Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Mardi 30 juin 2009 | Mise en ligne à 20h49 | Commenter Commentaires (12)

    Festival de jazz: l’ouverture en direct !

    Pour le 30e anniversaire du Festival international de jazz, je tente un nouveau truc dès ce soir: écrire en direct,  vous balancer le tout au fur et à mesure que la soirée se déroule.

    Vous êtes prêts ?

    J’ai demandé à être assis bien au fond de la Wilfrid et du Théâtre, de manière à ce que mon écran d’ordi ne nuise à personne. J’ai aussi obtenu le code du réseau sans fil.

    C’est parti!

    Je sors à peine de l’Astral, où se produisaient Oliver Jones, son trio (Éric Lagacé, contrebasse, Jim Doxas, batterie) et ses invités, Chet Doxas (saxo ténor), Richard Ring (guitare) et Ranee Lee, la doyenne du chant jazz à Montréal, encore dynamique et enjouée… et peut-être moins en voix qu’elle ne l’a déjà été. Public assez chic, moyenne d’âge assez élevée, du swing, du jazz latin, des ballades, du bop pour égayer, pour nourrir l’esprit.

    Notre Oliver était fébrile pour l’occasion, il a poussé des blagues un peu nerveusement, il a néanmoins présenté ses musiciens avec générosité. Hautement sympa, hautement professionnel… et hautement prévisible… comme prévu.

    La salle ? On est en train de roder l’Astral, rutilant club de jazz aménagé au coeur de la Maison du Festival. Ça sent la construction toute fraîche… l’aménagement intérieur me rappelle le Dizzy’s Club de l’immeuble Time Warner,  associé au Jazz At The Lincoln Center à New York.

    Ben justement, l’orchestre de Wynton Marsalis est là, juste devant moi…

    Wynton flamenco
    Pour l’occasion, le Jazz at Lincoln Center Orchestra accompagne Chano Domiguez, jazzman espagnol dont la démarche essentielle est de reproduire au piano toutes les spécificités du flamenco.  La mixtion pourrait être pompeuse, remarquez. Cuivres et anches à la Wynton au service du flamenco nuevo.

    Sauf les intros un peu ronflantes de l’orchestre, on se réjouit de ce dialogue intercontinental entre Wynton et le chanteur invité par Dominguez. Le trompettiste s’adapte aux inflexions si particuères dela voix flamenca, puis le piano se met de la partie. Le rythme est soutenu par les tapements de mains (fameuse technique flamenca) et les frappes du cajon -cette boîte de bois devenue instrument de percussions. Puis c’est la danse flamenca, les pieds deviennent virtuoses, se connectent à l’orchestre. Épatant !

    S’ensuit  une fusion encore plus convaincante entre l’orchestre  Wynton et l’unité spéciale venue d’Espagne. Cet amalgame des deux entités aurait pu être erratique, simplement formel. Nenni. C’est subtil et senti.

    La grâce de Maria Schneider: big band beauté !

    Le Maisonneuve, maintenant.

    Maria Schneider s’y présente avec son Orchestra, tout démarre paisiblement. Un brin d’accordéon, soutien discret de la basse, interventions circonspectes de la guitare (Ben Monder, toujours brillant), clapotis de notes au piano… La conversation s’installe. Le crescendo s’annonce lent et sûr.
    C’était Concert in the garden, la pièce titre de l’album, suivie d’une évocation tango à travers laquelle s’exprime Rich Perry… un son riche et duveteux, de même cousinage que celui de Joe Lovano.
    Puis le vent se lève pour de bon.
    Last Season, la première jamais écrite par la compositrice. Intro pianistique, puis la trompette dynamisé par l’orchestre, puis le sax soprano (Steve Wilson) fait monter la tension d’un cran. On ne peut plus clair que Maria Schneider sait jouer magnifiquement avec les intensités. Que sa musique acquiert tout le potentiel harmonique de la musique de chambre, sans perdre le tonus et le muscle du jazz moderne. Le meilleur des deux mondes, quoi.

    À l’écoute de Sky Blue, la pièce-titre du dernier album de la filiforme Maria, qui met en relief (notamment) le talent exceptionnel de la trompettiste canadienne Ingrid Jensen. On note alors que, malgré leur soutien harmonique on ne peut plus contemporain (descendante directe de Gil Evans et autres orchestrateurs du jazz tel Wayne Shorter),  les mélodies de cette compositrice d’exception conservent cette candeur toute américaine… qui n’est peut-être plus envisageable dans les civilisations plus vieilles.

    Big band beauté !

    Stevie, son oeuvre, son clin d’oeil au jazz

    Il est 22h40, je cours vers l’estrade réservée aux professionnels. Ben oui, il faut quand même témoigner du concert gratuit de son éminence Stevie Wonder. Je me dépatouille dans la foule, j’ai du mal à me rendre à l’endroit prescrit pour les professionels.  Un monde fou ? Un euphémisme.

    On discerne des évocations moyen-orientales, gracieuseté de Stevie, on repère ensuite des enregistrements de feu Michael Jackson, à qui  le spectacle montréalais est dédié. Étrange idée que celle de faire jouer des enregistrements du défunt en y ajoutant à peu près rien, mais bon… cela peut être tolérable dans un concert de deux heures et demie.

    Or, quelques minutes plus tard,  mes attentes seront comblées,  complément parfait au souvenir impérissable de sa prestation au Centre Bell – en octobre 2007. Ainsi donc,  Stevie a pris soin de jouer du jazz au Festival international de jazz de Montréal : All Blues de Miles Davis, Giant Steps de John Coltrane (le thème seulement), Spain de Chick Corea.

    Les amateurs de musique sont comblés, même si ce band hypercompétent ne peut se détacher de sa facture urban – batteur et percussionniste vraiment funk, cuivres vraiment funk/R&B, claviers compétents mais sans la fluidité et la grâce des meilleurs. Rien de plus normal.

    On se redit alors que l’oeuvre de Stevie Wonder, multi-intrumentiste, chanteur et créateur enfin de retour (depuis près de deux ans), transcende le genre dont elle est issue.

    Cette pluie de grandes chansons et de grooves d’enfer, servis en rafale au cours de la dernière heure, nous reconfirme son génie (surtout les chansons tirées des albums Innervisions et Songs In The Key of Life)… et son petit côté cheesy, son petit côté I Just Called To Say I Love You, encore et toujours kétaine.

    Malgré ces légers irritants, on ne peut que se prosterner devant un tel génie de la musique, qui semble retrouver l’inspiration par les temps qui courent. On annonce un album de jazz ? Espérons de Stevie un album de Stevie à coloration jazz. En ce qui me concerne, tout y sera question de dosage et de direction artistique.  Tony Bennett avec lui tout au long du processus de création, semble-t-il ? Vraiment pas sûr, mais… tous les espoirs sont permis.

    En ce mardi de rêve, on aura néanmoins apprécié la générosité de ce grand artiste afro-américain, sa capacité à s’émerveiller et nous émerveiller.


    • J’étais au concert de Wynton Marsalis et je dois dire que j’ai adoré. Très bonne idée de jumelé le band de Wynton avec le quartet de Dominguez. Très dynamique comme mixe et une très belle cohésion. Wynton nous a montré son très grand talent lors du duel chanteur/trompette. Une très belle soirée à Wilfrid-Pelletier.

      De plus, je trouve vraiment bien de la part de Wynton Marsalis de se mettre en arrière plan. La vedette ce n’est pas lui, c’est le band. Je trouve cela très bien pour les autres musiciens et cela prouve qu’il ne se prend pas pour une vedette.

      Bravo.

      P.S. Super idée se blog en direct.

    • Effectivement superbe musique que celle de Madame Schneider, le raffinement, la modernité, le lyrisme, la totale quoi.

      À cause, d’une première partie, en ce qui me concerne inutile, le spectacle de madame Schneider s’est terminé tellement tard que je suis arrivé vers 23h20 au Gésu pour y entendre le duo Bollani-Rava.

      On y a entendu un Rava se cantonner à jouer les straight man devant un Bollani caracolant d’exubérance à la plus grande joie des spectateurs, le pianiste s’est même permis de citer Stevie Wonder pendant un solo. Rava semblait grippé se mouchant à quelque reprises, ce qui ne l’a pas empêcher de faire preuve de lyrisme.

      Une soirée qui s’est terminée par un feu d’artifice à la sortie du Gésu, les petits malins affirmaient que c’était Bollani qui s’était amusé à jouer avec des allumettes.

      PS Je seconde Whippet pour le blogue en direct.

    • Superbe idée d’avoir vos réactions à chaud. Pour ce qui est du direct de la plèbe, ça ressemblait davantage aux sessions de parapluie du voisin dans les yeux. si votre écran à vous ne nuisait à personne, les écrans de la rue eux, ne suffisaient pas à la tâche. Le son pourri de la première demi-heure m’a presque fait quitter les lieux. Toutefois, Stevie Wonder nous a donné de beaux moments de grâce. Et non, je ne regrette rien………

    • Cher Alain, pour clore le sujet sur la musique québécoise, je cherche depuis quelques jours des infos sur Sage et je ne trouve rien. Est-ce plutôt Gage?

      Merci pour les découvertes (Marie-Marine, Gélinas, Hudon)!

    • Une photo me hante depuis hier: http://www.dailymail.co.uk/tvshowbiz/article-1050082/As-turns-50-Michael-Jackson-really-look-like.html

    • A la limite, je n’avais pas de problèmes avec la pluie au spectacle de Stevie Wonder, ni avec les chansons de Michael Jackson… mais est-ce que les organisateurs faisaient partie de la foule qui se massait devant la scène… J’imagine que non, car à un certain moment il y aurait eu quelqu’un pour dire qu’il n’y avait simplement plus de place. Nous étions là à 16 h 30, prêts à attendre les 5 h nécessaires pour assister décemment au spectacle de Stevie, devant la scène, mais les retardataires nous pilaient carrément dessus pour réaliser qu’ils ne pouvaient simplement plus avancer parce qu’un minimum d’espace vital est essentiel pour respirer…Alors, j’ai apprécié les cheveux de Stevie et sa musique…J’aurais apprécié un minimum de supervision et de sécurité. Si quelqu’un avait fait un arrêt cardiaque au centre de la foule…Il restait là! J’aurai beaucoup de plaisir à découvrir des artistes moins connus au cours de prochains jours, parce qu’il y aura moins de monde et parce qu’on pourra danser…parce que capable de bouger nos pieds. Merci quand même Stevie pour ton émotion.

    • Monsieur Brunet, est-ce que vous répétez l’expérience ce soir et quel sera votre programme. Le mien sera composé de Lamontagne, Monterrey Quartet et Trotignon.

    • @josipower: à quoi s’attendre dans ce genre d’événement… du monde et encore du monde. C’est normal, c’est gratuit, c’est l’ouverture du festival de jazz et en plus c’est Stevie Wonder. Donc il est normal d’avoir une immense foule pour ce genre d’événement. Moi au contraire j’ai trouvé le tout très très bien organisé. Il y avait beaucoup de sécurité, il y a beaucoup de surveillance dans les airs, etc. Jamais je me suis senti pris. Mais aussi, quand nous sommes en avant de la scène, il est normal que les gens veuillent venir le plus proche possible.

      Si vous avez de la difficulté avec ce genre de comportement, il faut aller en arrière. Tous les concerts que j’ai vu en “admission générale”, c’est toujours la même histoire, les coups de coudes pour arriver en avant. C’est plate, mais c’est ainsi.

    • @Vanbasten
      Oui, je répète l’expérience tous les soirs d’ici la fin du festival… Ça devrait se poursuivre, d’ailleurs, jusqu’aux FrancoFolies.

    • Malheureusement on a pas tous la chance de profiter du show depuis les estrades avec autres “professionnels” et dignitaires.
      Moi j’ai vu que dalle depuis Jeanne Mance et le son se rendait à peine.

      Stevie égale à lui-même mais l’hommage à MJ en l’écoutant en playback, c’était franchement moyen.

    • @whippet60 : Non, cette fois-ci c’était différent… J’ai été à plusieurs spectacles du festival de Jazz (par exemple Johnny Clegg) ou des Francofolies (avec les 200 000 spectacteurs pour Pierre Lapointe) et quand cela avait lieu sur Ste-Catherine, jamais je ne me suis sentie étouffée, bousculée comme je l’ai été mardi soir… J’ai été totalement incapable d’accéder à la scène principale, j’ai eu tout autant de mal à essayer de sortir. J’étais vers une des scènes avec un écran (celle sur De Maisonneuve, en plein sur l’accès à la scène principale) et là c’était pareil… Peut-être même pire car vers les écrans, nous n’avons vu personne de la sécurité pour faire respecter les corridors de sécurité…

      Je ne sais si les organisateurs avaient sous-estimé la foule qui viendrait y assister ou si la nouvelle configuration de la place est en cause (difficulté à prévoir par où arriverait la foule). J’assiste aussi très souvent à des concerts en admission générale et jamais cela n’a été à ce point !

    • Alain, tu ne risques pas de perdre ton poste aux mains du critique de la Gazette voici le torchon qu,il a pondu pour la prestation de Maria Schneider

      http://communities.canada.com/montrealgazette/blogs/wordsandmusic/archive/2009/07/02/maria-with-the-long-bare-arms.aspx

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