Alain Brunet

Archive du 1 mars 2010

Lundi 1 mars 2010 | Mise en ligne à 13h33 | Commenter Commentaires (124)

Vulgaires Machins, libres citoyens

vulgaires machins

Ils ne sont plus des kids, les Vulgaires Machins.

Ils maîtrisent leurs riffs, leurs rythmes, leurs voix harmonisées, leurs voix à l’unisson, leur distorsion, leurs circonvolutions.

Ils maîtrisent leurs mots, leur vision du monde.

Ils ne dérogent pas de leur anticapitalisme originel, ne cessent de souligner à grands traits les dérives néolibérales qui leur donnent la nausée, les abus des médias et de la société de consommation, l’appauvrissement de populations apathiques, la bêtise  encore et toujours humaine.

Ils ne cachent pas leur cynisme devant le peu d’impact des multiples manifestations de la pensée critique en 2010.

Ils savent nanmoins où et comment frapper.

Ils savent attiser les braises de leur propre colère, nourrir la fleur de leur peau.

Ils savent  le pouvoir encore reél  de leur punk-rock, bien au-delà de la révolte ado qui les a lancés sur cette piste.

Ils acceptent leur vie de punk adultes, à l’instar de groupes très respectés tels NOFX et autres Rancid.

Ils signent ce Requiem pour les sourds.

Ils persistent et signent, pour être précis.

N’allez pas vous imaginer que je vais leur faire le coup. Le coup du vieux mononk réclamant des nuances. Le coup du paternaliste qui se rappelle son jeune temps et la fougue de ses 20 ans. Ce coup du prévisible citoyen ayant atteint l’âge adulte à gauche et qui franchira le cap du troisième âge au centre-droite.

Que leurs fans se rassurent, il s’en trouve qui gardent leur convictions un vie durant, sans s’enliser dans l’idéalisme naïf.  Non, je n’ai point besoin des Vulgaires machins pour alimenter la flamme de ma propre pensée critique, je ne peux dire non plus que je carbure à ce type de musique.

Mes années d’intérêt soutenu pour le punk sont loin derrière moi ,  je connais peu de choses de cette scène que je survole à l’occasion. Je ne peux prétendre à quelque connaissance profonde d’un genre qui n’a cessé d’exister et de faire de nouveaux adeptes depuis la fin des années 70.

Je ne boude pas mon plaisir pour autant. Oui, je me réjouis de l’existence de tels groupe et des valeurs qui  y sont véhiculées, et ce malgré mes réserves de “vieux”.

Quand il y a le feu aux planches, quand ça rentre au poste, on ne boude pas son plaisir.

Il y a des trouvailles dans ce Requiem, de vrais bons flashs, des rimes maladroites, d’autres très adroites, des allures de manifeste, des alllures de libre pensée, des allures de droiture et d’incorruptibilité. Il y a cette pensée un tantinet réductrice au-delà de la pertinence de ses  fondements. Il y a ces carences de poésie  dans toutes ces émotions, frémissements et battements de gauche.

Il y a néanmoins ces couilles de citoyens qui se tiennent debout,  malgré tout. Cet espoir prêt à germer de nouveau. Ce qui n’est pas l’apanage exclusif des adolescents attardés.

Voici quelques échantillons déclinés à travers ce Requiem pour les sourds.

” Merci pour les distances et les contradictions / Les croyances qui triomphent sur la réflexion”

“Merci pour l’Histoire, un tissu de mensonges “

“Quelle vaste hypocrisie nous assène / Abreuvés d’inutile / On ira en rang voter dans le vide “

“On ne peut pas réformer ce système / Mais détruire le mythe / Détruire le mythe / Détruire le mythe de la liberté de presse.”

” Il y a tellement trop peu de Chomsky / Pour le pourcentage de LCN, de Snyder, de Gretzky “

” Nous sommes la crosse du siècle / Nous sommes l’industrie du disque / Ce qu’on a payé 3.07$ / On vous le vend 30,58$ ”

“Tant qu’il y a de grosses portions on est content / Du sirop de poteau amènes-en”

” C’était prévu, tu me donnes / Des déchets qui se mange “

” La fin d’un fantasme, le début de la chute / Êtes-vous prêts à l’avouer / Que sous le pouvoir qui corrompt et nous ruine / On ne peut que tomber “

” Par ma fenêtre sale j’espionne le Québec / Ça sent le chômage et l’alcool “

” Je vais encore dormir sur la switch/ Tu vas encore gagner à l’ADISQ / Tu vas encore bouleverser mes tantes / Tu vas encore ruiner le silence “

J’aimerais mieux que le ciel tombe / Que ralentir au septième disque / J’aimerais mieux que mon band tombe”

requiem-pour-les-sourds-4

Voilà donc le sixième album des Vulgaires Machins, lancé officiellement ce mardi.  Lisez, écoutez, commentez.

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