Alain Brunet

Archive du 23 avril 2009

Jeudi 23 avril 2009 | Mise en ligne à 21h36 | Commenter Commentaires (30)

Jean Leloup présente Mille excuses Milady

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Le Roi Ponpon quitte ses jardins. Leloup émerge de ses steppes, s’apprête à investir la bergerie.

Méchant méchoui ?

Après les errances, les dérapes, les parenthèses interminables, les périples autour du pot, les décollages ratés, les tentatives romanesques, les essais de cinématographie, après la mort symbolique et la résurrection erratique, après les incohérences proverbiales, Jean Leclerc est enfin revenu à ce pourquoi il est sur terre: être Jean Leloup.

Voilà 17 chansons créées comme elles devaient l’être par celui qu’on attend toujours au tournant. Enfin, presque.

En ce qui me concerne, tout le génie de cet artiste ne peut être capté autrement qu’en format court.  En format long, Leloup erre en forêt, s’attarde à tous les bosquets, se perd en conjectures, dévie, ronge sa proie, perd invariablement le fil. Une simple conversation, il trouve le moyen de s’égarer.

Or, lorsque c’est long comme une chanson, la poésie de ce cerveau foisonnant part d’un point J et se rend au point L. La lumière jaillit de cette pensée hirsute, anxiogène, dérisoire, spasmodique, quasi autiste. Les digressions ne font alors qu’en renforcer le propos, tout se met en place. Et ça trippe dans le royaume de Ponpon.

Jean Leclerc a beau avoir tenté d’assassiner, incinérer, couper en rondelles, inhumer le personnage qu’il fut jusqu’à ce qu’il en eut ras le pompon de son statut… Le destin a rattrapé Jean Leloup.

Chansons vachement ramassées, mieux écrites avec cette simplicité apparente qui caractérise son auteur si compliqué, construite sur des charpentes qu’on connaît du charpentier, mais avec une plume plus acérée, plus mature que jamais, qui ne néglige pas le delirium lorsque nécessaire.

Plein de chansons qui fessent et qui restent tout simplement scotchées dans le cortex. Quelques parenthèses inutiles mais… Cette fois, Leclerc maîtrise Leloup.

Mille excuses Milady n’est certes pas l’album complet et visionnaire que fut Le Dôme à l’époque des accointances avec James Di Salvio. Or, de prime abord, Mille excuses Milady me semble supérieur aux Fourmis, à la Vallée des réputations ainsi qu’à Mexico. Plus concis malgré la pléthore de propositions… pas toujours achevées.

Voilà peut-être l’album qui se rapproche le plus de l‘Amour est sans pitié pour la constance de son corpus, avec en prime une existence derrière la cravate (trépidante ? perturbée ?)  et ce parti pris insistant pour le brouillon en stéréo que l’on observe depuis Les Fourmis. Musicalement, en tout cas, Leloup en reste à l’essence du son qui lui est propre.

Les guitares dominent l’enregistrement. Les riffs, typiques de Leloup, accrocheurs et futés même si approximatifs,  sont au gouvernail. Une voix de belle fille au fond du garage. Minces couches de son au-dessus du beat. Choix harmoniques intacts, récurrence de structures simples et costaudes (rock, folk, funk, etc.), toujours au service du texte, ce qui n’est pas source d’agacement.

Principal irritant au programme: le mix (Don Murnaghan) et la réalisation (Leloup et Anthony Ayotte) me semblent menus, beaucoup trop menus. Quoi de neuf sous le soleil ?

En fait, c’est la grande tare de Mille excuses, comme ça l’est pour tous ses enregistrements qui ont succédé au Dôme. M’est d’avis que Leloup-Leclerc n’a jamais été un vrai réalisateur, ni un coréalisateur. Ne semble pas comprendre l’aménagement de l’espace sonore. Ne semble pas saisir les orchestrations et les arrangements fins. Ne semble pas piger les tenants et aboutissants du mix.

On l’imagine défendre une esthétique de l’art brut, obligatoirement sponané et pas du tout léché…  Ce refus de toute sophistication demeure peut-être un choix délibéré face au formatage de l’industrie musicale.  Qu’importe la beauté du geste, cette option “rebelle” a ses limites, le statement perd progressivement de sa substance, ça s’entend une fois de plus sur Mille excuses

On suppose que les sujets de la cour n’osent le dire au Roi Ponpon. Résultat : notre adolescent attardé (un euphémisme) s’en tient encore à une pop de garage qui conserve ses allures de maquettes.

On retiendra quand même plusieurs titres de cet album, je crois. Question rimes, il n’y a pas grand-chose d’ampoulé dans ce conte de taularde magnifique, dans cette peur du bonheur, ce mépris lucide des petits-bourgeois figés dans l’empois, ces hauts-le-coeur du genre humain, ce suicide du singe, cette surpopulation de caves, ces embrouillaminis homme-femme (hilarants lorsque la fille fâchée donne la réplique), dans tous ces vertiges, ces désagrégations de l’existence, cette presque caricature de Brel, ces sourires hallucinés.

Chose certaine, Leloup n’avait pas tout dit. La sortie officielle est prévue le 28. Pas pu me retenir.

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