
Illustration André Rivest La Presse
La question se pose, évidemment, puisque les faits sont aussi horribles qu’incontestables.
Pourquoi, si Guy Turcotte se reconnaît l’auteur du meurtre de ses enfants, doit-on lui faire un procès?
Pourquoi, demande un lecteur, cet “étalage” pénible de faits à peu près insupportables?
Les mêmes questions se posaient dans le procès de Francis Proulx, meurtrier de Nancy Michaud. J’en ai parlé à l’époque.
Ce n’est évidemment pas par complaisance, par goût du morbide.
C’est parce qu’un crime a deux composantes.
Une matérielle: l’acte illégal.
Une morale: l’intention coupable.
Depuis des siècles déjà, on reconnaît qu’une personne qui n’a pas conscience de ses actes ne peut pas être déclarée coupable d’un crime.
On appelait ça autrefois la défense de folie. Aujourd’hui, on appelle cela la non-responsabilité pour cause de troubles mentaux.
Toute la question ici est de savoir si Guy Turcotte, au moment de tuer ses enfants, avait toute sa tête –je dis ça en termes non juridiques.
Pouvait-il différencier le bien du mal, selon la formule consacrée.
Un jury de gens ordinaires en décidera.
Il y aura donc débats entre experts psychiatres, c’est à prévoir.
Et ce n’est pas pour rien que la poursuite comme la défense portent la plus grande attention au comportement de l’accusé dans les heures qui ont suivi l’événement: qu’a-t-il dit lors de son arrestation, à l’hôpital, etc.?
On veut tenter d’établir son état d’esprit au moment de l’acte.
Il ne s’agit pas d’un “étalage”, et le but n’est pas de satisfaire la curiosité médiatique.
Il s’agit, très douloureusement sans doute, d’examiner les faits, et de tenter de déterminer si Guy Turcotte est “coupable” au sens de la loi.
C’est un exercice qui dans certains cas est particulièrement difficile, et ce n’est pas pour rien que le juge Marc David a averti les candidats jurés avant la sélection du jury: cette cause n’est pas pour tout le monde.
Il arrive que rendre la justice exige plus que d’ordinaire.
C’est un de ces cas, et personne, j’en suis convaincu, ayant suivi cette cause, n’en sortira tout à fait indemne.
Le public, par ailleurs, n’est pas obligé de lire ou d’écouter les compte-rendus de cette tragique affaire.
Mais pour rendre un jugement, on ne peut pas faire l’économie des faits les plus insupportables.
Alors n’allons pas trop vite.
La justice ici a besoin d’exposer tous les faits. C’est son travail. Elle n’a pas à être plaisante, pas plus qu’elle ne cherche à être spectaculaire.
Patience, écoute…
Et pour ceux qui trouvent la chose insupportable, ce qui serait une chose parfaitement normale, il n’y a qu’à regarder ailleurs pendant que ce travail se fait.
(Je ne prendrai aucun commentaire sur la cause, le procès étant devant jury)
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