Alain Brunet

Archive du 29 avril 2009

Mercredi 29 avril 2009 | Mise en ligne à 15h44 | Commenter Commentaires (28)

Ariel au sommet des Francouvertes: jeune ou vieux rock ?

  ariel-fancouvertes.jpg

Loin de moi l’idée de faire dans le paternalisme, mais j’ai l’étrange impression de m’être saucé le cortex dans une époque antérieure, ce lundi au Club Soda.

Je vous cause de la finale des très courues Francouvertes, remportée lundi  par Ariel,  jeune chanteur de 31 ans dont le rock à saveur vaguement glam (sans le look, aurez-vous remarqué sur les photos) a été mis au point… lorsqu’il n’était même pas à la veille d’être un projet de progéniture.

Et, aussi bizarre que ça puisse paraître, c’est ce pourquoi sa musique risque de marcher sur notre territoire béni : tellement classique, tellement lointaine, tellement balisée, tellement ancrée dans l’imaginaire qu’un nouvel éclairage pourrait redonner quelque fraîcheur à ce jeune vieux rock made in Québec. D’autant plus qu’il est chanté en français avec des mots, ma foi, plutôt jolis malgré quelques rimes tarabiscotées.

Cet Ariel, il faut dire, est une belle bête de rock.

Son charisme est évident, il circule sur les planches avec l’aisance des vrais, il a une belle relation avec son pied de micro. Imaginez ce qui se produira bientôt avec le pied de la scène.

Le band d’Ariel est soudé, les riffs (guitares et claviers) sont construits dans les règles de l’art, les textes et l’accent sont respectables. Deux fois d’affilée, je viens d’écouter les six titres qu’il a endisqués – Chargez !, Faux-filet, Les Sorcières, Tu comprends rien, La Danse des paons, Méfie-toi Méphisto – on peut en découvrir quelques-uns sur sa page MySpace. Les titres corroborent ce petit côté sombre et affecté, jadis provocateur… Or, ces normes sont aujourd’hui admises au panthéon du rock, pour ne pas dire qu’elles font partie des meubles.

Au cours des dernières années, une portion importante du cinéma québécois s’est pété les bretelles en multipliant des films de genre pleinement assumés; voici maintenant le rock de genre pleinement assumé. Manière de s’inscrire dans le paysage culturel mondial, enfin… le paysage anglo-américain décliné en d’autres langues.

J’avais 12, 13, 14  ou 15 ans lorsque Marc Boland (T.Rex),  Gary Glitter et David Bowie ont mis au point ce style marquant, force est de constater en 2009.  J’avais 10, 11, 12 ans lorsque le hard rock est apparu. J’en ai  maintenant 51.Je ferme les yeux au Club Soda, j’écoute, se déclenche  la machine à remonter le temps. Bien sûr, il y a de la jeunesse dans ce que j’entends. De minuscules ajouts qui me font sentir… en avril 2009 ?

J’ouvre les yeux, je me rappelle que je ne suis plus jeune. Aucun problème avec ça. Un petit détail, cependant; je ne suis pas absolument certain que ces jeunes, qui s’ébaudissent devant moi, le sont.

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Mercredi 29 avril 2009 | Mise en ligne à 10h43 | Commenter Aucun commentaire

McLaughlin et Corea: somme toute… fusionnels !

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Il faudrait être de mauvaise foi pour conclure à une rencontre ratée, ou encore à ce sempiternel radotage fusion auquel on aurait pu s’attendre. Quarante ans après l’invention du jazz électrique, deux membres fondateurs relancent ainsi la discussion.

Sur scène, j’ai vu Chick Corea et John McLaughlin à maintes reprises depuis le début des années 70. Mardi à la salle Wilfrid-Pelletier, c’était la première fois que je les voyais ensemble, tout en sachant qu’ils avaient tous deux participé aux sessions fondatrices du jazz fusion – sessions pilotées par Miles Davis comme on le sait. Vous avez pu le constater usr le blogue précédent, je n’avais pas énormément d’attentes… Les dernières représentations de cette paire de bonzes n’avaient rien fait pour m’émoustiller le pompon, il faut dire.

Une fois de plus, la vie nous a réservé quelques bonnes surprises.

Aucune compétition entre les deux musiciens (on se souvient encore de la rivalité présumée entre le Mahavishnu Orchestra et Return to Forever), l’humilité ds plus grands, le plaisir évident de jouer après tant d’années.

Et surtout, une générosité peu commune. Il était passé 23h et les cinq musiciens passaient au rappel avec cette adapation parfaitement réussie de In A Silent Way, une composition fondatrice de feu Joe Zawinul.  Its About That Time, a-t-on ajouté dans le titre. Effectivement, il était question de cette époque bénie, époque où les fondements du jazz-rock ne révélaient pas leur froideur, leurs excédents techniques, leur immobilisme esthétique.

D’abord, débarrassons-nous des bémols:

Je me serais passé de quelques claviers actionnés par Chick Corea lorsque ces instruments imitent les cordes et deviennent le véhicule de solos surannés à la main droite. Ces irritants rappellent à quel point la notion de l’arrangement a toujours été négligée dans le jazz-fusion si souvent submergé par la performance au détriment du goût. Décidément, je préfère de loin Corea lorsqu’il se limite au piano ainsi qu’au Fender Rhodes. Quel joueur, tout de même !

John McLaughlin, un autre monarque absolu de son instrument, devrait à mon sens changer de guitare ou encore mieux user de ses effets de pédale lorsque le contexte devient plus swing, plus jazz. L’instrument dont il se servait mardi m’a semblé exclusivement destiné au éléments rock et funk du répertoire au programme.  Y aurait-il un problème de goût ?

Le reste ? Tout ce qu’on peut apprécier de ces supervedettes était au rendez-vous.

La haute performance, cette fois, a été mise essentiellement au service de la musique avec un grand M.

Qui plus est, les meilleurs musiciens disponibles étaient au service des membres fondateurs. Le jeu parfait et tellement subtil de Brian Blade à la batterie, capable de s’adapter à tous les contextes. Les poumons infiniment gonflables de Kenny Garrett, souffleur paroxystique qui demeure le plus coltranien des altos sur la planète jazz. La maturité acquise du supra virtuose Christian McBride, tant à la contrebasse qu’à la basse électrique, à mon sens le seul sur Terre capable d’exceller à ce point sur les deux instruments.

Blues, funk, swing, jazz moderne et même quelques pointes de jazz contemporain (piano préparé et atonalités notoires sur Hymn To Andromeda), voilà ce qu’on pouvait espérer de mieux de cette soirée.

Miles serait content de ses petit gars ! Toujours des gamins, même au tournant de la soixantaine. Voilà qui nous rassure sur l’existence.

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