Alain Brunet

Samedi 30 avril 2016 | Mise en ligne à 10h22 | Commenter Commentaires (34)

Beyoncé, Lemonade

Beyoncé Lemonade

Queen Bey était déjà reine de beauté, reine de pop culture, dotée de puissance et de justesse vocales mais… ses albums n’avaient d’autre qualité que leur extrême efficacité, liste idéale de réalisations aux goûts du jour, polissages convenus de culture urban. Cette bénie des dieux pouvait-elle faire mieux que bien chanter, bien danser, faire resplendir ses atours sous les projecteurs de l’univers?

La réponse est ici, audio et vidéo: Lemonade, cinquième chapitre de l’épopée Beyoncé. Le choix de ses collaborateurs est remarquable dans sa diversité esthétique : Jack White, James Blake, Diplo, Kendrick Lamar, The Weeknd, pour ne nommer que les plus connus. Le choix des échantillons est circonspect : Led Zeppelin, Burt Bacharach, Alan Lomax, Outkast, vous imaginez où se promène Sa Majesté. Le choix des styles est très éclectique mais parfaitement cohérent : R&B, hip hop, indie pop, blues, gospel, classique, rock, psychédélisme, jazz, électro. Le choix des sujets est celui d’une artiste mûre qui a réfléchi à son existence et à son époque, à sa condition de star, de mère, d’épouse, de femme, aussi à la condition des bons pères et des mâle infidèles, à sa condition d’afro-américaine.

Beyoncé n’est pas la chanteuse visionnaire du R&B que fut Erykah Badu à la fin des années 90. Elle n’en demeure pas moins au fait de la période actuelle en musique et recrute parmi ses meilleurs artistes pour élever sa proposition. Son expression est ici habitée, impérieuse, corrosive, meilleure que jamais. N’est-ce pas ce qu’on peut souhaiter de mieux, côté pop de masse ?

LIENS UTILES

Écoute intégrale de Beyoncé sur Tidal (payant), propriété de son mari Jay Z

Beyoncé, site officiel

Beyoncé, profil wiki

Metacritic, moyenne de 93% fondée sur 25 recensions.

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Jeudi 28 avril 2016 | Mise en ligne à 18h48 | Commenter Commentaires (7)

Go Go Penguin, go go vers le trio nouveau

GoGo Penguin est un trio de jazz originaire de Manchester, Angleterre. Il est composé de Chris Illingworth, piano, de Nick Blacka, contrebasse, de Rob Turner, batterie.

L’ensemble anglais a d’ailleurs été finaliste au Mercury Prize et pour cause. Voilà un autre trio acoustique s’inspirant des musiques d’aujourd’hui et misant sur une jazzification collective de ces musiques. Autre traits importants de cette approche, une puissance rythmique évoquant à la fois le jazz,le rock, la musique classique/contemporaine, le hip hop ou l’électronique, la brièveté relative des performances individuelles, le jeu collectif très soudé.

Cette tendance ne cesse de prendre de l’ampleur en Europe, on l’observe au Royaume-Uni, en Scandinavie, en France ou en Allemagne. Inutile d’ajouter que GoGo Penguin est un des jeunes ensembles les plus représentatifs de cette tendance.

Si vous avez un trou à votre horaire de jeudi, GoGo Penguin se produit à L’Astral de Montréal.

LIENS UTILES

GoGo Penguin, site officiel

GoGo Penguin, profil Wiki

L’Astral de Montréal

Écoute de GoGo Penguin sur Spotify

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Colin Stetson Sorrow Gorecki Symphonie #3

Faites l’exercice : écoutez d’abord la Troisième Symphonie d’Henryck Górecki, dite symphonie des chants plaintifs (op.36), pour soprano et orchestre symphonique. Je suggère la version enregistrée parenregistrée par le London Philharmonic Orchestra sous la direction d’Andreï Boreïko – lien d’écoute intégrale ci-dessous.

Cette symphonie fut imaginée par le compositeur polonais entre le 30 octobre et le 30 décembre 1976 à Katowice. La création de l’oeuvre eut lieu le 4 avril 1977 au Festival international d’art contemporain de Royan par l’Orchestre symphonique du Südwestrundfunk de Baden-Baden, sous la direction du maestro Ernest Bour. Cette œuvre connut un succès planétaire, bien au-delà de l’auditoire classique ou contemporain de l’époque: sous la direction de David Zinman, avec la soprano Dawn Upshaw, sous étiquette Nonesuch, l’enregistrement du London Sinfonietta s’était écoulé à plus d’un million d’exemplaires au début des années 90.

Pourquoi donc ?

D’abord parce que Górecki mettait de côté l’approche sérielle à laquelle il souscrivait jusqu’alors; dans sa Symphonie #3, les repères de la musique tonale et les accents mélodiques des périodes antérieures à la contemporaine étaient parfaitement identifiables pour le commun des mortels, balises incrustées dans l’inconscient collectif. Secundo, parce que la construction de l’œuvre et le jeu des tensions rappelaient celles des musiques contemporaines, qu’elles fussent classiques ou même rock.

À l’instar d’autres compositeurs de l’Europe de l’Est tels Krzysztof Penderecki et (surtout) Arvo Pärt, cette approche de Henryck Górecki a fait boum. La déflagration parvint d’ailleurs aux oreilles d’artistes curieux et créatifs des zones rock, indie pop, post-rock et plus encore. Souvenez-vous de l’interview d’Arvo Pärt réalisée par Björk.

L’exercice se poursuit: écoutez les grands crus de Godspeed You! Black Emperor, tel Moya dont le titre de travail était carrément Górecki (la pièce est suggérée en écoute ci-dessous), ou encore rappelez-vous la superbe musique interprétée il y a deux semaines au Théâtre Maisonneuve par le fameux ensemble montréalais – derrière les neuf danseurs de la troupe The Holy Body Tatoo. Le lien est plus qu’évident.

L’exercice se conclut par le sujet de ce blogue: à son tour, Colin Stetson, saxophoniste chéri des hipsters, témoigne de cette culture goreckienne et offre ici le projet le plus ambitieux de sa discographie : transcrire la Symphonie # 3 compositeur polonais dans une esthétique post-rock, soit pour 11 musiciens et une chanteuse.

La réduction de l’orchestre symphonique est ici compensée par l’amplification et l’attitude rock des multiples anches traitées et filtrées de Stetson et Dan Bennett (saxophones et clarinettes), aussi par les synthétiseurs et guitares électriques auxquels se greffent batterie, violon, violoncelle, sans compter la douée mezzo-soprano Megan Stetson, sœur du maître d’œuvre – établie en Californie mais originaire de Ann Arbor, Michigan, tout comme son frangin transplanté à Montréal.

Sous étiquette 52Hz-Juno Records, cet album chapeauté par Colin Stetson s’intitule Sorrow – a reimagining of Gorecki’s 3rd Symphony . Tout simplement excellent.

LIENS UTILES


Écoute intégrale de la Symphonie #3 enregistrée par le London Philharmonic sous la direction du maestro russe Andreï Boreïko, sur Deezer


Écoute de Moya de Godspeed You Black Emperor sur Spotify

Écoute intégrale de la version de Colin Stetson sur Spotify

Colin Stetson, site officiel


Profil du label 52Hz-Juno Records

Symphonie # 3 de Gorecki, profil wiki

Henryk Górecki, profil wiki

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