Yves Boisvert

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    Yves Boisvert est chroniqueur à La Presse depuis 2000, après avoir été chroniqueur judiciaire pendant 10 ans.
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    Mardi 12 juin 2012 | Mise en ligne à 0h05 | Commenter Commentaires (24)

    Caballo blanco, le coureur libre

    Micah True, courant dans Copper Canyon (photo NY Times)

    Micah True, courant dans Copper Canyon (photo NY Times)

    Samedi, je parlais de François Bourdeau, un Montréalais qui est allé vivre cinq semaines avec Caballo Blanco, dit Micah True, et a participé à cette course maintenant mythique dans le Copper Canyon du Mexique avec les Tarahumaras,

    D’abord, un rectificatif: le blogue de course de François Bourdeau, qui est allé vivre cinq semaines avec Micah True, s’appelle Flintland.

    True, présenté au grand public dans Born to Run, est un personnage hors du commun et… hors commerce, pour ainsi dire.

    Le New York Times en a fait un récit sublime, la semaine dernière, quelques semaines après sa mort.

    “Run free”, disait-il. Sans compter le temps, sans tout mesurer, sans gadgets, juste pour respirer et se sentir vivre.

    C’est un sentiment que j’ai eu des fois, mais j’avoue ne pas avoir cette simplicité dans ma vie de coureur de tous les jours…

    J’ai des comptes à régler avec le temps. Des rêves de Boston.

    C’est normal, docteur?

    Je mesure tout, je calcule mes courses avec un GPS et je vise des performances.

    C’est pas un idéal. C’est un moyen.

    Mais dans chaque course, je me force à regarder autour, à respirer pour respirer… Avant de rediriger mes pensées sur cette foutue performance.

    Un jour, peut-être, quand j’aurai touché le bout du “meilleur temps”, je m’en libérerai…

    Y a tout de même un plaisir à retrancher des secondes, de temps en temps.

    Mais j’avoue, je ne suis pas un coureur vraiment libre. À libérer, sans doute.


    • Le temps est une obsession moderne.

      C’est pourquoi True a choisi de teminer ses beaux jours avec ce peuple qui ne vit pas pour le temps et l’argent. Sa philosophie de course lui était imposée par sa philosophie de vie elle-même. Liberté.

      Un bel exemple que, malgré qu’il y ait d’innombrables avantages, nous passons à coté de bien des choses dans nos sociétés modernes. La liberté. L’instant présent. Parfois même du bonheur lui-même.

      Merci pour cette chronique, je ne connaissais pas l’histoire de cet homme avant aujourd’hui.

    • j’ai adorer cette article et j’essaie d’être un coureur libre le plus possible

    • C’est une philosophie qu’on devrait avoir dans tous ce que nous faisons. On ne fait pas à souper parce qu’il faut manger, mais parce que l’activité peut être plaisante en-soi. La vie serait plus belle pour tous si on avait cette capacité à vivre pleinement le moment présent sans se soucier du résultat.

    • Vous avez bien raison .De toute facon Mr.Boisvert si vous vous qualifier à Boston après vous allez vouloir vous qualifier pour N-Y.On veux toujours donner le meilleur de soi et faire des PR.Je sais même pas si je cours pour le plaisir ?pour l’adrénaline(qu’on a pas à chaque fois on s’entend ) 24km un mardi soir c’est un plate :).Je cours même pas pour la santé.J’en ai pas grand chose à ciré je l’avoue.Je dois avoir ca dans mes gênes.Je recommence à lire Born to run grace à votre chronique.J’ai pas lû complètement le livre la première fois.Je trouvais ca long.Je vais cette fois ci le lire au complet.Trouver le sens ! Vous courez pour quoi vous Mr.Boisvert ?

    • Bonjour M. Boisvert, vous dites:

      … Je mesure tout, je calcule mes courses avec un GPS et je vise des performances. …

      Je vous lis régulièment et on ne peut dire que vous venez de me surprendre. Un esprit rationnel qui analyse et décortique tout, je ne m’attendais à rien d’autre. Comme j’aime bien
      vous lire, j’espère que vous ne changerez pas … trop :-).

      … “Run free”, disait-il. Sans compter le temps, sans tout mesurer, sans gadgets, juste pour respirer et se sentir vivre. …

      En effet, regarder passer la vie, ça doit être plaisant! Vivre dans le moment présent, ce qui n’est clairement pas ce que nous faisons, nous qui sommes toujours à la course pour finir quelque chose et en train de planifier les prochaines choses à faire.

    • Superbe chronique ! Ce n’est pas la première fois que je vois des études sur la course à pied nu. J’ai un peu de misère à y croire, surtout sur une surface dure comme l’asphalte.

      Je sais que c’est un gaget, loin des moyens des tribus de cet article, mais est-ce qu’un lecteur ou vous-même avez essayé les semelles de pied vibram (five fingers) ? Il parait que ça donnerait le tonus justement aux muscles du pied qui le protégeraient des blessures. J’ai des doutes … Je crois plus aux semelles en pneu de caballo blanco ou carréments aux pieds nus (et à l’altitude) éthiopiens. Mais elles ont fière allure et j’aimerais bien l’avis de quelqu’un pour démystifier le vrai du faux. Si c’est vrai qu’elles préviennent les blessures. Une sorte de sandale prevenant l’infernale petite garnotte entre le pied et la sandale.

      C’est vrai que c’est le fun de courir, le soir, avec les lucioles, sans MapMyRun qui te dit d’un ton robotique : 1,6 kilometer, pace 9.2 min per mile, 6.4 kilometer per hour … D’entendre les barbottes dans la rivière, de s’extasier devant le crépuscule. D’espionner les voisins, de vivre le quartier. Explorer à un autre rythme que l’auto, sans se pousser à fond. Pour le plaisir. Un peu comme la rando. Faut être extatique pour vivre ça, ne pas voir la course comme un sport (de compétition avec soi même), mais comme un hobby.

    • La liberté viendra Yves. L’automne dernier à l’arrivée du marathon de Niagara Falls à proximité des chutes sous un soleil resplendissant, les arcs en ciel devant mes yeux, le temps n’avait vraiment plus d’importance, 4h15 ou 4h17, j’ai choisi le 2 minutes de plus. Un moment de pur bonheur. Ma conjointe qui m’encourageait, ne comprenait pas pourquoi je ne terminais pas en repoussant mes limites. J’avais décidé de savourer chacune des 120 dernières secondes et de bien graver ces images dans ma tête.

    • Merci Yves pour cet autre article très intéressant sur la course. C’est très difficile pour les coureurs, de nos jours, de résister à l’appel de la technologie. Pour ma part, je porte toujours lors de mes courses ma montre GPS. J’essaie de ne pas trop la regarder, mais je l’ai réglée pour qu’elle bippe à tous les kilomètres, alors machinalement j’y jette un coup d’oeil juste pour vérifier si le rythme se maintient…

      Mais par contre, je n’ai jamais porté de ipod ou de bibites du genre. J’aime trop entendre la musique ambiante, les p’tits oiseaux, le bruit du vent dans les arbres, le bruit de mes pas et de ma respiration. Ça fait longtemps que je me suis persuadé que le parc de la Gatineau ne sentirait pas aussi bon si c’est plutôt U2 que j’avais dans les oreilles.

    • Je suis personellement un très mauvais coureur, ma meilleure performance étant 2h18 pour un demi-marathon. C’est à l’instant précis où j’ai cessé de me chronometrer que j’ai commencé à aimer courir. Je vous le souhaite un jour.

    • Moi aussi j’ai “des comptes à règler” avec le temps. Des rêves de Boston aussi. Est-ce que cela fait de moi un prisonnier de la course ? Non, car je retire un grand plaisir à courir avec une structure d’entraînement qui aurait rendu malade d’ennui Caballo Blanco. Mais il est vrai qu’il m’arrive de penser à comment serait une saison sans montre Polar, sans programme structuré, sans calendrier de course, etc. De toute évidence je ne suis pas rendu là car je reviens toujours à une structure d’entraînement serrée. La raison est que j’en retire de grands bénéfices. Mais je suis prêt à croire qu’un jour je pourrais en avoir assez de ces “exigences” que j’ai envers moi et décider alors de courir plus librement. L’avenir le dira…

    • J’ai fait le demi d’Ottawa en mai dernier et j’ai couru sans montre… je me sentais vraiment comme un extra terrestre parmi tout les autres coureurs ! Mais ce fut une course vraiment agréable et quelle belle organisation ils ont. Il faut dire que j’ai suivi un collègue qui visait 1h30. Le premier 10k j’ai trouvé ça pas mal rapide mais j’ai tenu bon. Dans le deuxième je me suis rendu compte qu’il me restait pas mal de jus et j’ai pris de la vitesse pour terminer en 1h25. Morale de cette histoire ne perdez pas le lapin de vue si vous laissez votre Timex à la maison !!! : )

    • Je crois qu’on doit faire comme on aime, c’est tout. Si vous aimez vraiment tenir compte des temps, distance, faire des “negative splits” etc…je ne vois pas pourquoi s’en priver. On demeure autant libre que de simplement courir pour courir. C’est juste des choix alors pourquoi parler de “libération”? D’ailleurs un n’empêche pas l’autre: je pars souvent sans montre, gps etc…et je reviens souvent aussi à cet attirail, totalement ou partiellement. Ce ne serait pas ça la liberté? Merci dans tous les cas pour vos écrits sur la course…moi qui l’avait demandé dans votre dernoer blogue sur les étudiants et le GP, me voilà donc bien servi!

    • Copper Canyon !! J’y ai fait un trek de 6 jours avec ces Tarahumaras. Le défi à cet endroit, c’est de résister à ne pas s’arrêter afin d’admirer ce merveilleux paysage.

    • @écoutebien,

      La liberté c’est l’argent. Un peuple pauvre qui n’a que la course comme richesse ne vaut pas cher la livre. Notre belle vie moderne, notre science , notre technologie…etc ne se sont pas développés sur l’air du temps et la fainéantise, mais sur la force du travail et l’ingéniosité.

      Notre vie moderne n’empêche personne de fixer un temps de jogging dans son horaire. C’est tellement facile, voire primaire et primordial.

      Devinez ce que cet homme va faire lorsqu’il sera vieux et malade ? D’après moi, il va revenir dans notre monde moderne pour se faire soigner.

    • J’oublie ma montre chrono (sans GPS ni rien) la plupart du temps que je vais courir, et je m’en porte très bien merci. Je suis un bon coureur (37min/10k, 1h24/21k) et je cherche à m’améliorer, mais courir aux sensations est la manière la plus agréable et la plus profitable pour moi.

      Je fais des intervalles naturels en fonction du terrain ou de point de repères, je planifie grossièrement mon entraînement hebdomadaire selon mon niveau de fatigue, le calendrier de courses et l’horaire de travail. Je profite de chaque sortie pour sentir la fluidité des mouvements et la vitesse, pour voir le paysage défiler, pour contenir ma respiration et mes battements.

      S’il y a une chose à laquelle je pense, c’est la technique, car tout par de là. Je me concentre sur ce que je fais, courir, et non pas sur un calcul quelconque. Peut-être puis-je me permettre cette liberté car la course n’est pas mon entraînement principal (je suis triathlète) et que je ne cours donc pas si souvent… Je me mesure alors en compétition, et les temps sont toujours de belles surprises!

      Tout ça pour dire que la recherche de performance n’est absolument pas inconciliable avec la recherche de liberté… La connaissance de soi, de sa mécanique et de sa physiologie, permet de tendre vers cette convergence.

      Bonne course!

    • Pour se soigner du chrono, y a aussi l’option – vous la connaissez peut-être – qui consiste à lire plusieurs fois le manuel Comment j’ai réussi à me libérer de ma foutue Garmin. Un truc en 8 étapes et une prière. On peut aussi faire de l’acupuncture. Mais c’est plus coûteux. Et faut y croire. Retrancher du temps, dites-vous? Ne cherche-t-on pas, partout ailleurs, à en gagner? Paradoxal. Mais ô combien intéressant. Ce dimanche, à Brome, un dossard, et pas de Garmin. C’est sûr. Et tant mieux si un peu de temps s’ajoute en plaisir. (Bon, faut dire que lorsqu’on n’a pas Boston en tête, on a l’air relaxe, comme ça. Vraiment cool. Vraiment, vraiment cool en apparence…)

    • @fleurdelys76 et tous ceux qui veulent apprendre à bien courrir, soit nu pieds, soit avec des souliers minimalistes, barefoot ou autre
      voici un lien (en anglais) qui donne toute l’info nécessaire, en plus de test de souliers, et quelques videos
      http://naturalrunningcenter.com/

      sinon, oui, la course devrait sen fair een prenant le temps de regarder les alentours.
      Mr boisvert, svp, plus de chroniques de course et moins de choses inintéressantes ;o)
      si vous voulez faire des belles course, on se fait un rendez-vous pour le marathon de Chamonix (http://www.montblancmarathon.fr/), en 2013 0u 2014, ou l’ultra du monastère du Grand St-Bernard (http://www.trailvsb.com/)
      Des beaux paysages, qui nous font oublier la difficulté

    • Je lisais justement une chronique dans Runner’s World où l’auteur se demandait pourquoi courir lorsqu’on est pas un mordu de la course. Je m’y suis reconnue car bien que ça fait 3 ans que je m’y suis mise, je trouve facilement des excuses pour sauter une session et je ne suis pas du genre à qui ça manque lorsque cela fait quelques jours que je n’ai pas couru. En d’autres mots, je reconnais que je ne serai jamais du type Née pour Courir et que je dois me trouver d’autres motivations pour attacher mes lacets. Comme finalement m’inscrire au 5K du Marathon de Mtl :)

    • Mon premier marathon, il y a huit ans a été couru sans gadgets, je l’ai fait en quatre heures, cette saison, j’ai fait Ottawa avec les gadgets, 3heure 17. C’est bizarre, mais celui dont je suis le plus satisfait, c’est le premier, et pourtant, je continue de courir avec les gadgets. J’ai l’impression qu’on pourrait parler d’aliénation. Nous savons que s’éloigne de quelque chose d’authentique, mais nous continuons, avec parfois comme prétexte, Boston ;). À suivre.

    • @la_soldate,

      Ne jurez de rien. Je vous conseillerais d’allonger lentement vos courses en préparation pour des 10, 21.1 km, et ensuit… le marathon ? Si vous vous contentez de faire des 5 km, vous allez vous ennuyer et les bénéfices pour la santé ne se comparent même pas.

    • @ fondule

      Votre commentaire est vraiment bien formulé! C’est à quelques virgules prêt la façon dont je m’entraîne. Même dans une optique de performance, je suis plus lent que vous par contre!, j’oublie la montre et me concentre principalement sur ma biomécanique et mon environnement immédiat. Je dose aussi mes intensités en considération du rythme de ma progression et de mes objectifs à long terme et à court terme que je tiens toujours à ma vue et que j’actualise régulièrement.

      En fait, je cours selon deux états d’esprit. L’un consiste à penser en association, i.e. très concentré sur la technique et la mécanique de la course. Prendre conscience de ce qu’on fait. L’autre consiste à penser en dissociation, i.e. laisser son esprit divaguer à toutes ses pensées peut-importe qu’elles soient en lien avec la course ou non, l’esprit léger. Je conçois ce jeu d’esprit comme complémentaire. Comme un groupe de muscles et ses antagonistes peuvent l’être.

      Performances et recherche de liberté ne sont absolument pas incompatible. Je suis tout-à-fait d’accord avec ça!

      Bonnes courses !

    • @fondule, 13juin 10h46

      Je partage une approche semblable à la vôtre, supportée par la connaissance de soi, de l’introspection et du senti…(ce fameux mot à la mode…). Dès ma première course, je me suis senti libre comme l’air. D’ailleurs, je flottais littéralement en dedans, comme une sorte de liberté qui me demandait d’aller plus loin, encore plus loin. Le plaisir de courir ou la tentative de vouloir décrire et d’exprimer ce qu’on ressent comme plaisir est vil puisque c’est idiosyncrasique. Une expérience profondément personnelle.

      Et svp monsieur Boisvert, plus d’articles sur la course hein?

    • Bonjour monsieur Boisvert

      Je suis “hors propos” mais je tiens à le souligner.

      Le titre (accrocheur? faut bien qu’il le soit un peu, non?) m’a accroché et votre chonique m’a séduit (ouf!). Et j’ai lu les commentaires, tous, en éprouvant un double plaisir (double ouf!). D’abord, des “connaisseurs”vos coureurs, monsieur Boisvert. Puis, (possible ex-déformation professionnelle) la qualité du français des intervenants: jamais, oui, oui jamais je n’ai lu un ensemble de commentaires d’un blog formulés avec un tel souci de clarté de la langue. Faut-il déduire que certains profitent de la ’solitude’ de l’entraînement pour reviser mentalement Grevisse?

    • Je croyais être la seule a courir ainsi: courir pour simplement courir sans artifice sans gadget sans musique Ipos et cie afin de se motiver, sans bidule pour mesurer son rythme cardiaque à part de bons souliers et des lunettes en raison du soleil et de mes yeux pâles. Courir pour le plaisir de sentir son corps et pour libérer son esprit. J’ai toujours cru que je ne pourrais courir ayant eu une opération importante au genou gauche. Puis un jour, tannée de faire de la marche rapide j’ai débuté une course très lente très légère. J’ai poursuivi mes courses hiver (même à -20) comme été, mais surtout le soir: c’est plus calme. Une ombre est venue noircir mes courses: s’améliorer, courir plus longtemps en moins de temps… et c’est à partir de ce moment que je me suis blessée. Je reviens à ma motivation premiere: simplement courir Run Forest Run. Fuck la performance. Oui je ferai une épreuve au Marathon de Mtl tout comme l’année derniere. Mais mon temps je m’en ta……k Mon corps et mon esprit seront en harmonie et voilà ce qui m’importe. Boston … non pas vraiment mais courir sur de la terre battue comme à Copper Canyon : volontier. Cela me fera changement des terres pleins sur lesquels je coure! Allez courrez mais svp courrez avec vous et non contre vous !

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