Alain Brunet

Archive, mai 2009

Samedi 30 mai 2009 | Mise en ligne à 18h39 | Commenter Commentaires (45)

10e Mutek: Raster-Noton et ce qui suit

byetone.jpg

L’Allemagne a beaucoup contribué à l’évolution de la musique électronique. Ash Ra Tempel, Tangerine Dream, Kraftwerk et autres formations ont participé à la construction de ce mythe de la musique électronique allemande, située quelque part entre la pop culture et la recherche fondamentale. Ne dérivons pas dans les clichés, notons néanmoins ceci: le romantisme profond de l’imaginaire allemand sied parfaitement avec l’exploitation des technologies de pointe.

Le 10e Mutek nous le rappelle.

Prenons le label Raster-Noton, dont l’esthérique minimaliste, la profondeur de la recherche formelle et la relative austérité de la facture générale ont fait école partout dans le monde électro depuis dix ans.

La direction artistique de Mutek avait eu le flair de miser fort sur Raster-Noton, à qui elle a fait une place de choix pour le dixième anniversaire -ce samedi à la SAT.

Prenons Byetone, pseudonyme d’Olaf Bender, un des fondateurs de Raster-Noton

La froideur et l’extrême simplicité apparentes de son travail (je parle notamment de l’album récentdeathofatypographer), la progression lente et calculée du groove, le caractère hypnotique des propositions musicales, voilà autant d’éléments qui génèrent une fascination certaine pour les éléments sonores qui s’imbriquent au fil des secondes dans la musique d’Olaf Bender.

À entendre ce samedi au 10e Mutek ainsi que sur cette page MySpace, il va sans dire.

Lire les commentaires (45)  |  Commenter cet article






Vendredi 29 mai 2009 | Mise en ligne à 18h27 | Commenter Commentaires (14)

10e Mutek: Applebim, Moderat et ce qui suit

mutek.png

La nuit de jeudi à vendredi a été courte. Très courte. Il  était passé minuit trente lorsque démarrait la performance de Moderat, le clou de Nocturne 2, deuxième programme de fin de soirée au Métropolis. Franchement, ça valait le coup de choisir une réduction substantielle de sommeil. Et je prévois remettre ça ce vendredi, ce samedi et peut-être même ce dimanche.

Le dixième Mutek en vaut la chandelle, même si l’électro ne jouit plus de l’effet branchouille qui en avait certes favorisé l’émergence à la fin des années 90. La mouvance technoïde a effectivement rejoint sa niche, elle jouira sûrement de nouveau d’un coup de projecteur lorsque la conjoncture s’y prêtera de nouveau

Mutek s’imposait alors comme l’un des plus singuliers festivals de musique élecronique. L’équipe d’Alain Mongeau avait entrepris d’explorer cette zone mitoyenne entre la techno-boum-boum destinée au grand public (rappelez-vous les immenses redez-vous nocturnes de la décennie précédente, ancêtres du Black & Blue et du Bal en blanc) et la musique électroacoustique sérieuse et conceptuelle, extrapolation de la musique contemporaine de souche européenne depuis plus d’un demi-siècle.

La soirée de jeudi fut un exemple probant de ce que la musique électronique peut offrir de mieux.

Applebim, un artiste originaire de Bristol e cofondateur de l’étiquette Skull Disco, est associé entre autres au dub-step, un courant européen (surtout anglais et allemand) qui métisse plusieurs tendances électros l’ayant précédé – dub, drum’n'bass, etc.. Les nuances texturales, les variations rythmiques, les montées d’intensités de cet Applebim m’ont semblé on ne peut plus convaincantes.

Associé à la dub-techno, notamment parce qu'il y injecte des éléments de reggae (Jah Cutta et Gregory Isaacs pour citer ceux de jeudi), le Berlinois d'origine montréalaise Deadbeat a proposé un set un peu plus court, et pas mal plus linéaire que son prédécesseur.

Après quoi il était tard. J'étais tenté de me barrer et j'ai finalement pris la bonne décision. Moderat, également from Berlin, ne jouissait pas d'un hype artificiel. Vraiment pas.

Composée du tandem Modeselektor et Apparat, piliers de l'actuelle scène berlinoise de l'électro, Moderat nous a asséné une de ces claques !

Pendant qu'on projetait des images de grande qualité sur trois écrans et des meubles lumineux, le trio a balancé une performance absolument virile, absolument virale, proche de l'esprit rock, carrée à l'allemande (dignes descendants de Kraftwerk!), nuancée dans les couleurs orchestrales, construite sur des rythmes costauds et des basses fréquences capables d'ébranler tous les plexus. Voilà un spectacle total de haute volée, d'une intensité dramatique hors du commun.

Inutile d'ajouter que Mutek se poursuit jusqu'à dimanche soir.

Lire les commentaires (14)  |  Commenter cet article






Mardi 26 mai 2009 | Mise en ligne à 9h43 | Commenter Commentaires (213)

Iggy Pop dans l’île de Houellebecq

iggy-pop-preliminaires.jpg

Les Feuilles mortes, grand classique de Jacques Prévert et Joseph Kosma. Un accent anglo gros comme ça. Une voix d’outre-tombe, dramatique et sensuelle.  La rythmique synthétique et les claviers font bon ménage avec une clarinette lascive. Qui souffle loin, très loin des Stooges. Je fais écouter la version à un ami proche, je lui demande de deviner qui en est l’interprète. Il est tenté de répondre Leonard Cohen, mais il y a un petit quelque chose qui dévie vers un ailleurs insolite, terriblement séduisant.

Mais si mon ami, c’est Iggy Pop !

Après avoir été le héros d’Osheaga l’été dernier, après avoir perdu son collègue Ron Asheton (le guitariste et bassiste des Stooges a été trouvé mort dans sa résidence d’Ann Harbor, le 6 janvier 2009), le sexagénaire qu’on dit un des ancêtres cruciaux de l’esthétique punk, a investi  s’inspirant du jazz primitif néo-orléanais, du Delta blues, de la bossa nova,  du easy listining, de l’art rock ainsi que de La possibilité d’une île, roman et long métrage de Michel Houellebecq.

“Il aborde le sujet du clonage et de la création artificielle d’une nouvelle espèce tout en poursuivant la réflexion de l’auteur sur la société contemporaine, en particulier sur les relations entre les hommes et les femmes”, résume-t-on sur Wikipédia.

Et voilà Préliminaires, contre toute attente, le 15e album studio de Sieur Iggy, auxquels participent le multi-instrumentiste Hal Cragin, le batteur Kevin Hupp, le clarinettiste Marc Phaneuf, la chanteuse Lucie Aimé, le pianiste John Cowherd, le trompettiste Tim Ouimette, le tromboniste Clarence L. Banks.

Wow.

Deux écoutes et le constat m’apparaît clair : grand est cet album qui vient de sortir en France (vous pouvez le télécharger dès maintenant sur les plateformes européennes) et qui sera distribué physiquement dès la semaine prochaine dans une galaxie près de chez nous.

Le hasard existe-t-il, au fait ?

La question me revient à l’esprit, juste après ce long débat (ça s’exprime pas à peu près sur ce blogue!) sur la punkitude, avec pour point de départ la sortie du nouveau Green Day. Car il est ici question d’un prédécesseur,  illustre papi punk  qui fait la démonstration pure et simple qu’il est possible de verser dans la sophistication sans vendre son âme rock… au Bon Dieu !

Écoutez Nice To Be Dead, une des plus musclées de cet album, vous m’en direz des nouvelles.

Au programme (entre autres) :

Les feuilles mortes en guise d’introduction et de conclusion.

Rock mature, toujours sauvage – Nice to Be Dead.

Jazz primitif: King of the Dogs, une musique signée Louis Armstrong et Lil Hardin, première épouse du trompettiste.

Blues ancestral et d’autant plus acoustique, inspiré de l’époque Robert Johnson et Leadbelly… mais créé par Iggy: He’s dead/She’s alive

Bossa nova en mode crooner: How Insensitive , version anglaise d’Insensatez créée par Antonio Carlos Jobim, qui s’était lui-même inspiré du Prélude #4 de Chopin.

Michel Houellebeck a d’ailleurs participé à l’écriture d’une des douze chansons de Préliminaires, c’est-à-dire A Machine For Loving.

J’alimente ce billet avec la certitude qu’un rockeur aussi viscéral qu’Iggy Pop peut évoluer vers le raffinement et la complexité sans se renier. Aucunement.

Pour vous en convaincre, voilà quelques liens de téléchargement légal:

Site officiel

Virginmega.fr

7 digital

Quobuz

Alors?

Oui, on peut être issu de la plus sauvage des expressions rock, et pondre des albums aussi subtils que celui-ci. On peut ne pas être statique comme Green Day, mettons…

Lire les commentaires (213)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    février 2013
    L Ma Me J V S D
    « jan   mar »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    25262728  
  • Archives

  • publicité