, contrebasse, Jeff Ballard, batterie), Mehldau a usé d’outils supplémentaires pour cet ambitieux road trip de l’imaginaire où défilent les paysages soniques : orchestre symphonique sous la gouverne de Dan Coleman, participation du célébrissime saxophoniste Joshua Redman (ténor et soprano), du batteur Matt Chamberlain (de style plus lourd et capable de reproduire parfaitement les rythmes drum’n’bass), sans compter l’orgue, le clavier électronique (Yamaha CS-80), des battements de mains, des voix d’enfants, j’en passe.

    Au programme, donc, le jazz de Brad se fond dans un riche amalgame de  musiques contemporaine, impressionniste, romantique, évocation sensible de feu Elliott Smith (à qui il dédie Sky Turning Grey), jazz actuel.  Entièrement composé et arrangé par Brad Mehldau, ce vaste récit orchestral magnifie l’idée que le pianiste se fait du jazz en tant que créateur.

    John Fordham du Guardian se perd en dythyrambe (5 étoiles!), je n’irai pas jusque là. Ce samedi, je me suis arrêé à 4, j’ai applaudi sincèrement… avec de petites réserves au bout de nombreuses écoutes. Cette fresque n’est peut-être pas assez cohésive en ce sens qu’elle exprime davantage les intérêts musicaux de Brad Mehldau qu’une intégration achevée à travers un seul projet. Par ailleurs, les éléments “symphoniques” font état d’arrangements relativement sommaires, qui ne dépassent que rarement le statut de complément.

    Je souhaite néanmoins que cet Highway Rider soit présenté en version intégrale à ce festival montréalais qui prétend être le plus important de tous. Où plus tard dans le volet “jazz à l’année” du FIJM.

    Pour plus d’informations avant de vous procurer cet album:

    La présentation sur l’étiquette Nonesuch

    Le site officiel de Brad Mehldau


    • C’est bien ces petits incursion de temps à autre dans le monde du jazz, ça nous fait découvrir d’autres artistes et d’autres genres, j’ai connu Joshua Redman grâce à ce blogue. continuez votre bon travail, merci!!

    • Je vais prêter une oreille fort attentive à cette offrande de monsieur Meldhau. Un autre album sur lequel je vais très bientôt mettre la patte, après en avoir entendu un extrait : The Way of the World, de Mose Allison, réalisé par Joe Henry, un musicien issu de la pop, comme Brion, mais tendance americana.

      http://www.moseallison.net/mpeg/Mose_Allison_My_Brain_128.mp3

    • @ stef27 Soit dit en passant Mehldau fut jadis pianiste dans un des ensembles de Redman.

      Toujours dans les ancieurs collabos de Redman vous y retrouverez le batteur Brian Blade dont on vous recommande chaudement de suivre ses prestations que ce soit sur CD ou encore mieux en chair et en os

    • Si je me fie au site, il semble que le conjoint de Fleurine sera en tournée Européenne pendant une bonne partie de l’été de mai à la mi-juillet.

      Donc il semble qu’on devra en faire notre deuil pour cette édition.

      Curieusement une coquille se glisse sur son site alors qu’on mentionne sa participation au Festival de Montreux le 4 juillet en mentionnant la ville de Montréal !

    • C’est drôle, j’ai failli acheter ce cd aujourd’hui, je me suis dit que ce serait un sequel de Largo et j’ai laissé faire.
      J’avais écouté des petits extraits de 30 secondes, mais quand ça peut prendre 5 écoutes de l’album pour se faire une idée…
      Donc: go!

    • @ Alain
      pendant qu’on est dans le jazz, une petite opinion rapide sur l’album de Paul Motian, C.Potter et J.Moran (Lost in a dream)? Beaucoup de ballades il me semble. Avec Potter en vedette, je ne suis pas certain que ce soit le match parfait.
      Un autre que j’ai failli mettre dans le panier aujourd’hui…

    • J’ai écouté des extraits sur Itunes.
      Ce sera un achat! Petite question pour vous : Pouvez-vous donner votre opinion sur le plus récent album de Dave Holland?
      Merci!

    • Ma femme possédait déjà des albums à lui quand je l’ai connue il y a une dizaine d’années; c’est donc dire qu’il a joué beaucoup à la maison depuis… Merci de nous tenir au parfum de son évolution; ça sera un achat dans un proche avenir.

    • Intéressant. Ça me prenait justement un CD de Jazz pour la route (longue route!). J’ai toujours apprécié ce que Mehldau faisait, mais voilà quelques années que ne n’vais pas pris le temps d’écouter un de ces CDs.

      Hey, je suis jeune et j’aime le jazz! :-)

    • @boogie

      je n’ai pas écouté encore Lost in a Dream, mais, si vous ne l’avez pas écouté, je recommande les deux albums Live at Village Vanguard Vol. 1 et Vol. 2 (Winter & Winter, 2007) du même Paul Motian avec Greg Osby et Chris Potter…du bon jazz “alambiqué”…

    • Ai aussi écouté ce “Highway Rider” plusieurs cinq fois et je trouve également que cette ambitieuse proposition du sieur Mehldau donne un résultat fascinant. Pourtant, généralement, les ensembles de cordes, ça ne fonctionne pas vraiment en jazz. Même les plus grands s’y sont, me semble-t-il, un peu cassé les dents, les Charlie Parker, Clifford Brown, Art Pepper pour ne nommer que ceux-là. Lee Konitz, dans un hommage à Billie Holiday (Strings for Holiday, disque Enja) y avait un peu mieux réussi. Mehldau, lui, réussit à créer des climats jazzistes bien foutus tout en intégrant les cordes avec beaucoup de soin et de modernité. Appelons cela une… oeuvre. J’ai ét particulièrement impressionné par “Don’t Be Sad”, une longue et belle ballade qui met Joshua Redman bellement en évidence.

      Parmi les autres enregistrements du pianiste, j’ai beaucoup aimé le “Live in Tokyo” en solo (disque Nonesuch). Que je sache il est le seul, ou en tout cas un des rares, à faire des reprises du regretté folksinger anglais Nick Drake. Il y en a deux sur ce disque, tout à fait réussies, de même que des interprétations de haut niveaux des standards “How Long Has This Been Going On” et “Monk’s Dream” se perd un peu. Un bien bel album de piano.

      Et tant qu’à être dans les nouveautés, je porte à votre attention la nouvelle parution du grand Ralph Towner en duo avec le trompettiste italien Paolo Fresu. Jazz de chambre, musique intimiste de grande qualité.

      Au plaisir,
      :)

    • Je viens de me faire une soirée Spotify en compagnie de Brad Mehldau. Que c’est beau!

    • Je suis content que M. Brunet parle de jazz sur son blogue. Pour toutes sortes de raisons le jazz est ma musique favorite…Et Brad…J’ai très hâte d’écouter Highway rider…
      @ M. Brunet: pour ce qui est de Largo, il me semble que certains morceaux sont réussis (malgré ce côté chantier que vous soulignez avec justesse) notamment, de cet album j’aime beaucoup la première pièce When it rains….le travail du batteur Matt Chamberlain (tiens, tiens) est selon moi remarquable.
      Je suis d’accord avec vous ses projets solos m’allume moins (quand on compare avec les solos de m’sieur Jarret).
      mes préférences pour Mehldau c’est en trio , surtout songs et anything goes.
      J’aime aussi beaucoup les deux albums qu’il a fait avec Pat Metheney, que vous avez critiqué bien durement il me semble (toute cette formidable joie de jouer ensemble qui s’entend à chaque note, ll me semble que c’est au coeur du jazz) m’enfin, je comprends votre sévérité avec les plus grands…Pour en revenir à Largo, peut-être était-ce le brouillon nécessaire pour en arriver à cet Highway rider qui jouera assurément dans ma salle d’écoute ce week-end.

    • Il sera dans mon coin en mai mais pour un tout autre projet, semble-t-il. À l’Opéra avec la mezzosoprano suédoise Anne Sofie von Otter. Leur projet Love songs peut-être?? J’ai cherché et ne trouve rien de cet opus à écouter…Ça vaut le coup? En tout cas, Mehldau ne semble pas craindre le mélange des genres…

    • Petite info pertinente à défaut de Mehldau cette année Herbie Hancock sera des notres le 27 juin, pas d’info avec qui cependant il performera.

    • @vanbasten

      Merci de vos infos. Je suis un peu dans le jus pour en rajouter bien long (serai à Rio dès lundi héhéhé), mais je déplore qu’une telle entreprise ne soit pas présentée à Montréal cet été. On aurait peut-être dû prévoir le coup, non ? Sauf la série Invitation et quelques exceptions, les grands coups du FIJM ne sont plus très jazzistiques… Or, qui d’autre que notre big festival a les moyens de produire un tel projet sur scène ?

    • @ Alain Brunet

      Mehldau est quand même assez “big” ici pour remplir les salles donc à moins de conflit d’horaire, je suis convaincu qu’on l’aurait invité. Dans ce cas-çi il est booké en Europe peut-être on l’aura à l’Astral ou à Maisonneuve pour l’automne.

      Je ne suis pas le plus grand fan de Spectra, vous avez déjà reçu mes montées de lait à ce sujet. Le problème de booking est surtout pour les talentueux no-names à la Henry Threadgill et Mulgrew Miller que les éclaireurs semblent se contreficher et ignorer trop souvent.

      On va cependant leur donner crédit sur papier les trois spectacles programmés au printemps (Cindy Blackman, Marcus Miller et surtout David Binney) demeurent une assiette alléchante et somme toute assez originale.

      PS Un peu cruel de nous parler de Rio alors qu’on se les gèle, bon voyage au pays de Caetono Veloso.

    • Après une seule écoute, je suis d’accord, un bel album !

    • Brunet a dit:

      “Oui, le jazz a cruellement besoin de ces renforts, on ne le dira jamais assez.”

      Et comment voulez avoir ses renforts quand le “ce festival montréalais qui prétend être le plus important de tous” (le verbe important ici est évidemment “prétendre”) ne présente absolument aucun concert de jazz gratuitement, là où la majorité du public non initié au jazz va en grand nombre?

      Ils prennent carrément le grand public pour des cons en ne leur offrant généralement que du mcdonald auditif.

    • Allons-y pour mon grain de sel…
      J’ai écouté trois fois le dernier opus de Mehldau et malheureusement, je dois dire que je ne partage pas votre enthousiasme. D’une part, l’album est trop long: on aurait peut-être pu tirer la matière d’un disque, plus “tight”. Là, j’ai par endroit une impression de remplissage.
      Le plus gros problème, à mon avis, se situe au niveau de l’écriture. Il est clair que Mehldau a des ambitions et que celles-ci se situent à un niveau extra-jazzistique. Je l’avoue, je ne crois pas aux mélanges qui, au mieux, donnent un résultat “cute”, et au pire, un ramassis des pires clichés et qui en plus évacuent les qualités intrinsèques de chaque style. Ici, j’ai l’impression d’entendre quelqu’un qui ressasse des clichés pseudo-classiques dans une écriture bien maladroite et qui tente de relever la sauce avec des petits motifs rythmicos-mélodiques, toujours les mêmes. Mehldau se fait un point d’honneur de nommer des compositeurs allemands du 19e siècle (Brahms, Schumann, Richard Strauss…) Quiconque connaît bien ces compositeurs entendra immédiatement que Mehldau ne connaît pas réellement cette musique, qu’il ne fait qu’imiter quelques effets et qu’il produit finalement une musique de film somme toute assez médiocre (on peut d’ailleurs se demander pourquoi Mehldau semble vouloir se cautionner avec ce name-dropping comme si faire du vulgaire “djazz” n’était pas assez pour lui et qu’il se situait au-dessus de ca…). Par endroit, on entend une sorte d’”americana”, à la Copland. Pourquoi pas… Mais un Bill Frisell avec des moyens techniques bien moindres que Mehldau fait beaucoup plus fort.
      Bref, pas ma tasse de thé.
      Je remarque d’ailleurs que Mehldau n’a pas produit quelque chose de vraiment concluant depuis quelque temps. Aurait-il tout dit ce qu’il avait à dire? Pourvu qu’il ne fasse pas comme l’autre emmerdeur (un certain Keith J…) et qu’il ne nous ressasse pas la même chose pendant vingt ans…

      @ boogie
      Le Motian-Potter-Moran sur ECM est excellent… mais TRÈS smooth… Moran y est Paul Bley-esque à souhait, Potter est, comme toujours, parfait et Motian continue son travail de coloriste. Mais ne vous attendez pas à une avalanche de swing…

    • @jaypee2
      j’écoute pour la première fois Mehldau en écrivant ceci et je n’ai pas du tout l’impression d’entendre les pires clichés, ni une musique de film assez médiocre.
      Ces petits motifs “rythmicos-mélodiques”, je les trouve tout à fait bien intégrés au concept et pas répétitifs du tout.

      bon… les dangers d’écrire avant d’avoir fini l’écoute. J’en arrive aux dernières pistes du cd1, c’est vrai que la partie symphonique est un peu moins réussie et un peu pompière.

      Je vais me procurer l’ECMien Motian la semaine prochaine…

    • @ boogie

      Quand je parlais “des pires clichés”, je ne parlais pas du disque de Mehldau mais bien des “musiques fusionnelles” où chacun reste sur son quant-à-soi et où au lieu d’une fusion, on assiste à un petit flirt mignon…

      Pour ce qui est du Motian, vous m’en donnerez des nouvelles.

      À venir sur ECM, un concert enregistré au Birdland il y a quelques mois réunissant Lee Konitz, Brad Mehldau, Charlie Haden et Paul Motian… On parle d’automne 2010… Vivement que l’été arrive et se termine…

    • Je profiter de ce blogue pour vous informer d’une bonne nouvelle côté jazz. Le trompettiste Tomasz Stanko sera parmi nous le 3 juillet.

    • Avis aux amateurs de jazz, voici un petit avant-goût du festival avec les spectacles de la série Jazz dans la nuit.

      VIJAY LYER , NILS PETTER MOLVAER , WALLACE RONEY QUINTET , DAVE DOUGLAS & KEYSTONE, PUNK BOP ! , ADAM RUDOLPH QUINTET , TOMASZ STANKO QUINTET, KHUN/BARON/FINCK et le CHRISTIAN SCOTT QUINTET

      Pas mauvais sans être génial comme sélection, ah oui le Khun serait Steve et non Joachim, bien content de revoir Douglas, À part le NPM qui me laisse indifférent, je finirai volontiers mes soirées au Gésu pendant le Festival, reste à savoir si les autres séries vont nous offrir un haut quotient de jazz ?

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