Alain Brunet

Vendredi 17 octobre 2014 | Mise en ligne à 15h27 | Commenter Commentaires (3)

Octobre africain au Centre Phi: Kwenders, Mosse, Falardeau, Jal


Le Centre Phi est très africain en ce mois d’octobre anormalement chaud. Qui s’en plaindra ?

Pierre Kwenders y a lancé son premier album mardi dernier, je vous suggère de lire mon interview publiée et mise en ligne samedi, sans compter la critique du Dernier empereur bantou chez Bonsound.

Depuis le 16 octobre, on peut voir l’exposition de l’artiste irlandais Richard Mosse, qui suggère une sélection de photographies puisées dans sa série Infra, et surtout The Enclave, installation audiovisuelle à six canaux synchronisés, sorte de documentaire d’art témoignant d’un séjour marquant dans la région orientale de la République Démocratique du Congo, soit aux frontières du Rwanda. En Occident, on parle trop peu de cette zone dévastée par les conflits armés depuis 1998 – 5,4 millions de morts depuis 1998, ça n’a aucune commune mesure avec toutes les catastrophes humanitaires médiatisées par les temps qui courent. À l’évidence, peu d’Occidentaux sont conscients de cette tragédie permanente alors que que la quasi totalité connaît les victimes occidentales du groupe armé État Islamique ou du virus Ebola.

Ainsi donc, les sons de The Enclave ont été récoltés, déconstruits et reconfigurés par le compositeur australien Ben Frost, que j’ai interviewé en mai dernier lors de son passage au festival EM15. C’est aussi en RD Congo que Ben Frost a créé Aurora, un des meilleurs albums électro de l’année. Il lancera bientôt le maxi Variant et sera de retour la semaine prochaine au Québec – le mercredi 22 octobre à la Sala Rossa, dans le cadre du festival Phénoména, et le jeudi 23 octobre au Cercle de Québec-ville. On se souviendra qu’Aurora, à mon sens l’un des meilleurs albums électroniques cette année, a été créé pendant la récolte d’images et de sons destinés à la création de The Enclave.

Écoutez un extrait de Variant, maxi à paraître de Ben Frost relayé par Pitchfork

Richard Mosse: The Impossible Image from Frieze on Vimeo.

Ce samedi, 19h, le Centre Phi projette gratuitement le film The Good Lie du réalisateur québécois Philippe Falardeau, auquel a pris part l’acteur et chanteur sud-soudanais Emmanuel Jal – le film raconte la trajectoire de réfugiés soudanais transplantés aux États-Unis. L’artiste trentenaire fut jadis un enfant soldat pour de vrai, il a tué pour de vrai… et il a réussi miraculeusement à se déprogrammer pour adopter des valeurs pacifistes qu’il met désormais de l’avant. Ce samedi, le Centre Phi suggère un entretien et un concert d’Emmanuel Jal. À 21h15, il prendra la parole et répondra aux questions. À 21h45, il donnera un concert. The Key, cinquième et plus récent album studio de Jal, participent le guitariste afro-américain Nile Rodgers (sorti des boules à mites dans le dernier opus de Daft Punk) et la chanteuse canadienne Nelly Furtado. Emmanuel Jal fait des albums depuis 10 ans: Gua (2004), Ceasefire (2005), Warchild (2008), Emmanuel Jal’s 4th Studio Album (2010), See Me Mama (2012), The Key (2014). Ce dernier opus ne passera probablement pas à l’histoire, il offre néanmoins des réalisations typiques de musique africaine d’aujourd’hui – mélodies pop, usage de rythmes africains ou reggae, intégrations de hip hop, réalisation afro-occidentale.

Écoutez intégralement l’album The Key d’Emmanuel Jal sur albumstreams

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Mardi 14 octobre 2014 | Mise en ligne à 18h42 | Commenter Commentaires (31)

Prince Rogers Nelson : mine de rien, 33e et 34e albums

Prolifique comme Bob Dylan, Neil Young, Frank Zappa ou John Zorn, Prince Rogers Nelson a sorti deux albums cet automne: 33e et 34e albums studio, afro flamboyant en prime. . Parmi les artistes populaires ayant émergé au tournant des années 80, n’est-il pas le seul auquel on s’attarde lorsqu’il nous sort un album ? Puisqu’il nous en sort deux, Art Official Age et PLECTRUMELECTRUM , voici une paire de commentaires.

* SOIT DIT EN PASSANT, IL EST TRÈS UTILE DE PARTAGER CE BLOGUE SUR FACEBOOK. LES BLOGUES SPÉCIALISÉS LE SONT MOINS QUE LES TEXTES MIS EN LIGNE DANS LA SECTION ARTS/MUSIQUE, ET CELA NE DEVRAIT PAS ÊTRE AINSI. ALORS ? À TOUS NOS LECTEURS FERVENTS ET NOS BLOGUEURS ACTIFS, SVP RELAYEZ SUR FB !

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Art Official Age

Cet opus est pop, funky, soul, porte les bons vieux sons de claviers que Prince nous balance depuis 1978. Porte les voix doublées, triplées, harmonisées du chanteur et de ses choristes. Les arrangements de cuivres et anches y sont tributaires du funk des années 60-70 (James Brown, Earth, Wind & Fire, Tower of Power, etc.). Des actualisations technologiques et nouveaux procédés de réalisation nous rappellent que nous sommes bien en 2014, en témoigne la chanson U Know. Encore allumé le quinqua ? Un groove jazzy-funk aussi contagieux que celui propulsant Breakfast Can Wait, très peu d’artistes peuvent en générer sur cette petite planète. En fait, Prince a le souci de transformer légèrement son art à chaque nouvel opus, sans jamais bouleverser les fondements de sa facture. Puisque cette facture est très riche et que son créateur ne prend jamais de pause millionnaire avant de pondre un nouvel opus (quatre ou cinq ans comme vous savez qui), il faut l’évaluer comme la pierre d’une oeuvre carrément monumentale. Contrairement à la presque totalité des mecs de sa génération (en l’occurrence la mienne, j’ai le même âge que lui), Prince réussit à maintenir l’intérêt.

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PLECTRUMELECTRUM

Guitare, guitare et encore guitare. Prince a réuni un trio entièrement féminin, (évidemment) constitué d’excellentes et (évidemment) très jolies musiciennes sous la bannière 3rd Eye Girl : Prince Rogers Nelson, guitare lead et voix, Donna Grantis, guitare lead ou guitare rythmique, Ida Nielsen, basse, Hannah Ford Welton, batterie et voix, sans compter la participation des rappeuses Lizzo et Sophia Eris sur la chanson Boytrouble. Jimi Hendrix, Curtis Mayfield, Eddie Hazel, Victor Johnson, Ernie Isley et autres Eric Gale sont ici évoqués, souvent transcendés par un des meilleurs guitaristes black de l’histoire moderne. On reconnaît ici la patte princière malgré la prééminence guitaristique: funk, soul, pop, blues et rock. L’étiquette funk’n'roll rusume bien l’affaire, comme l’indique la dernière chanson au programme, Étrangement, certaines pistes me rappellent des chansons rock de Frank Zappa et… ce n’est pas si étrange à bien y penser. On n’a pas ici de nouveau Prince à se mettre entre les oreilles, on a toutefois une offrande non négligeable. L’exécution de haute volée vaut le détour, on imagine que cette matière acquiert des qualités supplémentaires lorsque jouée devant public.

LIENS UTILES

Art Official Age, écoute intégrale sur Grooveshark

PLECTRUMELECTRUM, écoute intégrale sur Grooveshark

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Dimanche 12 octobre 2014 | Mise en ligne à 17h34 | Commenter Commentaires (4)

Erik Hove Chamber Ensemble: jazz spectral

Erik Hove Chamber Ensemble

Parmi les sept concerts auxquels j’ai assisté durant l’Off Jazz qui se conclut déjà, je retiens d’abord celui donné dimanche dernier à la Sala Rossa.
Après avoir entendu ce Chamber Ensemble du saxophoniste (alto), flûtiste et clarinettiste Erik Hove, j’ai écouté maintes fois l’excellent album qui en porte la matière.

Originaire de Vancouver, Hove vit à Montréal depuis plusieurs années. En tant que sideman, il a participé à nombre de formations locales, il s’est investi dans plusieurs esthétiques. Le voilà à la tête d’un des meilleurs projets de l’heure. À ne plus jamais considérer comme un musicien émergent !

Erik Hove fait dans un jazz de chambre traversé par la musique spectrale, donc sur une recherche de timbres et d’un dégradé de fréquences bien au-delà du vocabulaire utilisé par le jazz moderne ou encore celui des musiques tonales ou modales. Nous sommes ici au croisement de la musique improvisée, des acquis du jazz (improvisation, polyrythmes dérivés du swing) et de la musique contemporaine (importance des cordes et des bois, densité de l’écriture).

Le personnel de ce Chamber Ensemble est excellent: la flûtiste Anna Webber, le violoniste Josh Zubot (dont le frère Jesse est le directeur musical de Tanya Tagaq, prix Polaris 2014), le trompettiste Andy King, le contrebassiste Rémi-Jean LeBlanc, la violoncelliste Jane Chan, l’altiste Thomas Quail, la hautboïste Krisjana Thorsteinson, le batteur Evan Tighe. Cohérent, solide, original. Écriture complexe mais fluide, d’autant plus propice aux impros collectives ou individuelles – on retient surtout celles de Josh Zubot, d’Anna Webber et d’Erik Hove.

Si vous avez raté ce concert de l’Off Jazz, vous devrez patienter en vous procurant l’excellent album Saturated Colour.

Voilà un autre exemple probant de cette fusion de plus en plus observée entre la musique écrite de descendance classique et la musique improvisée de descendance jazzistique.

LIENS UTILES

Erik Hove, site officiel


Écouter ou achetez l’album Saturated Colours sur Bandcamp

ERIK HOVE CHAMBER ENSEMBLE from Michel Pinault on Vimeo.

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