Alain Brunet

Vendredi 24 octobre 2014 | Mise en ligne à 17h29 | Commenter Un commentaire

Ariel Pocock: jazzwoman en vue sur Montréal et Québec

Ariel Pocock Touchstone

Au début de la vingtaine, Ariel Pocock s’est fait connaître dans les compétitions tenues par le magazine Downbeat, Essentially Lincoln au Lincoln Center de New York et Koble-Seattle International Jazz Vocal Competition. Elle enseigne au Stanford Jazz Workshop’s Jazz Mentor program, dans la région de San Francisco. Elle s’est produite au Ronnie Scott’s de Londre, au Iowa City Jazz Festival, Elkhart Jazz Festival, Twin Cities Jazz Festival, Stanford Jazz Festival, Bellevue Jazz Festival. Voilà ce que nous apprend son site officiel.

Et la voilà ce vendredi à l’Upstairs et ce samedi au Festival de jazz de Québec, salle des Promotion du Séminaire de Québec, où elle partage un programme double avec le pianiste Vincent Gagnon.

Voix cristalline, jeu délicat et très personnel au piano, habiletés techniques à la hauteur de la proposition, écriture encore verte mais dont plusieurs signes nous indiquent l’originalité. Grandes qualités mélodiques, harmoniques, rythmiques, tradition et modernisme. Vraie musicienne de jazz, vrai potentiel, à découvrir ce week-end. Si vous ne pouvez vous rendre aux concerts, écoutez son album intitulé Touchstone, enregistré aux côtés du contrebassiste Larry Grenadier (Brad Mehldau), du guitariste Julian Lage, du batteur Eric Harland, du saxophoniste Seamus Blake.

LIENS UTILES

Ariel Pocok, site officiel


Profil Ariel Pocock , Festival de jazz de Québec

Ariel Pocock, profil ArtistShare


Calendrier de l’Upstairs

Un commentaire  |  Commenter cet article

 

Mercredi 22 octobre 2014 | Mise en ligne à 19h30 | Commenter Commentaires (8)

Marianne Trudel: La vie commence ici

marianne-trudel

Si l’écriture pour ensembles de grande taille (septuor ou big band) me semblent être ses plus grandes réussites jusqu’à ce jour, ce quintette impose notre silence. Voilà ce que la pianiste, compositrice et improvisatrice Marianne Trudel a fait de mieux en petite formation. Le noyau qu’elle forme avec le batteur Robbie Kuster (Patrick Watson), le contrebassiste Morgan Moore et le saxophoniste Jonathan Stewart a gagné énormément en maturité. Sans forcer, ce noyau peut fort bien accueillir la grande trompettiste Ingrid Jensen.

Le quartette et la soliste produisent ainsi un jazz cohésif, plutôt consonant, hautement mélodique, très riche harmoniquement. Improvisations individuelles ou collectives d’excellent niveau sont au service des compositions matures et abouties. Quant à l’esthétique préconisée, on est certes en terrain connu. Mais puisqu’il s’agit d’une forme classique à l’intérieur de laquelle les musiciens ont beaucoup de latitude, qui s’en plaindra?

Cette esthétique relève d’un jazz de chambre à l’européenne (traversé par la musique classique moderne, fin 19e début 20e) qui remonte aux années 70 et 80. On vous laisse le soin de juger. Notamment ce mercredi à la Maison de la culture Frontenac et vendredi au Café Résonance; le quartette de Marianne Trudel et Ingrid Jensen y afficheront présent. Si vous ne pouvez pas vous y rendre, procurez-vous l’album paru cette semaine chez Justin Time: La vie commence ici.

LIENS UTILES

Marianne Trudel, site officiel

Lire les commentaires (8)  |  Commenter cet article

 

Lundi 20 octobre 2014 | Mise en ligne à 11h36 | Commenter Commentaires (137)

Comment écoute-t-on la musique aujourd’hui ?

Casque d'écoute

FM de grande écoute, émission de variétés, téléréalité, magasin de disques. Ça, on connaît bien. Ces voies d’accès à la découverte musicale existent toujours pour un grand nombre de consommateurs de musique mais… L’environnement numérique bouleverse ces pratiques, à commencer par l’hébergeur YouTube et les plateformes de diffusion en flux (streaming), tous ces Spotify et Rdio de ce monde virtuel dont la croissance est fulgurante.

Ce week-end ous avons mis en ligne (La Presse +, ce lundi lapresse.ca ) un vaste dossier (réalisé de concert avec mes collègues Alain De Repentigny, Charles D’amboise et Véronique Lauzon) sur les façons d’accéder à la nouveauté musicale. Voici la version longue de mon texte, à partir duquel vous pouvez réfléchir, réagir, discuter.

1. Les bons vieux moyens cohabitent avec les nouveaux 

« Les choix se sont décuplés pour l’amateur de musique. Cela dit, le grand public continue d’écouter la radio, regarde les chanteurs à la télé – des émissions comme La Voix. Tous âges confondus, la radio privée demeure le premier moyen pour découvrir la musique » rappelle Solange Drouin, directrice générale de l’ADISQ.

Le mode d’écoute de la musique québécoise francophone le plus fréquent est effectivement la radio à hauteur de 60 % des répondants de l’Enquête sur les habitudes de consommation de la musique québécoise, menée en 2012 par Benoît Gauthier du Réseau CIRCUM Inc.

Bien sûr qu’il existe toujours, ce grand public fidèle aux médias traditionnels et aux magasins de disques, CD ou vinyles, pendant que d’autres gagnent du terrain :

2. L’arrivée en force de la diffusion en flux (streaming)

« Après la radio, indique Solange Drouin, YouTube est la principale plateforme de découverte, son impact est considérable. La diffusion en flux de la musique (streaming) ne cesse de prendre de l’importance, à tel point qu’on observe une baisse du piratage; ça ne donne plus grand-chose de télécharger illégalement puisqu’on peut accéder à la planète entière en streaming. »

L’ampleur de cette nouvelle pratique n’est pas une vue de l’esprit. Si l’usage de YouTube demeure le mode dominant pour découvrir la musique francophone via l’internet (72,8% des amateurs, selon l’étude du Réseau CIRCUM), les plateformes spécialisées en flux continu connaissent aussi une croissance phénoménale.

« En 2013, souligne Solange Drouin, le seul service Spotify a cumulé 4,7 milliards d’heures d’écoute à l’échelle planétaire – pour 24 millions d’usagers et 6 millions d’abonnés payants. Durant la même année, le service Pandora a récolté 1,5 milliard d’heures d’écoute pour 70 millions d’usagers et 3 millions d’abonnés payants. »

« Le phénomène du streaming commence à peine à être quantifié au Canada, indique à son tour Paul Tuch. Les signes de sa croissance fulgurante n’en demeurent pas moins considérables. Par exemple, en une seule semaine (récente), 94 millions d’écoutes de 30 000 chansons ont été recensées. »

3. Déclin constant des ventes de musique et de la part québécoise

Dans cet univers en pleine mutation, le bonheur des uns fait le malheur des autres. L’ascension de YouTube et des plateformes de streaming fragilisent considérablement les ventes de musique enregistrée. Dominique Jutras, directeur de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, en constate le déclin progressif et inéluctable… au profit de nouveaux acteurs :

« Le recul du marché des produits physiques et des CD n’a jamais été compensé par la croissance des ventes d’albums et de pistes numériques. C’est donc dire qu’il y a un retrait chez les consommateurs dans leurs dépenses pour accéder à de la musique. En 1997, 5 % des dépenses des ménages étaient destinés à l’achat de contenus culturels. En 2009, ces mêmes 5 % étaient plutôt destinés aux produits d’accès à ces contenus – connexion internet, téléphone portable, etc. Ce vice de forme perdure aujourd’hui, car d’autres acteurs économiques récoltent une grande part de cet argent dépensé par consommateurs pour accéder aux contenus culturels.»

Solange Drouin ne nie certes pas cet état de fait, qui se traduit par une crise permanente de la vente des contenus :

« En 2005; il se vendait 13 millions d’albums au Québec alors qu’il s’en est vendu 6 millions cette dernière année, dont un million d’albums téléchargés. Cela reste une activité commerciale importante mais… pour une première année, on observe même le ralentissement des ventes numériques, soit une chute de 13 % des chansons téléchargées, pour ne citer que cet exemple. »

Autre problème important, les parts de marché de la production québécoise diminuent dans l’environnement numérique. Solange Drouin suggère des statistiques éloquentes à ce titre: « Parmi les 16 millions chansons téléchargées pendant la dernière année, la part des artistes québécois est très mince, c’est-à-dire 6 %. Cela est très différent des albums physiques : la part québécoise était de 45% cette dernière année, alors qu’elle diminue à 30% pour les ventes albums numériques. »

4. Le streaming : ascension rapide mais…

À l’évidence, le déclin des ventes de musique n’est plus attribuable au piratage mais plutôt à l’arrivée en force de l’écoute en continu, un phénomène encore mal documenté comme le déplore Dominique Jutras : « L’absence de règlementation sur l’internet fait en sorte que les entreprises de streaming ne se sentent pas l’obligation de collaborer ou donner une information complète et entière. »

Nathalie Gingras, chargée de projet supervise l’ensemble de l’opération pour les ventes de musique chez Dare to Care / Gross Boîte (Coeur de Pirate, Fanny Bloom, etc.), se réjouit pourtant d’un net progrès des ventes de produits numérisés, albums ou chanson, mais ne compte pas sur les revenus que procurent le streaming :

« En cinq ans, nos pourcentage de ventes de musique numérique (téléchargement) ont passé d’environ 20 % à 50 % de nos ventes globales.Le vinyle est aussi devenu important pour nous : pour un artiste qui vend 5000 ou 6000 albums, on presse systématiquement 300 à 500 vinyles. Pour le flux continu, tous nos produits sont sur les plateformes qui offrent ce service, mais nous considérons que cette pratique n’est pas acquise par le grand public au Québec. Les Soeurs Boulay, par exemple, récoltent environ 1500 écoutes par semaine sur toutes les plateformes où se trouve leur album. En moyenne, nos artistes obtiennent environ 700 écoutes par semaine. Et, pour l’instant, le streaming reste une source négligeable de revenus. »

« Source négligeable de revenus» est ici un euphémisme. Au Canada, les ayants droit obtiennent 0,000102 $ par passage chez un hébergeur de contenu. Faites le calcul, et vous en arrivez à la conclusion que les revenus que procure streaming aux artistes (et leurs équipes) est ridiculement bas. Pour 1000 passages, vous obtenez 10,2 cents !!!

5. Optimisme malgré tout ?

Chez Believe Digital Canada, soit l’un des principaux acteurs de la distribution de musique numérisée, on demeure tout de même confiant en l’avenir. Selon Georges Tremblay, président de cette entreprise qui sert d’intermédiaire à plusieurs labels québécois pour la distribution de leur produits chez les hébergeurs et diffuseurs de contenus, la croissance de la musique numérique donne lieu à un certain optimisme.

« Sur une période de 3 mois l’an passé, fait-il observer, nos ventes de chansons représentaient 45 % du volume de notre chiffre d’affaires. Les ventes d’albums constituaient 41% , alors que le streaming constituait 14% de ce volume. Sur une période similaire cette année, les ventes chansons ont chuté à 39 %, les albums à 29 % et le streaming a bondi à 32 %… et le chiffre d’affaires de Believe a augmenté cette année. »

Alors? Tôt ou tard, on verra si cette croissance se traduira par des revenus destinés aux créateurs. Pour l’instant, le fric va aux intermédiaires… qui ne pourraient prospérer sans les créateurs de contenus.

Georges Tremblay croit en outre que le marché local a du retard à rattraper : « Spotify vient à peine de débarquer. Deezer a changé son approche et n’a plus d’équipe sur place. Rdio fonctionne sur abonnement. D’autres services existent mais notre marché n’est pas encore mature. En Europe et en Asie, par exemple, on observe que 35 % du volume du chiffre d’affaires de la musique numérique revient aux plateformes de téléchargement (emusic, iTunes, etc.) et 65 % au streaming. Au Québec, c’est l’inverse : la part des plateformes de téléchargement est de 70 %. Pour la suite des choses? Le streaming nous procurera d’autres revenus, mais il n’y aura pas de phénomène de cannibalisation. »

« Chose certaine, conclut Paul Tuch, les gens n’ont jamais consommé autant de musique qu’aujourd’hui. Il revient à l’industrie de la musique de trouver le moyen de monétiser ses contenus. »

Voilà qui est loin d’être évident. Pas plus que la représentation équitable des contenus locaux sur ces nouvelles plateformes :« L’enjeu pour les artistes Québecois, insiste Solange Drouin, sera d’y occuper une place importante, sans y être ghettoïsés. Il faudra investir tous leurs canaux ! »

Lire les commentaires (137)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Twitter

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    octobre 2014
    L Ma Me J V S D
    « sept    
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    2728293031  
  • Archives

  • publicité