Alain Brunet

Vendredi 19 septembre 2014 | Mise en ligne à 18h40 | Commenter Commentaires (5)

Ought: autorité supérieure

Tim Beeler Ought Pop Montréal

Tim Beeler, jeudi soir à Pop Montréal / crédit photo: Cindy Lopez pour Pop Montréal

More Than Any Other Day, premier album complet du quartette Ought paru ce printemps, nous avait révélé des qualités probantes: usage circonspect des instruments classiques du rock (voix, guitare, basse, batterie, claviers), esthétique puisant dans le punk, la new wave, l’avant-rock et le bruitisme ornemental.

À lire cette description sommaire, d’aucuns ont déduit que ces couleurs se mélangent sur toutes les palettes. Que ce rock anglo de Montréal tournerait en rond comme les autres. Que ce petit groupe émergent tracerait quelques cercles supplémentaires avant de s’évaporer comme la vaste majorité des petits groupes émergents.

Qu’ils se détrompent. Plusieurs écoutes de ce premier opus paru chez Constellation infirment ce diagnostic sommaire. Et remettons-en une couche avec cette claque prise jeudi soir au Piccolo Rialto. Très très bon show !

De ces jeunes mecs au physique délicat, gringalets que l’on imagine fuir les gymnases, se dégage une force hors du commun. Qui plus est, un goût certain, de la profondeur conceptuelle, une très forte personnalité voire une autorité supérieure à la majorité absolue des formations émergentes.

Le frontman Tim Beeler sait chanter. Bouger. Gratter fébrilement, rester pertinent avec le peu qu’il connaît de sa guitare. Dégainer notes, râles, cris, onomatopées et rimes signifiantes aux moments opportuns. Il a le sens de la conquête, se montre capable d’imposer cette transe collective des grandes soirées rock. C’est idem pour ses collègues: le claviériste Matt May, le bassiste Ben Stidworthy et le batteur Tim Keen forment un noyau pouvant libérer une immense énergie lorsque son chanteur procède à sa fission.Coulées de magma, beauté, substance, emportement, invitation heureuse de la collègue Charlotte Cornfield pour un groove on ne peut plus contagieux.

En tournée depuis plusieurs mois, Ought était fin prêt à asséner le grand coup à ses fans montréalais de la première ligne. La confidentialité de l’underground pourrait être de très courte durée.

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Vendredi 19 septembre 2014 | Mise en ligne à 15h55 | Commenter Commentaires (5)

Sun Kil Moon, le jour et la nuit

Sun Kil Moon photo

Sun Kil Moon est le véhicule de Mark Kozelek. Il a la cote chez les hipsters férus de folk rock. Plusieurs ont découvert l’homme et son groupe grâce à son succès d’estime récolté l’hiver dernier après la sortie de Benji, son sixième album studio; moyenne de 85% sur 30 critiques anglo-américaines recensées par la plateforme Metacritic, notamment ce 9,2 /10 accordé l’hiver dernier par Pitchfork.

D’où cette salle pleine, mercredi soir à la Fédération Ukrainienne, à l’orée de Pop Montréal.

À 47 ans, ce grand efflanqué de San Francisco peut compter sur une bonne technique de guitare classique, sur un organe vocal nettement supérieur à la moyenne, sur des musiciens qui lui sont attentifs et complémentaires- claviers, guitare électrique, batterie. Kozelek peut surtout compter sur des chansons folk rock superbement ciselées. Chez Sun Kil Moon, la langue familière, mâchonnée, sans détour, peut accueillir des élans soudains de poésie. Contrastes saisissants de beauté.

Quant à l’animal… Une portion probante de l’auditoire attentif semblait au fait de ses invectives balancées à un auditoire de Raleigh, Caroline du Nord  : “Everybody, all you fucking hilbillies, shut the fuck up. I don’t give a fuck if I get paid or not, I’m gonna walk.” a-t-il conclu. On peut comprendre son exaspération, car la branchouille souffre régulièrement d’un sérieux déficit d’attention. Mais on aura du mal à piger sa pointe récente au groupe The War on Drugs, dont l’album Lost in the Dream jouit également de critiques très favorables : «The War on Drugs can suck my fucking dick», a récemment lâché Koselek à son public d’Ottawa. Apparemment, le concert simultané de ses collègues from Philadelphia aurait dérangé sa prestation, ce qui l’aurait mené à tenir ces propos désobligeants.

Ou bien le mec traverse une période difficile ou bien il souffre de profonde instabilité. La démesure de cette intransigeance n’est pas justifiable mais bon…. Mercredi soir à Pop Montréal, Koselek était dans de bonnes dispositions, ce qu’il a d’ailleurs confié à ses fans avant de les avertir gentiment de se tenir tranquille pendant cette prestation aussi généreuse qu’étrange. Paire d’heures chansonnières où mélodies, progressions harmoniques et instrumentation contrastent parfois avec le ton parfois agressif ou carrément vulgaire du chanteur, avec des thématiques parfois lumineuses, débordantes de candeur mais aussi sombres, funestes, vicieuses, tordues.

Le jour et la nuit.

LIENS UTILES

Site officiel de Sun Kil Moon

The War on Drugs can suck my fucking dick

Everybody, all you fucking hilbillies, shut the fuck up. I don’t give a fuck if I get paid or not, I’m gonna walk

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Mercredi 17 septembre 2014 | Mise en ligne à 15h26 | Commenter Commentaires (62)

Bien au-delà du «Montreal sound»

Pop MTL 2014 logo

Pop Montréal démarre aujourd’hui, voici la version longue de on texte sur le «Montreal sound».

Il n’y a pas si longtemps, l’expression anglaise «Montreal sound» pouvait incarner notre rayonnement indie sur la scène internationale : Arcade Fire, The Dears, Unicorns, STARS, Wolf Parade, Handsome Furs, GYBE, The Besnard Lakes, on en passe. En 2014, cette expression est obsolète : l’abondance et la diversité de la production montréalaise ne peuvent se résumer par un quelconque «sound». En témoignent les plus de 200 groupes d’ici invités au prochain Pop Montréal, prévu du 17 au 21 septembre.

Inutile de souligner qu’Arcade Fire est désormais considéré parmi les rares supergroupes de la planète rock. Plusieurs formations et artistes montréalais ont tourné, tournent et tourneront à l’étranger. Des dizaines débordent et déborderont le cadre de la scène locale. Contrairement à Seattle, qui connut sa ruée vers le grunge dans les années 90, Montréal génère un flux hétérogène, puissant, continu. Impossible d’en cataloguer globalement les musiciens, chanteurs, DJ, réalisateurs.


Voyez cette sélection alphabétique, puisée dans le programme officiel de Pop Montréal : Dans les A, on retient Alden Penner, Automelodi. Dans les B : Black Atlass, Boogat. Dans les C : Catherine Leduc. Les D: Das Mörtal, Dear Denizen, Dishwasher, DJ Brace, Dreamboy. Les E : Eman X Vlooper, Esmerine. Les F : Fakes, Fwonte, Foxtrott. Les G : Gazoline, Great Sabatini. Les H : Henri-Pierre Noël, Holy Data, Hua-Li. Les I : Iron Galaxy, Iris Giraldo. Les J : James Irwin, Jesuslesfilles, Jimmy Hunt. Les K : Kalmunity Jazz Project, Katie Moore. Les L : L.A. Foster, L’indice, Les Deuxluxes, Les Passagers. Les M : Maica Mia, Maison Brume, Mathématique, Mossman, Mozart’s Sister. Les N : No Joy, Nymphets. Les O : Organ Mood, Ought. Les P : Pat Jordache, Paul Cargnello, Philémon Cimon, Pierre Kwenders, Pigeon Phat, Poirier, Police des Moeurs. Les R : RAMZi, Richard Reed Parry. Les S : Sarah Neufeld, Secret Sun, Seoul, Solids, STARS. Les T : The World Provider, Tommy Kruise, Tops. Les U : Unicorns. Les V : Votive. Les W : Wizaard. Les Y : You, Yourself and I. Les Z : Zébulon.

Montréal est une métropole de musique où l’émulation anglo-franco est généralement heureuse.

Montréal compte une foule de groupes ou artistes issus de toutes ses communautés culturelles, s’exprimant dans leur langue d’origine ou dans plusieurs langues incluant l’anglais et le français; musiques latino-américaines, africaines, maghrébines, arabes, antillaises, balkaniques, indiennes, chinoises et plus encore.

Ainsi, le caractère bilingue et le cosmopolitisme montréalais garantissent l’hétérogénéité des styles: y fleurissent toutes les variantes de rock, musiques électroniques, hip hop, chanson d’auteur, americana, sans compter les musiques dites sérieuses.

L’anglais domine chez les indies, avez-vous noté? Qu’on le veuille ou non, les artistes ou groupes d’expression anglaise disposent d’un marché beaucoup plus vaste que celui de la francophonie… Si les artistes anglos sont clairement majoritaires à Pop Montréal, faut-il ajouter, on doit attribuer ce trait de programmation aux origines anglophones de ses organisateurs, tout de même respectueux du fait français à Montréal.

Ainsi, la mouture 2014 de Pop Montréal regorge de contenu local : plus de 200 proviennent de Montréal! Pour vous en enquérir, vous n’avez qu’à consulter le programme ou le site officiel de l’événement.

SUGGESTIONS LOCALES:

Ought , jeudi18 septembre, 22h30, Piccolo Rialto

Inspirés par le Printemps Érable il y a deux ans, ces jeunes Anglo-Montréalais ont logé à l’Hotel2Tango, avec les bons soins du label Constellation, ce qui en dit long sur leur potentiel. L’album More Than Any Other Day fut enregistré par Radwan Ghazi Moumneh (Jerusalem In My Heart) et récolté les commentaires approbateurs pour la plupart. Malgré une instrumentation rock relativement prévisible, (basse, guitare, batterie, violon, claviers), ces garçons usent d’un jeu subtil de références (punk, post-rock, new wave, avant-rock), d’arrangements très créatifs, et d’une figure de proue (Tim Beeler) encline à la fébrilité, au trouble, à la révolte, à la lourdeur du sens.

Timber Timbre, vendredi 19 septembre, 21h15, Métropolis

Avoir assisté au nouveau spectacle de Timber Timbre (Williamsburg, avril dernier) mène à la plus chaude recommandation. La transcription sur scène du superbe Hot Dreams et de chansons plus âgées s’avère parfaitement réussie. Sur l’autoroute des songes et des mythes, Taylor Kirk traverse l’Amérique avec la sensibilité et la fantaisie des poètes les plus inspirés. À la fois vaporeux, planant, étrange et incarné, ce style rétro-nuovo transcende les références continentales (americanas) que nous laisse plus d’un demi-siècle de musique populaire. Ses protagonistes atteignent les plus hauts standards, on pense notamment aux œuvres d’Angelo Badalamenti ou de Joey Burns (Calexico). Must absolu!

L.A. Foster, mercredi 17 septembre, 22h30, Balattou, jeudi 18 septembre, 19h30 et 23h au Nouveau Palais, samedi 20 septembre, 18h, Divan Orange.

Lesley Ann Foster a vécu à Montréal, Buenos Aires, Mexico. Ses premières apparitions sur la scène locale remontent à 2012; elle faisait alors ses débuts chez Karneef. Elle devint ensuite la moitié de Mozart’s Sister pour ensuite quitter le groupe afin de démarrer son projet solo ainsi que le groupe Athenz aux côtés du multi-instrumentiste Marc St-Louis. Les organisateurs de Pop Montréal lui prêtent un talent hors du commun. L’écoute de ses pistes sur Soundcloud (Freedom et coulda been 2) mènent à ce constat : cette jeune femme a une voix superbe, marquée par la soul et emballée par des machines à sons fort bien manipulées.


Écoutez LA Foster sur Soundcloud


Seoul , vendredi 19 sept, 14h, parc de la Petite-Italie et samedi 20 septembre, minuit, O Patro Vys

Seoul jouit de l’un des plus gros buzz à l’endroit des groupes émergents de Montréal. Le peu qu’on connaisse de ce jeune band s’inscrit dans le sillon des meilleurs crus dream pop / ambient pop. Viennent en tête de vagues comparaisons avec Beach House, Atlas Sound, Blonde Redhead… Les claviers, cordes, machines et logiciels sont joués avec un goût certain, les tempos ne sont jamais effrénés, les fréquences jamais corrosives, les mélodies parfaitement ciselées, les voix androgynes sont idéalement susurrées. Il n’y a pas lieu de s’étonner que le groupe fut hautement attractif au dernier South By Southwest. Prise de taille!

Foxtrott, samedi 20 septembre, Le Belmont.

Foxtrott est le véhicule synth-pop que pilote brillamment Marie-Hélène Delorme. Les grooves sont solides, les beats costauds, les sons de synthèse disposés en d'épaisses couches à travers lesquels surgissent les lignes mélodiques de sa voix puissante. Foxtrott s'est fait connnaître avec Shields, maxi très bien ficelé par cette jeune artiste montréalaise ayant bénéficié depuis l'enfance d'une formation d'interprète amateur– piano, violon, etc. Shields a été mixé par Damian Taylor (Bjork, The Killers, Austra), carte de visite pour le moins convaincante avant qu'on puisse écouter le premier album complet de Foxtrott.

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