Alain Brunet

Archive, septembre 2009

Lundi 28 septembre 2009 | Mise en ligne à 11h29 | Commenter Commentaires (53)

Fred Fortin par Fred Fortin

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De quoi causent ses chansons qu’il dit plus courtes, plus ramassées, plus proches de la fiction que de l’univers perso en différé ? À la veille du lancement de Plastrer la lune (mardi 29 septembre, 17h, au Diable Vert), Fred Fortin les épluche pour vous en guise de petit extra à l’interview déjà mise en ligne sur Cyberpresse depuis le samedi 26 septembre.

On a déjà fait le tour de la musique : country, folk, bluegrass, prog, rock. Bien assez sale, assez brut pour éviter toute étiquette qui se rapproche de l’expression américaine « radio friendly ». Quoique… ces chansons courtes et catchy pourraient se frayer un sentier à la FM.”

Bobbie : « Bobbie dit le tueur n’en est pas vraiment un, c’est plutôt le bizarre du village qu’on se plaît à imaginer en bandit, en brute, malade, méchant, poilu, fils de pute. Il meurt  perdu en forêt… C’était plutôt un marginal au comportement étrange. »

La merveille masquée, qu’on peut écouter dès aujourd’hui sur la page Facebook de l’ami Fred : “Une chanson sur la gomme que j’ai écrite pour ma fille Léonie. Elle me la réclamait !”

Dollorama : « Cette histoire s’inspire d’une fille que j’ai croisée au Dollorama, et qui était un peu la risée de la classe. Là tu la retrouves en train de placer les affaires au Dollorama, quinze ans plus tard. Te dis alors que c’est peut-être mieux pour elle, ça aurait pu être pire.Puis tu établis un parallèle avec les Chinois qui fabriquent la vaisselle vendue au Dollorama, exploités et sous-payés comme elle…

Le cinéma des vieux garçons : « Un célibataire approche la quarantaine, sa mère lui fait réaliser qu’il est temps de quitter le domicile parental. Il va faire le ménage au cinéma des vieux garçons, un genre de cinéma porno si on veut. »

Grandes jambes : « La toune vient de la voix de mon plus jeune fils. Il improvisait, il disait qu’il faisait du Pixies, je le filmais. Pendant que je faisais l’album, je grattais,  j’avais sa mélodie en tête, j’ai fait des riffs, une toune… Grandes jambes est très rock, gros menesque je dirais. Le texte raconte une mère de famille qui a de la broue dans le toupet. Elle n’a pas le temps de s’occuper d’elle et subit, impuissante, cette image des femmes idéales qu’on lui projette. »

Madame Rose : « Elle liquide son bourreau. On sait pas exactement de quelle manière elle l’a tué… Au début de la chanson, on la trouve dans l’eau tiède, sale et orange. On ne sait pas si c’est elle qui est morte assassinée. Et là, elle se réveille dans son bain orangé… Progressivement, on se rend compte que c’est elle qui a tué Mister Blues, le mari tyrannique. »

Le mur : « Mon père a déjà fait un parallèle avec un business qu’il avait lancée… et qui avait chié ben raide : à qui veut s’ouvrir un dépanneur, disait-il, je vais suggérer de se donner un élan et se tirer la tête dans le mur de briques! J’ai trouvé l’image bonne et je l’ai jumelée avec l’expression de la balle perdue. Balle perdue dans un mur de briques…  Il y a aussi parallèle à établir avec le métier de musicien… Balle perdue dans le mur du son… »

Demande-toé lé : « Un texte amoureux, personnel, dans le ton de l’album précédent (Planter le décor)…  Pour Plastrer la lune, je voulais surtout créer des histoires. J’ai une conscience de musicien, j’essaie d’écrire mes rimes, mes affaires pour avoir des lignes mélodiques différentes, plus complexes, moins écrites carrées. Cette fois, Thomas Fersen (avec qui je tourne et dont j’ai réalisé le dernier album) m’a réconcilié avec le texte en me disant que j’avais une chance rare de raconter mon patrimoine. Qu’on puisse s’y retrouver à travers des personnages de fiction. Raconter plus ou moins sa propre vie, ça peut devenir plate… L’album Plastrer la lune est donc moins personnel, même si j’en échappe une de temps en temps. Comme Demande-toé lé.”

Massacre à l’harmonica : « Une mauvaise journée pour celui qui enregistre. On peut résumer ça de même, mets-en ! »

Mumu : «  Comme Massacre, c’est une toune que je jouais quand j’ai fait le spectacle Homme-orchestre. Ça fait un bout que je l’ai écrite, c’était à l’époque où ma fille est née. J’étais au Lac dans le chalet familial, avec ma petite famille. Évidemment, je ne pouvais plus jouer dans le salon. Je me suis alors installé dans la cabane que mon frère Samuel (Mumu) avait déjà aménagée.  C’est de cette cabane dont il est question. »

Plastrer la lune : « C’est peut-être la plus abstraite, la plus métaphorique, celle qui comporte le plus d’images comme… plastrer la lune. »

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Samedi 26 septembre 2009 | Mise en ligne à 19h16 | Commenter Commentaires (28)

Blogue à l’opéra

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Il se trouve tant de fans finis de musique tous azimuts, et même de grands amateurs de musique classique… rébarbatifs à l’opéra. Je dois avouer candidement que j’ai longtemps fait partie de ce contingent encore majoritaire.  Maintenant ? Je ne sais trop. J’aime de plus en plus le chant lyrique, sans croire pour autant que la formation rigoureuse à laquelle les chanteurs classiques s’astreignent les mène assurément à la quintessence de l’organe vocal.

Enfin, j’entends le chant suprême.

Les choix esthétiques qu’on alimente depuis des siècles pour en affirmer la suprématie méritent amplement le maintien et l’émancipation de cette tradition… dont les défenseurs doivent admettre l’existence d’autres grandes maîtrises de la voix. D’autres grandes traditions.

Quant à l’opéra, c’est-à-dire la mise en scène de chanteurs aguerris dans un contexte théâtral, je ne peux dire que cette multi-disciplinarité me fait vibrer très fort de manière générale.Mais… il faut parfois ébranler ses perceptions, il faut se botter le derrière. On peut avoir des surprises.

Ce samedi 26 septembre, qu’en fut-il ?Ç’aurait bien pu se produire cette année, mais je n’étais pas à la Wilfrid ni par hasard ni de ma propre initiative. Pour l’ouverture de sa saison 30e anniversaire, l’Opéra de Montréal a eu l’idée d’inviter des blogueurs à s’exprimer en temps réel à l’entracte, sans le prérequis de la connaissance profonde du corpus. J’espère bien ! Ma culture opératique est on ne peut plus rudimentaire, pour ne pas dire nulle.

Ainsi donc, on arrive sur place, et les blogueurs (Cyberpresse, L’Actualité, Espace classique, etc.) disposent d’un espace pour s’exprimer à l’entracte.  Nous avons chacun une table au dessus de laquelle notre portrait est affiché. Personne ne pourra nous manquer !  Bon coup de promo pour l’Opéra de Montréal.

Pour ce qui est de la fonction réelle des blogueurs, c’est autre chose. Un peu plus d’une vingtaine de minutes pour exprimer des impressions en temps réel. Plus tôt cette semaine, j’avais fait la même demande que l’on fait de plus en plus (Festival international de jazz de Montréal, FrancoFolies et autres concerts hors festivals.

Pour bloguer en direct, en ce qui me concerne, ça se fait en direct, bien assis dans la dernière rangée du parterre de manière à ce que l’écran ne dérange pas les détenteurs de billets. Quant au clapotis du clavier, il faut toujours faire gaffe dans les moments calmes d’un concert. Or, si on est attentif et professionnel, cet irritant peut toujours être évité.

Et si les blogueurs travaillent pendant la représentation, ils peuvent alors être plus réceptifs aux spectateurs qui viennent leur adresser la parole à l’entracte. Malheureusement, cette fois, il y avait tant à faire en quelques minutes qu’il était à peu près impossible d’être attentifs aux pauvres mélomanes qui voulaient échanger quelques impressions.

À l’ODM, d’ailleurs, on acceptera qu’il est possible d’y parvenir – c’est du moins ce qu’on m’a dit à la fin de cette première expérience où l’accès des blogueurs dans la salle (pendant la représentation) était proscrit.

À ce premier programme de l’Opéra de Montréal : Pagliacci de Ruggero Leoncavallo (1857-1919) et Gianni Schicchi de Giacomo Puccini (1858-1924). Deux vrais classiques créés à la grande époque de l’opéra italien, c’est-à-dire  l’aube de la modernité. Bon, retournons à l’événement tel que vécu en direct. Vingt minutes et des broutilles pour se prononcer sur Pagliacci en ouverture de la 30e saison. Allons-y vite, mais il faudra repasser un bon coup de varlope sur ce texte au retour à la maison – ce que vous lisez, donc, est aussi le résultat d’une autre séance d’écriture après la représentation.

Alors… ne me demandez surtout pas de comparer la performance technique des interprètes à d’autres qui ont campé les mêmes personnages. Je laisse ça à Claude G et les autres vrais spécialistes de la discipline. Ils ont pour la plupart été très positifs dans leur évaluation, d’ailleurs.

De prime abord, j’ai la nette impression que les chanteurs font leur boulot avec la passion et la compétence que requiert la trame narrative:  le ténor Marc Hervieux (Canio) en cocu brutal qui culmine en bourreau,  la soprano Marie-Josée Lord (Nedda) en infidèle qui s’assume, le baryton-basse Étienne Dupuis (Silvio) en amant romantique,  le baryton Gregory Dahl (Tonio) en colosse épais et revenchard, le ténor Pascal Charbonneau  (Beppe) en Arlecchino, amoureux de Colombine…

Cette tragédie sur l’infidélité est traitée à la méditerranéenne, avec éclat, extravagance, avec le sang chaud de la latinité. La mise en scène nous ramène en Italie méridionale au tournant du siècle précédent. Dans un environnement machiste où l’infidélité féminine se conclut régulièrement en crime d’honneur. La vision la plus machistes qu’on puisse imaginer de l’acte d’infidélité.  De nos jours, un tel comportement fait partie des faits divers les plus scabreux… mais il existe toujours, force est d’admettre.

La mise en scène (Alain Gauthier) et la scénographie respectent l’esprit de l’époque, sauf au début et à la fin du programme à l’intérieur duquel le décor ingénieux est un liant dont certains éléments servent aux deux opéras. On y évoque l’Italie méridionale au tournant siècle précédent.  Reconstitution fidèle, respect de l’oeuvre originelle, pas de remise en contexte de l’histoire. Un choix qui se défend.

Plus d’un siècle après sa création, la musique et le chant de Pagliacci tiennent la route. Les grands airs, les orchestrations bien en phase avec cette période très importante de la musique écrite de tradition européenne. C’est beau.

La trame narrative ? Bof.  Je ne suis pas certain que cela ait aussi bien vieilli. Ou encore qu’on puisse la présenter dans cette forme. Le texte me semble banal (si je m’en tiens aux traductions projetées en temps réel), il ne me semble pas transcender cette histoire d’un acteur de commedia dell’arte qui liquide sa femme infidèle et son amant devant public, au terme d’un vaudeville dont le propos est justement de se moquer des cocus… C’était peut-être un excellent concept de dramaturgie à l’époque, je ne suis pas certain que cela puisse nous habiter en 2009.

Personnellement, je préférerais une actualisation de l’oeuvre dans sa théâtralité qu’une telle visite au musée. Mais bon, il se trouvera une pléthore de spécialistes pour affirmer le contraire avec des arguments et une connaissance qui débordent largement l’énoncé de mes petites réflexions spontanées.

Ne reste qu’à se détendre à l’écoute de Gianni Schicchi, une comédie opératique de Puccini créée en 1918 et qui porte sur l’appât du gain et la mesquinerie. Ainsi, des héritiers d’un mourant parviennent à le remplacer par un imposteur, Gianni Schicchi – incarné par le baryton Gregory Dahl. Ce dernier leur réserve quelques surprises… Voilà un portrait du genre humain on ne peut plus italien ! Dans les notes de programme, Alain Gauthier souligne le caractère indissociable deux oeuvres au ton diamétralement opposé de prime abord. D’accord avec lui.Et on applaudit la jeune soprano Marianne Fiset (Lauretta) et l’alto Marie-Nicole Lemieux (Zita). Deux grandes voix d’ici à n’en point douter.

En bref, la porte de l’opéra reste ouverte.

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Samedi 26 septembre 2009 | Mise en ligne à 9h13 | Commenter Commentaires (4)

La saison du Navet

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Oui, la saison du Navet est imminente.

L’album LP3, signé Navet Confit, sera lancé le 25 septembre à la Sala Rossa.

Parlons-en, tout en consultant la page lui étant consacrée sur le site de GSI Musique.

D’abord une impression générale: Jean-Philippe Fréchette alias Navet Confit a fait ses devoirs de concison musicale. Ses chansons sont mieux fagotées que jamais, on se réjouit de la maîtrise atteinte après des années de laboratoire. Le propos chansonnier, lui, est encore discutable. Certes, il  laisse beaucoup d’espace à l’interprétation mais… ces évocations en direct de l’inconscient frisent parfois la psalmodie.  À mon sens, elles devraient sonner plus cloches chez le récepteur.  Enfin… ce flou créatif a ses qualités et ses défauts, comme c’est le cas depuis la découverte de notre Navet, d’ailleurs – c’est-à-dire avant qu’il soit repêché par GSI Musique et qu’on lui confie la direction artistique du label La Confiserie.

Allons-y de quelques échantillons:

Les chansons

texte: ” On s’applaudit “, on se congratule sourire aux lèvres… Navet décrit son métier, avec cette lucidité narquoise qu’on lui connaît. Un des textes les plus clairs de cette nouvelle fournée.

zizique: pop avec une saveur aigre-douce, distortion rock, ornements des plus créatifs.

Les systèmes d’alarme

texte: sûr, beau, prêt, pressé, frais…  mais aussi effrayé, méfiant… Le monde que perçoit le narrateur le fait rêver. En rêve, il combat aussi les cons. Voyez où il veut en venir !

zizique: boucle rythmique très pop, structure classique (refrain, bridge, etc.), emballage épicé de condiments technoïdes.

Plastique à la cerise

texte: côté cour, un humain propose une petite escapade avec un autre humain, escapade assez imaginative merci, aux frontières de l’absurde: “on mangera du plastique à la cerise /tes lèvres goûteront le lait de coco…” On se promène dans un boisé pas très loin de celui de David Lynch…

zizique: power pop efficace, structure assez Beatlesque (époque pré-hippie) fondée sur une rythmique binaire et qui devient plus acide en fin de parcours.

4  jours par semaine

texte: les sorties d’une jeune femme, le bain qu’elle se coule, les bougies qu’elle a oubliées pendant la plongée, l’immeuble ravagé, les pompiers alertés… L’eau et le feu, en somme.

zizique: pop indé érigée sur de solides riffs de guitares avec petits détails méticuleusement conçus (voix en surimpression, etc.), mélodies accrocheuses, pont un peu plus rugueux qu’on ne l’aurait imaginé d’entrée de jeu.

Vraiment beaucoup

texte: des autos partout, un trésor dans sa bouche, de la brume sous son aile, tous les torts dans ses yeux, un secret qui pèse lourd. De quelle faute est-il question ? De quel secret ?

zizique : ballade folk-pop fin années 60 début 70.

On en rajoutera plus tard… Chose certaine, ce LP3 contient des surprises, et même un “bébé dans la boîte”, pour reprendre le titre de la 9e chanson au programme.

Pour visionner d’ici là, voici un résumé du processus de création:

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