Alain Brunet

Lundi 26 septembre 2016 | Mise en ligne à 14h53 | Commenter Commentaires (185)

Misère des niches, misère de l’équilibre industriel

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illustration libre de droit: Petr Vaclavek Shutterstock

Haussement d’épaules et roulement d’yeux lorsque résonne la sonnette d’alarme de l’ADISQ, craignant la catastrophe pour l’industrie de la musique québécoise. Catastrophe annoncée… il y a 16 ans !!

Aujourd’hui, on cumule près de deux décennies de gossage en ce qui a trait à la mise en place de solutions viables: depuis l’an 2000, soit la première année de la prolifération des sites de partage de fichiers numérisés, un piratage exponentiel, endémique, absolument incontrôlable, a été finalement remplacé par une piètre solution légale: l’écoute en continu (streaming) rapporte des miettes aux artistes et producteurs indépendants, immensément majoritaires dans la production artistique réelle.

Ainsi, une chanson ou une pièce vendue en ligne génère un revenu d’environ 60 cents pour un artiste et son producteur. Pas grand-chose, mais il y a encore bien pire: l’écoute d’une chanson via un service d’écoute en continu, devenue LA pratique dominante des consommateurs en ligne, génère 0,6 cent. Pourrait-il en être autrement ? Pas vraiment: la capacité réelle de rétribution des plateformes de streaming est extrêmement limitée compte tenu des immenses répertoires à desservir. Pour être le moindrement rentables, ces plateformes ne peuvent augmenter la valeur des redevances.

Le gros fric de la culture numérique, en fait, se trouve ailleurs que dans chez les Deezer, Tidal et Spotify de ce monde.

Chez les hébergeurs de contenu, la part du marché publicitaire se trouve à environ 70% contrôlé par Google (incluant YouTube) et Facebook, le reste de la planète se partage l’autre plus ou moins 30%, tous contenus confondus. Inutile d’ajouter que la musique est loin d’être le premier dans la liste des contenus culturels.

Le gros fric de la culture audio se trouve aussi dans les revenus de connexion internet, dans les bénéfices exponentiels des transporteurs déresponsabilisés, nullement obligés de partager leur cagnotte – ou si peu.

Le gros fric se trouve aussi dans les bidules: téléphones, tablettes, ordinateurs personnels, magnétoscopes numériques et autres XBox.

Avec ce résultat : les revenus que procurent un enregistrement audio sont nuls à moins d’attirer des million voire des dizaines de millions d’intéressés. Il va sans dire, seuls quelques immenses succès de circulation deviennent payants pour leurs concepteurs et producteurs, ce qui incite forcément à l’uniformisation de l’idée qu’on se fait de la pop de masse. Nul besoin d’observer très longtemps la liste des top stars pour y constater le peu de diversité de l’offre chez ses représentants… de moins en moins nombreux.

“Depuis 2006, les ventes de musique ont chuté de 12,2 millions d’unités à 8,5 millions en 2015″, rappelait la direction de l’ADISQ il y a quelques jours, information relayée par ma collègue Émilie Côté.

“Selon une étude de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, les gens dépensent autant en divertissements qu’auparavant. Or, Solange Drouin (directrice générale de l’ADISQ) souligne que cette somme va davantage «aux produits d’accès culturels» et moins «aux produits culturels»”, pouvait-on lire dans le même texte d’Émilie.

Au risque de me répéter… ce que fait observer en 2016 la directrice générale de l’ADISQ, on l’observe pourtant depuis l’an 2000.

Depuis bientôt deux décennies, votre budget consacré aux contenus culturels enrichit essentiellement les véhicules de ces contenus. Avec cette conséquence dramatique dont on ne parle que très peu: aujourd’hui, tant d’artistes de la musique sont éduqués, compétents, hautement créatifs… et plus pauvres qu’il ne l’ont jamais été depuis l’arrivée de l’enregistrement !

Et l’ADISQ souhaite que le gouvernement intervienne afin de rééquilibrer les forces de l’industrie de la musique.

Bonne chance …

Sans mouvement concerté des créateurs issus de tous les grands marchés mondiaux, sans volonté politique des pays du G8 ou du G20, un gouvernement de la taille du Canada peut-il changer la donne ? Au mieux, il pourrait attirer l’attention de certains intervenants de ses plus puissants partenaires.

Et comment pourrait-on arriver à un mouvement concerté qui puisse engendrer un vrai changement ? Complexe… Chose certaine, si les créateurs de contenu n’exercent aucune pression majeure sur leur marché, leur public, leurs politiciens, on ne pourra observer de sitôt une réelle volonté politique dans ces vastes marchés virtuels où les frontières n’existent plus.

Misère des niches… misère de l’équilibre industriel à l’aube de la société des contenus.

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Dimanche 25 septembre 2016 | Mise en ligne à 18h17 | Commenter Commentaires (2)

Pop Montréal, dimanche

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Dernier soir de Pop Montréal… déjà !

D’abord la remarque suivante: au fil des ans, l’expertise de la découverte pop indie a été un tant soit peu grignotée par Osheaga. Secondo, le mouvement indie n’a vraiment plus la fraîcheur d’autrefois, il faut donc repérer les nouvelles tendances les plus pertinentes et ça se passe souvent côté hip hop, électro, dub ou grime, nettement moins dans le rock – on l’a observé précisément samedi soir avec les prestations de Babyfather, D.R.A.M., Uniiqu3.

Pop Montréal a développé un expertise dans la redécouverte des vétérans oubliés, l’événement devra débusquer de nouvelles tendances pour demeurer le phare qu’il est… et surtout qu’il fut. Prenons le songwriting, bien en vue cette semaine, on a pu assister au triomphe bien mérité d’Angel Olsen, la grande classe americana… et le conformisme musical. Au chapitre de la culture à l’intérieur des terres, retiens aussi plusieurs “petits noms”, dont la Britanno-Colombienne Louise Burns ou le country rock plus sale de Lil’Andy, dont je ne connaissais pas l’existence jusqu’à il y a 24 heures. Puisque les festivals world de Montréal le font trop peu, Pop Montréal pourrait montrer la voie en présentant encore plus de nouvelle musique non occidentale.

Cela étant, malgré ce léger essoufflement conceptuel, Pop Montréal demeure un incontournable de la culture montréalaise, et marque encore la rentrée par une grande diversité de propositions.

Et voilà mon dernier trio de suggestions:

Annette Peacock, 20h, Fédération Ukrainienne, programme partagé avec Joanne Pollock

Voilà assurément une des grandes iconoclastes du dernier demi-siècle. Dans les années 60 et 70, Annette Peacock fut la partenaire du contrebassiste Gary Peacock et de feu le pianiste Paul Bley, après quoi elle vécut recluse dans la vallée de l’Hudson et ne cessa de créer, en témoigne l’éclectisme de sa discographie. Elle fut sollicitée par des artistes importants, on pense à Bill Bruford, au tandem Coldcut (fondateur du label Ninja Tune) ou du guitariste Nels Cline, pour ne nommer que ceux-là. Chanteuse, claviériste, compositrice, improvisatrice, OVNI, elle s’est produite très rarement devant public. Inutile d’ajouter que sa seule présence sur une scène montréalaise est en soi un événement. Et vous cliquez sur cette phrase pour lire l’interview.

Luisa Maita, 21h, Ritz PDB

Six années après avoir lancé un premier album prometteur, Lero-Lero, Luisa Maita ressurgit : voici Fio da memória, dont l’artiste paulista interprétera la matière dans le cadre du festival Pop MTL. Ce second opus s’avère supérieur au premier, s’inscrit au-delà de la mouvance de laquelle provient la chanteuse. Remarquable pour ses arrangements, pour sa réalisation. Pour la cohabitation exemplaire des synthés, claviers, échantillons et sons traités, guitares, basse. Pour la recherche texturale, pour les surimpressions vocales, pour la qualité des accroches, pour la variété des grooves et des tempos (bien au-delà de la samba/ bossa), pour la sensualité de l’interprète. Cette facture brazilectra connaît une lente évolution depuis la révolution formelle initiée par le génial Suba au tournant du millénaire, on peut en garder une impression de redite mais… certains artistes arrivent encore à imposer leur signature. Luisa Maita est parmi ces rares qui y parviennent, soit exprimer le vrai présent culturel du Brésil urbain sans en effacer la mémoire.

Luisa Maita, écoute sur Spotify

Jef Ellise Barbara’s Black Space, 23h59, Piccolo Little Burgundy, programme partagé avec Michael Angelo

Connu d’abord pour son association au label parisien Tricatel de Bertrand Burgalat, le doué chanteur, auteur bilingue et compositeur Jef Barbara a migré depuis vers une autre identité sexuelle… et aussi vers un autre label qui le mettra en valeur; ainsi nous nous apprêtons à découvrir Jef Ellise Barbara, qui s’appliquera à honorer un des deux plus grands disparus de 2016, David Bowie. Rien de moins! Exercice périlleux auquel se prête l’artiste montréalaise, que l’ont croit assurément capable de relever le défi. Enfin, c’est ce que nous pourrons observer dans la nuit de dimanche à lundi, pour ainsi clore Pop Montréal à la mémoire de Bowie et aussi de Prince qui sera aussi honorée dans ce même programme.

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Samedi 24 septembre 2016 | Mise en ligne à 18h18 | Commenter Commentaires (21)

Pop Montréal, samedi

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Et voilà le quatrième jour de Pop MTL, le moins alléchant sur papier (du moins de ce que j’en connais) mais bon, voici trois suggestions. Soit dit en passant, le concert d’Ibrahim Maalouf en quartette à la Maison symphonique, a fait presque salle comble. J’ai eu droit à la première heure de ce jazz consacré à la chanteuse Oum Kalthoum: superbe ! Par ailleurs, vous pouvez lire ma critique des deux événements post-rock de la semaine réunis dans un seul texte: Colin Stetson se consacrant à la 3e symphonie de Gorecki, vendredi à la Fédération Ukrainienne, et le deuxième des quatre concerts consécutifs de Godspeed You ! Black Emperor donnés au Théâtre Paradoxe, en cliquant sur cette phrase.

Hayden, 20h, Fédération Ukrainienne, programme partagé avec Lou Canon

Au-delà du Canada anglais, Paul Hayden Desser est sans contredit une figure emblématique des années 90. Il compte huit albums studio, il n’a depuis cessé de créer et se produire devant public. Deux décennies de carrière le contemplent! On s’imagine bien que son premier opus de chansons folk mâtinées de l’esprit grunge prédominant en 1995, demeure très spécial aux yeux et aux oreilles de ses fans de la première ligne: Everything I Long For, dont la matière intégrale fait l’objet d’une tournée commémorative depuis le début de 2016, fera escale à Montréal. Grand-messe en perspective pour les quadras !

Écoute intégrale de l’album Everything I Long For sur Spotify

D.R.A.M. , 23h30, Piccolo Little Burgundy (sous-sol du Rialto), programme partagé avec 69 Boyz, Uniiqu3 et Princess Vitarah.

Résidant de Hampton, Virginie, Shelley Marshaun Massenburg-Smith alias D.R.A.M. (Does Real Ass Music) chante, rappe, et s’avère tout à fait disposé à la création de tubes. Le clip de sa chanson Cha Cha n-a-t-il pas été visionné près de 15 millions de fois ? Qui plus est, ce féru de gospel, soul, R&B et hip hop, fan fini de George Clinton (Parliament/Funkadelic), fut un grand coup de cœur pour le directeur artistique de Pop Montréal (Dan Seligman), soit lors plus récent festival South by South West (SXSW)… ce qui est assurément un incitatif à la découverte de D.R.A.M. sur une scène d’ici.

Écoute du D.R.A.M. sur Spotify

Uniiqu3, 1h30 du mat, Piccolo Little Burgundy

Originaire de Newark, UNiiQU3 a commencé sa carrière en tant que chanteuse populaire dans la scène des clubs et est récemment devenue l’une des productrices les plus en vue. Une artiste qui marque indéniablement les esprits partout où elle va. Bien au-delà de l’idée qu’on se fait du hip hop et du R&B dans la grande région de New York, cette DJ, réalisatrice, compositrice et interprète s’intéresse aussi à une variété de grooves inspirés de la house et du ghetto tech, proposant ainsi une dance music assez visionnaire merci ! D’aucuns affirment que le Jersey Club movement, dont elle est une incontournable, est l’un des plus vibrants de l’heure.

Page Soundcloud de Uniiqu3

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