
The Thing + Thurston Moore / crédit: Martin Morrissette pour le FIMAV
Certaines pratiques musicales doivent être régulièrement rappelées à la mémoire de quiconque les croit disparues, révolues, indigestes… Ou, pire, encore, y voit l’expression d’une malencontreuse dérive de l’histoire de la musique. Le free total figure assurément dans la liste courte des préjugés, même en 2013. Il se trouve encore beaucoup d’amateurs de musique qui croient l’improvisation libre une sorte de n’importe quoi n’ayant pour objet que d’évacuer le trop-plein d’égos incapables de souscrire aux règles établies – harmonie, rythme, justesse tonale ou modale, etc. Encore aujourd’hui, soit près de 60 ans après l’émergence du free, il faut redire aux mélomanes rébarbatifs que cette pratique comporte un vocabulaire très élaboré, peut compter sur des interprètes de haut niveau… et d’un public fervent qui remplit des salles.
Prenons le saxophoniste norvégien Mats Gustavsson (baryton, ténor…), digne successeur de l’Allemand Peter Brötzmann. Son jeu est impéteux, colérique, intransigeant, puissant, exclut toutes échelles mélodiques convenues, explore le registre complet de ses saxes (surtout le baryton). Fumisterie ? Que non. Pour que l’opération soit réussie, cependant, le soliste scandinave doit disposer d’une section rythmique d’enfer, à commencer par le contrebassiste Ingebrigt Haker Flaten et l’immense batteur Paal Nilssen-Love qu’on a vu à quelques reprises déjà – entre autres au sein de l’ensemble Atomic. Pour l’occasion, The Thing s’adjoint les services du guitariste Thurston Moore (déjà sur place, vu le concert de Chelsea Light Moving), question de poursuivre une expérience initiée en 2005. En bref, énergie totale, et tout ces petits détails qui surgissent du torrent. Torrent quelque peu prévisible et pas si dangereux, tout de même…

Upstream Orchestra au Colisée des Bois-Francs / crédit: Martin Morrissette pour le FIMAV
Dans ce blogue et sur le site www.lapresse.ca, le big band du new-yorkais Darcy James Argue a fait l’objet de billets, d’une interview, de critiques élogieuses. On vous en a vanté les grandes réformes. Originaire de la Colombie Britannique, Argue est loin d’être le seul à aller de l’avant. Partout dans le monde, des expériences concluantes en big band sont menées et présentées (surtout) dans des festivals comme celui de Victoriaville. Pour ne citer que les ensembles canadiens, s’y sont déjà produits le Hard Rubber Orchestra, le Ratchet Orchestra de Nicolas Caloia ou cet Upstream Ochestra, présenté samedi après-midi au Colisée des Bois-Francs. Pour ces grands orchestres, le jazz et ses accointances contemporaines (avant-rock, électronique, etc.) témoignent des mutations récentes et beaucoup moins des époques antérieures.
Le saxophoniste et compositeur néo-écossais Paul Cram est de ceux qui mènent à bien ces expériences. À la barre de l’Upstream Orchestra, il suggère une palette de musiques contemporaines impliquant l’improvisation, dont un jeu de consignes données en temps réel par le maestro Jeff Reilly- concept développé par l’illustre et regretté Butch Morris. L’instrumentation est celle d’un big band et plus encore: cuivres, anches, percussions, batterie, contrebasses, chant (Tena Palmer), guitare électrique, piano, synthétiseurs. Depuis une quinzaine d’années, l’Upstream Orchestra témoigne d’un vocabulaire, somme toute, assez connu du public jazzophile évoluant à gauche du spectre. Enfin, on peut désormais parler de centre-gauche… Du côté de Paul Cram, nous avons affaire à un work-in-progress rigoureux… où l’impression de suite d’effets peut l’emporter parfois sur celle d’une performance intégrée et cohérente. Mais bon, malgré les bémols, il y a lieu d’encourager ce travail, soir l’un des plus remarquables au Canada côté big band contemporain.

The Book of Knots au Cinéma Laurier / crédit: Martin Morrissette pour le FIMAV
Se consacrant au studio, The Book of Knots (Le Live des Noeuds…) n’avait donné qu’un concert en dix ans. Les trois albums réalisés au cours de cette décennie pourraient changer la donne. Une deuxième représentation, en tout cas, a été offerte samedi au Cinéma Laurier, et cela comprenait des extraits de chaque enregistrement. Au centre du jeu, la violoniste et chanteuse Carla Kihlstedt – qui s’est fait connaître via plusieurs formations dont celle de Tom Waits. Cette femme a une voix superbe, une vraie présence. Autour d’elle, guitares, basse, claviers, batterie, compléments vocaux. Malgré ses accents doom métal et prog, cet avant-rock de The Book of Knots ne roule pas la pédale dans le tapis. Les déflagrations sporadiques nous ramènent à la mélodie, somme toute à des propositions relativement calmes, plutôt «avant space rock». Manque à gagner côté stimuli ? On imagine fort bien que les informations subséquentes pourraient s’avérer encore plus nourrissantes que la séance de rodage à laquelle on a eu droit.
ZGA au Cinéma Laurier / crédit: Martin Morrissette pour le FIMAV
En début d’après-midi de samedi, concert pour zgamonium et voix du quartette russe ZGA, fondé il y a une mèche par Nick Sudnik. D’où l’appellation zgamonium, avez-vous déjà deviné. La lutherie de cette formation est inventée, puise dans les sonorités africaines (balafon), balinaises (gamelan) et industrielles. Au-dessus de cet amalgame intéressant, se déploie un chant et un discours féminins (Vera Shamarina et Anastasia Postnikova). À coup sûr, ces fortes voix slaves insufflent de l’humain dans cette musique simple et singulière. Le Cirque du Soleil pourrait s’y intéresser aux alentours de 2030…

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