Alain Brunet

Archive du 27 avril 2009

Lundi 27 avril 2009 | Mise en ligne à 18h53 | Commenter Commentaires (17)

McLaughlin et Corea… pour les boys du jazz-fusion ?

five-peace-band.jpg 

J’étais en secondaire 4 lorsque le grand frère d’un de mes amis nous avait initiés au jazz rock.

Nous étions alors plongés dans le prog, nous avions 15 ans.

À la maison, le jazz acoustique n’était que le souvenir de jeunesse de mon père, qui s’était procuré deux albums pour les faire jouer sur la chaîne stéréo cheap… Or, le paternel avait fait les bons choix: The Trio d’Oscar Peterson, incontestablement l’un de ses meilleurs du pianiste montréalais, et Charlie Parker live at The Massey Hall, un grand classique du bebop – avec Charles Mingus, Max Roach, Dizzy Gillespie et Bud Powell. Encore aujourd’hui, j’écoute ces enregistrements avec ravissement.

Et ça n’a rien à voir avec la nostalgie.

À cette époque pubère, je croyais néanmoins que le jazz était une musique de vieux. De 11 à 15 ans, je m’étais frotté à Hendrix, Janis, Sly Stone, Led Zep, Black Sabbath, Deep Purple, Grand Funk, Johnny Winter, Bowie et autre T.Rex, pour ensuite passer au prog anglais, c’est-à-dire Yes, Emerson Lake & Palmer, King Crimson, Gentle Giant et autres Van Der Graaf Generator.

Je n’ai vraiment eu le sentiment de devenir mélomane que lorsque j’ai découvert le jazz rock, que l’on a qualifié un peu plus tard de jazz fusion.

J’avais 15 ans, ces chiffres sont aujourd’hui inversés.

Je n’écoute du jazz fusion qu’en de rares occasion : les cinq premiers albums de Soft Machine, les meilleurs de Weather Report (le premier éponyme, Sweetnighter, Mysterious Traveler, Black Market, Tale Spinnin, Heavy Weather), le premier de Return to Forever (Light as a Feather), quelques enregistrements du Mahavishnu Orchestra (Birds of Fire, Apocalypse, Visions of the Emerald Beyond). En fait, j’écoute surtout les disques précurseurs de ce sous-genre, c’est-à-dire les albums de Miles Davis alors qu’il négociait  le grand virage électrique – In A Silent Way, Bitches Brew, etc.

Non, je ne crois pas être devenu  snob. Trente six ans plus tard, mon désintérêt pour le fusion a plutôt quelque chose à voir avec la pratique quotidienne (et soutenue, profession oblige) de la “mélomanie”… qui m’a mené ailleurs. Je comprends toutefois que les être humains normaux de ma génération, pour qui le fusion a aussi été un déclencheur, ne soient pas nécessairement passés à autre chose. La famille, la profession, les obligations, d’autres centres d’intérêt, la vie quoi. C’est ainsi, force est d’admettre.

Or,  chaque fois que j’émets des réserves sur le fusion (genre: Marcus Miller est surévalué), il se trouve quelques irréductibles de mon âge (ou à peine plus jeunes) pour m’invectiver par voie de courriel, sinon aux entractes de ces performances… si souvent englouties dans l’ostentation. Rien de tel qu’un bon coup de projection, non ? Comme il était insultant, l’an dernier, de se faire dire que la réunion historique de Return to Forever, fut très inégale (pour être poli) et n’attirait essentiellement que des quadras, des quinquas et des sexas !

C’est un fait objectivement observable : surtout constitué de boys de 40 ans et plus, l’auditoire du jazz fusion ne se renouvelle pas, on le constatera encore mardi soir au Théâtre Maisonneuve, j’en ai bien peur.

J’en fais la prédiction, les jeunes qui afficheront présent seront majoritairement…des étudiants en musique ou de jeunes musiciens. Pourquoi alors c’est tout plein de jeunes mélomanes éblouis dans la salle lorsque Wayne Shorter se produit avec son quartette acoustique ? Je vous le donne en mille.

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Ce mardi  à la salle Wilfrid-Pelletier ?

Le Five Peace Band, sous la direction de John McLaughlin et Chick Corea, a lancé un album double avec le contrebassiste et bassiste Christian McBride, le superbatteur Vinnie Colaiuta, le saxophoniste (alto) Kenny Garrett. Ce mardi,  Vinnie Colaiuta sera remplacé par Brian Blade, ce qui est loin d’être une mauvaise nouvelle.

L’album du  Five Peace Band est loin d’être mauvais, on y trouve des éléments intéressants à entendre sur scène, notamment cette adaptation de In A Silent Way. Grosso merdo, le Five Peace  Band nous offre des grooves spectaculaires qui complètent des structures typiques des années 70. En guise de complément, quelques soupçons d’actualisation  (jazz moderne ou même contemporain) résument les trajectoires électriques de Corea et McLaughlin .

Bien entendu, il s’agit de très haute performance, destinée aux hommes matures et avertis.

Cela dit, j’ai l’impression que cette tournée des grands ducs du jazz fusion  sera meilleure que la dernière escale de McLaughlin (à l’automne 2007), franchement ennuyeuse.

On s’en reparle après le concert présenté par le Festival international de jazz de Montréal, dans le cadre de sa programmation hors-saison.

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Lundi 27 avril 2009 | Mise en ligne à 12h16 | Commenter Aucun commentaire

Lhasa: croissance intérieure

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Au cours des dernières années, il s’est passé bien des choses dans l’esprit et le corps de Lhasa de Sela.

Elle a redécouvert sa voix, elle a décidé d’assumer à plein son américanité en entreprenant de créer un nouveau répertoire entièrement anglophone,  elle a éprouvé des problèmes de santé qu’elle ne veut visiblement pas révéler. On ne m’a rien prescrit sur la chose… qui est un secret de polichinelle, mais bon.  Respectons ce voeu et parlons musique.

La voix suberbe de Lhasa n’est certes pas méconnaissable, mais comporte de nouvelles caractéristiques, ce qu’elle explique d’ailleurs à mon collègue Alexandre Vigneault.

«Maintenant, je suis attirée par quelque chose de plus naturel, par l’aisance vocale», lui a-t-elle résumé. On ne peut que lui donner raison.

Lhasa est une chanteuse autodidacte, une “naturelle” que l’on avait applaudie illico,. Non pas pour la force de son organe vocal mais bien pour sa couleur unique et la puissance évocatrice des émotions qui s’en dégagent. Qui plus est, pour la profondeur de son expression ainsi que pour le caractère multipolaire de ses allégeances culturelles – latino-américaine, anglo-américaine, francophone d’adoption, montréalaise malgré une résidence prolongée chez les Gaulois.

La douée Lhasa n’est certes pas une chanteuse “éduquée”, mais plutôt une artiste dans l’âme qui a su très rapidement trouver son essence. Ce nouvel album en dépeint encore la quête et les étapes ultimes de sa découverte… à 37 ans.

Comme elle l’a souligné à La Presse,   Lhasa peut désormais passer à un autre sujet : «À partir d’un certain moment, d’un certain âge peut-être, on cesse de chercher qui on est en regardant vers l’extérieur.»

Le choix de l’anglais, sa langue maternelle, est donc parfaitement justifié dans cet album pour cette fille issue d’une famille hippie, d’où son prénom tibétain – papa mexicain, maman américaine, réel biculturalisme. On comprendra que cet éponyme puise essentiellement dans la culture américaine, sans pour autant y conférer quelque orthodoxie, quelque respect exagéré. Country, blues, rock et folk sont ainsi au service de Lhasa. Et non l’inverse.

À son service parce qu’aucune de ces douze chansons n’a l’air empruntée à qui que ce soit, à quelque période de l’americana. Ça me rappelle néanmoins ces tableaux magnifiques du compositeur Angelo Badalamenti, qui a déjà eu pour interprète Julee Cruise, à l’époque où il signait les musiques de la série Twin Peaks. N’allez surtout pas y voir une comparaison directe.

Les très belles orchestrations de ce nouvel album de Lhasa, le choix de son intrumentation (guitares, pedal steel,  contrebasse, violon, percussions, piano, etc.) et les orchestrations s’avèrent tout de même fort différentes de ce dont use Badalamenti – vastes sections de cordes, entre autres. L’esprit, cependant…

Ces chansons n’évoquent pas non plus les mêmes émotions, si ce n’est qu’une inquiétude et une mélancolies latentes qui déteignent sur l’ambiance générale de ce disque fort beau au demeurant. Douce inquiétude, émotions forte exprimées en toute placidité, croissance intérieure.

Une foi de plus, merci Lhasa.

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