Alain Brunet

Mercredi 22 avril 2015 | Mise en ligne à 19h20 | Commenter Commentaires (24)

FIJM 2015: recommandations à votre demande

Si je me fie à quelques interventions récentes sur le blogue, quelques conseils étaient requis pour faire vos propres choix au FIJM 2015. Voici donc ce qui ressemblera à mon programme perso !

26 juin

18h, L’Astral: l’hommage à feu le pianiste montréalais (d’origine polonaise) Jan Jarcyk sous la coordination du saxophoniste Jean-Pierre Zanella.
18h, Gesù: le contrebassiste israélien Avishai Cohen se produit avec la virtuose canadienne (et new-yorkaise depuis longtemps) Renee Rosnes.
19h, Maison symphonique: rencontre de la Corse et de la Sardaigne, avec notamment le trompettiste Paolo Fresu et l’ensemble vocal A Filetta.
20h, Monument National : l’oudiste libanais (transplanté en Allemagne) Rabih Abou-Khalil nous revient après 13 ans d’absence.
19h, 21h45,Upstairs: le contrebassiste israélien Omer Avital.
21h, L’Astral: le trompettiste floridien Theo Crocker, dont l’album AfroPhysicist est un chaud bouillon de funk, soul, hip hop et rock.

27 juin

18h, L’Astral: jazz d’ici… et de Boston ! Emma Frank vit à Montréal, elle est accompagnée d’un ensemble montréalais. Superbe voix jazzy folk, pleine ascension.
18h, Gesù: le contrebassiste Avishai Cohen présente le trio qu’il forme avec le batteur Daniel Dor et le pianiste Nitai Hershkovits.
20h, Monument national: six ans plus tard, le vétéran trompettiste Enrico Rava revient en quintette.
22h, Club Soda: My Brightest Diamond vient présenter la matière de This Is My Hand, un des meilleurs albums indés de 2014.
22h30, Gesù: le trio anglo-danois Phronesis, une de mes plus belles découvertes faites au FIJM ces dernières années.
20h30, Métropolis: non et non, je n’assisterai pas aux concerts à guichets fermés de Steven Wilson – ma sécurité ne pourra y être assurée ;)

28 juin

18h, Gesù: Avishai Cohen se produit en duo avec le guitariste Kurt Rosenwinkel.
20h, Monument national: Robert Glasper, piano, Damion Reid, batterie, Vicente Archer, contrebasse… Un album avec ça ?
20h, Théâtre Maisonneuve: le superbe groupe nujazz Kneebody fait la première partie de The Bad Plus qui s’adjoint le saxophoniste Joshua Redman. Choix déchirant à 20h…
21h, L’Astral: le pianiste très fluideJohnny O’Neil est de la vieille école, descendant direct d’Art Tatum,Teddy Wilson, Phineas Newborn Jr, Oscar Peterson, ce qui n’est pas peu dire.
19h et 21h45, Upstairs, idem le lendemain: le quintette du trompettiste Christian Scott.

29 juin

18h, Gesù: aux côtés de Kurt Rosenwinkel, le pianiste Aaron Parks, le bassiste Eric Revis, et le batteur Allan Mednard.
18h, Club Soda: la chanteuse et flûtiste belge Mélanie De Biasio, dont on a encensé l’opus No Deal l’an dernier.
19h30, salle Wilfrid-Pelletier: Erykah Badu n’a pas de nouvel album à nous offrir, on ne sait à quoi s’attendre et… on sera là.
21h, L’Astral: parmi les meilleures recrues du jazz britannique, la formation Go Go Penguin a été finaliste au dernier Mercury Prize.
22h, Club Soda: Jaga Jazzist sort enfin un nouvel album, Starfire (Ninja Tune)… On s’en fera une tête d’ici là !

30 juin

18h, L’Astral: figures de proue du jazz canadien au féminin, la pianiste Marianne Trudel (à la tête de son quartette) invite la trompettiste Ingrid Jensen.
18h, Club Soda: la grande chanteuse brésilienne Joyce Moreno nous offre bassa nova, samba funk et samba jazz, un grand classique carioca.
19h, Maison symphonique: peut-on encore espérer de grandes choses du Wayne Shorter Quartet ?
21h, L’Astral: le trompettiste Dave Douglas présente son ensemble High Risk constitué du bassiste Jonatha Maron, du batteur Mark Giuliana, et du DJ/producer Shigeto, nujazz de haute volée en perspective.
22h, Club Soda: résurrection du juju nigerian de pépé King Sunny Adé, découvert à mon arrivée à La Presse en 1984.
22h30, Gesù, aussi le lendemain à 18h: Hommage à Édith Piaf signé Richard Galliano et Sylvain Luc.

1er juillet

18h, L’Astral: le guitariste montréalais (d’origine française) Thomas Carbou accueille le saxophoniste américain David Binney
19h, Maison symphonique: jazz pop avec Jamie Cullum
20h, Monument national: le trio du pianiste Vijay Iyer débarque avec dans sa besace un des grands albums de jazz cette année, Break Stuff, créé de concert avec le batteur Marcus Gilmore et le contrebassiste Stephan Crump
19h et 21h45, Upstairs: le saxophoniste Mark Turner se joint au quartette du guitariste israélien Gilad Hekselman

2 juillet

18h, Club Soda: la chanteuse américaine Natalie Prass a enregistré un des meilleurs albums de pop indie cette année, réalisé par Matthew E White. Sur scène ? Formation réduite mais…
18h, L’Astra: le pianiste Guillaume Martineau est l’un des plus prometteurs de la scène locale, il s’amène en quintette.
18h, Gesù: très vieux, jadis très inspiré, le pianiste sud-africain Abdullah Ibrahim (Dollar Brand) est-il encore capable de jouer ? C’est ce qu’on saura le 2 juillet.
21h, L’Astral: la chanteuse afro-américaine Somi présente la matière de son quatrième album The Lagos Music Salon.
19h et 21h45, Upstairs, idem le lendemain: le guitariste virtuose Russell Malone (autrefois chez Diana Krall) se produit avec son quartette.
22h, Gesù: notre Lorraine Desmarais se défend toute seule.

3 juillet

18h, L’Astral: en tant que leader, le saxophoniste surdoué André Leroux est à la barre de son meilleur groupe à vie; James Gelfand, piano, Muhammad Abdul Al-Khabyyr, trombone, Frédéric Alarie, contrebasse, Christian Lajoie, batterie, Ben Charest, guitare.
19h30, salle Wilfrid-Pelletier: Lucinda Williams , Justin Townes Earle (fils de Steve Earle), The Mavericks, voilà sans doute le grand festin americana de l’été à Montréal.
21h, L’Astral: le pianiste Marc Cary offre en trio un jazz électro-funk à réévaluer sur place.
22h30, Gesù: le pianiste John Roney fait équipe avec le bassiste Alain Caron et le Quatuor Alcan.

4 juillet

18h, Gesù: au milieu des années 80, l’ensemble Ekaya d’Abdullah Ibrahim avait offert un des plus mémorables concerts au FIJM. Trois décennies plus tard… nous verrons bien s’il s’agit d’une erreur de tourneur ou d’un miracle de longévité.
20h, Monument National: le contrebassiste Ron Carter forme un quartette avec la pianiste Renee Rosnes, le guitariste Rolando Morales et le batteur Payton Crossley.
20h30, Métropolis: Badbadnotgood, groupe torontois de facture nujazz invite le fameux MC Ghostface Killah, avec qui il collabore sur le dernier opus.
21h, L’Astral: sensation vocale afro-britannique, Ala.Ni pourrait s’avérer l’une des révélations du prochain FIJM.
22h30, Gesù: on le voit régulièrement chez Zorn, en trio avec Martin & Wood, jamais en solo. Voilà l’occasion d’entendre John Medeski.

5 juillet

18h, Club Soda: la Marocaine Hindi Zahra, que j’ai interviewée la semaine dernière, revient sur scène. La matière de son nouvel opus, Homeland, pourrait s’en trouver magnifiée.
19h et 21h45, Upstairs: la grande Ranee Lee, New-Yorkaise établie à Montréal depuis 35 ans, chante avec sa formation. Respect.
22h30, Gesù: le pianiste Uri Caine vient boucler la boucle de ce 36e FIJM.

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Mardi 21 avril 2015 | Mise en ligne à 8h22 | Commenter Commentaires (2)

Villagers: Darling Arithmetic

Villagers Darling Arithmetic

Souvenez-vous de cette vivifiante escapade dans l’{Awayland}, territoire cartographié par l’Irlandais Conor O’Brien. Parolier, compositeur et chanteur de ces excellents Villagers. Ce lettré songwriter, fin connaisseur de poésie américaine (Frank O’Hara et autres John Ashbery), mélodiste inspiré, a investi un bâtiment agricole en périphérie de Dublin, grange reconvertie à l’enregistrement audio pour coucher des mots d’amour sur une onzaine de chansons.

Comme la mort, la haine ou le cul, l’amour est un sentiment qui peut dévoiler ad infinitum de nouvelles facettes. Mises en situation, réflexions, appréhensions, état de grâce, chute libre, deuil, désintégration, renaissance, on en passe évidemment. Conor O’Brien explore ici le courage d’aimer en assumant ce qu’on est, il évoque l’abandon de soi, la peur de perdre, le vertige du possible abandon, l’état de sérénité que génère la fusion des coeurs, la contemplation de la complexité de l’autre… fort probablement un homme. Sortie poétique du placard ? Villageois gay, quoi qu’il en soit.

« It took a little time to be me…» confesse le principal intéressé dans Courage, un texte superbement tourné.

Les musiques de ce très beau Darling Arithmetic sont toniques, bien exécutées, exploitent un folk assorti d’ornements électroniques et de musiques de chambre. Les accomplissements sont ici plus littéraires que musicaux. La voix, les guitares, les couches mélodiques qui baignent les mots sont bellement exprimés… sans qu’on se roule par terre pour autant. Que les amateurs de musique prééminente soit avertis, il s’agit ici de chanson à texte. ;-)

LIENS UTILES


Écoute intégrale de Darling Arythmetics sur Deezer

Villagers, site officiel

Villagers, profil wiki

Metacritic, moyennne de 76% fondée sur 20 recensions

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Samedi 18 avril 2015 | Mise en ligne à 11h58 | Commenter Commentaires (50)

La dictature de la nuit

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Crédit photo: Bernard Brault

Depuis plusieurs années, je constate avec agacement que de trop nombreux concerts ne sont pas présentés à des heures adéquates dans les salles adéquates pour en maximiser l’expérience. Je ne parle pas ici des soirées consacrées au stoner rock, à l’electronic dance music ou autres no brainers excluant toute concentration, genres propices au plaisir nocturne. Je parle ici de musiques exigeant une écoute attentive, soutenue, dont l’objet n’est pas le divertissement léger.

Détrompez-vous, ce n’est pas la complainte du quinquagénaire qui a mal au dos et qui réclame un siège confortable. Je continue et continuerai à sortir tard le soir, d’ailleurs beaucoup plus que l’immense majorité des 25-50 ans. Assister au concert est une part importante de mon métier, je m’exclus donc du problème, bien que…

Là où le bât blesse, en fait, c’est de votre côté: vous, adultes mélomanes qui abandonnez progressivement cette pratique à partir de la mi-vingtaine.

Prenons des exemples très récents.

La semaine dernière au Théâtre Fairmount, l’excellent artiste britannique Clark amorçait son set électro passé 22h, suivi du doué Californien Nosaj Thing vers 23h30. Qui, au juste, pouvait être là jusqu’à 00h45, c’est à dire la fin du programme ? Des jeunes qui ne se lèvent pas le lendemain matin à 7h parce qu’ils ne bossent pas à 8h30 ou 9h. Bien sûr, quelques fans finis avaient choisi d’écourter leur nuit et récupérer les soirs suivants. Ils font partie d’une minorité qui ne cesse de décliner à compter du milieu de la vingtaine et pratiquement disparaître au cours de la trentaine.

Mardi dernier, le pianiste, improvisateur et compositeur allemand Hauschka se produisait à 22h30 au Ritz PDB. Qui était là ? En presque totalité, des kids en début de vingtaine. Et qui écoute Hauschka sur ce blogue ? Des mélomanes de toutes générations. Pour un concert d’une telle substance, être debout au milieu d’une foule qui ne peut voir le soliste s’exécuter (une grande partie du plaisir), écouter une excellente musique mal sonorisée, c’est inacceptable pour la plupart des mélomanes… sauf les kids qui ont le luxe de suivre le buzz et dont les exigences en matière de production scénique ne sont pas encore très élevées. Tant mieux pour eux… et tant pis pour la majorité du public que pourrait attirer Hauschka… musicien en fin de quarantaine !

Sauf exceptions, la vie adulte implique de nouvelles responsabilités : les enfants, le métier, la carrière, les petits travaux dans la maison, l’organisation des vacances, le calcul des dettes à payer, les rencontres de parents, etc. Arrête-t-on d’écouter de la bonne musique pour autant ? Pour plusieurs, c’est malheureusement le cas. La musique cool étant associée à leurs années de jeunesse, ils s’enlisent peu à peu dans la nostalgie de leurs virées nocturnes désormais révolues, ils magnifient «leurs» musiques forcément générationnelles. Le temps passe et… un quart de siècle plus tard, ils se paient des billets à des prix de fou pour aller voir et entendre U2, Madonna, AC/DC… pour retourner ensuite se réfugier devant leur cinéma-maison.

Grand bien leur fasse. Tant mieux s’ils y voient un parcours normal. Euh… normal ?

De plus en plus, il existe une autre portion de la population adulte qui ne cesse de découvrir la musique créative sous toutes ses formes, à travers une foule de genres et sous-genres musicaux. Prendre de l’âge n’annonce pas forcément le déclin de la «mélomanie», bien au contraire.

Or, l’industrie du spectacle ou du concert ne suit pas la tendance, préférant maximiser ses profits via les clivages générationnels. Marché de la nostalgie, marché de la coolitude hipster, marché de la prépuberté, etc. Consciemment ou non, les promoteurs ne favorisent pas l’émancipation de cette tendance bien réelle. Trop souvent, la très bonne musique est présentée à des heures impossibles, dans des conditions difficiles et contribuent à accentuer le phénomène de pépérisation.

Pourquoi, au fait, les fans de rock indie, de musique électronique (je parle ici de l’IDM et autres formes plus complexes), des tendances créatives du hip hop, de musique instrumentale innovante doivent-ils assister à des concerts présentés en fin de soirée sinon au petit matin ? Parce que la coolitude, bien au-delà de la communauté hipster, l’impose à tort.

La musique des jeunes existe depuis les années folles, le phénomène s’accentue depuis environ un siècle. Or, l’internet a changé la donne, à tout le moins partiellement, et engendré une contre-tendance -ou en a favorisé l’expansion.

D’un côté, un vieux monde actualisé aux effets spéciaux. Les blockbusters n’ont jamais été aussi monolithiques: concerts à plus de 150$, dont tout le monde parle. Tout le monde ? Pas du tout. Il s’agit effectivement du bloc le plus considérable mais il en existe un plus gros que représente la somme de multiples niches. Dans une foule de genres et sous-genres musicaux. Ces innombrables niches comptent des fans devenus connaisseurs et… qui dépassent largement la mi-vingtaine.

Plus souvent qu’autrement, ceux-là écoutent leurs musiques à la maison, sauf de rares sorties. Les amateurs de ces musiques créatives sont soumis à une dictature de la nuit et cessent d’assister aux concerts des artistes qu’ils apprécient chez eux après les avoir découverts. Seuls les fans de jazz et de musique classique et les festivaliers estivaux, sont exemptés de cette réalité. Rappelons en outre que les cinéphiles de plus de 25 ans n’arrêtent pas d’aller au cinéma, pas plus que les férus de théâtre.

En musique, c’est une autre histoire…

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