Alain Brunet

Archive, février 2010

Vendredi 26 février 2010 | Mise en ligne à 13h30 | Commenter Commentaires (14)

Agnès Jaoui: craquante malgré les notes qui craquent parfois…

Agnès Jaoui

D’abord le pot:

Elle a beau avoir étudié le chant, Agnès Jaoui n’est pas une interprète exceptionnelle.  Elle a une jolie voix, remarquez, perchée quelque part dans le registre de l’alto. Cette voix chaude est douée d’un timbre singulier … mais elle doit prendre près d’une moitié de spectacle pour s’échauffer. Problème.

Eh oui… la charmante Agnès éprouve parfois de petits ennuis de justesse. Eh non, elle n’a pas le niveau technique de ses musiciens. Lorsque ces messieurs lui donnent la réplique en duo, le décalage est manifeste.

Agnès Jaoui peut certes faire chanteuse, mais il lui faudrait exercer son organe encore  plus régulièrement pour atteindre le niveau des vraies – rarissimes dans l’Hexagone (enfin… dans le paysage pop), on en convient.

Les fleurs, maintenant:

Puisqu’elle est une artiste d’exception, artiste éminemment complète (actrice, comédienne, auteure, réalisatrice, polyglotte, en équilibre idéal dans le couple qu’elle forme avec Jean-Pierre Bacri, très solide intellectuellement et plus encore), on peut lui pardonner ces petites carences repérées à la 5e Salle de la PdA, où elle se produit ce week-end dans le cadre du festival Montréal en lumière.

On lui pardonne, parce qu’elle parvient à occuper tout l’espace  scénique. Parce que son humour très fin et sa propension à l’autodérision charment à souhait.

Malgré les réserves formulées, il vaut la peine de partager avec elle ” le plaisir d’être triste”. Partager cette nostalgie dont elle est une “fervente adepte”.  Partager ces histoires d’amours meurties,  de femmes qui n’en finissent plus d’être quittées. Ces I will survive en mode latin, pour reprendre sa délicieuse comparaison.

Oui, il vaut la peine de contempler la femme de scène qu’elle est,  le don des langues dont elle fait preuve (espagnol, portugais, créole portugais, dialecte sépharade, français), l’envergure de sa direction artistique,  la diversité des styles de son répertoire (rumba catalane, nuevo flamenco, nueva trova cubana,  bossa nova, morna, fado, etc.), la qualité des auteurs-compositeurs qu’elle choisit d’ interpréter (Chico Buarque, Bonga, Polo Montanez, Barbara, etc.), le casting de ses musiciens excellents (guitares, bandonéon, contrebasse, flûtes, percussions, chant), la ferveur de son intérêt pour la latinité, la profondeur de sa démarche.

Tout de même craquante, Agnès Jaoui,  malgré ces notes qui craquent parfois…

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Mercredi 24 février 2010 | Mise en ligne à 11h32 | Commenter Commentaires (90)

Elisapie sur scène…

Elisapie Astral

Au Québec, on aime Elisapie Isaac. Très belle, très intelligente, très sensible. Charmante. Raffinée. Trilingue. Douée…  Et ce côté évanescent, cette prise qu’on ne peut avoir sur les êtres libres, voilà qui ajoute au magnétisme d’Elisapie… De surcroît, à son mystère.

En bref, on lui reconnaît des qualités évidentes d’artiste. L’exotisme de ses origines inuits ajoute à son ascendant.

Mardi soir à l’Astral, je me suis étonné de l’âge assez élevé de ses fans, très majoritairement plus vieux que la chanteuse et son personnel. Lorsque j’ai passé la remarque à qui de droit, on m’a assuré qu’un public jeune se pointerait plutôt ce week-end. Tant mieux si elle peut jouir d’un impact multigénérationnel, on ne peut que s’en réjouir.

Elisapie ne mérite-t-elle pas la  place qu’elle s’est taillée? Bien sûr, on ne peut que lui souhaiter le plus grand succès.

Pour vraiment ravir, cependant, il faudra à Elisapie des moyens supplémentaires sur scène. Un fil conducteur encore plus solide, un véritable point de vue orchestral .  Un meilleur encadrement musical. Une réalisation encore plus forte, qui transcende et magnifie cet alignement d’influences dont elle fait état . Un son  mieux circonscrit. Une personnalité vocale encore mieux définie, qui nous fait oublier toutes comparaisons – Martha Wainwright, Anna McGarrigle, Julee Cruise,  etc.

En somme, il lui faut proposer sur scène un projet plus que gentil et sympathique que celui auquel on a droit dans le cadre de cette tournée. J’aurais certes aimé conclure à une soirée mémorable mais… Gentil ? Sympa ? Oui. Extra? Hmmm… Pas tout à fait.

Manuel Gasse et Gabriel Gratton ont beau jouer de tous les instruments et faire les hommes orchestres, ça ne me semble pas suffire pour éclipser cette impression de minceur qui m’est restée au sortir de l’Astral. L’humour particulier dont fait preuve la belle Elisapie (fantasmes au sujet de Leonard Cohen, reprise d’Abba, etc.)  ne me semble pas suffire non plus à nous mener très haut, dans ce Nord magique et ensorcelant où elle aime nous convier. Dans ce Sud post-moderne où elle aime surtout évoluer.

Impossible de se payer une formation complète par les temps qui courent ? Même pour Elisapie Isaac, qui jouit d’un vrai buzz ?  Les temps sont durs et les chanteurs doivent faire avec ? Imaginez le sort des dizaines d’artistes indépendants si Elisapie n’a pas les moyens d’un vrai band ! Si toutefois il s’agissait d’un choix artistique…

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Lundi 22 février 2010 | Mise en ligne à 16h01 | Commenter Commentaires (33)

Nézet-Seguin et le Rotterdam Philharmonic

Yannick Nézet-Séguin et Viktoria Mullova

Viktoria Mullova et Yannick Nézet-Séguin


Pour reprendre son propre terme, je comprends  “l’amour” que Yannick Nézet-Séguin porte également  à ses deux vaisseaux et qui l’unit à ses équipages: l’Orchestre métropolitain du grand Montréal et le Rotterdam Philharmonic Orchestra, qui effectuait une première escale montréalaise avec son chef montréalais au pupitre.

Bien sûr, il lui  vaut mieux éviter voire oublier toute comparaison entre les orchestres. Les enjeux ne sont exactement pas les mêmes de toute façon; les moyens financiers, l’expérience des instrumentistes,  les traditions sur lesquelles s’appuient les deux orchestres ne peuvent être comparés.

Bien sûr, j’aime l’OM, qui vient tout juste de rendre publique sa nouvelle programmation 2010-2011.  Et il est d’autant plus justifié pour cet orchestre symphonique local de se développer avec un chef de cette trempe. Oui, on  souhaite à l’OM d’acquérir encore plus de moyens, d’obtenir un meilleur financement et d’ainsi faire briller le deuxième orchestre symphonique d’une capitale culturelle qui doit s’assumer comme telle : Montréal.

Voilà un défi de taille pour Nézet-Séguin, dont la carrière européenne le lie au Rotterdam Philharmonic, qui n’est pas un orchestre archiconnu en Europe mais qui ne doit pas non plus être considéré comme un orchestre de deuxième division.

Un tel orchestre ne pourrait faire sonner ainsi le Concerto pour orchestre de Bartok, une de ses dernières oeuvres alors qu’il venait de débarquer aux USA. Malade, sans le sou… et mort en 1945.

Et quelle performance  donnée par l’orchestre néerlandais !

En première partie, je vous confierai  n’avoir pas été ébloui par le Brahms (Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, opus 77), la violoniste russe Viktoria Mullova ne m’a pas jeté par terre (non, je vous jure n’avoir pas lu la critique de Claude Gingras avant de formuler cette réserve !), mais j’avais déjà pu contempler la cohésion et l’expressivité de cet orchestre fort bien dirigé par le maestro québécois.

Après l’entracte, un détachement du Rotterdam Philharmonic a interprété Conciso, une oeuvre assez solide du compositeur néerlandais Theo Verbey qui s’inscrit dans la mouvance contemporaine.

Le plat de résistance ? Il a, je crois, nourri à souhait l’auditoire. Ce fameux Concerto pour orchestre de Béla Bartok a (entre autres) pour objet de mettre en valeur toutes les sections d’un orchestre symphonique. Et comment ! La grande puissance et la grande subtilité étaient au rendez-vous. Ce que je retiens personnellement de cette interprétation, c’est surtout la sonorité d’ensemble du Rotterdam Philharmonic.

Au rappel, Le Jardin féérique de Ravel, exrait de Ma Mère L’Oye, a superbement complété le programme.

Est-il besoin d’ajouter que Yannick Nézet-Séguin y est pour quelque chose ?

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