Loin de moi l’idée de faire dans le paternalisme, mais j’ai l’étrange impression de m’être saucé le cortex dans une époque antérieure, ce lundi au Club Soda.
Je vous cause de la finale des très courues Francouvertes, remportée lundi par Ariel, jeune chanteur de 31 ans dont le rock à saveur vaguement glam (sans le look, aurez-vous remarqué sur les photos) a été mis au point… lorsqu’il n’était même pas à la veille d’être un projet de progéniture.
Et, aussi bizarre que ça puisse paraître, c’est ce pourquoi sa musique risque de marcher sur notre territoire béni : tellement classique, tellement lointaine, tellement balisée, tellement ancrée dans l’imaginaire qu’un nouvel éclairage pourrait redonner quelque fraîcheur à ce jeune vieux rock made in Québec. D’autant plus qu’il est chanté en français avec des mots, ma foi, plutôt jolis malgré quelques rimes tarabiscotées.
Cet Ariel, il faut dire, est une belle bête de rock.
Son charisme est évident, il circule sur les planches avec l’aisance des vrais, il a une belle relation avec son pied de micro. Imaginez ce qui se produira bientôt avec le pied de la scène.
Le band d’Ariel est soudé, les riffs (guitares et claviers) sont construits dans les règles de l’art, les textes et l’accent sont respectables. Deux fois d’affilée, je viens d’écouter les six titres qu’il a endisqués – Chargez !, Faux-filet, Les Sorcières, Tu comprends rien, La Danse des paons, Méfie-toi Méphisto – on peut en découvrir quelques-uns sur sa page MySpace. Les titres corroborent ce petit côté sombre et affecté, jadis provocateur… Or, ces normes sont aujourd’hui admises au panthéon du rock, pour ne pas dire qu’elles font partie des meubles.
Au cours des dernières années, une portion importante du cinéma québécois s’est pété les bretelles en multipliant des films de genre pleinement assumés; voici maintenant le rock de genre pleinement assumé. Manière de s’inscrire dans le paysage culturel mondial, enfin… le paysage anglo-américain décliné en d’autres langues.
J’avais 12, 13, 14 ou 15 ans lorsque Marc Boland (T.Rex), Gary Glitter et David Bowie ont mis au point ce style marquant, force est de constater en 2009. J’avais 10, 11, 12 ans lorsque le hard rock est apparu. J’en ai maintenant 51.Je ferme les yeux au Club Soda, j’écoute, se déclenche la machine à remonter le temps. Bien sûr, il y a de la jeunesse dans ce que j’entends. De minuscules ajouts qui me font sentir… en avril 2009 ?
J’ouvre les yeux, je me rappelle que je ne suis plus jeune. Aucun problème avec ça. Un petit détail, cependant; je ne suis pas absolument certain que ces jeunes, qui s’ébaudissent devant moi, le sont.
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