Alain Brunet

Mercredi 25 février 2015 | Mise en ligne à 19h23 | Commenter Aucun commentaire

Créatures de Rone

Rone-Creatures-Cover-PNG-web

Erwan Castex, 34 ans, alias Rone. Cet artiste électro m’apparaît comme l’un des meilleurs de France, ce qui a déjà été observé aux MEG Montréal et Osheaga de l’été 2013. La démonstration est-elle refaite avec cet album encore plus ambitieux ?

Rone fait de l’électro depuis 20 ans, il enregistre publiquement depuis 2008, après avoir choisi la musique plutôt que le cinéma aut terme d’études supérieures à La Sorbonne. Il a été remarqué et reconnu par des pointures trip hop et électro tels Massive Attack, Lee Burridge, Jean-Michel Jarre, Juan Atkins ou Chris Clark. En 2013, il fut sollicité par The National afin de participer à l’album Trouble Will Find Me. Hormis sept maxi et une plétore de remixes, on lui doit trois albums: Spanish Breakfast (2009), l’excellent Tohu Bohu (2012) et le tout récent Creatures dont il est ici question.

Étienne Daho, François Marry (and the Atlas Mountains) et Bryce Dessner (The National) participent au nouvel album de Rone. Que ceux et celles qui y voient de l’opportunisme s’accordent un temps supplémentaire de réflexion.

S’agit-il de musique plus populaire que sérieuse ? De pop instrumentale ou d’électro conceptuelle ? Des deux ?

Si oui, Rone ménage-t-il la chèvre et le chou ? Je ne crois pas.

Chose certaine, ses mélodies accrocheuses sont reliées par de longs ponts aux fréquences saturées, structures constituées d’une grande diversité de sons synthétiques, d’un discours harmonique riche et consonant, de rythmiques binaires proches des tendances dominantes en électro, de participations instrumentales relevées (Gaspar Claus, violoncelle, Toshinori Kondo, trompette, Bachar Mar-Khalifé, claviers, etc.), d’arrangements étoffés.

Franchement, je n’ai pas l’impression d’avoir entre les oreilles un album de compromis comme certains pourraient le suggérer.

LIENS UTILES


Écoute intégrale de l’album Créatures sur Deezer

Rone, profil wiki

Rone, site officiel

Interview Les Inrocks

igestes, des mélodies accrocheuses

Aucun commentaire  |  Commenter cet article

 

Lundi 23 février 2015 | Mise en ligne à 10h13 | Commenter Commentaires (26)

Cinoche symphonique: l’expérience Gladiator

Gladiator symphonique

Faut-il encore un blockbuster du cinéma ou une vedette pop pour intéresser le grand public à la musique symphonique? Bien sûr que oui. Dans la majorité des cas, l’exercice ne mène pas plus loin, c’est-à-dire plonger vraiment dans le répertoire de la musique symphonique ou autres musiques plus complexes. Les fans d’un film ou d’un artiste pop y voient certes une valeur ajoutée… qui ne les incite pas à traverser la frontière séparant la forme chanson et les grands airs orchestraux des oeuvres plus exigeantes.

Quant aux qualités intrinsèques de la musique symphonique destinée aux productions grand public, elles sont variables. Dans quelque cas, cependant, le rendez-vous peut être possible. Prenons l’interprétation en temps réel de la bande originale du film Gladiator, signée Hans Zimmer, à qui l’on doit plus de 125 bandes originales. La création vocale de cette musique était de Lisa Gerrard, que l’on a naguère connue au sein formation Dead Can Dance – en vogue dans les années 90.

Immense orchestre, immense choeur, soliste de talent – Clara Sanabras que je dirais techniquement supérieure à Lisa Gerrard. Les références classiques sont empruntées à la fin de la période romantique et au début de la modernité, références auxquelles se greffent moult ornements contemporains. Percussions, cordes, techniques vocales, certaines parenthèses orchestrales plus contemporaines, sans compter les références turques, arméniennes, nord-africaines, on en passe. Voilà la tradition musicale hollywoodienne dans ce qu’ elle a de plus rigoureux, de plus efficace.

On peut évidement se formaliser du passéisme relatif de cette “symphonie” au service d’un excellent péplum réalisé par Ridley Scott en 2001 et mettant en vedette des acteurs de grande qualité – Russell Crowe, Joaquin Phoenix, Connie Nielsen. Ces concepts symphoniques sont d’une autre époque, maintenus artificiellement en vie à Hollywood plus d’un siècle après leur conception. Pour ses détracteurs, ils ne seraient que des exercices de style. Grosso modo, la musique de film selon Hollywood serait imaginé par des compositeurs de deuxième division, qui n’ont su relever les défis de leur époque. Pour les défenseurs de l’approche, cependant, ce genre en soi serait le prolongement légitime de pratiques compositionnelles abandonnées au profit de pratiques abscons, déconnectées des goûts du public.

Qui a raison? Quelle que soit la réponse, il y a lieu d’apprécier la longue, rigoureuse et vibrante performance de ces musiciens et chanteurs sous la direction de Justin Freer, un chef et directeur artistique qui croit à l’autonomie des musiques de films. Il est loin d’être le seul: tant de mélomanes collectionnent les musiques de films qu’ils considèrent comme un style à part entière.

Ce week-end à la salle Wilfrid-Pelletier (samedi soir et dimanche après-midi), cependant, m’est d’avis que le spectacle d’une telle performance servait toujours le cinéma. Je dois avouer avoir oublié l’orchestre et le choeur pendant un long moment… J’ai apprécié l’expérience, remarquez, mais sans en être sorti ébloui. Et avec quelques questions en tête…

Malgré tout ce déploiement, malgré toute cette sophistication, à quoi porte-t-on vraiment attention même lorsque le film est projeté sous les musiciens et chanteurs ?

Dans un tel contexte, l’orchestre l’emporte-t-il sur la production cinématographique?

Au bout du compte, une musique de film reste-t-elle une musique de film, c’est-à-dire un complément de l’image?

LIENS UTILES

Gladiator, profil wiki

Lire les commentaires (26)  |  Commenter cet article

 

Dimanche 22 février 2015 | Mise en ligne à 12h09 | Commenter Commentaires (7)

Tire le Coyote / Panorama kebericana

Tire le coyote Panorama

«Ton coeur est un si beau pays / Le mien une maison mobile…»

Ainsi démarre La Révolution tranquille, première chanson au programme de ce délicieux Panorama. Sauf un texte de Stéphane Lafleur (Les chemins de serviette), les rimes sont écrites par Benoit Pinette alais Tire le coyote. Mitan, son album studio précédent, nous incitait à migrer dans son univers kebericana (diminutif maison de québécois et americana, au risque de me répéter) , mais en plein développement. Très collé sur Neil Young, avions-nous alors noté, mais tourné avec une vraie personnalité et une connaissance aguerrie des références stylistiques constituant son art chansonnier. La suite est encore plus intéressante. Cette écriture est encore plus précise dans le propos, plus fertile en images bien ficelées comme celles ici suggérées:

«Ton fleuve est grandiose, j’emprunterai tes battures… Je mangerai tes racines, je creuserai tes collines…»

«…Les bouteilles vides deviennent des phares / Me guident un peu jusqu’à la mort / Même si je ne suis qu’homme de glace / Il y aurait l’envie de laisser ma trace…»

«…J’en ai bûché un coup / Coupe à blanc sur le passé / J’mets mon coeur à cap d’acier…»

«… Mon hamster spinne comme une essoreuse à salade… »

«… J’vends mon âme à l’encan / Pendant qu’y est encore temps… »

«… Ton silence de monastère évoque la bombe atomique…»

«… Ton coeur globe-trotter est un voyage à crédit…»

«… le courant passe, reste à choisir le ch’min… on branchera nos radars dans l’220…»

«… Je sais que plusieurs toucheront du bois en espérant sculpter de l’espoir…»

Cela étant cité, ajoutons que les tournures de Pinette ne sont pas toutes impeccables, on en trouve aussi quelques tarabiscotées comme celle-ci:

« Et si jamais nos espérances oublient de fabriquer le futur / Je me ferai ninja en transe et défoncerai barrières et murs…»

«… Laisse-moi mettre de l’espoir dans ta tank à méfiance…»

Musicalement, on note un net progrès… et les conseils d’Éric Goulet: meilleure réalisation, meilleurs arrangements, instrumentation riche et variée, belle intégration keb de références folk, country, blues, bluegrass, invariablement nord-américaines.

Au-delà des petits bémols, ce Panorama vaut vraiment le détour. On peut d’ores et déjà prédire que cet opus sera retenu parmi les meilleurs albums francophones de 2015.

LIENS UTILES

Tire le coyote, site officiel

Écoute intégrale de Panorama sur MusicMe

Lire les commentaires (7)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    octobre 2010
    L Ma Me J V S D
    « sept   nov »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    25262728293031
  • Archives

  • publicité