Yves Boisvert

Archive, avril 2013

Mardi 30 avril 2013 | Mise en ligne à 23h16 | Commenter Commentaires (22)

Ça fait du bien, la vérité…

Gilles Cloutier: de Duplessis à Frank Zampino (photo La Presse)

Gilles Cloutier: de Duplessis à Frank Zampino (photo La Presse)

Gilles Cloutier a organisé sa première campagne électorale en… 1956!

C’était au temps de Duplessis. Il avait 15 ans. Son oncle se présentait. Il s’est fait déniaiser.

Il en a organisé, des politiciens, depuis…

Beaucoup de libéraux. Et des municipaux. Plein de municipaux.

Il travaillait pour Roche, firme de génie-conseil, mais pas vraiment pour calculer la charge que peut supporter un pont. Plutôt pour “développer les affaires”.

Ce qu’il a raconté à la commission Charbonneau était tellement simple, tellement évident, tellement connu…

Mais mon Dieu que ça fait du bien d’entendre la vérité toute crue.

Quelle vérité?

-La financement politique est essentiellement illégal: fait par des firmes et des prête-noms;

-Les “bénévoles” n’en sont pas vraiment;

-Les limites de dépenses électorales sont de la pure fiction qu’à peu près personne ne respecte;

-Les donneurs d’argent au municipal sont les receveurs de contrats;

-la double comptabilité est bien ancrée dans les moeurs;

-Gérald Tremblay (je sais, ça fait de la peine à lire) connaît la game comme tout le monde.

J’ai reçu aujourd’hui un message d’une ancienne source qui avait inspiré une chronique d’il y a quatre ans et qui racontait exactement ce que Gilles Cloutier nous a dit.

“Je peux te garantir que ce que dit Gilles Cloutier est vrai à 100%”, m’a-t-il écrit.

Réglons pour 97%.

Qu’a-t-il dit, à part les anecdotes de Sainte-Julienne?

-Que Gérald Tremblay savait ce qu’il faisait dans la vie quand il lui a demandé de l’aider: des élections clé en main.

-Que Gérald Tremblay, dès 2001, l’a référé à Frank Zampino, pour qu’ils arrangent ces choses-là ensemble.

-Que Zampino a réclamé 100 000$ de sa firme (Roche).

-Qu’après l’élection, il a rencontré le maire Gérald Tremblay, lui disant que son élection avait coûté très cher à Roche…

-Et que ce bon maire Tremblay l’ a aussitôt référé à Zampino, pour qu’il s’occupe du suivi… Ce qui leur a donné un contrat d’évaluation foncière.

-Qu’en plus, il a averti Tremblay par deux fois avant ou en 2004: mets Bernard Trépanier dehors, ce type n’est pas honnête.

-Et que, comme nous savons, Gérald Tremblay n’a rien fait avant 2006.

Et il s’en trouve encore pour penser que tout s’est passé à l’insu de Gérald Tremblay, qui ne se doutait de rien?

Je ne crois pas, comme je l’ai dit déjà trop souvent.

Mais nous avons maintenant un témoin bien plus convaincant que Martin Dumont. Et qui nous dit ceci: Gérald Tremblay savait qu’il y avait du financement illégal; il savait aussi que ce financement illégal était lié à l’obtention de contrats.

Ça fait du bien, d’entendre la vérité, même si c’est l’évidence.

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Lundi 29 avril 2013 | Mise en ligne à 10h08 | Commenter Commentaires (22)

Collusion: entre Montréal et les Pays-Bas

Le musée Corpus, d'Oegstgeest, aux Pays-Bas, pendant sa construction.

Le musée Corpus, d'Oegstgeest, aux Pays-Bas, pendant sa construction.

Comment punir les responsables de la collusion et de la corruption sans jeter à terre toute l’industrie de la construction au Québec?

Le collègue Pierre-André Normandin est allé faire un tour aux Pays-Bas, où l’on a vécu à peu près les mêmes problèmes, et où il a aussi fallu une enquête publique pour faire état d’un gigantesque système de collusion.

Il explique dans La Presse+ que la gouvernement a opté pour une amnistie de l’industrie: en échange d’aveux de culpabilité, les firmes se faisaient infliger des amendes minimes.

Pendant ce temps, ici, les firmes de construction et de génie-conseil font la queue devant l’AMF pour obtenir leur “autorisation” à obtenir des contrats publics. Il leur faudra nettoyer leur direction dans bien des cas.

Mais faudra-t-il en venir à une forme d’amnistie pour éviter l’effondrement de tout un secteur économique, au profit de firmes étrangères? J’en parle ce matin .

Il me semble qu’il est un peu tôt pour passer à l’étape “réconciliation”. Commençons par faire sortie la vérité, et que ces firmes s’arrangent pour faire leur ménage: elles n’ont pas le choix si elles veulent obtenir leur certificat de bonne conduite de l’AMF.

Ce que le maire Michael Applebaum a fait, la semaine dernière, se veut une démonstration de force éthique: on “barre” les firmes mentionnées à la commission Charbonneau, comme Dessau. Qu’en est-il de celles qui sont passées sous le radar? Qui ont eu la chance de ne pas être convoquées? Sans compter l’effet dissuasif sur les travaux de la commission. Et qu’en plus, les firmes dirigées par des individus suspects ne pourront peut-être même pas avoir leur certificat.

C’est de l’improvisation, qui n’aidera aucunement à assainir le domaine, et qui nuira à Montréal.

Entre l’amnistie hollandaise et cette réaction hypocrite, il y a pourtant de l’espace pour des mesures intelligentes, qui feront payer les responsables et certaines firmes… sans punir l’économie québécoise et tous les gens honnêtes de cette industrie.

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Vendredi 26 avril 2013 | Mise en ligne à 16h33 | Commenter Commentaires (49)

Les gens aiment Gérald Tremblay

Gérald Tremblay (photo La Presse)

Gérald Tremblay (photo La Presse)

Si je me fie au courrier reçu aujourd’hui, les gens sont incapables d’en vouloir vraiment à Gérald Tremblay.

Y a rien à faire, tout le monde le trouve sympathique.

“Vous êtes trop sévère! Vous avez perdu tout sens de la mesure!” m’écrivent des lecteurs de ma chronique du jour.

Savez-vous quoi? Moi aussi je le trouve sympathique. C’est un homme sans méchanceté apparente. Il se voit honnêtement faire le bien. Évidemment qu’il a “fait des bonnes choses pour Montréal”. La ville s’est embellie, les finances sont plus saines, son administration a effectivement réussi à “sauver” quelques événements et institutions importants.

Mais en même temps, dans tellement de dossiers majeurs, il hésité à se mouiller –le CHUM, le casino.

Et, surtout, cette commission d’enquête ne porte pas sur Gérald Tremblay le maire. Encore moins Gérald Tremblay l’homme. Elle porte sur la corruption, la collusion et le financement politique.

Or, aussi sympathique qu’il soit, à ces trois chapitres il n’a pas su agir à temps et avec suffisamment de fermeté. Il a été l’instrument passif et indispensable de ce système.

Quand on le voit dire “merci” à Bernard Trépanier, lors d’un événement de financement, deux ans après l’avoir congédié pour tentative de fraude, on a devant nous ce maire-là: incapable de sévir. Incapable de fermeté. On pourrait dire bonasse. On pourrait aussi dire que ça faisait bien son affaire: d’autres faisaient marcher ce parti de manière un peu inavouable… Lui remplissait sa mission, ma foi, presque divine.

Voilà la faillite de ce maire.

Bien sûr qu’il n’est pas au même niveau que les Zampino, Trépanier, Sauriol. Bien sûr qu’il n’était pas partie du complot criminel.

Mais s’entourer aussi mal aussi longtemps, ne rien voir aussi longtemps, c’est ce que j’appelle de la niaiserie. Et la voir exposée aussi candidement est exaspérant. Encore aujourd’hui, il est incapable de nous dire: savez-vous, peut-être que quelqu’un a fait du financement illégal; peut-être qu’il y a eu des 3%; moi, je ne voyais que les rapports officiels.

Non. Il dit: c’est im-pos-si-ble.

Ça, c’est très, très exaspérant.

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