Alain Brunet

Samedi 26 juillet 2014 | Mise en ligne à 11h17 | Commenter Commentaires (18)

Sur le trône: Justin Timberlake

Justin T juillet 2014

Lorsque Justin Timberlake a entonné Human Nature, une des plus mémorables de feu Michael Jackson (en voie de devenir un standard de jazz, ce qui en dit long sur sa pérennité), la passation des pouvoirs tombait sous le sens.

De tous les artistes de variété anglo-américaine, cet homme de 33 ans est le plus accompli. Il a beau provenir d’un boys band préfabriqué (NSYNC) comme le sont tous les boys bands, le mec originaire de Memphis a fait un méchant bout de chemin depuis lors.

Aucune opposition au pinacle de la pop. Pour une rare fois dans le monde des spectacles à effets spéciaux vendus à prix d’or, il n’y avait rien à regretter en ce vendredi soir de pur plaisir au Centre Bell.

De Fred Astaire à Madonna en passant par Crosby, Sinatra, Michael ou Prince, Justin Timberlake incarne cette tradition centenaire du showbusiness américain. Il en a intégré tous les cycles, il en écrit un chapitre entier. La danse des grands entertainers. Les références musicales parfaitement maîtrisées (soul, hip hop, blues, rock’n'roll, musique latine et plus encore). Les arrangements profus, spectaculaires, magnifiquement ciselés. Difficile de souhaiter plus grandes innovations technologiques pour la scénographie et les éclairages – la séquence de la passerelle mobile sur laquelle le chanteur et ses danseurs traversent la patinoire est en soi une pièce d’anthologie pour tous fans de showbiz top niveau.

Bien sûr, la prééminence des effets spéciaux dans un tel spectacle demeure paradoxale: il faut conquérir un immense marché pour se permettre de tels investissements et, conséquemment, des prix très élevés… qui rendent immensément riche une infime minorité d’artistes et de promoteurs. Pour l’instant, le système économique qui prévaut n’offre aucune autre alternative: seuls les blockbusters pop permettent autant d’innovation technologique. Dans bien des cas, la créativité des effets spéciaux est plus remarquable que le contenu auquel elle se consacre. On observe le même phénomène au cinéma, inutile de le souligner.

Dans le cas de Justin Timberlake, on ne peut conclure à un tel vide. Malgré l’immensité de cette machine à divertir, aucune arrogance, aucune faute de goût, la grande tradition du showbiz américain nous contemple. Seule ombre au tableau, les ajustements trop longs de la sonorisation en première partie… qui seront probablement effacés de nos mémoires différées.

Au pays de la pop à grand déploiement, rien ne rivalise avec le vaisseau piloté par Justin T. Le monde de Lady Gaga n’a pas cette cohérence malgré une pléthore de bons flashs au programme de ses shows (parfois hirsutes, mal intégrés), celui de Lana Del Rey n’a pas (encore) cette prestance, celui de Bruno Mars n’a ni cette classe ni cette envergure. Si Janelle Monae avait ses moyens ? On reste dans les si…

Justin T. n’a certes pas la profondeur musicale d’un Prince ou d’un Stevie Wonder. En studio, il n’a pas réussi les coups de maîtres de Michael J. (Thriller et Bad) dont il est en bonne partie tributaire de la personnalité vocale. Peut-être n’y parviendra-t-il jamais.

Sur scène, en tout cas, je ne lui vois pas d’équivalent en 2014.

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Vendredi 25 juillet 2014 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (2)

Bruno Mars sans Pharrell

De 1984 à 2000, j’ai donné. C’était une part importante de mon travail, ça ne l’est plus.

Depuis lors, je ne couvre de la musique pop qu’en de rares occasions. Lorsqu’il s’agit de Lana Del Rey, de Lady Gaga, Adele ou des mecs prévus au Centre Bell cette semaine, je peux faire exception. Ce qu’on désigne comme de la pop est un vaste spectre qui peut parfois divertir sans abrutir. Bien sûr il y a une immense zone entre les deux extrémités, et c’est plutôt là que les perceptions convergent et divergent. Le divertissement de qualité est comparable à tout comfort food. Les ingrédients sont connus de la majorité absolue, les recettes sont éprouvées, impossible de ne pas piger.

Cela étant, le jeu des références, la qualité de l’interprétation, l’angle d’attaque et la qualité de la réalisation mènent au meilleur et au pire. Souvent au pire. Pour un truc pop vraiment réussi, il y en a cent de mauvais goût et 300 autres quelque entre les deux. La tarte tatin est un dessert populaire, le chausson McDo l’est aussi. Entre les deux… J’ajouterais être aussi agacé par le dogmatisme anti-pop, qui conclut à l’impossibilité d’accomplir quoi que ce soit d’intéressant sur ce front vastement majoritaire. Pour avoir couvert beaucoup de pop en y avoir appris beaucoup de choses, je ne partage aucunement cette position.

Cette semaine, cependant, il n’y a pas lieu de s’indigner.

On m’avait dit beaucoup de bien de Bruno Mars sur scène. Je devrais couvrir le spectacle pour La Presse, on nous a dit que son organisation refusait d’accorder des places aux journalistes – on estimait qu’il s’agissait du même spectacle (à peu de choses près) présenté il y a un an. J’ai quand même acheté une paire de billets pour m’y présenter avec ma petite dernière (12 ans) , très fan de Bruno Mars. Au départ, il faut dire, je m’étais porté volontaire pour couvrir ce show… surtout à cause de Pharrell Williams dont les tubes me plaisent bien. Avant de devenir la supervedette qu’il est, le mec était un doué réalisateur hip hop et de la soul/R&B, on peut dire que son mégatube Happy résiste fort bien à la surdiffusion. Dommage car l’offre de ce presque programme double était alléchante.

La semaine dernière, on annonçait que Pharrell annulait pour «conflit personnel». Hum, difficile à gober. Lorsque cette tournée fut mise sur pied il y a plusieurs mois, l’interprète de Get Lucky et Happy était la première partie idéale pour Bruno Mars. Aujourd’hui, l’impact populaire de Pharrell a carrément changé la donne. Y a-t-il eu renégociation avortée des cachets et des temps de glace ? Poser la question… et peut-être ne jamais y répondre. Il faut maintenant s’attendre à une tournée à grand déploiement côté Pharrell.

Quant à Bruno Mars, son spectacle est en soi un festival d’effets spéciaux, de références intégrées par quiconque s’intéresse en tant soit peu à la musique populaire: soul pop, R&B, pop-rock, reggae, un soupçon de hip hop, le tout interprété par un orchestre afro-américain de très bon niveau – claviers, vents, guitares, batterie. On l’a souvent souligné, ses ballades soul pop rappellent le style de Michael Jackson, et on le sait homme-orchestre (bon batteur, bon guitariste, bon chanteur), de surcroît bon danseur et bon showman. J’aurai donc vu Bruno Mars une fois. Certes divertissant, mais beaucoup trop cher pour ce que c’est because la demande et les effets spéciaux – éclairages, scénographie hi-tech, etc. Ainsi va le marché de la pop culture. Ses consommateurs les plus perméables succombent et contribuent à gonfler les prix.

En tout cas, il faudra tout un album pop de Bruno Mars pour que je m’y repointe. Et je doute que ça se produise…

Quant à Justin Timberlake, ce vendredi, je présume que ce sera une coche au-dessus. On vous en parle samedi.

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Mardi 15 juillet 2014 | Mise en ligne à 13h41 | Commenter Commentaires (90)

Polaris: la liste courte dévoilée

Polaris_Music_Prize_logo

«Plus de 150 membres de l’industrie de la musique et des médias étaient réunis aujourd’hui dans la salle ronde du Carlu à Toronto pour le dévoilement de la courte liste du Prix de musique Polaris 2014. L’événement était diffusé en direct sur le web via l’émission BRBR sur la chaîne TFO. Les dix albums nommés ont été sélectionnés parmi les 41 titres figurant sur la longue liste, qui avait été annoncée le mois dernier au Centre National de Musique à Calgary.»

LA COURTE LISTE DU PRIX DE MUSIQUE POLARIS 2014 (en ordre alphabétique):

Arcade Fire – Reflektor

Basia Bulat – Tall Tall Shadow

Mac DeMarco – Salad Days

Drake – Nothing Was The Same

Jessy Lanza – Pull My Hair Back

Owen Pallett – In Conflict

Shad – Flying Colours

Tanya Tagaq – Animism

Timber Timbre – Hot Dreams

YAMANTAKA // SONIC TITAN – UZU

Et alors ?

J’avoue personnellement avoir évité de voter pour Arcade Fire au deuxième tour parce que le supergroupe a déjà gagné. Basia Bulat ? Très sympa, mais pas au point de se hisser aussi haut. Mac DeMarco est à mon sens totalement surévalué. Drake fait du bon travail, bel alliage de créativité et de références populaires mais… pas dans ma courte liste. J’ai voté pour Jessy Lanza au premier tour, j’aurais pu le faire au deuxième mais j’ai mis un peu de keb franco dans mon vote final… pas très stratégique. Owen Pallett, j’aime beaucoup mais il a déjà gagné le Polaris et son nouvel opus n’est pas exceptionnel quoique très bon. Pour Shad, je crois que cette sélection est justifiée. Idem pour Tanya Tagaq, certes la plus singulière des artistes venues du Grand Nord. Timber Timbre ? Assurément voté pour Hot Dreams aux deux tours. Pour Yamantaka Sonic Titans, voilà aussi un groupe aux concepts forts mais au musicianship trop erratique…

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