Alain Brunet

Archive du 24 mars 2010

Mercredi 24 mars 2010 | Mise en ligne à 7h43 | Commenter Commentaires (34)

YouTube et les musiciens indépendants

musicanswanted

Au festival South By Southwest, qui est aussi devenu une mecque des nouveaux médias en plus d’être (d’abord) le plus grand festival américain  de la musique émergente, le tout puissant hébergeur YouTube a  annoncé le lancement imminent de Musicians Wanted, un programme destiné aux musiciens indépendants qui ne sont pas encore sous contrat avec un puissant label ou  qui  préfèrent éviter le “vieux monde” de la musique.

Wired et Numérama rapportent que ce programme consiste grosso modo à une sélection de clips indépendants à partir desquels on pourra générer un buzz , soit un nombre accru de clics… et des recettes publicitaires à la hausse par voie de conséquence. On en déduit que l’intensité de la circulation du contenu en déterminera la valeur marchande.

Jusque là, ce programme a l’air alléchant. Enfin une alternative sérieuse à cette music business qui résiste encore aux nouveaux médias ou ne s’y adapte que par dépit.

Hmmmm… pas si sûr. Pourquoi émettre des doutes ?

Primo, le partage des revenus. J’aimerais bien savoir la nature exacte du partage des revenus publicitaires préconisé par le programme Musicians Wanted. Numérama parle de la moitié des revenus, Wired se fait plus discret sur la question.

Secundo, la  domination de l’image sur le son. Avec Musicians Wanted, c’est le produit audiovisuel qui l’emporte. Si vous crééez  de la super musique et que vos images s’avèrent moins super, vous ne serez pas sélectionné. Musicians wanted ? Vraiment ?  Ce programme pourrait avoir tôt fait de devenir un méga combat des clips en ligne, plutôt qu’une quête de très bonne musique émergente.

Tertio, la direction artistique. Sur quelle base se fera-t-elle ? Selon quels critères?  Similaires à ceux des majors qui n’en ont que pour les tubes à très forte circulation ? Il faudra juger au résultat avant de se prononcer sur la qualité de la direction artistique, sa capacité à assurer la diversité des proposititions. Permettez-moi d’émettre de sérieux doutes.

Quarto, le contrôle du marché des contenus en ligne. Pourquoi doit-on laisser aux hébergeurs de contenus le pouvoir de déterminer les règles du jeu économique avec leurs fournisseurs de contenus ? Si les gouvernements ne fixent pas les paramètres de rétribution aux hébergeurs de contenus audiovisuels, c’est-à-dire un prix plancher acceptable que YouTube et consorts devront consentir aux créateurs, se retrouvera-t-on avec des nouveaux médias aux pouvoirs démesurés face aux créateurs de contenus ?

Enfin, la grande question: YouTube  cherche-t-il à devenir un prototype de la multinationale de la musique nouvelle mouture, avec pour conséquence le même type de formatage qu’on reproche aux plus puissants acteurs de cette industrie en crise ?

À l’heure où MySpace et FaceBook sont à repenser leurs services en ligne pour les artistes indépendants, à l’heure où naissent de nouveaux services de même type, je pense à BandCamp et SoundCloud, YouTube ne veut certes pas perdre sa position dominante et essaie d’implanter de tels programmes.

Pour l’avancement et la démocratisation de la culture, on repassera.


Musicians Wanted ou bien encore… beaucoup plus de fric et de circulation wanted ???

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