Après le «temps du top», voici le jeu des prédictions pour amorcer l’année du bon pied.. et de la bonne oreille ! En voici cinq, au terme d’un sympathique remue-méninges.
Baisse accentuée des ventes de CD en 2009
Voilà bien la prédiction la plus facile à formuler en 2009, n’est-ce pas ? L’an dernier, les ventes de CD ont chuté de 8,5 aux USA, tel qu’annoncé il y a quelques jours par une foule de médias, la tendance devrait s’accentuer au cours des 12 mois qui viennent. Ce qui m’amuse le plus dans ces observations, c’est l’analyse que font certains reporters généralistes qui nous annoncent soudain que les ventes légales sur l’internet ne compensent pas le déclin des ventes de CD.
Hahaha ! N’est-ce pas ce que ma chronique Cyberculture vous a répété depuis 2004, après la sortie de mon livre Le disque ne tourne pas rond ?
Gestion du trafic illégal en collaboration avec les fournisseurs d’accès
La neutralité des réseaux (net neutrality) sera au centre des discussions cyberculturelles en 2009. À la fin de 2008, la Recording Industry Association of America (RIAA) a décidé de stopper les poursuites judiciaires contre les internautes déviants, cycle de répression amorcé à l’automne 2003 .
Réalisant que les frais juridiques étaient somme toute supérieurs aux revenus récoltés par des ententes hors-cours (la norme dans ce conflit, sauf exception), la RIAA courtise désormais les fournisseurs d’accès internet afin de raffiner les méthodes de gestion du trafic illégal (throttling). Idem pour l’industrie du cinéma: la Motion Picture Association of America (MPAA) s’est aussi prononcée pour une collaboration étroite entre les producteurs de films et les fournisseurs d’accès. Ce à quoi s’opposent les producteurs de télé et de cinéma indépendants.
Or, on sait que Barack Obama et son équipe ont déjà pris parti pour la neutralité des réseaux. Les pressions des industries culturelles le feront-elles changer de cap ? Au Canada, on est loin, très loin du compte : le projet de loi C-61, qui n’est toujours pas adopté, est une copie à peine modifiée du Digital Millenium Copyright Act, adopté aux USA en… 1998. Peu probable que le gouvernement Harper aille plus loin sur cette question, d’autant plus qu’il a bien d’autres chats à fouetter.
Au plan légal, on espère surtout la mise en place de nouvelles dispositions dans les lois sur le droit d’auteur afin d’implanter cette gestion du trafic sur l’ internet, assortie d’une riposte graduée en trois étapes – dont l’ultime est la suspension de la connexion. Permettons-nous d’en douter très sérieusement… et de prédire l’échec de cette approche à moyen terme – dans un an ou deux.
Progrès des notions de licence publique ou privée
M’est d’avis qu’aucune nouvelle loi ou nouvelle règlementation contraignante ne permettra l’essor réel de la vente de musique en ligne en 2009. Toutefois, les artistes et producteurs d’enregistrements les plus visionnaires pourront sauver du temps en négociant des ententes de licences avec différentes plateformes de diffusion et de partage de la musique en ligne, plutôt que de s’acharner à mettre de l’ordre sur la bande passante. Le partage équitable des bénéfices avec les créateurs de contenus sera au coeur du débat.
Quant à l’imposition d’une licence publique, c’est-à-dire une somme obligatoire fournie mensuellement par chaque internaute afin de compenser les pertes des fichiers musicaux consommés sans le consentement de leurs créateurs, ce n’est pas demain la veille…
Le iPhone à 99$ aux USA… pas au Canada
Je reprends ici l’annonce du chroniqueur Matt Rosoff de CNET: le iPhone, cellulaire 3G à écran tactile avec accès à la large bande et à une infinité de contenus audiovisuels, y devient de plus accessible; 99$ aux USA en 2009 prédit-il. Mais au Canada… l’abonnement mensuel demeure encore beaucoup trop cher pour le commun des mortels. L’état de santé de Steve Jobs n’y changera strictement rien ! C’est aussi évident pour les outils concurrents comme le Research in Motion (RIM).
Puisque la majorité des nouvelles fréquences de téléphones portables (accordées il y a quelques mois par le gouvernement minoritaire conservateur) sont la propriété des principaux acteurs déjà en place (Rogers, Bell, Vidéotron), il est peu probable que l’on assiste cette année à une démocratisation canadienne du iPhone comme on pourra l’observer dans les autres grands marchés. P’tite vie dans ce pays où les coûts de la téléphonie sans fil et de la connexion internet sont les plus élevés au monde…
Ascension progressive des experts… non rémunérés
«Avec la montée en puissance du social shopping (des recommandations par millions) et la croissance soutenue du e-commerce (des boutiques en ligne par milliers), l’offre n’a jamais été aussi riche… et le choix aussi complexe. Ceci s’en ressent surtout dans les produits technologiques où faire un achat réfléchi requiert un investissement à temps plein (identification des offres, études des alternatives, comparaison, pondération…). Heureusement les experts sont là : blogueurs plus vraiment amateurs, vendeurs passionnés ou acheteurs débordant d’empathie, les experts sont partout (si l’on se donne la peine de les chercher). Ici il n’est plus question du consensus des internautes anonymes mais plutôt de l’avis d’un individu socialement impliqué. Leurs conseils valent de l’or car ils ont une connaissance encyclopédique et l’expérience du terrain (en fouinant dans les magasins ou en s’appuyant sur un réseau d’informateurs). Jetez donc un œil à un blog de niche comme Blogeee pour vous rendre compte du niveau», écrit le blogueur Fred Cavazza.
« Les experts seraient-ils l’incarnation de l’influenceur ? Probablement, car ici ce n’est pas l’audience qui compte mais l’implication (le nombre d’heures passées à compiler des news, des données brutes et à débattre dans les forums). Bref, les marques ont bien compris leur intérêt et elles les chouchoutent même dans des séances de speed testing. Mais entendons-nous bien : il s’agit là d’experts qui avancent à visage découverts et entendent vivre pleinement de leur passion. Ne vous offusquez donc pas de voir de la publicité ou des liens sponsorisés, c’est le revers de la médaille. Mais qui s’en plaindra si le conseil est bon ? Certainement pas moi (ni vous) car un achat réalisé en toute sérénité ça n’a pas de prix (sans mauvais jeux de mots) » ajoute Fred Cavazza.
À ces propos, je suggère quelques nuances supplémentaires:
Les zexperts, comme les nomment avec mépris certains internautes qui croient qu’on se pogne le beigne à chroniquer quotidiennement de la zizique (et en touchant un salaire quelle imposture!) , voient actuellement leur rôle traditionnel décliner dans un monde physique où les productions culturelles sont malmenées par les temps qui courent.
Chose certaine, la critique, la chronique spécialisée ou encore la noble profession de disquaire (très mal payée en général compte tenu de l’expertise de ces mecs valeureux qui passent leur vie à guider les consommateurs dans leurs choix) n’ont pas clairement trouvé leur place sur l’internet. Professionnellement, j’entends.
On se trouve ainsi devant un fouillis illimité où le référencement de la musique revient souvent à trouver une aiguille dans une botte de foin. Or, petit à petit, des chroniqueurs du Net et des blogueurs spécialisés émergent de cette ivraie de commentaires souvent peu substantiels et qui se résument à une simple appréciation ou une critique facile (voire insulte) de la critique dont on n’aime pas les conclusions.
Reste donc à trouver le moyen de rémunérer décemment ceux qui vouent une passion quotidienne à la musique et qui acquièrent un réelle expertise. Tôt ou tard, il faudra recycler les experts dans la réalité virtuelle avec tout ce que cela comporte d’interactif et de collaboratif… en leur trouvant aussi un revenu décent. À ce titre, il est peu probable qu’on réalise de grands progrès en 2009.
Lire les commentaires (6) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 





