Pour le 30e anniversaire du Festival international de jazz, je tente un nouveau truc dès ce soir: écrire en direct, vous balancer le tout au fur et à mesure que la soirée se déroule.
Vous êtes prêts ?
J’ai demandé à être assis bien au fond de la Wilfrid et du Théâtre, de manière à ce que mon écran d’ordi ne nuise à personne. J’ai aussi obtenu le code du réseau sans fil.
C’est parti!
Je sors à peine de l’Astral, où se produisaient Oliver Jones, son trio (Éric Lagacé, contrebasse, Jim Doxas, batterie) et ses invités, Chet Doxas (saxo ténor), Richard Ring (guitare) et Ranee Lee, la doyenne du chant jazz à Montréal, encore dynamique et enjouée… et peut-être moins en voix qu’elle ne l’a déjà été. Public assez chic, moyenne d’âge assez élevée, du swing, du jazz latin, des ballades, du bop pour égayer, pour nourrir l’esprit.
Notre Oliver était fébrile pour l’occasion, il a poussé des blagues un peu nerveusement, il a néanmoins présenté ses musiciens avec générosité. Hautement sympa, hautement professionnel… et hautement prévisible… comme prévu.
La salle ? On est en train de roder l’Astral, rutilant club de jazz aménagé au coeur de la Maison du Festival. Ça sent la construction toute fraîche… l’aménagement intérieur me rappelle le Dizzy’s Club de l’immeuble Time Warner, associé au Jazz At The Lincoln Center à New York.
Ben justement, l’orchestre de Wynton Marsalis est là, juste devant moi…
Wynton flamenco
Pour l’occasion, le Jazz at Lincoln Center Orchestra accompagne Chano Domiguez, jazzman espagnol dont la démarche essentielle est de reproduire au piano toutes les spécificités du flamenco. La mixtion pourrait être pompeuse, remarquez. Cuivres et anches à la Wynton au service du flamenco nuevo.
Sauf les intros un peu ronflantes de l’orchestre, on se réjouit de ce dialogue intercontinental entre Wynton et le chanteur invité par Dominguez. Le trompettiste s’adapte aux inflexions si particuères dela voix flamenca, puis le piano se met de la partie. Le rythme est soutenu par les tapements de mains (fameuse technique flamenca) et les frappes du cajon -cette boîte de bois devenue instrument de percussions. Puis c’est la danse flamenca, les pieds deviennent virtuoses, se connectent à l’orchestre. Épatant !
S’ensuit une fusion encore plus convaincante entre l’orchestre Wynton et l’unité spéciale venue d’Espagne. Cet amalgame des deux entités aurait pu être erratique, simplement formel. Nenni. C’est subtil et senti.
La grâce de Maria Schneider: big band beauté !
Le Maisonneuve, maintenant.
Maria Schneider s’y présente avec son Orchestra, tout démarre paisiblement. Un brin d’accordéon, soutien discret de la basse, interventions circonspectes de la guitare (Ben Monder, toujours brillant), clapotis de notes au piano… La conversation s’installe. Le crescendo s’annonce lent et sûr.
C’était Concert in the garden, la pièce titre de l’album, suivie d’une évocation tango à travers laquelle s’exprime Rich Perry… un son riche et duveteux, de même cousinage que celui de Joe Lovano.
Puis le vent se lève pour de bon.
Last Season, la première jamais écrite par la compositrice. Intro pianistique, puis la trompette dynamisé par l’orchestre, puis le sax soprano (Steve Wilson) fait monter la tension d’un cran. On ne peut plus clair que Maria Schneider sait jouer magnifiquement avec les intensités. Que sa musique acquiert tout le potentiel harmonique de la musique de chambre, sans perdre le tonus et le muscle du jazz moderne. Le meilleur des deux mondes, quoi.
À l’écoute de Sky Blue, la pièce-titre du dernier album de la filiforme Maria, qui met en relief (notamment) le talent exceptionnel de la trompettiste canadienne Ingrid Jensen. On note alors que, malgré leur soutien harmonique on ne peut plus contemporain (descendante directe de Gil Evans et autres orchestrateurs du jazz tel Wayne Shorter), les mélodies de cette compositrice d’exception conservent cette candeur toute américaine… qui n’est peut-être plus envisageable dans les civilisations plus vieilles.
Big band beauté !
Stevie, son oeuvre, son clin d’oeil au jazz
Il est 22h40, je cours vers l’estrade réservée aux professionnels. Ben oui, il faut quand même témoigner du concert gratuit de son éminence Stevie Wonder. Je me dépatouille dans la foule, j’ai du mal à me rendre à l’endroit prescrit pour les professionels. Un monde fou ? Un euphémisme.
On discerne des évocations moyen-orientales, gracieuseté de Stevie, on repère ensuite des enregistrements de feu Michael Jackson, à qui le spectacle montréalais est dédié. Étrange idée que celle de faire jouer des enregistrements du défunt en y ajoutant à peu près rien, mais bon… cela peut être tolérable dans un concert de deux heures et demie.
Or, quelques minutes plus tard, mes attentes seront comblées, complément parfait au souvenir impérissable de sa prestation au Centre Bell – en octobre 2007. Ainsi donc, Stevie a pris soin de jouer du jazz au Festival international de jazz de Montréal : All Blues de Miles Davis, Giant Steps de John Coltrane (le thème seulement), Spain de Chick Corea.
Les amateurs de musique sont comblés, même si ce band hypercompétent ne peut se détacher de sa facture urban – batteur et percussionniste vraiment funk, cuivres vraiment funk/R&B, claviers compétents mais sans la fluidité et la grâce des meilleurs. Rien de plus normal.
On se redit alors que l’oeuvre de Stevie Wonder, multi-intrumentiste, chanteur et créateur enfin de retour (depuis près de deux ans), transcende le genre dont elle est issue.
Cette pluie de grandes chansons et de grooves d’enfer, servis en rafale au cours de la dernière heure, nous reconfirme son génie (surtout les chansons tirées des albums Innervisions et Songs In The Key of Life)… et son petit côté cheesy, son petit côté I Just Called To Say I Love You, encore et toujours kétaine.
Malgré ces légers irritants, on ne peut que se prosterner devant un tel génie de la musique, qui semble retrouver l’inspiration par les temps qui courent. On annonce un album de jazz ? Espérons de Stevie un album de Stevie à coloration jazz. En ce qui me concerne, tout y sera question de dosage et de direction artistique. Tony Bennett avec lui tout au long du processus de création, semble-t-il ? Vraiment pas sûr, mais… tous les espoirs sont permis.
En ce mardi de rêve, on aura néanmoins apprécié la générosité de ce grand artiste afro-américain, sa capacité à s’émerveiller et nous émerveiller.
Lire les commentaires (12) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 








