Alain Brunet

Archive du 10 juillet 2009

Vendredi 10 juillet 2009 | Mise en ligne à 19h48 | Commenter Commentaires (9)

Contrebasse et accordéon, vieux jazz et “comfort food”

Ce ne sera certes pas la meilleure soirée, sur papier du moins. Helen Merrill annule because un vilaine grippe, Robert Glasper part en tournée avec Maxwell, bye bye MosDef.  Poche…  Cela étant, il reste quelques bons plats au menu abrégé.

Contrebasse et accordéon

Renaud Garcia-Fons considère l’accordéon comme l’instrument frère de la contrebasse, en l’occurrence la sienne. Deux sœurs ou deux frères, au fait ? Qu’importe, deux des trois concerts présentés dans le cadre de sa résidence au FIJM comprend la participation d’accordéonistes top niveau. Avec Jean-Louis Matinier, Garcia-Fons a développé un tandem qui remonte aux années 90.
De Jean-Louis Matinier qui se produit au Gesù, je n’avais entendu que certains enregistrements, je découvre ce soir un musicien de classe mondiale, dont la fluidité et la précision se déploient avec une certaine discrétion. On ne sent pas cet homme fait de la même pâte de Garcia-Fons, dont la dégaine parfaite est exposé avec une assurance plus manifeste. Quoi qu’il en soit, la pâte de chacun n’a aucun mal à lever !

Les musiques au programme sont des extrapolations de ce qu’ils avaient mis au point avec l’alum Fuera, paru il y a une onzaine d’années. Dans le cas qui nous occupe, le Sud dont parlait Garcia-Fons en interview y est un moins présent dans l’imaginaire; bien sûr, on remarque des échos de tango piazzollien, des sons ibères, méditerranéens ou antillais… Mais on se sent d’abord en Europe. Avec cette musique de chambre hybride, descendante de la musique contemporaine de souche européenne, même avec cette attitude jazz dans l’impro… et quelques élans swing au rappel, le tout coiffé d’un prélude de Chopin.

La résultante d’ensemble est de très très belle facture, sans qu’on puisse conclure à l’éblouissement. On commence à être a être gâté !

À la même heure, le contrebassiste Michel Donato et l’accordéoniste Marin Nasturica, deux compagnons d’armes comme on le sait, se retrouvent en trio montréalais avec Loran Djincharadze. Michel estime que ce pianiste géorgien est un secret bien gardé qu’il se devait de révéler.
Qu’en penser ? Mettons que Loran est un assez bon technicien lorsqu’il s’exécute strictement dans le jazz, mais… La fluidité n’est pas toujours palpable, on remarque de légères carences en précision lorsque la main droite doit se démener dans les tempos rapides. Peut-être un peu nerveux pour sa première au FIJM, je ne sais… Il faudra revérifier. Toutefois, lorsque Loran est appelé à exprimer son patrimoine caucasien (une très belle pièce construite en 7/8), tout effort superflu semble disparaître comme par magie.

Vieux jazz sous les étoiles… de George Wein

Ainsi donc, le père voire le grand-père des festivals de jazz (Newport, Rhode Island, il y a 55 ans) se paie la traite au Théâtre Jean-Duceppe. En plus de divertir la galerie avec sa voix de vieux loup, il prend visiblement son pied en plaquant ses accords de vieux jazz au piano, exécutant un swing qui se déroule plutôt lentement, sans faire de vagues.
On ressent certes le bon feeling de George Wein, le plaisir qu’il a de se retrouver avec des amis musiciens d’un calibre qui lui est nettement supérieur. Transition harmonique entre swing et bebop, premiers balbutiements de jazz moderne… rien de trop compliqué.

On aura remarqué quelques performances individuelles de ces All Stars : le jeu clair, voire éclatant du trompettiste Randy Sandke, le jeu très compétent de Lew Tabackin au ténor (soit dit en passant, il ressemble de plus en plus à Sigmund Freud… et il massacre Caravan à la flûte traversière) ou de Howard Alden à la guitare, sans compter la paire idéale pour un swing de ce genre, formée du batteur Lewis Nash et du contrebassiste Peter Washington.
Comfort food pour les uns, jazz ronflant pour les autres. Faut-il bouder son plaisir en se remémorant ce que les jazzophiles aimaient il y a un demi-siècle ? Bien sûr que non sauf que… au bout d’une heure, il faut vraiment passer à un autre sujet.

Bill Charlap et Houston Person : stylisme, raffinement… 

Bill Charlap est dans la jeune quarantaine. Le pianiste new-yorkais est un jeune vieux. Un jeune vieux qui s’assume… et qui a les moyens de s’assumer tellement il est parfait à l’intérieur de paramètres connus du piano jazz. Houston Person, plus âgé que son collègue (10 novembre 1934), nous la joue un peu à la Ben Webster. Gros son bien rond, avec de l’air qui s’échappe de l’anche, du goût et de l’expérience à revendre.

Une version lente Namely You, une autre mid-tempo de I’ll Remember April. On ralentit ensuite, on se met sérieusement au swing en tandem avec Don’t Get Around Much Anymore. Charlap pique alors un solo, et on se dit que ce styliste maîtrise à la perfection cet art du velouté. Cet excellent musicien est certes conservateur, mais la très grande qualité de son jeu et l’esprit profondément jazz qui s’en dégage balaient toutes considérations de passéisme. Esprit new-yorkais de surcroît. Un New York d’une autre époque, préservée dans la musique qu’on écoute ce soir au Gesù. Et re-ballade sensuelle, aux antipodes de la vulgarité : Memories of You, d’une extrême délicatesse, sans faille.

Et ainsi de suite jusqu’aux solos de Bill, sans failles aucunes dans tous les tempos, alternant stride et swing, incoporant moult références autour de Tea for Two. Houston Person nous sert un blues soliloque, à la suite de quoi les deux collègues entonnent Let’s Fall in Love. Les standards défileront, tous ces My Funny Valentine et Body and Soul qu’on adore déterrer de l’imaginaire collectif.

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