Si vous n’avez pas entendu parler du gala “en discussion” chez Groupe Archambault, filiale de Quebecor Media, ça se poursuit sur ce blogue.
Pour vous mettre au parfum, je vous fournis l’hyperlien de notre nouvelle exclusive de jeudi ainsi que l’analyse de mon collègue Marc Cassivi avant de vous suggérer la mienne.
Le problème en résumé:
1. Le retrait de Quebecor de l’ADISQ se fonde sur un différend des mesures à prendre sur l’internet quand on est producteur de musique enregistrée.
2. Une fois sorti de l’association, Quebecor trouve aberrant que ses artistes en production ne puissent être éligibles aux galas de 2010. Renoncer à l’association des producteurs indépendants a des conséquences fâcheuses… qui mènent à une autre stratégie de développement.
3. Ainsi, Quebecor envisage de faire son propre gala, et poursuit sa marche vers l’intégration verticale des contenus cultuels produits et diffusés par l’entreprise.
4. L’ADISQ est confrontée au retrait d’artistes québécois très populaires, elle doit gérer cette crise bon gré mal gré.
Des visions développement s’opposent désormais au grand jour, à commencer par les mesures contraignantes sur l’internet. Un fournisseur d’accès internet et un portail internet qui disposent d’un tel réseau de câblodistribution savent où se situent d’abord leurs intérêts financiers.
Même avec un préjugé favorable à la production de contenus québécois, même s’il est un acteur important dans la production des contenus audiovisuels, le consortium dirigé par Pierre-Karl Péladeau réprouve toute notion de redevances obligatoires sur l’internet à partager avec les créateurs.
Dans l’autre camp, une majorité de producteurs réclament la mise en place de mesures contraignantes sur l’internet: contrôle du trafic illégal pour faire évoluer une offre légale encore bien timide sur le net, partage desrevenus des fournisseurs d’accès et de services sur le net.
Le problème dans le détail :
1. La vision de Quebecor
Ainsi donc, Pierre Marchand, ex-patron de MusiquePlus / MusiMax, devenu président du secteur musique chez Groupe Archambault, envisage la tenue d’un événement parallèle au Gala de l’ADISQ. “Ça se discute”, a-t-il résumé.
Dans les mondes de la télévision et de l’édition, la tendance de Quebecor à faire cavalier seul est connue. On se retire des associations professionnelles, on décline ensuite ses propres propositions sur les plateformes de Quebecor – Canoe, TVA, Le Journal de MTL, etc- et le tour est joué. Stratégie on ne peut plus prévisible, doit-on renchérir.
Au tour de la zizique, donc.
La principale raison qui justifie cette “autarcie” est la suivante:
D’abord, Quebecor réunit toutes les plateformes nécessaires au déploiement du nouvel environnement médiatque – journaux, magazines, télévision, portail internet, câblodistribution, fourniture d’accès internet, téléphonie mobile, production et distribution de contenus audiovisuels.
Inutile d’ajouter qu’on y a réalisé tout le pouvoir de cette tuyauterie dans un environnement numérique. Or, pour en maintenir le développement et la rentabilité, la perspective de de réglementer le partage des revenus est un frein au développement des secteurs les plus prometteurs.
Alors ? Bien que sensible au succès de la musique québécoise, le groupe dirigé par Pierre-Karl Péladeau réprouve toute réglementation contraigante à l’endroit des “transporteurs” de contenu. Ainsi, Quebecor préconise d’autres modèles d’affaires pour rétribuer les contenus. Lesquels ? On ne sait pas vraiment, sauf qu’ils doivent être réalisés dans le cadre d’ententes privées, sans répondre à quelque réglementation publique qui obligeraient les transporteurs à respecter des normes d’équité établies par l’État.
Pourquoi le groupe Quebecor invoque-t-il le soi disant passéisme de l’ADISQ sur cette question ? Pour mieux s’en distancier. Parce que Qubecor sait l’impossibilité (à tout le moins la grande difficulté) de gérer le trafic internet, parce qu’il sait aussi le peu de rentabilité des contenus audiovisuels vendus en ligne. Pour Quebecor, l’avenir des contenus repose sur une circulation fluide des contenus. Lesquels ? Ceux qui disposent de solides ententes privées avec des groupes importants… comme Quebecor. Alors ? Les artistes favorisés par de telles ententes ne peuvent être que très grand public, sauf exception. Les artiste de contenu moins rentable, particulièrement ceux associés à des genres plus nichés (pop indie, chanson d’auteur, électro, hip hop,world, jazz, classique), sont généralement évacués de cette nouvelle dynamique économique que préconise Quebecor.
2. La vision de l’ADISQ
Là où le problème se complique davantage c’est que l’ADISQ prête flanc à la critique dans sa manière d’aborder l’environnement numérique. Bien sûr, l’ADISQ défend l’intérêt de ses membres en réclamant des mesures contraigantes sur l’internet: contrôle des internautes déviants, gestion du trafic illégal sur la toile, partage des revenus des fournisseurs d’accès internet et autres acteurs de la nouvelle économie des contenus.
À tout le moins du côté de sa vieille garde, l’association de producteurs rêve encore de restreindre le piratage en contrôlant les habitudes des internautes, en instaurant une gestion plus serrée du trafic des contenus sur l’internet. Comment y arriver ? Personne n’a vraiment réussi à ce jour.
Encore aujourd’hui, c’est-à-dire dix ans après les débuts de la lutte contre le piratage, la musique légale est tellement facile à contourner que les profits réalisés dans un contexte de mesures contraignantes destinées aux internautes (lois plus sévères, réduction du trafic des contenus piratés, etc.) n’arriveront pas (de sitôt) à la cheville de l’ordre “d’autrefois”, c’est-à-dire la fin des années 90 où les ventes de disques avaient atteint leur ultime sommet.
Alors ? Bien au-delà de Quebecor, et pas pour les mêmes raisons, d’aucuns croient que l’ADISQ fait preuve de passéisme avec son désir de contrôler l’offre légale en ligne – et cela inclut un portion croissante de ses propres membres. En revanche, la perspective de favoriser le partage des revenus du numérique (ententes de rétribution avec les fournisseurs d’accès, hébergeurs de contenu, fabricants de hardware) ou encore d’imposer ce partage politiquement et juridiquement (si les parties ne s’entendent pas), fait son chemin chez les producteurs et les créateurs. Très différent de la position de Quebecor, n’est-ce pas ?
Nous sommes donc loin, très loin de solutions réelles qui relanceront les contenus musicaux et tous les autres. L’ADISQ a donc du temps pour raffiner sa position sur l’environnement numérique.
3. Le gala des membres et des non-membres
À court terme, il y a ce problème des labels non-membres qui vient d’être vachement médiatisé. Conséquence indirecte de ce différend profond entre l’association de producteurs indépendants et Quebecor Media, le retrait stratégique du label Musicor avec ses artistes devenu non éligibles pour les galas de 2010 forcera l’ADISQ à trouver une issue.
Comment se passer de tous ces artistes grand public dans un aussi petit marché ? Comment l’ADISQ peut-elle exclure Zachary Richard, les compétiteurs de Star Académie, Mario Pelchat, Stéphanie Lapointe, Marie-Mai et autres Renée Martel ? Dans un aussi petit marché, cela me semble impossible.
Que Quebecor en vienne ou non à diffuser un autre événement, il faudra trouver une solution du côté de l’ADISQ. Soit modifier la réglementation des mises en nomination (avec le risque de voir son modèle de financement affaibli, du moins provisoirement), soit entrer en guerre (de tranchée!) avec le consortium démissionnaire, entre autres manoeuvres “travailler au corps” les artistes sous contrat chez Musicor afin qu’ils changent de camp, pour citer un producteur avec qui j’ai causé tout récemment… On imagine alors les pressions exercées par le camp adverse. Ça ne serait pas très joli…
Tant qu’à y être, une ouverture aux non-membres de l’ADISQ serait-elle aussi bénéfique à gauche du spectre musical québécois ?
Si tous les indés de la pop indie anglo-montréalaise ou québécoise francophone avaient accès aux mises en nomination, si tous les artistes des musiques du monde, du jazz, de la musique classique, des scènes électro ou hip hop, n’étaient pas tenus de devenir membres de l’ADISQ pour qu’is soient mis en nomination et reconnus à la hauteur de leur talent et leur impact, notre industrie de la musique n’en sortirait-elle pas gagnante ?
Poser la question…
Lire les commentaires (44) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 





















































































