Alain Brunet

Archive, mars 2010

Samedi 27 mars 2010 | Mise en ligne à 9h52 | Commenter Commentaires (184)

Karkwa: grand bond vers la maturité

karkwa les chemins de verre

Un atelier de travail: Le Pensionnat des établis.

Un très bon travail de synthèse: Les tremblements s’immobilisent.

Une première véritable contribution: Le volume du vent.

Le grand bond vers la maturité: Les chemins de verre.

Rares sont les groupes capables de maintenir un tel degré d’excitation. Très rares sont les groupes québécois francophones capables d’y parvenir. Pour ma part, il n’y en a que deux au Québec : Karkwa et Malajube. On en veut  d’autres! En attendant la prochaine cuvée indie (ça presse!), on a tout intérêt à suivre  la trajectoire de ces trentenaires. Car Louis-Jean Cormier, François Lafontaine, Julien Sagot, Martin Lamontagne et Stéphane Bergeron n’ont pas tout dit.

Qu’ont-ils dit cette fois ?

Pyromane de l’intimité. Scribe de la chambre à gaz, en proie à l’acouphène cette « bile qui roule dans mon crâne ». Un « moi léger » émerge du tunnel et la lumière. Une petite Marie qui pleure pour rien. La grande dérive néolibérale, l’escapade de fraudeurs en smoking, 3000 soldats en guerre, santé précaire du bon sens. Des mutants en cavale sur des chemins de verre. Le grand paradoxe de la relation passionnelle… et de son implosion annoncée. Les drogues dures. Les enfants de Beyrouth. Étrange lucidité au bar de danseuses. Le sang d’encre face à la santé de l’autre. Celle qu’il aime.

Voila autant d’agrégats de la matière poétique signée Louis-Jean Cormier, principal auteur – Julien Sagot s’est permis quelques rimes solides en complément d’orchestre. Voilà un monde de densité littéraire, dont les ambitions formelles demeurent louables. Ces textes de chansons s’en trouvent moins surchargés qu’ils ne l’ont été, bien que… quelques maladresses se planquent encore dans l’abstraction. Bien que des rimes devraient encore être émondées.

Mais bon, il faut en retenir les améliorations notoires. Et il faut surtout apprécier la musique de Karkwa. Car le groupe, du moins en ce qui me concerne, propose d’abord une aventure sonique. Ze groupe québécois au chapitre de l’équilibre atteint entre complexité musicale et force brute. À ce titre, Karkwa reste nettement supérieur à la moyenne francophone, toutes nations confondues.

Pour ce quatrième album, le groupe a pris de sages décisions en évitant toute surproduction. En misant le caractère brut du rock indé sans en évacuer les trouvailles formelles. En accédant à d’autres banques de sons, de nouveaux riffs, des arrangements inédits. Prenez La Piqûre, qui deviendra un classique du groupe; Karkwa n’avait jamais fait les choses ainsi.

En flirtant avec le folk, en rapprochent davantage de la forme chanson plutôt que de déployer son savoir instrumental, Karkwa a créé un album qui s’imprimera dans la mémoire des fans.

Grand bond vers la maturité,  j’insiste.


Karkwa présenté sur Audiogram
Le blogue des fans

Les Chemins de verre (la chanson) sur MySpace

L’interview de Presse Canadienne sur Cyberpresse

L’interview de Télé-Québec

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Jeudi 25 mars 2010 | Mise en ligne à 19h21 | Commenter Commentaires (24)

Brad Mehldau : Highway Rider

mehldau-highway-rider

Highway Rider, très ambitieux CD double de Brad Mehldau  réalisé par John Brion, vient d’être rendu public sur Nonesuch. Voilà un des albums les plus attendus sur la  planète jazz.

À l’heure où ce genre musical extrêmement important voit vieillir ses auditoires – sauf les étudiants en musique et une minorité de jeunes mélomanes ouverts à autre chose que de la musique purement générationnelle (même dans le champ gauche de la pop culture, j’en ai bien peur),  le pianiste américain fédère bien plus que la gent jazzistique.

Pour arriver à ses fins,  il fut le premier à transformer les chansons de Radiohead en standards de jazz, mais il a fait beaucoup plus en proposant une musique des plus raffinées. Depuis Songs, un album paru il y a une décennie, quantité de jeunes musiciens de jazz ont suivi son exemple et fait évoluer le répertoire en s’appropriant  la musique indie de leur génération.

Oui, le jazz a cruellement besoin de ces renforts, on ne le dira jamais assez. Oui, je crois sincèrement que le lectorat de ce blogue a tout intérêt s’initier au jazz, du moins à celui qui témoigne de la période actuelle.

Toujours dans le peloton de tête à ce titre, Brad Mehldau met de côté son fameux trio et va de l’avant avec un projet multipolaire.

Highway Rider m’a exigé plusieurs écoutes (au moins cinq)  avant de me faire une tête et de me prononcer. Vraiment beaucoup de stock à absorber, 15 pièces qui débordent largement cet art renouvelé du trio qu’il a imposé depuis les années 90.

Le plus célèbre des pianistes de jazz de cette génération devait aller de l’avant. Sortir de sa zone de confort. Bousculer ses paramètres. Cette fois, il a réussi.

Jusqu’à cette sortie, je n’ai jamais été profondément séduit par ses albums en solo, avec des formations plus considérables ou autres expériences classiques comme ce duo assez ordinaire avec la soprano Renée Fleming. Toujours cette impression de travail inachevé, vraiment pas à la hauteur de de son travail en trio.

Souvenez-vous de Largo, un projet lancé en 2002, réalisé par le Californien John Brion. L’idée était excellente, pourtant: mélanger les genres et instrumentations et plonger enfin dans un jazz électrifié qui nous sort des passes instrumentales jazz-rock pour talk-shows télévisés. Or Largo était demeuré à mon sens un chantier, une construction inachevée.

Cette fois, ce Highway Rider, de nouveau réalisé par John Brion, est à prendre au sérieux. Vraiment.

Le pianiste américain y  présente des pièces originales de différentes configurations – musiques pour trio, solo, quartette, orchestre, équilibre remarquable entre écriture et improvisation. Hormis son trio (Larry Grenadier, contrebasse, Jeff Ballard, batterie), Mehldau a usé d’outils supplémentaires pour cet ambitieux road trip de l’imaginaire où défilent les paysages soniques : orchestre symphonique sous la gouverne de Dan Coleman, participation du célébrissime saxophoniste Joshua Redman (ténor et soprano), du batteur Matt Chamberlain (de style plus lourd et capable de reproduire parfaitement les rythmes drum’n’bass), sans compter l’orgue, le clavier électronique (Yamaha CS-80), des battements de mains, des voix d’enfants, j’en passe.

Au programme, donc, le jazz de Brad se fond dans un riche amalgame de  musiques contemporaine, impressionniste, romantique, évocation sensible de feu Elliott Smith (à qui il dédie Sky Turning Grey), jazz actuel.  Entièrement composé et arrangé par Brad Mehldau, ce vaste récit orchestral magnifie l’idée que le pianiste se fait du jazz en tant que créateur.

John Fordham du Guardian se perd en dythyrambe (5 étoiles!), je n’irai pas jusque là. Ce samedi, je me suis arrêé à 4, j’ai applaudi sincèrement… avec de petites réserves au bout de nombreuses écoutes. Cette fresque n’est peut-être pas assez cohésive en ce sens qu’elle exprime davantage les intérêts musicaux de Brad Mehldau qu’une intégration achevée à travers un seul projet. Par ailleurs, les éléments “symphoniques” font état d’arrangements relativement sommaires, qui ne dépassent que rarement le statut de complément.

Je souhaite néanmoins que cet Highway Rider soit présenté en version intégrale à ce festival montréalais qui prétend être le plus important de tous. Où plus tard dans le volet “jazz à l’année” du FIJM.

Pour plus d’informations avant de vous procurer cet album:

La présentation sur l’étiquette Nonesuch

Le site officiel de Brad Mehldau

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Mercredi 24 mars 2010 | Mise en ligne à 7h43 | Commenter Commentaires (34)

YouTube et les musiciens indépendants

musicanswanted

Au festival South By Southwest, qui est aussi devenu une mecque des nouveaux médias en plus d’être (d’abord) le plus grand festival américain  de la musique émergente, le tout puissant hébergeur YouTube a  annoncé le lancement imminent de Musicians Wanted, un programme destiné aux musiciens indépendants qui ne sont pas encore sous contrat avec un puissant label ou  qui  préfèrent éviter le “vieux monde” de la musique.

Wired et Numérama rapportent que ce programme consiste grosso modo à une sélection de clips indépendants à partir desquels on pourra générer un buzz , soit un nombre accru de clics… et des recettes publicitaires à la hausse par voie de conséquence. On en déduit que l’intensité de la circulation du contenu en déterminera la valeur marchande.

Jusque là, ce programme a l’air alléchant. Enfin une alternative sérieuse à cette music business qui résiste encore aux nouveaux médias ou ne s’y adapte que par dépit.

Hmmmm… pas si sûr. Pourquoi émettre des doutes ?

Primo, le partage des revenus. J’aimerais bien savoir la nature exacte du partage des revenus publicitaires préconisé par le programme Musicians Wanted. Numérama parle de la moitié des revenus, Wired se fait plus discret sur la question.

Secundo, la  domination de l’image sur le son. Avec Musicians Wanted, c’est le produit audiovisuel qui l’emporte. Si vous crééez  de la super musique et que vos images s’avèrent moins super, vous ne serez pas sélectionné. Musicians wanted ? Vraiment ?  Ce programme pourrait avoir tôt fait de devenir un méga combat des clips en ligne, plutôt qu’une quête de très bonne musique émergente.

Tertio, la direction artistique. Sur quelle base se fera-t-elle ? Selon quels critères?  Similaires à ceux des majors qui n’en ont que pour les tubes à très forte circulation ? Il faudra juger au résultat avant de se prononcer sur la qualité de la direction artistique, sa capacité à assurer la diversité des proposititions. Permettez-moi d’émettre de sérieux doutes.

Quarto, le contrôle du marché des contenus en ligne. Pourquoi doit-on laisser aux hébergeurs de contenus le pouvoir de déterminer les règles du jeu économique avec leurs fournisseurs de contenus ? Si les gouvernements ne fixent pas les paramètres de rétribution aux hébergeurs de contenus audiovisuels, c’est-à-dire un prix plancher acceptable que YouTube et consorts devront consentir aux créateurs, se retrouvera-t-on avec des nouveaux médias aux pouvoirs démesurés face aux créateurs de contenus ?

Enfin, la grande question: YouTube  cherche-t-il à devenir un prototype de la multinationale de la musique nouvelle mouture, avec pour conséquence le même type de formatage qu’on reproche aux plus puissants acteurs de cette industrie en crise ?

À l’heure où MySpace et FaceBook sont à repenser leurs services en ligne pour les artistes indépendants, à l’heure où naissent de nouveaux services de même type, je pense à BandCamp et SoundCloud, YouTube ne veut certes pas perdre sa position dominante et essaie d’implanter de tels programmes.

Pour l’avancement et la démocratisation de la culture, on repassera.


Musicians Wanted ou bien encore… beaucoup plus de fric et de circulation wanted ???

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