Alain Brunet

Mardi 21 février 2017 | Mise en ligne à 12h18 | Commenter Commentaires (5)

Must hivernal: Loyle Carner, Yesterday’s Gone

loylecarner-yesterdaysgone

Les Britanniques ont mis au point leur propre soul/R&B et aussi leur propre jazz, on l’observe et on le savoure depuis plus d’un demi-siècle, parfois en mode hip hop. En voici la manifestation la plus probante au premier trimestre de 2017 : MC au début de la vingtaine, métis de South London, doué rimeur, calme locuteur, Loyle Carner nous jette sur le derrière afin que nous puissions contempler sa propulsion avec toute l’attention nécessaire.

Départ canon! Le voilà déjà en orbite, à bord d ’une navette jazzy/soul/gospel à l’européenne.

Guitare sans pédales (ou si peu), piano électrique, batterie, basse, percussions, échantillonnages discrets, mélodies vocales habitées en guise de complément, le tout coiffé par un folk que toutes et tous pourront entonner autour d’un feu. On y ressent une délicate retenue à l’anglaise, on imagine fort bien cette approche épurée transcrite sur scène. Sans flafla, sans effets superflus.

Ces propositions musicales s’avèrent sobres et circonspectes pour ainsi soutenir le flow très cool, sensuel, intelligent, étonnamment mature pour artiste aussi jeune. Qui évoque avec grâce son intimité familiale (notamment un lien très solide avec sa maman… et avec une certaine Florence, peut-on conclure à l’écoute d’un texte tendrement rimé), ses pensées urbaines qu’il sait illustrer poétiquement, sa conscience sociale élevée et fort bien dosée, sa vieille âme.

LIENS UTILES

Loyle Carner, site officiel

Loyle Carner, profil wiki

Metacritic, 84% pour 9 recensions

Loyle Carner, écoute intégrale de Yesterday’s Gone sur Spotify

Lire les commentaires (5)  |  Commenter cet article

 

Dimanche 19 février 2017 | Mise en ligne à 16h36 | Commenter Commentaires (3)

Must hivernal: Sampha, Process

samphalabumcoverprocess

Sampha est un mélodiste inspiré, ce qui n’est certes pas une garantie pour la meilleure pop de création car un air poignant doit être singulièrement enveloppé pour vraiment sortir du lot. D’entrée de jeu, cet Afro-Britannique se démarque pour la charge émotionnelle de sa proposition mélodique, pour ce voile charmant qui lui confère une personnalité vocale identifiable dès les premières mesures.

Il se distingue aussi pour la créativité de ses arrangements, par son judicieux mélange des genres afro-soul, électro et synthwave, par une instrumentation hybride – claviers, électronique, échantillons traités, percussions, superpositions vocales.

On ne s’étonne pas que tant d’artistes importants, Européens et Nord-Américains (SBTRKT, FKA Twiggs, Solange, Kanye West, etc.) , aient fait appel à ses services car ce mec fait preuve d’un sens très spécial de la réalisation, doublé d’un instinct hors du commun pour mettre au point des amalgames à la fois créatifs et accrocheurs.

Et si vous l’avez vu et entendu sur scène récemment (superbe concert au Corona la semaine dernière, aussi à guichets fermés au Théâtre Fairmount en octobre 2016), vous avez probablement réalisé que sa facture ne cesse de s’étoffer. Les arrangements offrent des idées nouvelles, le très bon groupe sur scène nous donne une excellente idée de ce que devient la pop de création en 2017. Loin d’avoir tout dit !

LIENS UTILES

Sampha, site officiel

Sampha, profil wiki

Metacritic, moyenne de 86% sur 26 textes recensés

Écoute intégrale de l’album Process sur Spotify

Lire les commentaires (3)  |  Commenter cet article

 

David Bussières Florence K

Mercredi dernier, David Bussières et Florence K ont présenté la plateforme du RAM au ministre québécois de la Culture et des Communications, Luc Fortin / photo Union des Artistes

Nouveau venu dans le paysage culturel québécois  comme en témoigne mon texte paru en décembre dernier, le Regroupement des artisans de la musique (RAM) vient de dévoiler sa plateforme d’intervention et souhaite ainsi « devenir un pilier  dans le milieu culturel québécois”, pour reprendre la formulation de la chanteuse Florence K.

« Même s’ils sont déjà représentés par différentes associations (Union des Artistes, Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec,  Guilde des musiciens du Québec,  SOCAN, SODRAC, etc.), leur réalité sur le terrain est souvent méconnue », souligne David Bussières du groupe Alfa Rococo, initiateur du RAM.

L’objet essentiel de ce regroupement est de fédérer tous les artisans de la musique québécoise, fragilisés dans l’environnement numérique. Ses protagonistes comptent réévaluer le partage des revenus provenant de la commercialisation de la musique afin d’améliorer leur condition, le RAM compte déjà 160 adhérents, dont Louis-Jean Cormier, Ariane Moffatt, Daniel Lavoie, Domlebo, Salomé Leclerc et Richard Séguin.

Pour mieux saisir l’ensemble des revendications du RAM, La Presse a interrogé David Bussières et Florence K, ses porte-parole. Voici la version intégrale de l’entretien:

Question : Le regroupement veut améliorer la « découvrabilité » et l’accès de la musique québécoise aux plateformes des services de musique en ligne. Qu’est-ce que ça signifie ? 

David : Nous voulons faire en sorte que les plateformes de streaming rendent notre répertoire québécois plus facile d’accès, pour le public local comme pour le public étranger.

Question : Qu’entendez-vous par “redevances légitimes et adéquates versées à tous les ayants droit “?

David : En ce moment, la musique génère beaucoup d’argent sur le web pendant que les créateurs et interprètes n’obtiennent pas leur part équitable de ces revenus. Les redevances aux artistes sont faméliques;  environ un demi cent par « stream » doit être réparti entre le compositeur, l’auteur, l’interprète, le producteur…!! 

Florence : Une part de ces revenus pourrait aussi financer des vitrines d’artistes locaux, les hébergeurs de contenus pourraient les aider à mieux se faire connaître.

Question : Les hébergeurs de contenus, Spotify, Deezer et autres Apple Music ne pourront pas vous payer de sitôt à hauteur de 20 cents  ou plus, de manière à obtenir des revenus comparables aux ventes d’albums physiques. Que comptez-vous faire ?

David :  Au delà des services de musique en ligne, la solution se trouve aussi chez les fournisseurs d’accès internet (FAI) – Bell, Vidéotron, Rogers, etc.  

Florence : Les FAI doivent aussi partager et ainsi devenir des transporteurs responsables de nos contenus. Car la musique est un incitatif très important pour rentabiliser leurs opérations. Ils doivent donc aussi nous payer des redevances.

Question : Le RAM veut que le régime canadien de la copie privée, soit un système de redevances destiné aux artistes soit adapté à la réalité actuelle.  De quelle façon?

Florence : Au-delà des redevances perçues sur les ventes de CD vierges, il faut aussi percevoir sur les ventes de tous types de lecteurs numériques – téléphones portables, tablettes, tous types de lecteurs ou magnétophones. Ça aussi, ça fait partie de la solution.

Question: Pourquoi le RAM espère-t-il« améliorer la transparence dans les relations entre les artistes et les autres acteurs de l’industrie » , soit dans l’utilisation des aides financières fédérales accordées aux entreprises dame e cadres des sous-volet du progamme « Entrepreneurs de la musique »,des programmes de Musicaction, soit dans l’utilisation des aides financières provinciales accordées aux entreprises dans le cadre des programmes de la SODEC, ou soit dans les budgets, revenus et dépenses des producteurs de musique (enregistrements ou spectacles)?

Florence: Nous voulons bien sur travailler avec les producteurs, mais nous voulons un droit de regard sur l’utilisation des aides gourvernementalse nous concernant. Cela doit se passer de part et d’autre. Les artistes doivent dévoiler leur propres budgets dans la transparence, les producteurs doivent faire de même.

Question: Concernant la diffusion traditionnelle de la musique, le RAM souhaite améliorer le système actuel de redevances actuel chez les diffuseurs privés et encourager la Société Radio-Canada à renforcer son mandat de diffusion de la musique québécoise dans toute sa diversité. Pouvez-vous préciser ?

Florence: Actuellement, une exemption prévue dans la Loi dur le droit d’auteur limite à 100$ les redevances des radiodiffuseurs privés aux artisans de la musique avant qu’ils n’aient cumulé des revenus de 1,25 million $. Nous souhaitons que cette exemption disparaisse. par ailleurs, nous souhaitons que la télévision généraliste de la Société Radio-Canada augmente la présence de contenus originaux des artisans de la musique sur les plateaux de télévision. Nous observons malheureusement un déclin marqué de cette présence.

Question : Que signifie ce « guichet unique » préconisé par le RAM  ?

David: C’est la première étape de la création d’une structure permanente. Les artistes pourront s’adresser à nous à travers ce guichet afin d’obtenir différentes informations ou services (protection sociale, etc.), ou encore rediriger nos membres vers les autres associations qui les défendent (SPACQ, UDA, Guilde des musiciens, etc.).

Question: Pour que l’action porte, cette coalition d’artisans est en voie d’être permanente, mais comment peut-elle être crédible auprès des gouvernements ?

David: Nous sommes fiers de constater que nous sommes déjà crédibles auprès des instances gouvernementales. Le ministère du Patrimoine canadien (fédéral) et Ministère de la Culture et Communications du Québec ont déjà pris contact avec le RAM. 

Florence: Pour nous, c’est super de savoir qu’il y a une écoute, que le travail de ce regroupement répond à un besoin urgent. Auparavant, l’éparpillement des voix des artisans de la musique n’était pas à leur avantage! Aujourd’hui, nous avons une meilleure idée de ce qu’il nous faut faut pour durer et obtenir gain de cause. 

Question : Qu’entendez-vous par assujettir les entreprises étrangères de services de musique en ligne aux règles fiscales canadiennes et québécoises afin de financer la culture locale ?

Florence: Il n’est pas normal que les plateformes étrangères de streaming ne paient pas d’impôt au Canada et profitent de nos contenus.

David : Si YouTube ou Spotify payaient des impôts au Canada, une part de ces taxes pourraient être réinjectées dans l’écosystème musical local. Encore une autre partie de la solution.

Question : Êtes-vous conscients que, pour avoir gain de cause, une bataille historique est nécessaire à l’échelle internationale ? Possible ?

Florence : Nous en sommes conscients, et nous devrons mener cette bataille. On a deux choix : soit on fait quelque chose, soit on ne fait rien.

David : Nous devrons combattre avec d’autres organisations étrangères, aussi avec nos alliés,  producteurs, éditeurs, promoteurs…Des regroupements similaires au RAM  nous ont contacté de l’étranger; la Guilde des artisans de la musique en France, Fair Internet for Performers aussi en Europe, ou encore l’International Artist Organisation.

Question : Les hébergeurs de contenus et fournisseurs d’accès internet sont-ils vos ennemis jurés?

Florence : Non. Au contraire, nous voulons travailler avec ces acteurs de la chaîne numérique. Nous sommes plus que favorables aux nouvelles technologies, nous sommes nous-mêmes des utilisateurs. Nous voulons simplement une rémunération équitable.

Lire les commentaires (57)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    février 2017
    L Ma Me J V S D
    « jan    
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    2728  
  • Archives