Alain Brunet

Mardi 30 septembre 2014 | Mise en ligne à 8h17 | Commenter Commentaires (69)

Thom Yorke: Tomorrow’s Modern Boxes

Thom Yorke Tomorrow's Modern Boxes

Vendredi dernier, Thom Yorke a gazouillé l’annonce de la sortie imminente de son deuxième album solo, Tomorrow’s Modern Boxes, en vente directe sur le site BitTorrent Bundle.

De concert avec le réalisateur Nigel Godrich avec qui il travaille depuis belle lurette, le chanteur de Radiohead a justifié cette mise en ligne surprise chez BitTorrent Bundle, plateforme ouverte où les musiciens peuvent téléverser leurs enregistrements. Très rares sont les artistes de tel rayonnement qui l’ont fait jusqu’à maintenant.

Ainsi, vous pouvez y faire l’achat d’un fichier 320 kbps de Tomorrow’s Modern Boxes, album comportant 8 chansons, pour la somme de 6$US. Si toutefois vous désirez un support physique de l’enregistrement, vous pouvez le commander sur W.A.S.T.E., la boutique en ligne de Radiohead. L’album a d’ores et déjà été pressé en en vinyle blanc et offert dans une pochette cartonnée imprimée avec une calligraphie argentée et une structure géométrique aux lignes vert néon. Le vinyle est inséré dans pochette intérieure anti-statique, le tout assorti de codes d’accès à des fichiers numérisés de meilleure qualité – FLAC ou WAV. Le produit de luxe se vend à 30 livres sterling – 54$CAN. On se souviendra que Nine Inch Nails a déjà procédé de manière relativement similaire en 2008 pour la sortie de Ghosts I-IV, sauf dans la mise en ligne gratuite de son fichier numérisé en 320kbps.

Cette nouvelle expérience survient sept ans après la première menée par Radiohead, soit en octobre 2007; on se rappelle que l’opus In Rainbows avait avait alors été mis en ligne d’une manière atypique, puisque les fans pouvaient alors déterminer eux-mêmes le prix d’achat du fichier numérisé à 128 kbps. Jamais le supergroupe n’a dévoilé les bénéfices engrangés. Moult observateurs de l’industrie de la musique avaient salué l’initiative, pendant que d’autres soulignaient que le succès d’une telle entreprise reposait sur la réputation déjà acquise d’un groupe ou d’un artiste, sans laquelle la mise en ligne d’une nouvelle production sans battage médiatique revenait à dissimuler une aiguille dans une botte de foin.

« Il s’agit d’une expérience pour voir si la mécanique du système peut être comprise et intégrée par le grand public. Si cela fonctionne, eh bien cela pourrait devenir une manière efficace pour les créateurs de contenu d’acquérir une certaine maîtrise du commerce sur l’internet. Le mécanisme du torrent ne requiert pas de serveur en amont ni des coûts d’hébergement ou autres sottises côté nuage», allèguent Thom Yorke et Nigel Godrich.

On se souvient que les deux collègues avaient déserté Spotify en juillet 2013 (pour l’album du groupe Atoms For Peace) et fait une sortie publique, considérant que la plateforme ne rapportait que des broutilles aux créateurs. La nouvelle avait alors fait le tour de la planète internet, sans faire boule de neige dans les pratiques de mise en ligne.

Quoi qu’il en advint, la vente légale en ligne n’a jamais réussi à remplacer la vente physique et la croissance fulgurante de l’écoute légale en flot continu (streaming) procure des revenus faméliques aux créateurs. Spotify, Deezer, Pandora et autres Rdio rétorquent généralement que leurs revenus d’abonnement, la (très grande) taille de leurs répertoires et leurs coûts coûts d’infrastructure ne leur permettent pas d’accorder une meilleure rémunération aux artistes qui font affaire avec eux. À l’évidence, Yorke et Godrich ne sont pas d’accord. Pour eux, le dernier retranchement repose dans la vente directe, sans intermédiaire, sans serveur, sans hébergeur de contenus. Inutile de préciser que leur démarche n’est aucunement comparable à celle de U2 chez Apple.

À savoir si cette initiative aura un impact réel dans les habitudes de consommation sur la Toile, il faudra voir. Une superstar peut tirer son épingle du jeu sur Bittorent Bundle, rien n’est moins sûr pour les milliers de groupes ou artistes qui y suggèrent leurs contenus dans l’espoir de faire du commerce ou de faire croître leur rayonnement.

L’album

Puisque les conclusions sont encore loin devant nous, parlons maintenant de ces huit chansons réunies sous la bannière Tomorrow’s Modern Boxes. «Electronic/alternative/idm/glitch/postrock/modularsynth/electronica/loungechill/avantgarde/experimental/artrock», résume une note accompagnant le fichier téléchargé. Soit. Cela étant posé, je n’ai pas le sentiment d’avoir entre les oreilles un grand album de Thom Yorke que réalise Nigel Godrich. Prolongement de ce qu’on a entendu de lui jusqu’à maintenant. Ces chansons de facture électro, sans courbes prononcées pour ne pas dire chansons horizontales, s’inscrivent dans ce qu’on connaît du chanteur de Radiohead depuis plusieurs années. Cette fois, la plupart des procédés électroniques ne me semblent connus de tous amateurs d’électro le moindrement au courant de son actualité esthétique. En somme, ces procédés ne transcendent pas les compositions. La matière de Tomorrow’s Modern Boxes témoigne certes d’une belle qualité de production mais ne propose que de menus détails à l’approche de Thom Yorke. Enfin.. cette approche à laquelle il nous a habitués ces dernières années , en solo ou en groupe – Radiohead et Atoms For Peace. Au fil des écoutes, cet opus peut cependant laisser émerger des caractéristiques plus importantes qu’observées de prime abord. Grower ? Pas sûr…

LIENS UTILES

Pour télécharger le fichier MP3 sur Bittorrent Bundle


WASTE, boutique en ligne de Radiohead, où l’on peut se procurer le support physique de Tomorrow’s Modern Boxes

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Samedi 27 septembre 2014 | Mise en ligne à 10h39 | Commenter Commentaires (20)

My Brightest Diamond

My Brightest Diamond This  Is My Hand

À l’instar d’artistes indie tels Sufjan Stevens, Grizzly Bear et autres St. Vincent, l’Américaine Shara Worden (My Brightest Diamond) a entrepris d’étoffer la donne chansonnière en s’inspirant d’approches plus sophistiquées, plus complexes, plus avancées: musique contemporaine, néoclassicisme des grandes musiques de films, opéra, off-Broadway, musiques électroniques de pointe, prog rock ou même jazz. À l’instar d’Annie Clark (St.Vincent), elle est passée par la North Texas University, haut lieu du savoir dans cette vaste région du sud des USA.

Âgée de 40 ans, elle a mis du temps avant de faire rayonner son art au-delà d’un public confidentiel, c’est-à-dire des amateurs indies : la reconnaissance ne semble s’avérer qu’à la sortie de ce cinquième album: This Is My Hand, sous étiquette Asthmatic Kitty – que dirige Sufjan Stevens.Les arrangements de cet opus puisent dans différentes esthétiques; on peut en identifier les influences directes, mais la voix de la chanteuse et ses choix harmoniques puisent dans l’intériorité, l’intimité des relations, les réflexions existentielles. À la fois cérébrale et sensuelle, cette New-Yorkaise (d’origine texane) contribue à redéfinir les grandes musiques populaires américaines, incluant la voix humaine et le texte.

LIENS UTILES


My Brightest Diamond, site officiel

My Brightest Diamond, profil Wiki

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Jeudi 25 septembre 2014 | Mise en ligne à 11h59 | Commenter Commentaires (63)

Aphex Twin: le grand retour ?

Aphex_twin_syro

Le plus connu des alias de Richard D. James, Aphex Twin, est célébré sur l’entière planète électro. Normal : au cours des années 90, il fut l’un des créateurs les plus influents, sinon le plus innovant de tous. Si l’on exclut la très pointue filière électroacoustique, il ouvrit la voie à une zone intermédiaire où évoluent des musiques électroniques plus exigeantes, plus complexes, plus raffinées mais dont les fondements restaient populaires et relativement accessibles. Longtemps, il fut la référence absolu du label Warp, toujours l’un des plus renommés en 2014.

Je me souviens encore de ma première claque vers 1997 – oui oui, je sais, j’étais en retard… Les albums d’Aphex Twin se démarquaient clairement de l’offre électro, on avait entre les oreilles le travail d’un compositeur capable de profondeur, bien au-delà des limites inhérentes à ce qu’on soumettait aux ravers et technoheads à l’époque.

Et puis… silence radio depuis 2006, soit après une décennie d’intense créativité. 2001 fut l’année de la sortie de l’album Druqs, son dernier avant Syro, dans lequel il faut se replonger après voir fait quelques écoutes de Syro. Pour se rendre compte de son évolution récente, il faut aussi réécouter sa série Analord, 11 maxis rendus publics en 2005, et dont les meilleurs titres (selon leur concepteur) furent sélectionnés dans la compilation Chosen Lords.

Richard D. James a repris du service depuis un moment, il faut dire. Concerts donnés çà et là, sorties d’enregistrements sous d’autres pseudos, et voilà ce Syro que l’on n’espérait plus.

Plusieurs écoutes mènent à observer que sa musique a changé. Côté rythme, le musicien va au-delà des extrapolations de la techno, de la jungle ou du drum’n'bass; il explore aussi le jazz rock, le funk, les polyrythmes ouest africains… comme le font les meilleurs qui lui ont succédé depuis son accalmie. Sauf exceptions minimalistes (Airsatsana, pour piano et piaillements de ti zoiseaux), il préconise des musiques densément érigées sur des charpentes rythmiques complexes.

Peut-ont conclure pour autant à sa supériorité comme plusieurs le faisaient il y a une quinzaine d’années ? En ce qui me concerne, non. Aphex Twin signe ici un très bon album, inspiré, comportant assez de réformes pour maintenir l’intérêt, à la hauteur de son talent. Cela étant, il n’est plus seul devant comme il le fut pendant un moment. Sam Shackleton, Autechre, Kode 9, Four Tet, Pinch, John Hopkins, Andy Stott, Chris Clark, Ikonika, Alva Noto, Burial et tant d’autres Flying Lotus ont autant à dire que lui.

LIENS UTILES


Aphex Twin et Syro, profil du label Warp

Aphex Twin, profil wiki

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