
Les Feuilles mortes, grand classique de Jacques Prévert et Joseph Kosma. Un accent anglo gros comme ça. Une voix d’outre-tombe, dramatique et sensuelle. La rythmique synthétique et les claviers font bon ménage avec une clarinette lascive. Qui souffle loin, très loin des Stooges. Je fais écouter la version à un ami proche, je lui demande de deviner qui en est l’interprète. Il est tenté de répondre Leonard Cohen, mais il y a un petit quelque chose qui dévie vers un ailleurs insolite, terriblement séduisant.
Mais si mon ami, c’est Iggy Pop !
Après avoir été le héros d’Osheaga l’été dernier, après avoir perdu son collègue Ron Asheton (le guitariste et bassiste des Stooges a été trouvé mort dans sa résidence d’Ann Harbor, le 6 janvier 2009), le sexagénaire qu’on dit un des ancêtres cruciaux de l’esthétique punk, a investi s’inspirant du jazz primitif néo-orléanais, du Delta blues, de la bossa nova, du easy listining, de l’art rock ainsi que de La possibilité d’une île, roman et long métrage de Michel Houellebecq.
“Il aborde le sujet du clonage et de la création artificielle d’une nouvelle espèce tout en poursuivant la réflexion de l’auteur sur la société contemporaine, en particulier sur les relations entre les hommes et les femmes”, résume-t-on sur Wikipédia.
Et voilà Préliminaires, contre toute attente, le 15e album studio de Sieur Iggy, auxquels participent le multi-instrumentiste Hal Cragin, le batteur Kevin Hupp, le clarinettiste Marc Phaneuf, la chanteuse Lucie Aimé, le pianiste John Cowherd, le trompettiste Tim Ouimette, le tromboniste Clarence L. Banks.
Wow.
Deux écoutes et le constat m’apparaît clair : grand est cet album qui vient de sortir en France (vous pouvez le télécharger dès maintenant sur les plateformes européennes) et qui sera distribué physiquement dès la semaine prochaine dans une galaxie près de chez nous.
Le hasard existe-t-il, au fait ?
La question me revient à l’esprit, juste après ce long débat (ça s’exprime pas à peu près sur ce blogue!) sur la punkitude, avec pour point de départ la sortie du nouveau Green Day. Car il est ici question d’un prédécesseur, illustre papi punk qui fait la démonstration pure et simple qu’il est possible de verser dans la sophistication sans vendre son âme rock… au Bon Dieu !
Écoutez Nice To Be Dead, une des plus musclées de cet album, vous m’en direz des nouvelles.
Au programme (entre autres) :
Les feuilles mortes en guise d’introduction et de conclusion.
Rock mature, toujours sauvage – Nice to Be Dead.
Jazz primitif: King of the Dogs, une musique signée Louis Armstrong et Lil Hardin, première épouse du trompettiste.
Blues ancestral et d’autant plus acoustique, inspiré de l’époque Robert Johnson et Leadbelly… mais créé par Iggy: He’s dead/She’s alive
Bossa nova en mode crooner: How Insensitive , version anglaise d’Insensatez créée par Antonio Carlos Jobim, qui s’était lui-même inspiré du Prélude #4 de Chopin.
Michel Houellebeck a d’ailleurs participé à l’écriture d’une des douze chansons de Préliminaires, c’est-à-dire A Machine For Loving.
J’alimente ce billet avec la certitude qu’un rockeur aussi viscéral qu’Iggy Pop peut évoluer vers le raffinement et la complexité sans se renier. Aucunement.
Pour vous en convaincre, voilà quelques liens de téléchargement légal:
Site officiel
Virginmega.fr
7 digital
Quobuz
Alors?
Oui, on peut être issu de la plus sauvage des expressions rock, et pondre des albums aussi subtils que celui-ci. On peut ne pas être statique comme Green Day, mettons…