Alain Brunet

Puisque nous avons les pieds et les oreilles dans l’americana avec la découverte de Sturgill Simpson, voici quelques mots et quelques liens inspirés par d’autres suggestions de nos blogueurs, hardy_luc et sultitan: Eleanor Friedberger, Dori Freeman, Dylan Leblanc. . Vos évocations ne sont pas passées inaperçues !

Dori Freeman

Dori Freeman est native des contrées hillbillies, plus précisément de Galax, Virginie. Superbe voix sans artifices, style purement country-folk, talent naturel. Elle souscrit à un classicisme appalachien, élégant et parfaitement maîtrisé, ce qui n’exclut pas des incartades pop avec section de cordes, guitare électrique, piano ou claviers. Si elle se réclame de Rufus Wainwright et de Peggy Lee (en témoigne la chanson Ain’t Nobody), cette Dori Freeman s’impose sans forcer la note. Son art est aisément qualifiable: simple et beau.

Écoute intégrale de l’album homonyme Dori Freeman sur Deezer

Dori Freeman, site officiel

Dori Freeman, profil wiki

Dylan Leblanc

Dylan Leblanc, 26 ans, provient de Shreeveport, Louisiane, le même bled d’où provient le très grand batteur Brian Blade. Je n’ai écouté que le troisième album ce lointain descendant de l’Acadie, et je m’en délecte. Cette voix haut perchée, ce groove clopin clopant des grattes non sans rappeler la grande période folk de Neil Young ou même la brève existence d’America, ces arrangements fins et discrets à l’appui, ces interventions succinctes et non moins goûteuses de la guitare lead. D’aucuns soulignent le cousinage avec un Ray Lamontagne, et on ne s’étonne pas qu’il ait fait les premières parties de Lucinda Williams, The Civil Wars, Laura Marling,George Ezra, Calexico, Bruce Springsteen, First Aid Kit, The Drive By Truckers, Alabama Shakes.


Dylan Leblanc, site officiel

Écoute intégrale de l’album Cautionary Tale sur Deezer

Dylan Leblanc, profil wiki

Eleanor Friedberger

Elle est de Chicago, plus précisément de la banlieue Oak Park, sorte de Ville Mont-Royal où le fameux architecte Frank Lloyd Wright avait construit ses premières cabanes… et s’était mis à courir la galipote, côté jardin. Elle n’est pas tant associée à la mouvance americana qu’à l’indie. Indiericana, vous préférez ? On est ici dans le psych folk rock bien ficelé, dans les guitares électriques, dans la distorsion polie, dans le 4/4, les tempos lents ou moyens, les rimes bien fagotées. Eleanor et son frère Matthew, il faut dire, étaient étiquetés indie lorsqu’il constituaient le noyau dur de la formation The Fiery Furnaces, dont la discographie compte huit albums. La frangine en compte trois, dont celui-ci a été relativement bien reçu en début d’année.

Écoute intégrale de l’album New View sur Deezer

Eleanor Friedberger, profil wiki

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Mardi 24 mai 2016 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (39)

Sturgill Simpson, A Sailor’s Guide to Earth

Sturgill Simpson  A Sailor's Guide to Earth

On le claironne depuis un moment, soit depuis la parution des albums Metamodern Sounds in Country Music (2014) et Hightop Mountain (2013), voici la nouvelle sensation de l’americana, l’un de ses plus vibrants réformateurs.

Avec cet excellent A Sailor’s Guide to Earth, Sturgill Simpson asseoit sa réputation. Ce sudiste de 37 ans a tous les talents, il faut dire : voix puissante et juste, textes sentis et très bien écrits pour la plupart, arrangements inspirés, instrumentation des plus ambitieuses, superbe et judicieux mélange des genres: country, folk, blues, rock, mais aussi R&B des États du Sud. L’instrumentation témoigne de ces hybridations effectuées sous le parasol americana: pedal steel guitar, guitares électriques, basse, batterie, claviers, cuivres et anches, cordes classiques ou même cornemuse celtique.

Nashville et Memphis sont virtuellement jumelées et plus encore : on a même droit à une reprise de Nirvana, In Bloom! Le Deep South américain n’est pas aussi statique et polarisé noir-blanc qu’il ne le fut, en voilà l’illustration probante. D’un point de vue de visage pçale, Sturgill Simpson témoigne d’un brassage culturel en marche dans le Deep South depuis la guerre de Sécession, voilà qu’il propose une approche country qui se veut beaucoup plus réformatrice et fédératrice que révolutionnaire. Nous ne sommes quand même pas dans l’électro atonale ! Nous sommes ici dans le monde d’un doué songwriter, compositeur et arrangeur ouvert sur son environnement et les contributions historiques des communautés artistiques qui l’habitent.

Pour les intéressés, Sturgill Simpson se produira au Théâtre Corona, le 4 août prochain.

LIENS UTILES

Écoute intégrale de A Sailor’s Guide to Earth sur Deezer

Sturgill Simpson, site officiel

Sturgill Simpson, profil wiki

Site officiel du Théâtre Corona – Sturgill Simpson s’y produit le 4 août prochain.

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La liberté et l’indétermination sont des vertus cardinales au Festival international de musique actuelle de Victoriaville, qui s’est conclu dimanche pour une 32e fois. On sait que la majorité absolue des mélomanes voient dans ces pratiques un étalement de bruits informes, sans cohérence réelle, sorte de gargarisme dont les prémisses conceptuelles l’emportent sur le résultat.

Ces préjugés subsistent depuis les années 50 mais… la communauté de musiciens, concepteurs et mélomanes enclins à différentes manifestations de l’impro libre n’a cessé de croître malgré cette réprobation. Pourquoi donc ? Parce que l’impression d’incohérence est un leurre, on finit tôt ou tard par le réaliser. Plus on s’y penche, plus on réalise que l’improvisation libre repose sur un riche vocabulaire, des stratégies de jeu éprouvées, des esthétiques en mouvement – jazz, musique contemporaine, électronique, rock bruitiste, etc.

Ainsi, cette démarche fondée sur la liberté et l’indétermination mobilise une communauté de mélomanes, le FIMAV en témoigne d’année en année. Et c’est loin d’être le seul festival à le faire.

MusicaElettronica-4

Prenez le collectif Musica Elettronica Viva (MEV), qui a fait l’objet d’un certain buzz il y a un demi-siècle: en clôture de festival, trois pépés de l’avant-garde amerloque (autrefois tous basés à Rome) ont proposé un très beau continuum sonore pour piano, voix, synthétiseurs, échantillons traités, corne musicale, sons de la nature et de la civilisation.

On y ressentait la sagesse, la lucidité, l’expérience, le goût, un raffinement certain. Programmer ces musiciens historiques (Alvin Curran, Richard Teitelbaum, Frederic Rzewski) pouhttp://blogues.lapresse.ca/brunet/wp-includes/images/blank.gifr le dessert est à mon sens une erreur de programmation, vu leur très relatif pouvoir attractif. Leur dérouler le tapis rouge au FIMAV était néanmoins justifié. MEV fait partie de l’histoire de l’improvisation libre, les fans de cette pratique doivent voir cet ensemble à l’oeuvre au moins une fois avant que ses praticiens ne passent à une autre dimension.

GeorgeLewis-1

Plus tôt dans la journée, le programme dominical suggérait une autre approche free, cette fois chapeautée par George Lewis, tromboniste, improvisateur, compositeur, féru d’électronique, théoricien de l’interaction et de l’indétermination. Hormis le piano le trombone et une collection d’apeaux avec micros contacts, un immense arsenal de percussions et était mis à la disposition des interprètes – Tyshawn Sorey (percussion, piano, etc.), Thurman Barker (percussion), Eli Fountain (percussion), Aiyun Huang (percussion).

Pendant une heure, le périple a mené l’auditoire à s’imprégner de variations de différentes intensité, généralement ténues et fort bien exécutées par les musiciens dirigés par un des grands acteurs de l’Association for the Advancement of Creative Musicians (AACM), collectif fondé à Chicago dans les années 60. L’approche est devenue classique, d’aucuns y verront un plafonnement conceptuel… Encore là, il faut considérer que les formes classiques de l’expression musicale ne sont pas toutes condamnées à la mort conceptuelle. Plus discrètement, le vocabulaire continue d’évoluer et certains improvisateurs parviennent à en faire un art vivant, hautement créatif.

Sous des allures plus nouvelles, la prestation d’eRikm présentait samedi l’acousmaticien français devant son ordinateur et un écran géant sur lequel on pouvait visionner… une carte du monde et y repérer plusieurs lieux d’où proviennent des sons ambiants, captés et mixés en temps réel. Plus précisément, il existe partout sur terre des stations munies de micros et qui témoignent de leurs environnement sonore respectif. Le musicien français a eu la bonne idée d’en faire un collage intégré devant public, assorti de ses propres interventions bruitistes. Malheureusement, la qualité du streaming et la relative pauvreté de la stratégie musicale ont laissé à plusieurs l’impression d’un travail préliminaire, inachevé, pas encore présentable.

Par ailleurs, revenons brièvement sur les parties plus “rock” du festival… pas particulièrement concluantes chez Laniakea. L’impression d’une interminable introduction et de musiques planantes à un mètre du sol… Fréquences typiques de certains enregistrements des années 80, je pense notamment à This Mortal Coil paru en 1983 chez 4AD Chez Big Brave, guère mieux: impression d’un post-rock daté période début 2000, malgré une belle qualité atteinte dans les fréquences saturées.

Somme toute ? Ce que la direction artistique du FIMAV sait faire, elle a encore su le faire en 2016. Tant du côté international que du côté local, québécois ou canadien (le Tony Wilson Sextet est un bon exemple), les expressions prisées par Michel Levasseur ont généralement été concluantes. Toutefois…côté découverte, ouverture sur l’avenir et sur plusieurs présents de la musique actuelle, ce fut moins évident – sauf le tandem Lucas Niggli/Andreas Schaerer et, surtout, Fet.Nat.

On le reconnaît au FIMAV, il faudra un (autre) coup de barre afin d’en revivifier la proposition artistique, d’en assurer la pérennité et d’en contrer la décroissance. On verra bien… l’an prochain.

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