Il chante le romantisme androgyne. Sur des tempos lents ou moyens, piano, guitare acoustique, cordes, bois et cuivres pavent les voies élégantes de cette voix des plus typées. Antony Hegarty fréquente les hautes fréquences d’un ténor, il use aussi de cette voix de fausset des contre-ténors. Le frémissement vocal de ses mélodies intenses ajoute à l’effet, c’est le moins qu’on puisse dire. Ainsi se déploie The Crying Light, troisième album de la formation britannique – étiquette Secretly Canadian.
Rappelons que le chanteur et ses accompagnateurs ont fait boum dans la nouvelle pop anglaise et bien au-delà de la Grande Bretagne. Bien sûr, le Mercury Prize gagné en 2005 pour I’m A Bird Now confère un luxe certain à Antony & the Johnsons, bien au-delà de la Grande Bretagne.
Je ne suis pas certain que cette personnalité un peu étrange (androgyne, platonique, spleenesque, d’un romantisme exacerbé et un peu sombre) de cet Antony, sollicité de toutes parts depuis un moment (Björk, etc.), le sera encore pour de nombreuses années à venir. Tout dépendra de sa capacité d’étendre le registre de ses émotions d’interprète et la capacité d’innovation de ses Johnsons.
Quoi qu’il en soit, The Crying Light est un enregistrement des plus raffinés. Même les mélodies les plus prévisibles, soutenues par des arrangements néo-romantiques tout aussi prévisibles, sont emballées avec un goût très européen. D’autres orchestrations peuvent même être qualifiées de recherchées avec des pointes de complexité harmonique, si l’on se met bien sûr dans un contexte de pop culture.
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