Alain Brunet

Mardi 16 décembre 2014 | Mise en ligne à 11h29 | Commenter Commentaires (9)

Rattrapage 2014: D’Angelo, Black Messiah

dangelo-black-messiah-1

Comment D’Angelo peut-il se faire pardonner sa paresse chronique, ses déviances festives et stupéfiantes ? En 2000, Voodoo fut l’album étalon de la soul/R&B. Puis… à peu près rien jusqu’à une période récente où il a recommencé à tourner. Il y avait fort à craindre le retour d’un has been désireux de renflouer ses coffres avec des navets de nostalgie.

Étonnamment, des fumées spéciales s’élèvent de ce Black Messiah.

Pour que le phénix renaisse de ses cendres, quelques docteurs ès funk attisent les braises : Q-Tip, ?uestlove, Pino Palladino, James Gadson. Les références sont multiples : d’abord soul, R&B et funk, mais aussi rock avec un soupçon de jazz. Plus qu’appréciable, cette manière d’arranger avec des guitares électriques lourdement grattées qu’allègent des bourdons de synthèse, piano électrique, cordes classiques, choeurs dans la lignée des George Clinton, Prince et autres Outkast, anches et cuivres amalgamés façon Roy Hargrove (qui avait fait le boulot sur Voodoo). Plus que contagieux, ces rythmes binaires à la fois souples et pesants, exécutés sur des tempos lents ou moyens. De cette gadoue apparente, ce faux brouillon, cette nonchalance étudiée, de cette épaisse sensualité, le chanteur se sort la face sans la perdre.

Qui plus est, l’album s’inscrit dans le contexte des tensions raciales aux États-Unis résultant de la violence policière et des morts évitables d’Afro-Américains abattus par les forces de l’ordre – Ferguson, New York, Cleveland. L’extrait d’une prêche donne le ton : l’officiant enregistré s’inscrit en faux contre la représentation caucasienne de Jésus Christ. Grosso modo, D’Angelo y revendique le droit de parole en tant que citoyen de couleur, appelle ses semblables à se lever, exprimer leur ras-le-bol, faire valoir leur droits, brandir le poing.

Aurait-on dans les oreilles le What’s Going On de 2014 ?

LIENS UTILES

D’Angelo, site officiel

D’Angelo, profil wiki

Interview AFP

Écoute intégrale de Black Messiah sur Deezer

Lire les commentaires (9)  |  Commenter cet article

 

Lundi 15 décembre 2014 | Mise en ligne à 13h55 | Commenter Commentaires (10)

Rattrapage 2014: Steve Gunn, Way Out Weather

Steve Gunn - Way Out Weather   2014

Il n’y a pas lieu de s’étonner que ce Steve Gunn ait été un membre-clé des Violators, qui fut le groupe d’accompagnement de Kurt Vile. Quelques écoutes suffisent pour établir le lien de parenté et se dire: lequel des deux a eu les idées les plus fondamentales pour ainsi faire évoluer l’esthétique americana ?

Il faut être féru de nouveau folk rock pour trancher car cet artiste brooklynois (originaire de Pensylvanie) a derrière la cravate sept albums solo et trois en duo (Shawn Davic McMillen, Mike Cooper, Mike Gangloff) réalisés en sept années seulement. Son profil wiki nous apprend qu’il a été fortement influencé par le folkster britannique Michael Chapman. Il s’est intéressé à l’oeuvre du compositeur minimaliste américain La Monte Young. Il est friand de blues subsaharien (d’où l’usage récurrent de gammes pentatoniques. Il est féru de classique indienne en général comme l’étaient feu ces influences marquantes: les folksters américains John Fahey et Robbie Basho ou encore feu le compatriote Jack Rose dont le folk faisait bon ménage avec le bruitisme et le drone. Il voue un grand respect pour feu le multi-instrumentiste folk américain Sandy Bull, reconnu pour sa technique de finger picking.

On pourrait ici déduire que cette culture est très pointue. Je suggère plutôt de déduire que ce folk ouvert et créatif n’a pas eu droit à l’ouverture médiatique d’autres tendances devenues grand public pendant une période ou une autre de l’histoire. Heureusement, l’environnement numérique nous rappelle à l’ordre et nous apprend qu’un Steve Gunn crée des chansons et pièces instrumentales magnifiques, que son folk est à la fois incarné, enraciné, ouvert, visionnaire. Voilà sans conteste un trou dans ma culture en voie d’être comblé, car cet album m’apparaît comme l’un des meilleurs crus de chanson américaine en 2014.

LIENS UTILES

Steve Gunn, site officiel

Steve Gunn, profil wiki

Écoute intégrale de Way Out Weather sur Deezer

Lire les commentaires (10)  |  Commenter cet article

 

Samedi 13 décembre 2014 | Mise en ligne à 15h14 | Commenter Commentaires (11)

Rattrapage 2014: Murat, Babel

jean-louis-murat_babel

Jean-Louis Bergheaud, alias Murat, provient de la vallée de Vendeix. Alexandre Delano est issu des Combrailles. Quelques kilomètres séparent ces deux localités d’Auvergne. Leur culture locale peut-elle toucher l’universel ? Absolument, mais n’exagérons rien. Ni le Delano Orchestra ni Murat, associés dans la production de l’album Babel, ont pour objet de nous déballer leur patrimoine. Ce patrimoine est là, bien présent, on doit ici le considérer comme matériau de création et non de promotion. Cela étant, le cadre de de Babel ne ment pas: les lieux où évolue quotidiennement le créateur déteignent sur cet opus généreux, peuplé de 20 chansons. Les liens poétiques avec la nature et le monde rural sont récurrentes dans l’oeuvre de JLM, faut-il rappeler.

Ainsi, comme dans plusieurs albums de Murat précédant celui-ci, Babel met en scène grandeurs et misères de la campagne, y oppose ou y entrelarde le passé et le présent. L’alcool coule dans les boyaux humains. Les aînés meurent, l’arbre de la vie se trouve revigoré de n’avoir plus à gérer ses branches agonisantes, pendant que des petits-enfants en percent l’écorce et forment de nouvelles pousses dont on ne sait la destinée. Un monde rural s’éteint devant sa société désemparée. Un autre naît, s’apprête à combattre et construire. Les turpitudes campagnardes cohabitent avec cette vie qui bat et qui se souvient. Ruptures, adieux, cocasseries, romantisme, érotisme, souvenirs d’enfance, élans et finesses poétiques. Modernité et rusticité tressent leur dialectique auvergnate. Un jour se lève sur Chamablanc, des astronautes discutent dans l’espace.

Quant à la direction musicale, les mélodies et harmoniques typiques du compositeur trouvent encore de la fraîcheur avec ce Delano Orchestra, formation multi-référentielle. Massif Central et Appalaches, Deep south américain et centre hexagonal, sorte d’euramericana. Cuivres, claviers, cordes (violon, guitares, basse, banjo), lutheries électriques, lutheries acoustiques. Soul, afrobeat, bluegrass, folklore médiéval, folk rock, blues et bluegrass décantent dans les fluides de Murat lorsqu’on fait l’effort d’isoler ces références. Sinon, on s’emploie à pratiquer toutes ces langues dans Babel on n’éprouve aucun problème de compréhension ou de cacophonie.On ne ressent pas non plus l’envie de se disperser sur la planète entière. Cela étant scribouillé, n’allons surtout pas chercher de liens avec les écrits anciens; Babel est un nom de belle consonance, de surcroît un nom d’inspiration locale pour Murat dont la ferme et le studio jouxtent le village de Saint-Babel.

À l’instar de ses contemporains anglo-américains, de Neil Young à Bob Dylan en passant par Robert Plant, ce Babel est une autre pierre d’une oeuvre de plus en plus monumentale.

LIENS UTILES

Jean-Louis Murat, site officiel

Album Babel, écoute intégrale des 20 chansons de Babel sur Deezer

Lire les commentaires (11)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    décembre 2014
    L Ma Me J V S D
    « nov    
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    293031  
  • Archives

  • publicité