
D’abord le pot:
Elle a beau avoir étudié le chant, Agnès Jaoui n’est pas une interprète exceptionnelle. Elle a une jolie voix, remarquez, perchée quelque part dans le registre de l’alto. Cette voix chaude est douée d’un timbre singulier … mais elle doit prendre près d’une moitié de spectacle pour s’échauffer. Problème.
Eh oui… la charmante Agnès éprouve parfois de petits ennuis de justesse. Eh non, elle n’a pas le niveau technique de ses musiciens. Lorsque ces messieurs lui donnent la réplique en duo, le décalage est manifeste.
Agnès Jaoui peut certes faire chanteuse, mais il lui faudrait exercer son organe encore plus régulièrement pour atteindre le niveau des vraies – rarissimes dans l’Hexagone (enfin… dans le paysage pop), on en convient.
Les fleurs, maintenant:
Puisqu’elle est une artiste d’exception, artiste éminemment complète (actrice, comédienne, auteure, réalisatrice, polyglotte, en équilibre idéal dans le couple qu’elle forme avec Jean-Pierre Bacri, très solide intellectuellement et plus encore), on peut lui pardonner ces petites carences repérées à la 5e Salle de la PdA, où elle se produit ce week-end dans le cadre du festival Montréal en lumière.
On lui pardonne, parce qu’elle parvient à occuper tout l’espace scénique. Parce que son humour très fin et sa propension à l’autodérision charment à souhait.
Malgré les réserves formulées, il vaut la peine de partager avec elle ” le plaisir d’être triste”. Partager cette nostalgie dont elle est une “fervente adepte”. Partager ces histoires d’amours meurties, de femmes qui n’en finissent plus d’être quittées. Ces I will survive en mode latin, pour reprendre sa délicieuse comparaison.
Oui, il vaut la peine de contempler la femme de scène qu’elle est, le don des langues dont elle fait preuve (espagnol, portugais, créole portugais, dialecte sépharade, français), l’envergure de sa direction artistique, la diversité des styles de son répertoire (rumba catalane, nuevo flamenco, nueva trova cubana, bossa nova, morna, fado, etc.), la qualité des auteurs-compositeurs qu’elle choisit d’ interpréter (Chico Buarque, Bonga, Polo Montanez, Barbara, etc.), le casting de ses musiciens excellents (guitares, bandonéon, contrebasse, flûtes, percussions, chant), la ferveur de son intérêt pour la latinité, la profondeur de sa démarche.
Tout de même craquante, Agnès Jaoui, malgré ces notes qui craquent parfois…
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