Alain Brunet

Archive du 7 avril 2009

Mardi 7 avril 2009 | Mise en ligne à 9h04 | Commenter Commentaires (56)

Je m’excuse de demander pardon

Tôt ce mardi à l’émission C’est bien meilleur le matin, j’ai entendu Catherine Perrin interviewer Pierre Lapointe. Lorsqu’elle a évoqué mon billet à son sujet (tout en prenant bien soin de s’en distancier), le chanteur s’est montré très cool, somme toute. Il avait absorbé ma critique avec sagesse, respect. Et, surtout, avec l’intelligence qu’on lui connaît.

Superbe de l’artiste oblige, il m’a décoché une jolie petite flèche, laissant entendre que j’avais presque trop mis de gants blancs, que je m’étais presque trop excusé avant de produire une analyse critique de ses nouvelles chansons. En revanche, il a reconnu que mon texte avait été rédigé avec le respect de l’artiste qu’il est. Bien sûr, il était en désaccord avec mon propos, rien de plus normal.

Avant de passer à d’autres sujets (vous pouvez toutefois continuer à réagir, ne vous gênez surtout pas), je trouve utile d’expliquer pourquoi il est parfois nécessaire de “s’excuser de demander pardon”.

Depuis longtemps déjà, la critique est suspecte. Lorsqu’elle va au bâton, elle part avec deux prises, surtout lorsqu’elle aborde un sujet aussi populaire que celui de Pierre Lapointe. Au fil du temps (plus d’un siècle de journalisme culturel), au fil des petits power trips, abus et règlements de comptes d’auteurs en manque de popularité, la critique a été progressivement réduite à cette caricature de l’envieux, du jaloux, de l’incompétent qui émet des opinions pour alimenter le spectacle médiatique. Réduite à ce cliché de l’artiste raté… pas vraiment sympathique.

Pour plusieurs, la critique est devenue cet ornement passéiste confiné à cette lose-lose situation, pour reprendre cette expression anglaise intraduisible. Qui plus est, les moyens publicitaires des plus puissantes entreprises du divertissement l’ont rendue accessoire lorsqu’il est question de produits de masse ou même d’artistes devenus populaires pour les bonnes raisons. Aujourd’hui, cependant, la critique atteint sa cible lorsqu’elle s’adresse à des marchés de niche – jazz, classique, world, pop de création, artistes émergents, etc. Mais elle ne fait absolument pas le poids face à la pub et au star system.

Or, il se trouve encore des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, pour qui la perception de la création dépasse les simples considérations de goût – et j’ajoute que le goût, ça se travaille! Il se trouve encore des auditoires pour qui il est important d’étoffer l’opinion en s’inspirant d’observateurs qui témoignent honnêtement de leur connaissance profonde (oui, c’est un métier complexe) et de leur observation passionnée (oui on trippe, même après des décennies).

Or, on ne s’adresse pas seulement à cette frange de l’auditoire lorsqu’on émet des opinions et analyses d’un sujet artistique très populaire, d’où cette exigence (d’apparence un peu moumoune, j’en conviens) de déjouer les clichés (au moins d’essayer !) et  ainsi d’expliquer où l’on se situe avant de retirer les gants blancs. Si la communication était claire entre la critique et son auditoire, ces préambules seraient superflus.

De toute évidence, nous n’en sommes pas là.

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