Alain Brunet

Archive du 20 mars 2010

Samedi 20 mars 2010 | Mise en ligne à 16h47 | Commenter Commentaires (35)

Rufus global

All days are

Ce qui me frappe d’abord à l’écoute de cet All Days Are Nights: Songs For Lulu, déjà porté aux nues, c’est le coefficient de difficulté qu’exigent le chant et le jeu pianistique simultanés.

Pris isolément, le jeu de Rufus Wainwright n’est certes pas supérieur à la plupart des très bons étudiants admis dans les conservatoires, il ne se démarquerait dans aucun concours important en piano classique.

Or, jouer ainsi tout en chantant son propre matériel, c’est autre chose.

Notre Rufus peut rivaliser sans problème avec les Joe Jackson, Billy Joel, Michel Legrand, Harry Connick Jr et autre Jamie Cullum en atteignant un tel niveau de précision et d’efficience technique.

Voilà à mon sens  le véritable exploit de l’artiste montréalais (et new-yorkais d’adoption) dans ce nouvel opus.

Ajoutons à cette performance d’exception ces nouveaux textes ratissant le côté sombre de l’imaginaire, avec la maladie fatale de maman Kate en toile de fond. Dans ce contexte, on aura saisi que la solitude était de mise. Et que dire de ces sonnets shakespeariens qui coiffent les textes originaux de l’artiste.

Bouleversant à n’en point douter.

Génial ?

Les amateurs de pop en resteront éberlués, les connaisseurs de piano admettront l’excellence de ce niveau dans le contexte d’un chant simultané. Ainsi, le musicien de Montréal s’affirme sans conteste comme le plus accompli du clan Wainwright-McGarrigle. Avec l’album Release The Stars (qui demeure mon préféré), il s’était démarqué pour la singularité de ses arrangements et de l’équipe de musiciens qui les interprètent avec brio.

Cela dit, je ne suis pas de ceux qui voient en Rufus un génie, avec tout le respect que je lui dois. Je ne crois pas non plus que son dernier album soit son meilleur.

Rufus, en fait, m’apparaît comme un excellent songwriter féru de classicisme européen (pas d’harmonies jazz, aucune ponction de piano contemporain, rythmiques assez rudimentaires), doublé d’un chanteur singulier (qui peut être en proie à un certain maniérisme) et d’un parolier plutôt doué.

Aussi circonspects soient-ils, ses choix compositionnels résument une suite d’emprunts indirects aux compositeurs occidentaux, fin 19e et début 20e. Romantiques, impressionnistes, pionniers de Broadway et du cabaret berlinois des années 20: Chopin, Wagner, Schubert, Ravel, Berlioz, Debussy, Ravel, Gershwin, Messiaen, etc. Sans vouloir les dénigrer, j’ai bien l’impression qu’une majorité absolue de ses fans n’y verront que du feu et pourraient conclure au génie.

Loin de moi l’intention de jouer les éteignoirs, mais quelques précisions sont parfois nécessaires. Oui, Rufus est un être fin, cultivé, rigoureux, très intelligent. Chose certaine, ce créateur sait où puiser pour magnifier son oeuvre flamboyante… et le narcissisme de son personnage. Mais un génie ? Avant de le comparer à George Gershwin, Cole Porter ou Kurt Weill, attendons… quelques décennies avant de nous prononcer.

N’ayez crainte, j’aime aussi Rufus malgré mes quelques réserves à son endroit. Beaucoup.

Rufus Wainwright | All Days Are Nights: Songs For LuLu from gary nadeau on Vimeo.

RUFUS WAINWRIGHT | SONNET 20 (song only) from gary nadeau on Vimeo.

Pour en savoir davantage, voici en hyperliens deux textes de l’interview dans La Presse/Cyberpresse, signée Alain De Repentigny.

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