Alain Brunet

Archive, février 2010

Dimanche 21 février 2010 | Mise en ligne à 16h39 | Commenter Commentaires (22)

Owen Pallett, pour lire l’avenir

Owen pallett

Sans cesse, il faut passer par la pop de création et y lire l’avenir qu’elle dessine. En l’occurrence, l’avenir de la pop classique, de la musique instrumentale dite sérieuse ou même du jazz contemporain.

Pour l’avenir, les arrangements et concepts orchestraux d’Owen Pallett nous offrent de la très bonne lecture.

À l’écoute de l’album Heartland dont j’ai fait la critique au début janvier, je me rappelle d’abord ceci: plusieurs artistes de cette génération au tournant de la trentaine (et dont Pallett fait partie) réintroduisent la valeur des arrangements dans la pop. De très belle façon. Avec grâce et vision.

Parmi ces jeunes gens de talent, beaucoup manifestent une culture classique et/ou jazzistique plus vaste que chez la majorité des artistes pop issus des génération antérieures. Plusieurs ont bénéficié d’une éducation musicale de très bon niveau, Owen Pallett est de ceux-là.

Cela dit, on ne doit  pas lui attribuer son succès à l’éducation qui le précède – d’autant plus qu’il a développé lui-même moult techniques dont il fait usage. Ce créateur de 30 ans est tout simplement brillant. De surcroît, un compositeur très inspiré.

Le tout récent album Heartland, dont il a repris une bonne part de la matière samedi soir à l’Outremont, raconte les pensées d’un fermier survolté, le tout décliné en une douzaine de chansons. Les notions de pouvoir, de violence et de confiance y sont d’ailleurs sérieusement malaxées.

En ce qui me concerne, c’est d’abord la musique d’Owen Pallett qui capte l’attention. Les arrangements de ces chansons s’y avèrent  atypiques, certains  même me semblent carrément visionnaires. Prenez l’exemple de Keep The Dog Quiet.  Du gros stock .

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Mercredi 17 février 2010 | Mise en ligne à 16h21 | Commenter Commentaires (152)

Peter Gabriel, interprète

Scratch My Back

Par souci de garder l’esprit vierge dans cet exercice,  je vous assure n’avoir lu aucune critique de Scratch My Back,  album de  Peter Gabriel devenu interprète dans le cas qui nous occupe.

Voilà le résultat de mes premières écoutes de cet opus très attendu.

Primo, petit préambule :  j’ai trouvé longue cette période entre le dernier album  de Gabriel et celui-ci. Huit ans depuis Up, un album pas mal, mais certes pas à la auteur de ses meilleurs, c’était vraiment trop.

Aussi indépendant de fortune soit-il,  aussi concentré sur sa nouvelle famille soit-il (remariage, deux jeunes garçons…), un artiste de cette trempe doit à mon sens poursuivre un travail quotidien, rendre public ce travail aussi souvent qu’il le peut. Lorsque les pauses se prolongent comme celle-ci, on a très souvent l’impression que l’artiste nous a laissés en plan et que, somme toute, l’évolution s’avère peu importante considérant la longueur de la pause.

Bien sûr, si l’artiste n’a rien à dire, il lui vaut mieux faire acte d’humilité…et se la fermer. Bien sûr, il y a des exceptions:  le retour de Robbie Robertson en 1987 est un bon contre-exemple.

Cela dit, cette exigence du maintien de la pratique créative me semble moins importante lorsque l’artiste prend de l’âge (Gabriel a eu 60 ans samedi dernier), mais tout de même… Prenez Leonard Cohen: avant d’être victime de fraude et de perdre une large part de sa fortune personnelle, ses derniers albums étaient de moins en moins substantiels. Brusquement sorti de sa zone de confort, Cohen  nous a donné un récital au-delà de toutes espérances.

Enfin…

Trêve de considération, Peter Gabriel était dû pour nous ravir. Vraiment. Avec un album de versions ? Mmmmm… D’entrée de jeu,  j’étais suspicieux.

Ainsi , quelques classiques ont été choisis chez ses contemporains:

Heroes de David Bowie et  Brian Eno, The Boy In The Bubble de Paul Simon, Listening Wind de Talking Head, The Power of the Heart de Lou Reed, I Think It’s Going To Rain Today de Randy Newman, Philadelphia de Neil Young.

Chez les plus jeunes, le choix de l’interprète est plus que défendable:

Mirrorball du groupe Elbow, Flume de BonIver, My Body Is A Cage d’Arcade Fire, The Book of Love de The Magnetic Fields, Après Moi de Regina Spektor et  Street Spirit ( Fade Out) de Radiohead.

La réalisation est signée Bob Ezrin et Peter Gabriel.

Les orchestrations et arrangements sont d’abord signés John Metcalfe, mais aussi Nick Ingman. Will Gregory et Gabriel se sont aussi impliqués.

Dirigé par Ben Foster, le London Scratch Orchestra regroupe plus d’une cinquantaine d’instrumentistes classiques.

Pour la chanson d’Arcade Fire, on a retenu les services du Choir of Christ Church Cathedral Oxford.

Pour la chanson de The Magnetic Fields, on a embauché un orchestre de chambre hongrois sous la direction de Pejtsik Peter.

J’en suis à ma quatrième écoute d’affilée, je trouve très bon Scratch My Back. Les interprétations sont celles d’un homme au goût sûr.  Celles d’un artiste d’expérience, qui a pris tout le temps nécessaire (…) à bien saisir les enjeux émotionnels de chaque chanson.

En ce qui me concerne, c’est vraiment là que ça se passe.

Voilà donc un album orchestral, sobre, riche, acoustique. Peter Gabriel est en voix, il s’approprie bellement la totalité de ce répertoire. Non seulement en respecte-t-il l’esprit mais encore arrive-t-il parfois à le transcender. La relecture de Flume (Bon Iver) est un exemple probant en ce sens.

My Body Is A Cage (Arcade Fire) est un autre exemple probant. Le rythme y est lent, la montée d’intensité y est sûre, les arrangements plus que somptueux, le crescendo y est remarquablement réussi.

Bien sûr, on ne peut faire de miracles symphoniques avec des chansons simplement construites, mais il y a toujours moyen  de les rhabiller avec goût et raffinement, c’est-à-dire éviter le sirop, la pompe, les clichés néoclassiques du cinéma hollywoodien ou de la pop lyrique.  Scratch my Back évite généralement ces pièges.

Somme toute ? Oui.  Absolument. C’est concluant. Mémorable ? Non.

Et on attend maintenant les vraies chansons du sexagénaire…

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Lundi 15 février 2010 | Mise en ligne à 18h19 | Commenter Commentaires (169)

Déclin des arts classiques chez les jeunes. Et la musique ?

OSM nouvelle salle

La future salle de l’OSM

Lundi,  j’ai lu avec intérêt l’article de Nathaëlle Morissette au sujet du déclin annnoncé des arts classiques chez les jeunes. Ma collègue renvoie à une enquête sur nos pratiques culturelles mise en ligne par le ministère québécois de la Culture et des Communications, dont l’un des volets se concentre sur les pratiques musicales entre 1979 et 2004.

Je me suis permis un survol supplémentaire de ce volet.

” De toutes les pratiques culturelles mesurées dans l’enquête, l’écoute de la musique est sans contredit la plus populaire “, nous explique la chercheure Marie-Claude Lapointe dans un document  intitulé L’écoute et la consommation de musique.

On y constate que 97,2 % des Québécois écoutent régulièrement de la musique.

Entre 1979 et 2004, la proportion des amateurs qui écoutent souvent de la musique est passée de 79,9% à 90%. Le groupe d’âge des 15-24 ans est le plus important, on remarque que l’écoute fervente de la musique décline progressivement avec l’âge.

Fait intéressant, la catégorie pop-rock (qui exclut les sous-catégories de musique populaire comme le hip hop ou l’électro) a décliné entre 1979 et 2004, c’est-à-dire de 50,2% à 28,4%. On doit en déduire que la pop-rock prisée par la FM commerciale ne fédère plus autant le grand public, pendant que les sous-tendances de la musique populaire ne cessent de croître. Qui s’en plaindra ?

Pour la musique classique, c’est tout le contraire: l’étude fait observer un taux global de popularité de 16,5% en 1979  et de  23,5% en 2004. Il y a eu progrès, donc.

Or, cette croissance s’observe surtout  chez les 65 ans et plus: 48,7% écoutent la musique classique, alors que cette proportion est minime chez les 15-24 ans, c’est-à-dire 4,5%.

En outre, la musique classique est “populaire” auprès de 36,9% des personnes inactives sur le marché du travail (retraitées), alors qu’elle jouit de cette même popularité auprès de 6,9% des étudiants et de 19,7% des personnes actives sur le marché du travail.

“… la proportion de gens âgés de 55 ans et plus qui assistaient à des spectacles d’arts classiques comme le théâtre ou la danse est passée de 32,3 % en 1979 à 44,4 % en 2004. Les jeunes de 15 à 34 ans sont, eux, moins nombreux qu’avant. Les 15 à 24 ans formaient 52,7 % du public en 1979 et 45,7 % en 2004. Chez les 25 à 34 ans, la proportion est passée de 52,3 % à 40 % “, conclut pourtant l’étude rapportée par Nathaëlle Morissette.

Il faut donc en déduire que cette croissance du taux de popularité globale de la musique classique (de 16,5% en 1979 à 23,5% en 2004) se concentre sur le groupe des personnes retraitées… de plus en plus nombreuses.

C’est d’ailleurs ce que je constate chaque fois que j’assiste à un concert de musique classique. J’ai 52 ans, je fais partie du jeune public ! Bien sûr, je fais un peu de démagogie. Des jeunes (des vrais!) se rendent aussi aux concerts, plusieurs étudiants en musique figurent parmi eux. Des trentenaires prennent aussi goût aux musiques plus exigeantes. Encore plus de quadras, encore plus de quinquas…

À ces pratiques de l’écoute de la musique classique ou de l’opéra, d’ailleurs, on peut inclure le jazz et les musiques contemporaines – instrumentales, électroacoustiques, “actuelles”, etc. Là également, le public vieillit, bien qu’il soit plus jeune que celui de la musique classique.

C’est vrai, les mélomanes n’écoutent plus que de la grande musique de tradition européenne. Cette croissance des musiques sérieuses, observée dans cette étude, n’en demeure pas moins réelle. Jamais il n’y a eu autant de citoyens éduqués au Québec et, pourtant, l’idée qu’ils se font des musiques complexes ne devient très positive que lorsqu’ils approchent la retraite.

Pourquoi ?

Les musiques classiques sont-elles condamnées à ne séduire que les “vieux” et une portion très minoritaire d’adultes et encore plus minime de jeunes ?

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