Yves Boisvert

Archive du 30 mars 2011

Mercredi 30 mars 2011 | Mise en ligne à 16h17 | Commenter Commentaires (50)

L’improbable fin de l’affaire Fabrikant

Le palais de justice de Montréal: il en a visité presque tous les étages (photo archives La Presse)

Le palais de justice de Montréal: il en a visité presque tous les étages (photo archives La Presse)

C’est une sorte d’exploit judiciaire.

Le juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland, a réussi à entendre au complet le procès que faisait Valery Fabrikant à d’anciens collègues professeurs de génie. Il a même réussi à rendre un jugement sur le fond.

(le jugement est ici; voir également l’article de Christiane Desjardins.)

“La Cour espère sincèrement que (les personnes poursuivies abusivement par Fabrikant) pourront maintenant aller de l’avant dans leur vie et tourner la page sur ces événements tragiques”, écrit le juge Rolland en conclusion de cette décision qui rejette totalement les allégations de l’assassin de Concordia.

Pourquoi est-ce un exploit?

Parce qu’après des années de procédures contre la Terre entière, on ne se souvient pas d’une cause de Fabrikant qui se soit terminé à peu près normalement.

Son procès pour quatre meurtres et une tentative de meurtre s’est conclu par l’interruption de son témoignage-fleuve et de sa propre plaidoirie.

Les deux tentatives de procès dans le dossier civil s’étaient conclues par la récusation des juges, qui ne pouvaient plus supporter de se faire insulter (il prétendait que des profs de génie à Concordia avaient volé ses idées et l’avaient forcé à mettre leur nom sur ses articles, sans y avoir contribué).

Une poursuite contre The Gazette pour atteinte à sa réputation s’était également terminée par son congédiement de la cour.

Bref, Fabrikant a usé à son extrême limite la patience judiciaire. Et au-delà. Et c’est bien parce que la Cour d’appel a forcé la Cour supérieure à entendre cette affaire jusqu’à la lie que le juge Rolland a décidé de s’en charger lui-même.

Ce fut pénible, comme d’habitude, mais le juge Rolland est allé jusqu’au bout.

Il a même visité la cellule de Fabriklant pour voir s’il avait raison de se plaindre de la malpropreté. Il lui a donné tort, mais lui a obtenu un téléphone, un manteau et des chaussettes!

Ça n’a pas empêché Fabrikant de traiter tout le monde de menteur et d’accuser le juge d’avoir tenté de l’assassiner par un jugement rendu en 2000 (quand il a été déclaré plaideur vexatoire).

Rien que ça…

Conclusion de ce jugement de 32 pages?

Fabrikant n’a jamais été forcé d’inscrire le nom de ses collègues. Il l’a fait librement, pour son propre avancement, avant de les traiter de fumistes. Toutes les instances académiques qui se sont penchées sur la question ont donné raison aux professeurs.

Qui plus est, l’action est “prescrite” à plus d’un titre: il a mis trop de temps avant de poursuivre.

Au fait, la seule cause citée par Fabrikant sur le sujet concerne un étudiant dont l’article avait été pris carrément par un prof, qui y avait apposé son nom –et retiré celui de l’étudiant. L’étudiant avait eu droit à 7500$. Fabrikant, lui, était signalé comme l’auteur principal –sauf dans un cas–et sa cause ne se compare pas du tout.

C’est donc la fin des aventures judiciaires de Fabrikant, qui a pris la peine de dire qu’à ses yeux, il n’y a eu aucun crime, puisqu’il a été “provoqué”, comme il dit.

La fin? Il reste un recours en appel, remarquez.

Le plus triste est peut-être ce qu’a dit un des profs injustement poursuivis. Il se sent responsable de ce qui est arrivé. La pire erreur de ma vie, a-t-il dit, est d’avoir embauché ce type.

Lire les commentaires (50)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    mars 2011
    L Ma Me J V S D
    « fév   avr »
     123456
    78910111213
    14151617181920
    21222324252627
    28293031  
  • Archives

  • publicité