J’ai les pantalons mouillés jusqu’aux genoux, les joues rouges, les cheveux qui twistent des deux heures passées sous la tuque de lutin, les doigts endoloris d’avoir brassé et tendu la cacanne afin d’amasser les dons.
Comme mes collègues de tous les médias aux quatre coins de la Belle Province, je reviens, vous l’aurez compris, de la Guignolée annuelle. Satisfaite, une fois encore. Aucun regret de m’être arrachée du lit quelques heures d’avance et d’avoir plongé le nez successivement dans la pluie, la neige et le vent. Aucun regret non plus pour les gens qui passent en souriant tout en haussant les épaules. C’est correct qu’ils ne donnent pas. J’ai pas à savoir pourquoi, ça leur appartient. Surtout pas de regret pour les généreux donateurs, avec ou sans sourire. Je leur offre un free hug.
Par contre, quelques regrets pour les obsédés du feu vert. C’est obsédant, un feu vert. On ne veut pas le rater, le feu vert. On pourrait écrabouiller un bénévole, contourner la file d’attente en se tapant la tête sur le volant, baisser sa vitre pour envoyer chier la première cacanne qui se pointe, y en n’a pas de problème. La vitre est coincée au moment de donner un 2$, mais elle s’active en maudit pour vous envoyer promener. Mystère. Ça doit être rare en sacrifice, un feu vert, pour qu’on y tienne autant…
Anyway, les freaks du feu vert sont tout de même assez peu nombreux. Alors laissons-les de côté, et espérons seulement que les gentils et généreux, plus nombreux, sauront les contaminer à leur tour.
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