Alain Brunet

Vendredi 6 mars 2015 | Mise en ligne à 9h58 | Commenter Commentaires (5)

Tigran Hamasyan: Mockroot et…

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En formation réduite, c’est-à-dire avec le bassiste Sam Minaie et le batteur Arthur Hnatek, Tigran Hamasyan relance cet amalgame explosif de jazz, de rock presque métal et de folklore arménien.

L’approche fut révélée au monde de la musique il y a un moment déjà, particulièrement en 2009 avec la sortie de l’opus Red Hail. Ceux et celles qui en ont vue et entendue son groupe Aratta Rebirth au Gesù, soit en juin 2011, peuvent en témoigner. Sur le cul ! L’impression fut renforcée en 2013 avec l’album Shadow Theatre et la tournée qui s’ensuivit – très beau concert au Cabaret du Mile-End, rebaptisé Théâtre Fairmount à compter de ce mois-ci.

La suite des choses en 2015 ? Grosse modo, il s’agit de la même quête du jeune pianiste, chanteur, compositeur et improvisateur dont on vante les prodiges depuis le début de la courte carrière.

Bien qu’efficaces et exigeant une grande virtuosité de ses interprètes, ces nouvelles compositions n’apportent pas grand-chose de neuf à ce qu’on connaît de Tigran. La réduction orchestrale (sorte de power trio), l’usage plus marqué de sons de synthèse et les chants du leader ne modifient pas vraiment la perception. Fin de cycle? Si l’album subséquent use des mêmes ingrédients, et ce avec plus d’emphase sur la musique traditionnelle arménienne (on sait que Tigran est retourné vivre dans son pays natal), on devra alors poser un diagnostic de plate redondance.

Nous n’en sommes pas là mais il y a lieu d’être moins enthousiaste qu’il y a cinq ans. Bien sûr, si vous n’avez jamais goûté à cette médecine, vous risquez d’être éblouis par ce Mockroot.

LIENS UTILES


Écoute gratuite et intégrale de l’album Mockroot sur Deezer


Tigran Hamasyan, site officiel


Tigran Hamasyan, profil wiki

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Mardi 3 mars 2015 | Mise en ligne à 10h34 | Commenter Commentaires (24)

Inépuisable ressource… Minière

Jérôme Minière Une île

«Je ne suis pas pressé». D’entrée de jeu, le narrateur ne croit pas que l’on puisse «sauter par-dessus son ombre». Ainsi s’amorce ce ressenti de notre époque à la manière Minière, ressenti décliné en 14 chansons superbes, d’un équilibre presque parfait.

Absurdité de la rapidité dans le rythme de vie. Vacuité du sens sous la bannière postmoderne. Éloge de la beauté simple, du « frisson de ce qui est de ce qui a été ». «Égo légo» et «moi Ikea» de nos modes de vie. Mystère de l’amour qui «change sans cesse de couleur». Détresse de la vie en ville, refuge envisagé dans « île dessinée au stylo-bille». Désordre des émotions. Exploitation sauvage des ressources naturelles. Retard assumé sur le présent.

Jérôme Minière n’en est pas à ses premières observations chansonnières de la vie occidentale. Ni de ses plongées dans la complexité de nos intimités. Il est tout simplement devenu meilleur à le faire. L’artiste montréalais est passé maître dans l’art de charger d’émotion une pensée subtile, à nous l’incruster dans le cortex.

Le raffinement des observations, les émotions que transporte chaque idée, l’engagement sincère de leur auteur vont à la rencontre de musiques d’une simplicité apparente, mais dont la grande diversité stylistique révèle la profondeur et la pleine maîtrise de leur compositeur et réalisateur. Sans budget colossal, sans équipe de beatmakers, sans section de cordes ou de cuivres, Minière et sa petite équipe arrivent à fournir une production de haut niveau – Frédéric Lambert (alto), Ariane Bisson-McLernon (claviers, voix), Denis Ferland (guitares), José Major (batterie).

Esthétiques, électro, reggae, easy listening, bossa, rock, indie pop, hip hop, de Brassens à Stereolab. Cette nomenclature peut sembler hirsute, dépareillée et… pourtant, tout reste cohésif, tout coule de source, tout bourgeonne dans Une île.

LIENS UTILES

Écoute intégrale de l’album Une île sur Deezer

Jérôme Minière, site officiel


Jérôme Minière, profil wiki

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Dimanche 1 mars 2015 | Mise en ligne à 12h01 | Commenter Commentaires (3)

Brégent, Messiaen, Vivier à Montréal / Nouvelles Musiques

Mis de l’avant par la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), le festival bisannuel Montréal / Nouvelles Musiques bat son plein. Voici en vrac trois compte-rendus d’oeuvres de trois compositeurs qui y ont été interprétées depuis jeudi devant des mélomanes nombreux et enthousiastes.

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Sous la direction de Walter Boudreau, l’ensemble de la SMCQ interprétait Atlantide à la salle Pierre-Mercure, presque remplie jeudi soir. / crédit photo Andréa Cloutier pour MNM

BRÉGENT

Peut-on qualifier Atlantide d’œuvre synthèse? Jeudi soir à la salle Pierre-Mercure, cela tombait sous le sens. De prime abord, faut-il ajouter. Il faut être prudent avec la notion de synthèse car elle peut exclure la création, la transcendance, la quête du sublime.

Comme le soulignait en interview le maestro Walter Boudreau, qui en a piloté la création devant public et qui en avait dirigé l’interprétation en studio il y a 30 ans, «Michel-Georges Brégent avait imaginé un tout inclusif qui exhalait tous les parfums. Une éponge qui absorbait la beauté. »

Sorte d’objet céleste d’une extrême densité (trou…blanc?), l’œuvre principale au programme de jeudi dernier attire et absorbe dans son champ gravitationnel époques, genres, lutheries. De la musique ancienne pré-baroque à l’électroactoustique dernier cri, enfin à la fine pointe de ce qui était possible en 1985 (année de sa composition), Atlantide nous convie à une demi-heure de lumineuses intégrations stylistiques et temporelles.

On ne peut qualifier l’œuvre de collage pour autant, allons-y plutôt pour un jeu subtil de fondus enchaînés et de surimpressions. Ainsi, s’entrechoquent joyeusement les musiques écrites du siècle précédent, certaines musiques classiques, le rock progressif, le jazz contemporain, la musique des ménestrels du Moyen-Âge et celle des électroacousticiens de la fin du XXe siècle. Mieux connu au sein du tandem qu’il avait formé avec le percussionniste Vincent Lionne, le compositeur Michel-Georges Brégent commençait à peine à être reconnu dans les sphères plus «sérieuses».

Force est d’observer qu’il préconisait une facture distincte des grands maîtres de l’éclectisme intégré, on pense spontanément à Frank Zappa ou John Zorn. S’il avait vécu, on peut présumer que son œuvre aurait été considérable et qu’elle aurait fait maintes fois le tour de la planète.

Lui-même compositeur aguerri et adepte de l’éclectisme intégré sous la bannière de ladite musique contemporaine, Walter Boudreau était un proche collaborateur, ami et contemporain du compositeur disparu en 1993 (victime du VIH). Sans conteste, il était l’homme de la situation pour mener à bien une telle entreprise.

D’accord, nous n’étions pas dans un environnement parfait pour son exécution, la salle Pierre-Mercure n’étant pas conçue pour une sonorisation en 5.1 (surround sound pour les intimes). La spatialisation des musiques pré-enregistrées (les musiques anciennes et électroacoustiques) n’était pas idéale mais bien assez intelligible pour se fondre avec les musiciens et chanteurs sur scène.

Ainsi, plusieurs communautés d’interprètes et de créateurs étaient réunies pour une sorte de sommet de leurs styles respectifs : praticiens du jazz tels le saxophoniste André Leroux ou la chanteuse Karen Young, praticiens de la musique écrite de tradition occidentale tels la soprano Annie Jacques, la saxophoniste Marie-Chantal Leclair ou la violoncelliste Isabelle Bozzini, praticiens de l’électro tel le compositeur et réalisateur Alain Thibault.

Inutile de souligner que cette œuvre importante gagnerait certes en puissance et en intelligibilité si elle était jouée régulièrement, maintenant que la glace (vieille de trois décennies) est cassée. On pourrait mieux en calibrer les différentes composantes et en optimiser l’interprétation devant public.

Cela dit, vu le très élevé coefficient de difficulté de cette entreprise, on peut on peut assurément conclure à un vrai succès, à une mission accomplie pour l’Ensemble de la Société de musique contemporaine du Québec et de son directeur Walter Boudreau.

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Devant 1200 personnes, la Turangalîla-Symphonie a été jouée par l’Orchestre symphonique de McGill, vendredi soir à la Maison symphonique / Crédit photo: Andréa Cloutier pour MNM

MESSIAEN

Composée de 1946 à 1948, la Turangalîla-Symphonie est une œuvre monumentale d’Olivier Messiaen. Assurément, son interprétation représente une tâche colossale pour un orchestre symphonique universitaire. Et cette tâche a été dignement accomplie par celui de McGill, vendredi à la Maison symphonique.

Dix mouvements exécutés en 80 minutes, soit une introduction, trois séries de «mouvements enchâssés », un mouvement final joyeux et euphorique, le tout articulé autour de quatre «thèmes cycliques» pour reprendre l’expression du défunt compositeur (1908-1992). Ce n’est pas rien!

Grande diversité de procédés compositionnels au menu : entre autres, arabesque à la clarinette, scherzo pour piccolo et basson, discours atonal au piano, variété de couches texturales générées par les cordes, les cuivres et les bois, cohabitation continue de la consonance et de la dissonance, usage probant des ondes Martenot, présence de percussions variées, des timbales, solo de contrebasse sur «fond scintillant d’instrument à clavier et de bois», etc.

Cette œuvre témoigne d’une grande liberté du compositeur français, de l’austérité conceptuelle à la folie festive en passant par des séquences de réelle tendresse mélodique… à tel point qu’on a parfois un peu de mal à en saisir le fil conducteur. Mais il suffit de rester attentif pour identifier les raccords de la Turangalîla-Symponie. Pour en apprécier la cohérence, les concepts et les moments de grande beauté.
Près de sept décennies après sa conception, cette œuvre a passé l’épreuve du temps, ses caractéristiques naguère jugées bizarroïdes sont désormais admises par tant de mélomanes curieux et ouverts d’esprit.

Quant à l’interprétation de l’Orchestre symphonique de McGill sous la direction d’Alexis Hauser, on ne peut qu’applaudir. Une fois de plus, le maestro a réussi à soutirer le maximum d’un orchestre d’étudiants des plus fervents et de solistes professionnels aguerris (la pianiste Kyoto Hashimoto, l’ondiste Estelle Lemire), sans pour autant rivaliser avec les interprétations de cette même œuvre par de grands orchestres symphoniques professionnels. Dans un tel contexte, difficile voire impossible d’exiger davantage de cohésion, de précision, d’intelligibilité. Et il y a lieu de s’en réjouir.

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Hiérophanie interprétée par l’ensemble Musikfabrik, samedi soir à la salle Pierre-Mercure / crédit photo: Andréa Cloutier pour MNM

VIVIER

Dans le cadre de MNM, l’ensemble allemand Musikfabrik nous conviait samedi à la création nord-américaine d’Hiérophanie, salle Pierre-Mercure. Cette œuvre de Claude Vivier, assassiné tragiquement en 1983, un peu à la manière d’un personnage campé par Diane Keaton dans le film Looking for Mr. Goodbar, a été composée en 1970.

L’artiste montréalais n’avait alors que 22 ans. Il posait alors les bases d’un langage qui deviendrait beaucoup plus puissant que cette œuvre de jeunesse, sorte de transition entre le discours contemporain de l’époque, encore très marqué par l’école de Darmstadt, et un désir d’insuffler grâce et fantaisie dans un monde sonore alors très conceptuel, austère, froid et gris.

Bien que tributaire d’une esthétique prééminente dans le monde de la musique contemporaine, Vivier voyait les choses autrement. Dès l’aube de sa beaucoup trop courte et très prolifique existence de compositeur – une quarantaine d’oeuvres – il avait un autre ton. Et c’est ce que l’on observe sur scène, à la vue et à l’écoute de cette Hiérophanie, la musique d’un être libre, brillant, fou de joie et de tristesse, gamin émerveillé, magicien de l’absurde.

Comme le souligne Marco Blaauw (cité dans le programme du concert), trompettiste de l’ensemble allemand Musikfabrik qui en faisait l’interprétation à la Salle Pierre-Mercure, «on y retrouve tous les éléments de ses œuvres postérieures : la beauté, les timbres purs, la musique d’enfant et des textures riches ».

Soit, mais… ces prémices sont-elles à la hauteur des plus grandes pièces de Vivier ? Pas sûr… Hiérophanie implique « un éventail de mouvements et d’interactions » prévues par le compositeur. Assoupis au début de l’interprétation, les musiciens vêtus de leurs plus beaux pyjamas s’éveillent, se promènent sur scène et dans la salle pendant une quarantaine de minutes et retournent chez Morphée au terme de leur promenade. Hormis certaines séquences de jeu collectif, ils doivent improviser avec leur instrument (ou celui de leur voisin) ou encore chanter et scander des mots tout en se déplaçant devant et autour de l’auditoire.

En 1970, c’était plutôt flyé. Aujourd’hui c’est plutôt banal.

On peut certes en applaudir la théâtralité des interactions et des mouvements, les moments de jeu collectif, le lien entre les percussions, les cuivres, les bois et le chant. On peut aussi hausser les épaules à l’écoute d’un vocabulaire très limité en matière d’improvisation libre si on le compare aux avancées de ce vocabulaire au cours des dernières décennies ; ces musiciens de Musikfabrik sont peut-être de fabuleux interprètes de la musique écrite, leurs impros restent minces même si ludiques. Au-delà du portrait d’une époque et des germes d’un grand compositeur, digne d’intérêt pour les fans finis de Vivier et de la musique contemporaine des années 70… et peut-être moins ragoûtant pour les autres mélomanes.

LIENS UTILES

Extraits d’Atlantide sur Allmusic

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