Alain Brunet

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  • Alain Brunet

    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Mardi 24 novembre 2009 | Mise en ligne à 18h14 | Commenter Commentaires (40)

    Quasar: les saxophones qui lisent l’avenir

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    Le saxophone est l’instrument profite d’un vent favorable depuis les débuts de la modernité. Surtout dans jazz ? L’instrument a aussi connu de brillantes avancées dans la musique écrite. C’est beaucoup moins connu mais… Non, détrompez-vous, le mode contemporain pour saxophones n’est pas une plongée dans l’austérité. Bien au contraire. Depuis 15 ans, Quasar en fait la preuve éclatante. Bon, ce n’est peut-être pas facile à digérer si on s’attend à écouter une section de big band, mais la variété des climats et la qualité de l’exécution ont de quoi alimenter votre curiosité. À tout le moins!

    Ce quatuor montréalais de saxophones allie la grande virtuosité, la grande écritrure, la grande diversité des univers explorés. Depuis 1994, Quasar a créé une cinquantaine d’œuvres, écrites pour la plupart par des compositeurs du Québec. Ce dynamisme exceptionnel et cette priorité de la composition contemporaine d’ici a certes contribué à l’essor de la nouvelle musique québécoise “sérieuse”, et ce au-delà de nos frontières.

    Si vous êtes à Montréal ce mercredi, je vous recommande ce concert 15e anniversaire prévu à 20 h, à la Chapelle Historique du Bon-Pasteur.


    • Je ne suis pas surpris qu’ils aient enregistrés avec Walter Boudreau, tant ça me semble dans les brisées du Jazz Libre et, surtout, de l’Infonie.

    • @Ghost

      L’Infonie, vers la fin de son existence, avait créé un quatuor de saxophones, Walter y jouait. C’était évidemment de la musique contemporaine, mais avec une part importante d’improvisation – car l’Infonie était un carrefour du jazz, de la musique contemporaine écrite et du rock. Quarante ans plus tard, le niveau technique de ces saxophonistes est clairement plus élevé. La musique aussi a changé, constaterez-vous lorsque vous irez au-delà de vos premières impressions.

      Le malheur, c’est que la majorité absolue des mélomanes en reste avec cette impression d’austérité avec la musique contemporaine. Je ne suis pas fin connaisseur de ce milieu, mais j’en ai assez écouté depuis l’adlescence pour apprécier beaucoup de compositeurs et joueurs d’aujourd’hui, qui gagnent à être connus. Comme Quasar… dont le saxophoniste ténor (et soprano), André Leroux, est aussi l’un des meilleurs jazzmen au pays.

    • Je pense que l’impression d’austérité est beaucoup plus grande lorsque l’on écoute cette musique à la maison qu’en direct. Les quelques fois où j’ai assisté à des concerts de musique contemporaine, je n’ai jamais été déçu. Ça peut même être rigolo à l’occasion, il y a souvent de l’humour dans ces musiques.

      Peut-être qu’il faut s’initier avec des trucs plus accessibles et moins abstraits, comme le Trésor de la langue de René Lussier.

    • @Boogie

      Le Trésor de la langue est un bon exemple d’oeuvre pour s’introduire dans cet univers mal connu, sous-représenté dans les médias ou carrément méprisé – et même par la majorité des amateurs de musique classique. Bien sûr, la musique contemporaine a eu sa période de grande austérité et d’intellectualisation à outrance au détriment de l’émotion (de la fin des années 40 aux années 70), mais tout ça est pas mal derrière nous. Les amateurs de grande musique instrumentale ont tout intérêt à y replonger.

    • Alors nous vous souhaitons un bon concert pour ce soir si j’ai bien compris.

      J’ai regardé le premier vidéo et j’ai débuté le second. Vous savez ce que je me dis ? C’est que leur musique pourrait aussi servir pour du théâtre et de la danse dans le milieu contemporain.

      Je verrais des collaborations. Pour m’y rendre, pour un concert d’habitude selon mes habitudes perso c’est environ un mois d’avance. Ici aussi je trouve que c’est un concert avec des prix très abordables, c’est bien pour des gens s’ils sont disponibles.

      Je regarde aussi leur calendrier à venir et j’apprends que ”Les Mutations dynamiques” du 31 mars et 1er avril 2010 fera l’objet d’une diffusion par la suite sur Espace Musique. Cela pourrait être à suivre.

      J’aime ceux qui font de l’exploration et qui osent des sons différents.

    • J’ai acheté l’autre jour deux vinyles de Xenakis (avec une finale plus noise que noise, 10x pire que le pire que Constellation oserait mettre en marché) et de Varèse, et j’ai compris bien des affaires…

      Entre autre où Eddie Kramer a pris l’intro bruitiste statique de Axis Bold as Love !

      Le psychédélisme n’est pas né de rien. La musique contemporaine a eu une influence radicale sur le devenir du rock. Mais l’intérêt de cette musique est d’abord et avant tout conceptuel, et s’apprécie souvent 30, 40, voire 50 ans après.

      Et faut pas non plus confondre avec le free jazz.

    • Je suis un troisième oui en écoutant ce type là à la maison on peut se faire du cinéma dans notre tête…

      Pour ceux en salle bien eux aussi et on s’imprègne de la musique et de l’ambiance… Si on peut trouve le visuel un peu manquant rien nous interdit de fermer les yeux…

      Moi je peux être fasciné par l’imaginaire auquel tout cela renvoie, d’autres veulent voir la technique des musiciens moi aussi mais j’axe plus sur l’imaginaire dans des cas comme cela…

      La CBC Radio 2 fait jouer de la musique contemporaine lors de l’émission ”The Signal”. Je ne vous dit pas que je suis un assidû de cette émission mais à l’occasion je peux y avoir trouvé du plaisir.

    • au troisième vidéo aurais-je dû écrire…

    • Alain, je n’ai pas de première impression, ça me semble au contraire très intéressant.

    • @lecteur

      Votre remarque sur le rôle de cette musique comme soutien à d’autres formes d’art est assez révélatrice. La musique contemporaine, on la joue dans les trames de films, de télé, en appui au théâtre. Et sur scène ? Dans votre casque d’écoute ? C’est bien les sons nouveaux au cinéma, mais c’est largement insuffisant pour comprendre ce langage sonore en tant qu’expression à part entière, en tant qu’expression autonome.

    • @Boulgakov

      Comme vous dites, la digestion est lente. Lorsque j’étais enfant ou adolescent, on commençait à peine à admettre Stravinsky, Prokofiev, Berg, Webern, Bartok… dont la grande période de création était le début du 20e siècle ! De leur temps, ils étaient considérés par la critique dominante comme des bruiteurs ! Trois quarts de siècle plus tard, Kent Nagano et l’OSM jouent Planètes de Gustav Holst comme on joue Beethoven. Et ce, pour un public totalement profane venu célébrer le centenaire du Canadien de Montréal ! Rappelez-vous l’an dernier au Centre Bell.

    • “Le psychédélisme n’est pas né de rien.”

      L’influence de la musique concrète et de Stockhausen sur les Beatles est plus importante que celle de la musique indienne, par exemple. J’aimerais bien lire un ouvrage sur les influences croisées entre contemporain et rock.

    • Sans compter l’influence de la musique répétitive sur tout un pan du rock depuis les Velvet Underground.

    • Je savais pas que l’OSM avait joué cette partition relativement méconnue à un événement aussi mondain. Intéressant. Cela dit, ‘Planètes’ est très mélodique, tonal, et assez pictural. En somme, très ‘écoutable’, et assez ‘XIXe siècle en retard’, comme un roman de Gabrielle Roy, pour faire image. Très germanique, sorte de croisement entre la pompe de Beethoven et le pathos de Wagner.

      La ‘vraie’ musique contemporaine (au-delà de ce qu’on j’appellerais la nouvelle musique de répertoire pour orchestre, comme du Schoenberg, mettons) à mon sens, toutefois, sans tomber dans la musique concrète à la Henry nécessairement, tient davantage à la manipulation plus profonde de la pâte sonique.

      Mon Xenakis de l’autre jour a gardé tout frais sont potentiel à effrayer le bon bourgeois… Peut-être pour le 200e du CH, mais il permis d’en douter !

    • Les boucles à la Glass et à la Riley ont surtout influencé la techno, le lounge, etc. Le rock est certes basé sur des ostinato (l’essence du riff) mais le ‘looping’ aussi brutal n’y a jamais vraiment pris racine.

    • C’est sûr et certain que l’expérience en salle n’est pas la même.

      Pour le côté révélateur sur moi ou sur ma pensée, je vais le dire, c’est celle de quelqu’un aimant les artistes mais ne se déplaçant pas assez souvent en salle. À voir juste un vidéo sur Youtube c’est très insuffisant pour s’imprégner. À la radio on peut s’imprégner mais pas autant qu’en salle et ce n’est pas parce que j’irais ou quand j’y vais que je comprends pour autant le langage musical et toute l’expression des artistes. Ni la musique. Je fais juste un pas de plus pour leur donner un soutien.

      Quand je parle de d’autres formes, je l’envisage aussi pour les débouchés. Pourquoi ? Car je pense le public qui va voir cela est peu nombreux, je m’y rendrais une fois cette saison ou pas ce n’est pas moi qui vais faire une différence. Évident que si j’allais voir de la danse et qu’ils utiliseraient une partie de cette musique là ou du théâtre c’est plus le théâtre que je vais comprendre… Si c’est une trame sonore on ne voit pas les comédiens…

      J’encourage les artistes comme je peux ou leur parle de choses… Tiens je correspondais avec une sur MySpace hier et elle m’invite à aller la voir en concert en décembre… Ce n’est pas certain du tout que j’irai…

      Ma contribution réelle ou matérielle peut être bien modeste.

    • On ne voit pas les musiciens et leur jeu et ils ne sont pas autant appréciés pour leur propre oeuvre.

      Mais le mélange des genres comme j’ai mentionné peut leur permettre aussi de mieux se faire connaître et justement amener un peu plus de public pour aller les voir…

      Pour l’écoute à la radio c’est aussi ce qui peut donner le goût de se déplacer en salle pour voir… Plus que des vidéos sur Youtube.

      J’imagine que ce peut être frustrant pour les artistes et aussi pour les critiques s’y intéressant de voir qu’il n’y a pas assez de gens pour s’y déplacer. Quoique je ne suis pas au courant pour les ventes de leurs billets.

      C’est sûr aussi qu’ici sur votre blogue ce pourrait être intéressant que des gens pour un concert donné nous disent qu’ils y seront… Et ensuite bien ils viennent nous en parler…

    • Et quand je me déplace en salle je le fais pour eux mais pour moi aussi bien sûr… C’est pour vivre un moment, une expérience…

      Dans une vidéo on ne sens pas toute l’ambiance des lieux non plus… Prenez la petite salle Redpath de McGill, je l’aime pour elle au départ même qu’il y aurait pas de musique…

      Sur place on vit des choses mais personne exactement les mêmes…

    • Monsieur Brunet, que pensez vous du nouvel EP d’Animal Collective ?

    • @vlad_drac
      Je ne l’ai pas écouté. Mais j’aime bien Animal Collective sur disque. Sur scène, on ne peut dire que leurs idées fortes soient aussi bien rendues. Je vous reviens donc bientôt sur cet EP.

    • @lecteur
      Bien sûr, You Tube ne rend absolument pas ce qu’on écoutera avec un CD et une bonne chaîne. Cela étant, plusieurs lecteurs de notre communauté découvrent Quasar aujourd’hui sur ce blogue…

    • “Le rock est certes basé sur des ostinato (l’essence du riff) mais le ‘looping’ aussi brutal n’y a jamais vraiment pris racine.”

      Premièrement, quand on parle de rock, on ne parle jamais de la même chose, toi c’est un espèce à guitare, moi c’est la catégorie générale. Pour moi Kraftwerk fait partie de la catégorie générale “rock”. Il suffit de s’entendre sur la définition.

      Deuxièmement, Riley, Reich, Young et cie ont influencé tout un pan, certes underground, mais extrêmement important du rock: Velvet, Infonie ici, John Cale, Nico, Soft Machine, krautrock, Suicide, Glenn Branca et le mouvement No-Wave, Sonic Youth, math-rock et post-rock, sans parler du sampling, des synthétiseurs et de la musique électronique.

      Troisièmement, quand on parle d’influence, il ne s’agit de dire qu’il faut reprendre une forme tel quel, par exemple la loop. Être influencé veut dire prendre des idées de quelqu’un et l’intégrer à sa propre esthétique, même si au bout de la ligne on ne reconnaît plus la source première.

    • Ça y est, M. Brunet, j’ai mes billets pour le show de Leloup! Par contre, si vous pouviez me trouver une passe pour le combat Bute-Andrade, je vous serais infiniment reconnaissant…

    • ciel comme il est rafraîchissant de lire autant de mélomanes parler de musique contemporaine!! voilà qui ne se produit jamais dans les médias, comme dit Alain Brunet… d’ailleurs il faudra bien un jour trouver un autre qualificatif pour tout ce répertoire–
      le Quatuor Quasar est une superbe formation montréalaise, comme le sont la SMCQ, le Nouvel ensemble moderne, le Quatuor Molinari, , le Trio Fibonacci, Chorum, l’ECM, pour ne nommer qu’eux! je suis compositeur et vous invite tous sur mon site marchyland.com, où vous pourrez entendre, voir, lire et m’écrire! oui la musique de concert change constamment et les compositeurs sont aussi des être humains! give peace a chance! salut à tous et au plaisir de lire vos commentaires, même critiques! merci M. Bru!

    • “ciel comme il est rafraîchissant de lire autant de mélomanes parler de musique contemporaine!!”

      Ça doit être pour cela que c’est le blogue le plus caché de la Presse, comme est caché l’endroit où on va manger dans Le charme discret de la bourgeoisie…

    • Ghost,

      Le coin caché, c’est dans LE FANTÔME (tiens, tiens…) DE LA LIBERTÉ…

    • Beau lapsus, en effet. Ces deux films se confondent dans mon souvenir.

    • re messieurs dames, hasard des hasards, c’est un des membres du groupe Quasar qui joue ma Paraphrase sur un thème de Gershwin sur mon site marchyland.com (oui, je me fais un peu de pub…. pardonnez-moi, mais comme les journaux ne font pas la job pour nous, il faut bien…), alors au plaisir de toutes les musiques, les bonnes, quelqu’elles soient, d’où qu’elles soient, de qui qu’elles soient, ainsi soient-elles! (hier le show 12 hommes rapaillés était magnifique!)

    • J’ai écouté quatre de vos oeuvres sur votre site Marc, j’aime cela et je perçois beaucoup de sensibilité voire du romantisme chez vous.

      Je ne demeure qu’un petit consommateur mais suis ouvert à tous les types de musique. En salle, ce doit être très bien, ce qu’il faut c’est de la disponibilité à et être prêt à écouter.

      J’ai regardé une autre fois aussi le premier vidéo plus haut de quasar4, mais cette fois je l’ai mis en plein écran, mon écran ni mes hauts-parleurs ne sont de qualités suffisantes mais on voit bien qu’il y a un visuel… Et la caméra fait bien son travail ici aussi…

      Ici sur le blogue, je vous livre des premières impressions, j’écoute, je regarde et je réagis. Je ne me considère même pas comme un réel mélomane ou connaisseur, seulement comme quelqu’un de curieux et d’ouvert… Parfois en parlant un peu rapidement, je peux peut-être renforcer des préjugés.

      Tiens je viens de regarder le deuxième de Quasar en mode plein écran, ma compréhension d’une oeuvre ? Vous savez moi je peux m’arrêter à regarder le visage des musiciens, leurs yeux, leurs expressions. En salle ? Je pouvais regarder à Red Path en même temps les vitraux ou les personnages sur les peintures…

      Même de la musique plus populaire je n’ai pas la même compréhension ou sentiments d’une écoute à l’autre.

    • Pour l’accessibilité moi dans la majorité des cas je trouve tout de même cela accessible. Il faut juste tendre l’oreille et s’y habituer. J’ai peut-être aussi un goût plus développé pour la complexité des oeuvres.

      Et pour moi plusieurs formes d’arts sont liées, oui en même temps que j’allais voir les concerts mais j’allais aussi faire plus souvent des visites au Musée des Beaux Arts, à la cinémathèque, quelques galeries d’art et j’écoutais la radio tout en étudiant des sujets disons comme la fiscalité ou la comptabilité financière. Les dépliants que je ramassais au Musée des Beaux Arts ou un du Quatuor Molinari me servaient de signets pour garder mes pages…

      Je l’ai entendu aussi le Quatuor Molinari à la radio…

    • merci lecteur_curieux et bonne nuit à tous

    • Chers amis, n’oubliez pas que l’album du groupe de l’un de nous, camarade Boulgakov, est chroniqué aujourd’hui (samedi) dans La Presse par le bloguemestre. 4 étoiles pour Labrador Skyline!!

    • Merci de nous en informer.

      http://www.cyberpresse.ca/arts/musique/critiques-cd/200911/27/01-925821-water-on-mars-imax-entre-les-oreilles-.php

      Et il en a aussi parler dans sa chronique radio de vendredi à Desautels et il y a quelque temps j’ai écouté la chronique pour celle de Delta.

      Donnons le lien pour celle de vendredi :

      http://www.radio-canada.ca/emissions/desautels/2009-2010/chronique.asp?idChronique=97425

      (Je vais l’écouter plus tard )

      Et je me dis qu’il serait bien de pouvoir les retrouver en archives facilement toutes les chroniques, j’en retrouve en fouillant. Autre point, c’est remarquable jusqu’à quel point un critique ou chroniqueur comme monsieur Brunet ou Claude Gingras se doit de maîtriser l’art de la concision. La critique peut être utile avant comme après l’écoute.

      Je m’en vais écouter cela…

    • Ma critique de fan:

      VERS L’HORIZON ET AU-DELÀ
      Beaucoup plus proche désormais de ses racines rock et folk, plus vraiment à classer dans l’électro (les deux précédents opus faisaient french touch), Water on Mars opère un retour thématique vers les paysages de l’enfance. Paysages dont les fragments sont comme regardées à travers un kaléidoscope psychédélique. Dans Labrador Skyline, il y a tout ce qu’on aime déjà – la haute-fidélité, la guitare space rock, les trouvailles de la réalisation, les arrangements, la densité sonore, parfois étouffante pour une première écoute – avec une bien meilleure section rythmique. Il y a cette fois-ci de vraies chansons (la très stoner rock “Fée clochette”, le sublime psych-folk “Red Rocket”, entre autres) qui semblent émergées à chaque fois d’un monde chaotique et indifférencié (l’enfance? le Nord comme nature primitive?). Chaque plage alterne bruitisme et apaisement.

      Si dans ses deux précédents albums-concept (Mannah et Delta), WOM jouait par moments sur la mince ligne entre le kitsch et le sublime, Navarro a réduit la part du maniérisme en optant pour une composition plus organique et sobre – à part la référence à la voix off de “L’Affaire Dumontier” dans un morceau de bravoure assez réussi (”The Last Party”) sur la Guerre froide façon Andropov. Les cinq dernières décennies sont évoquées musicalement jusqu’à ce que la dernière pièce nous révèle que le voyage dans l’espace de la taïga est aussi un voyage dans le temps : « a day ticks back for every mile we raise, 1989 is the speed I drive » (les lecteurs de son roman de hard sci-fi, Delphes, retrouveront un thème cher à l’auteur). La modulation savante par la vitesse – qui n’est possible que grâce au vinyle, une première pour le groupe – suggère la relativité à l’oeuvre lors ce “trip” sonique.

      Qu’est-ce que le “Nord” pour nous Québécois du Sud? Chaque côté du vinyle semble circonscrire une moitié de l’expérience du compositeur: un face chaude, très rock, sur l’exil dans le “South” (Navarro est né à Labrador City; Québec est une ville du Sud pour lui…) et un retour nostalgique vers les plaines froides du “North” pour le deuxième côté, très psych-folk (avec le chef-d’œuvre “Labrador” de Dubois en référence ultime). Alors que Mannah fantasmait le sol de la planète Mars comme un paysage familier, Labrador Skyline présente la “Terre de Caïn” comme un environnement martien propre à la rêverie et à la contemplation, tout un monde originel à la fois vide et hanté par les ondes courtes qu’écoutait l’adolescent Navarro. Si son côté cérébral l’éloignait de ses tripes sur les deux précédents opus, sur le dernier, le leader de WOM a choisi de ne pas choisir entre énergie et abstraction. Le « concept » participait chez lui de la raison scientifique, plus proche désormais d’une matière intime qui touche au mysticisme, notamment par la rencontre avec la spiritualité innue de la poétesse Geneviève McKensie-Sioui (en spoken-word sur “Pishum mikuashish-shu”). Ce Nord est donc conçu collectivement comme notre far-west, où il faut faire l’expérience de l’autre en montant vers cette nouvelle Frontière.

      Alors que la nordicité a toujours été un thème peu exploité dans l’imaginaire d’un Québec essentiellement “sudiste” et héliotrope, Labrador Skyline est à ranger à côté du film Les États nordiques de Denis Côté, des œuvres novatrices qui essaient de faire sentir et percevoir cette partie refoulée de notre “expérience” collective.

    • L’Affaire Dumoutier, désolé.

    • J’ai pas assisté au concert de Quasar mais tiens ce soir je viens de faire ma petite part… C’est-à-dire, que je viens d’acheter sur iTunes leur album d’il y a maintenant plusieurs années soit Quasar ”Quatuor de saxophones”.

      Si jamais ils lisent le blogue, bien ce sera peut-être un petit encouragement. En même temps comme je grave cela sur CD-R, j’ai mis le morceau de notre ami Boulgakov ‘’salmon Skies/crimson Tides” de son album Delta à la fin du CD, je crois que cela peut se marier.

      Mieux vaut tard que jamais.

    • Une écoute de nuit…

      J’ai écouté l’album de Quasar, quatuor de saxophones. Et j’ai dit plus tôt que c’est rare que j’aime un album dès la première écoute mais ici c’est le cas. Bon cet album là a été fait en 2000 si je regarde sur leur site et on pourrait dire aussi que mon oreille est déjà habituée à la musique contemporaine puisque j’écoutais la Chaîne culture, la CBC Radio 2 (je me souviens plus si elle portait alors ce nom ) et parfois la Vermont Public Radio. Aussi ma mémoire me dit qu’un compositeur comme Denis Gougeon, j’ai déjà entendu son nom cité et nommé ils ont dû m’en faire jouer à quelques reprises…

      Une petite remarque pour la transition entre les pièces mais eux c’est juste à une ou deux reprises, j’ai eu l’impression que cela aurait été meilleur si ces pièces avaient été mises sur la même piste… Dans un cas ou deux… Mais il y a des contraintes sûrement techniques ou bien commerciales pour la vente des morceaux à l’unité… Tiens juste comme cela, anecdote, j’ai des concerts enregistrés sur le web et ensuite ils se retrouvent juste sur une piste rendus sur un CD-R. C’est l’autre extrême cela…

      Donc très bonne qualité comme musique et pour l’austérité ou pas ? Non ce n’est pas cela, mais un certain recueillement aide pareil à apprécier la musique classique et contemporaine. Je crois aussi que ce sont des préjugés mais derrière les préjugés il y a aussi une réalité certains ont été vraiment austères. Non je vois ces musiciens comme de véritables passionnés. Je ne dis pas tout saisir… Impossible, d’une écoute à l’autre il y a plein de subtilité qu’on voit d’une manière différente. Et en salle c’est sûrement encore beaucoup plus riche comme expérience.

      Finalement pour ‘’salmon Skies/crimson Tides”, c’est une ambiance différente qui arrive que celle de la musique contemporaine. Et j’avais aimé cette pièce dès la première écoute aussi, sauf que rendu sur votre chaîne stéré vous saisissez bien plus de choses, vous redécouvrez le morceau et sa richesse, des sons ou des voix que vous avez peut-être pas bien entendu. Là je dirais aussi pour ce choix que j’apprécie c’est atmosphère Zen. J’ai choisis le morceau avant de l’acheter et pour 8 minutes et 10 secondes de musique pour 99 cents c’est un très bon deal… Oui ce peut-être cela que je fais, je prends les pièces les plus longues et dont le son me semble bon quand je fais des achats unitaires et exploratoires.

    • Modification pour le recueillement, je devrais plutôt dire PEUT aider à mieux apprécier cette musique… Mais c’est pas obligatoire, il y a plusieurs façons de l’aborder… Il faut plutôt prêter l’oreille…

      Quand tous les sons vous pénètrent, vous imprègnent, vous n’êtes pas dans un recueillement… Si vous montez le volume aussi sur votre chaîne non plus… Et avec Quasar je l’ai fait…

      Et pour l’austérité certains pouvaient l’être et faire de la qualité pareille. De plus certaines personnes, peuvent renvoyer une image d’austérité au premier abord mais alors que dans le fond elles sont pleines d’humour. Les étudiants que je voyais à McGill, pour leur part, ne projetaient aucune image d’austérité.

      Et celle-ci je le répète n’est pas nécessairement un défaut mais il ne faut absolument pas associer le classique et comtemporain qu’à cela. Mais pour arriver à leurs résultats, ils ont dû faire preuve d’une certaine rigueur c’est sûr. Sauf que sans plaisir bien ils auraient pas réussi à s’y rendre.

    • Petit commentaire ici par test des archives que l’on voit à la droite de notre page web et avec le bouton recherche…

      Cela semble bien fonctionner et être pratique. Peut-être pas toujours pour commenter, mais pour la lecture et comme j’ai dit dans un message précédent, on peut mettre une suggestion en attente pour y revenir par la suite.

      J’imagine que tout le monde avait déjà remarqué mais bon c’est pratique cette fonctionnalité de WordPress.

    • C’est toujours intéressant de voir ce quatuor en concert. Ces 4 interprètes de haut niveau mettent la technique instrumentale au service de la création des oeuvres qui leur sont proposées. Ils sont ouvert au dépassement et à l’exploration et s’abandonnent totalement à l’univers que les compositeurs leur proposent. Ils sont uniques. Bravo ! http://www.saxowebquebec.com

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