Yves Boisvert

Mardi 23 juillet 2013 | Mise en ligne à 16h31 | Commenter Commentaires (104)

Qui va payer pour MMA?

Eward Burckhardt, président de Rail World (photo La Presse)

Eward Burckhardt, président de Rail World (photo La Presse)

En voyant que la mairesse de Lac-Mégantic a été obligée d’envoyer une mise en demeure à la Montreal Maine & Atlantic pour qu’elle paie ses équipes de nettoyage, on peut commencer à se poser de sérieuses questions sur la solidité financière de cette société.

MMA n’a même pas eu assez d’argent, ou n’a pas voulu en débourser suffisamment, pour bénéficier des subventions gouvernementales pour la restauration du réseau ferroviaire.

N’allons pas penser que cette société roule sur l’or.

Quelles sont les chances réelles de lui faire payer pour les dommages?

Pas seulement les frais de nettoyage et de décontamination, mais les dizaines, voire les centaines de millions de dommages de toutes sortes dont elle s’est rendue responsable –pertes de vie humaine, destruction d’édifice, perte de revenus, etc.

J’ai bien peur que les chances soient très, très minces.

Pas de problème, me direz-vous: MMA est détenue par une société, elle-même propriété du holding Rail World, détenu privément aux trois quarts par Edward Buckhardt.

Le recours collectif déposé en catastrophe la semaine dernière vise non seulement MMA, mais aussi sa compagnie mère et le holding… ainsi que les administrateurs, le conducteur… et même Irving, à qui était destiné le pétrole.

Juridiquement, c’est pour le moins fragile.

Normalement, les entités corporatives sont indépendantes et un holding, au Canada, ne sera pas tenu responsable des fautes des sociétés qu’il détient.

Quant aux individus, sauf faute lourde ou fraude, il est difficile de les tenir personnellement responsables, dans l’éventualité peu probable où l’une des personnes visées serait immensément riche.

Irving? Ce serait du droit tout à fait nouveau, pour ne pas dire loufoque, si l’on réussissait à tenir responsable une société qui doit se faire livrer une marchandise parce que le transporteur a commis une faute. Sauf des faits inconnus, ce recours ne paraît pas très sérieux en droit strict.

Reste MMA elle-même. Que vaut-elle? des rails, de l’équipement… Mais pour combien?

Reste surtout les assureurs.

On ne connaît pas l’ampleur de la couverture d’assurance, ni les termes des polices.

Mais vu l’ampleur des dégâts, croit-on vraiment que les assurances couvriront tout ça?

Bien des choses peuvent survenir. Bien des complexités juridiques et judiciaires sont à prévoir –car les recours touchent les États-Unis et le Canada.

Mais MMA n’est pas BP –qui a versé 42 milliards en compensations diverses aux États-Unis après le déversement de 2010 dans le Golfe du Mexique.

Sous le poids des poursuites, pourra-t-elle survivre?

Si elle fait faillite… Il faudra voir comment les assurances couvriront. Mais aller chercher des sommes aussi considérables auprès des autres sociétés impliquées de près (et surtout) ou de loin sera une tâche très, très hasardeuse…

C’est pourquoi à la question: qui va payer pour les fautes de MMA?

La réponse est probablement: un peu, beaucoup… nous autres.

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Mercredi 10 juillet 2013 | Mise en ligne à 11h02 | Commenter Commentaires (176)

Il est très tard pour bien faire, M. Burckhardt…

Colette Roy-Laroche (photo La Presse)

Colette Roy-Laroche (photo La Presse)

Des fois il est trop tard pour bien faire.

Nous sommes mercredi matin à Lac-Mégantic et on se demande encore si Ed Burckhardt, président de Rail World, qui possède Montreal Maine and Atlantic Railway, va s’adresser aux gens de l’endroit.

Il y a 60 disparus.

Le centre-ville est rasé.

Le deuil est partout.

Mais cinq jours plus tard, c’est à coup d’entrevues forcées ou faites au hasard que cette compagnie s’est exprimée.

Dans une entrevue improvisée hier soir, à laquelle j’ai assisté, le président de MMA, Robert Grindrod, a offert ses condoléances et reconnu une part de responsabilité. Grindrod, en ville depuis trois jours, est le président de cette compagnie basée dans le Maine, mais le vrai grand patron est Burckhardt.

Mais c’est parce que Philippe Teiscera-Lessard a quasiment forcé Grindrod à venir nous parler!

Autrement une entrevue ici, une autre là, tantôt ils disent qu’ils ne savent pas, tantôt Burckhardt dit que les pompiers de Nantes ont pu être la cause du desserrement des freins… Et enseuite Grindrod reconnaît qu’un de ses employés était présent avec les pompiers!

N’importe quoi.

On devine que les meilleures communications du monde ne les rendront pas sympathiques ici. Ils sont propriétaires du train qui a tué des dizaines de personnes.

On comprend qu’ils ne savent pas tout. Personne ne comprend encore ce qui est arrivé.

Mais M. Grindrod est en ville depuis trois jours et il n’a donné aucune conférence de presse.

Pour dire quoi?

Au moins ce qu’il a dit hier: nous offrons nos condoléances, nous allons apporter toute l’aide qu’on peut, nous allons vous aider…

S’ils ne se cachaient pas derrière le manque d’informations pour ne pas apparaître publiquement, on ne sentirait pas, en plus, le mépris.

Pas étonnant que la mairesse, Colette Roy-Laroche, mette en garde Ed Burckhardt.

Pensez-vous que s’il y avait 60 “disparus” après un déraillement en Illinois, ou en Utah, disons, le président aurait mis cinq jours –5 JOURS– à se rendre sur place?

La colère est partout ici.

Et les gens de MMA l’ont bien cultivée.

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Mardi 9 juillet 2013 | Mise en ligne à 22h54 | Commenter Commentaires (52)

Rencontre avec le président de MMA

Robert Grindrod

Robert Grindrod

Il était 20h quand notre collègue Philippe Teiscera-Lessard a reconnu Robert Grindrod à la table du restaurant près de lui à Lac-Mégantic –il y a à peu près trois restaurants ouverts.

Bob Grindrod est le président de la Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMA), une entreprise dont le siège social est dans le Maine. MMA est propriétaire du chemin de fer qui a causé le carnage de samedi.

À ne pas confondre avec le président du holding Railway World, Ed Burckhardt, dont la MMA n’est qu’une division.

Nous nous précipitons donc dans le parking du motel Quiet, où M. Grindrod nous donne une entrevue.

“Nous offrons nos condoléances aux gens de Lac-Mégantic, nous avons notre part de responsabilité et nous allons faire tout ce que nous pouvons… Mais pour ceux qui ont perdu des proches, je ne peux rien, croyez-moi je voudrais bien, mais je ne suis pas Dieu…”

Il était temps que les expressions minimales de sympathie arrivent. On ne les avait pas entendues encore.

Quant à la manière chaotique dont la MMA a communiqué avec les gens d’ici, il ne parle pas d’erreur mais dit que “ça ne s’est pas passé comme j’aurais voulu.”

Il voulait d’abord parler à la mairesse, dit-il, mais il n’arrivait pas à lui parler, tant elle était occupée.

L’homme est en ville depuis trois jours!

Il voulait d’abord vérifier les faits.

Or, les faits… sont encore nébuleux.

Oui, un représentant de MMA était bel et bien sur les lieux, à Nantes, vendredi en fin de soirée vers 23h30, quand des pompiers ont été appelés à éteindre un incendie de locomotive.

Cet employé a vu que le feu avait été éteint. Il a fait le tour. Il a quitté.

Que s’est-il passé plus tard, vers 1h de la nuit, quand ce train est parti tout seul pour fondre sur la ville, 10 km plus bas?

“Je ne le sais pas.”

Pourquoi ne pas avoir surveillé le train?

Le feu était éteint, tout était en ordre, répond M. Grindrod. Il est de pratique courante, partout en Amérique du Nord, de laisser des trains sans surveillance pendant quelques heures: ils sont sécurisés et normalement il n’est pas possible de les mettre en marche facilement.

Mais après un incendie, sachant que 73 wagons de fuel étaient sur la voie ferrée, n’aurait-il pas fallu qu’un employé demeure sur les lieux?

Tout avait l’air en ordre…

Admet-il la responsabilité de MMA? En partie, sans doute, mais on ne sait pas jusqu’à quel point.

L’entretien?

Les rails étaient inspectés selon les normes de Transport Canada avec des outils très sophistiqués, dit-il.

Comment se fait-il qu’aucun dispositif n’existe sur les locomotives pour alerter en cas de départ involontaire?

“Ce n’est pas Star Wars, un tel outil n’existe pas.”

Oui, mais même les camions de UPS ont un GPS…

“Dans notre industrie, une telle chose n’existe pas.”

Il se dit très frustré de ne pas pouvoir aller sur les lieux du sinistres pour fournir l’aide dont il est capable: plusieurs employés sont sur place –spécialistes de la qualité de l’air, de contrôle des substances chimiques, bref toute une équipe pour nettoyer.

“Mais je comprends que la police a un travail à faire.”

Quant à la rumeur selon laquelle la MMA a déplacé des locomotives pendant la nuit pour se faire ordonner de les rapporter par la police, elle est mal fondée: Transport Canada a demandé de déplacer des wagons demeurés à Nantes et de les diriger vers Montréal; mais un contre-ordre est venu ensuite du même ministère… Ce après quoi MMA a demandé ce qu’elle devrait faire exactement.

Sa compagnie risque-t-elle de périr dans le flot des poursuites et des coûts qui suivront?

“Je ne me soucie pas de ça du tout en ce moment; ce qui compte c’est d’essayer de nettoyer.”

“Je suis dans cette industrie depuis 1967 et j’ai atteint l’âge de la retraite; je n’avais pas l’intention de terminer ma carrière comme ça. Personne ne peut prévoir les suites de cet événement. Mais nous allons prendre nos responsabilités.”

Il dit qu’il entend compenser les victimes.

Combien vaut sa compagnie? C’est privé. Quel est le niveau de ses assurances? Il en a mais refuse de parler de ça.

La catastrophe a-t-elle eu des conséquences sur ses activités aux États-Unis?

“Non, et au Canada non plus.”

Pendant qu’il parlait, six jeunes hommes l’écoutaient au loin, les bras croisés, comme un symbole de la colère de Lac-Mégantic.

Il était temps que MMA commence à parler aux gens…

Cette ville est très fâchée et se sent méprisée, quelles que soient les raisons de cette pénurie de communication.

Mais en fait, c’est encore par hasard que ça s’est fait.

Aucun point de presse, aucune stratégie claire, que des entrevues ici et là, tantôt par le président du holding, tantôt par le président de MMA, tantôt par un membre du conseil (Yves Bourdon).

Il semble que le grand patron, M. Burckhardt, débarquera en ville mercredi.

Il est très tard. Mais au moins il arrive.

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