Alain Brunet

Archive du 18 décembre 2008

Jeudi 18 décembre 2008 | Mise en ligne à 9h57 | Commenter Commentaires (10)

Exit GM / Grosse commandite… petit jazz

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Les médias le soulignent à grands traits depuis mercredi, le Festival international de jazz de Montréal a perdu son commanditaire majeur, il faudra en débusquer un autre au cours des mois qui viennent, en espérant que la récession engendrée par la crise des institutions financières sera chose du passé. Comme on le sait, GM est aux prises avec des problèmes beaucoup plus sérieux, les grands fabricants américains de voitures luttent actuellement pour leur survie.  Après le 30e anniversaire, GM coupera donc le contact avec le FIJM- que des mauvaises langues ont déjà nommé FIGM pour des raisons qu’on imagine.

« Le Festival de jazz compte sur un budget annuel de 25 millions de dollars. Il enregistre environ 2,5 millions d’entrées, ce qui génère des retombées de 64 millions chaque année. Un présentateur officiel investit environ 10% du budget total, soit dans ce cas-ci, 2,5 millions.

« Le FIJM reçoit également 4 millions de dollars par année des trois ordres de gouvernement. Alain Simard a d’ailleurs averti le maire Gérald Tremblay et le gouvernement du Québec du retrait de GM dans le but de recevoir un appui au démarchage d’un nouveau présentateur officiel. Dans le cas des FrancoFolies, également organisées par l’Équipe Spectra, le commanditaire principal est Ford Canada. La compagnie participe depuis l’an 2000 à cette fête de la chanson francophone. Et les deux organisations ont signé l’an dernier un contrat de quatre ans, valide donc jusqu’en 2011 » résume mon collègue Mario Cloutier.

Ce retrait d’un commanditaire majeur comme GM n’annonce pas un tournant dans la facture générale du plus grand événement culturel montréalais, dont la taille exclut désormais la proéminence du genre musical pour lequel il a été fondé.  Depuis longtemps, on mise sur un événement grand public, la croissance de la popularité du jazz auprès des auditoires (plus ou moins 3,5% du marché des consommateurs de musique) étant beaucoup trop lente pour celle des producteurs du FIJM.

Au fil du temps la perspective d’offrir aux Montréalais une fête de la musique de qualité (sauf la musique classique et le jazz d’avant-garde) plutôt qu’une fête du jazz a plu davantage aux organisateurs de l’événement.

Depuis l’arrivée du bebop dans les années 40, le jazz est devenu une musique de plus en plus sérieuse, il a atteint une complexité… qu’une minorité de mélomanes apprécient. Ainsi , sa proportion populaire n’a cessé de diminuer depuis, tant et si  bien que le succès populaire d’une Diana Krall fait figure d’exception au sein de la communauté jazzistique.

Reste que… avec 10% du budget du FIJM (2,5 millions) on pourrait faire mieux avec le volet jazzistique de sa programmation. Ceci étant dit, on retrouve à peu près autant de concerts de jazz qu’à l’âge d’or du FIJM (fin des années 80, début des annés 90) mais la redondance et le peu de vision  en laissent plusieurs sur leur appétit. Et ce, depuis des années.

La créativité des programmateurs du FIJM, peu ferrés en jazz sauf André Ménard (qui, malgré sa grande sensibilité et sa connaissance profonde du genre, pourrait se forcer davantage sur ce territoire musical… en plus de recruter Bob Dylan, Van Morrison ou Woody Allen…),  s’est déplacée ailleurs : vers le groove, la pop de création, les musiques du monde et autres Pink Martini.

Encore une fois, les jazzophiles déplorent et les festivaliers «grand public» n’ont que faire de ces considérations… Une question en terminant: comment serait perçu le Festival de Lanaudière si la musique classique devenait un genre parmi d’autres présentés à cet événement ? Comment réagiraient les mélomanes ?

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