
L’Autre Gala de l’ADISQ, celui destiné aux catégories plus marginales, a été présenté lundi soir. Que penser des résultats ? Je vous propose une lecture commentée.
Album de l’année – alternatif : Le volume du vent, Karkwa
Commentaire: Est-il navrant de constater qu’un album aussi fédérateur que Karkwa doit être considéré comme alternatif, en 2008 ? Remarquez, je suis très favorable Karkwa, un des rares bands qui puissent rallier beaucoup de monde avec des compositions et une dégaine des plus singulières.
Album de l’année – anglophone: 70s, de Sylvain Cossette
Commentaire: Y a-t-il lieu de s’étonner d’un tel choix dans« l’île» du Québec, apparemment isolée du reste du monde sur cette terre… alors que des milliers d’albums anglos, dont plusieurs excellents créés par nos vrais anglo-québécois, percent l’imaginaire ?
Album de l’année – classique / orchestre et grand ensemble: Handel – Water Music, Les Violons du Roy, Bernard Labadie
Commentaire : Cet album est superbe, la critique s’est d’ailleurs montrée très positive à son endroit.
Album de l’année – classique soliste et petit ensemble: Un conte de fées, Angèle Dubeau & La Pietà
Commentaire: Aucun sur la pertinence de cette sélection, mais une question demeure : pourquoi Analekta, le label sur lequel enregistre Angèle Dubeau, domine autant les Félix classiques de l’ADISQ, bon an mal an ?
Album de l’année – classique vocal : Âme, corps et désir, Karen Young
Commentaire : Excellent choix pour un disque rigoureux, inspiré et qui ne manque pas d’audace dans les réformes de l’ars nova, aux origines de la polyphonie.
Album de l’année – country: Quand le country dit bonjour… Volume 2
Artistes variés.
Commentaire: Aucun… et vive le country pour ceux qui l’aiment.
Album de l’année – folk contemporain : Au Grand Théâtre de Québec
Les Cowboys Fringants.
Commentaire : Folk contemporain ???!! Et comment se fait-il que le Tam-Tam de Sylvie Paquette, qui a signé le meilleur album de filles au Québec en 2008 (et le meilleur spectacle de filles), n’ait pas remporté un Félix dans cette modeste catégorie ? Encore là, le volume des ventes (et non du vent) éclipse tout argument qualitatif. Poche.
Album de l’année – hip-hop: Gatineau, Gatineau
Commentaire: Gatineau est vraiment super, une des révélations québécoises de 2008 en ce qui me concerne, mais la présence de Séba en tant que rapper ne rend pas Gatineau vraiment hip hop, en ce qui me concerne. Où sont passés les vrais groupes hip hop ?
Album de l’année – jazz création : Second Time Around, Oliver Jones.
Commentaire: Les ventes de disques et la réputation d’Oliver Jones ne font pas de son disque le meilleur album de jazz original pour autant. Vraiment pas. À mon sens, les albums de Matthieu Bélanger, François Bourassa et Rémi Bolduc, tous finalistes dans cette catégorie, lui sont NETTEMENT supérieurs.
Après vérification, on constate que le vote des jurys spécialisés compte pour 60% de la note finale d’un artiste mis en nomination. Si, par exemple, les jurés ne déterminent pas un grand gagnant par une majorité forte, celui qui termine premier par une majorité relativement faible peut être détrôné par le meilleur vendeur de sa catégorie, puisque les ventes de disques comptent pour 40% du résultat final. Voilà qui pourrait expliquer nombre de résultats étranges dans les catégories spécialisées.
Album de l’année – jazz interprétation : Bruno Pelletier et le Gros Zorchestre, Bruno Pelletier.
Commentaire: Encore là, le facteur ventes de disques et la popularité de Bruno Pelletier (comme chanteur de variétés) mène difficilement à un verdict crédible aux oreilles des jazzophiles. Les autres en lice pour cette catégorie ? Voyez voir avant de juger…
Album de l’année – musique électronique ou Techno: Fancy Footwork, Chromeo
Commentaire: Aucun… sauf que je préfère Ghislain Poirier, Les Amis du Pakistan et Mister Valaire.
Album de l’année – musiques du monde: Il Tempo, Michaël
Commentaire: Si tous les CD de musiques du monde produits au Québec étaient en lice à l’ADISQ, le verdict serait tout autre. Le problème, c’est que des dizaines d’artistes et formations de notre scène world ne sont pas inscrits à cette noble association…
Album de l’année – traditionnel : Fred et Nicolas Pellerin
Commentaire: Ben coudon ! Avec tout le respect qu’on doit à Fred Pellerin, où sont donc passés les vrais musiciens qui font dans le trad ? Encore là, la popularité de notre Fred national l’emporte sur une sélection crédible.
Artiste québécois s’étant le plus illustré hors Québec: Isabelle Boulay
Commentaire: Pleinement mérité !
Artiste de la francophonie s’étant le plus illustré au Québec: Grand Corps Malade
Commentaire : Ce grand Fabien de Saint-Denis n’est certes pas la plus grande plume de la francophonie, mais il a le mérite d’avoir donné l’envie des mots à des centaines de milliers de jeunes qui n’en avaient rien à branler.
Je vous épargne les autres catégories qui ne s’adressent pas vraiment aux fans de musique, et j’attends vos commentaires !