Yves Boisvert

Vendredi 24 mai 2013 | Mise en ligne à 16h12 | Commenter Commentaires (40)

Rob Ford n’a rien réglé

images-3

Sept journées d’attente pour deux phrases du maire de Toronto.

Deux phrases qui ne règlent rien:

“I do not use crack cocaine, nor am I an addict of crack cocaine.”

“As for a video, I cannot comment on a video that I have not seen, or does not exist.”

Traduction: je ne consomme pas de crack, ni ne suis dépendant à la cocaïne sous forme de crack. En ce qui concerne la vidéo, je ne peux pas commenter une vidéo que je n’ai pas vue, ou qui n’existe pas.”

Remarquez le choix des mots de Rob Ford: il ne commente pas la vidéo, il ne l’a pas vue.

Il déclare généralement qu’il ne consomme pas de crack. Il ne dit pas qu’il n’en a pas consommé avec les gens vus à tout le moins sur une capture d’écran diffusée partout dans les médias. Il ne dit pas qu’il n’en a jamais consommé. Il n’en consomme pas –au présent.

C’est plus prudent que le classique “I did not have sexual relations with that woman” de Bill Clinton.

Si jamais on met la main sur la vidéo, et qu’après expertise on l’authentifie, il aura tout le loisir d’avouer sa dépendance. Mais après une semaine, rien n’a fait surface… Aucun témoin, pas le moindre indice supplémentaire… Que ce récit un peu bizarre de deux journalistes du Star qui visionnent une vidéo dans un parking…

Et puis, voilà une semaine que l’affaire traîne et le site à potins Gawker, bien près d’avoir amassé les 200 000$ pour acheter la vidéo, affirme avoir perdu la trace du trafiquant somalien qui tente de la vendre.

De toute manière, ce type doit avoir peur de la police… S’il n’est pas citoyen canadien, il risque beaucoup si jamais on l’arrête.

Et puis: comment cette transaction peut-elle avoir lieu?

Le type de Gawker va apporter une valise de 200 000$ cash? Il lui donnera un chèque de 200 000$ qu’il ira encaisser dans une caisse populaire de Laval? Ça n’a aucun sens.

Entre-temps, donc, le maire se contente de nier avec des mots savamment choisis.

Mais il ne répond à aucune question, ce qui n’a aucun sens. Et même son comité exécutif réclame des explications, qui ne sont pas venues.

Non, vraiment, Ford n’a rien réglé.

Lire les commentaires (40)  |  Commenter cet article

 

Jeudi 23 mai 2013 | Mise en ligne à 23h51 | Commenter Commentaires (43)

L’abus de procédures de Lise Thibault

L'ex-Lieutenant-gouverneur du Québec, Lise Thibault

L'ex-Lieutenant-gouverneur du Québec, Lise Thibault

Sans la moindre surprise, la Cour suprême du Canada a rejeté jeudi la demande de permission d’appeler farfelue de Lise Thibault.

L’ex-lieutenant-gouverneure du Québec tente d’éviter son procès criminel en plaidant qu’elle jouit d’une immunité absolue en tant qu’incarnation de la Reine.

Un antique principe veut en effet que “The Queen (ou the King) can do no wrong”. En vertu de ce principe constitutionnel, il n’est pas permis de poursuivre le roi ou la reine, qui représentent l’État.

Antique, parce que jadis, le monarque jouissait d’une immunité absolue.

On n’en est évidemment plus là et même au Royaume-Uni, si la Reine s’aventurait à commettre un méfait, elle serait soumise aux rigueurs de la loi.

L’argument n’a pas été soulevé lors de l’enquête préliminaire de Lise Thibault. Ce n’est qu’après, en désespoir de cause, qu’elle a tenté sa chance avec cet argument. Rapidement rejeté en Cour supérieure. Et rejeté en… 13 paragraphes par la Cour d’appel du Québec!

Le plus haut tribunal au Québec écrivait notamment:

Le Canada est une monarchie constitutionnelle. Comme l’enseignent les professeurs Brun, Tremblay et Brouillet, le chef d’État (une personne désignée héréditairement) ou ses représentants personnels ont été dépouillés de tout pouvoir réel en vertu des règles constitutionnelles[2]. Au Canada, les pouvoirs de prérogative royale sont, en réalité, exercés par le gouvernement fédéral ou provincial. Le souverain ou ses représentants doivent agir conformément aux avis de leurs ministres[3].

La Cour suprême n’a évidemment pas jugé utile d’entendre cette cause.

La blague a assez duré. Il est temps que Lise Thibault cesse de se prendre pour un monarque du XVIIe siècle et qu’elle rencontre son juge: elle est accusée d’abus de confiance et de fabrication de faux pour des comptes de dépenses extravagants.

Que l’État fasse sa preuve, qu’elle se défende si elle le veut (après tout, toutes les autorités ont approuvé ses notes de frais), mais si ce procès n’a pas lieu dans de très brefs délais, c’est la justice elle-même qui sera tournée en ridicule.

Les faits, je le rappelle, se sont déroulés entre 1997 et 2007…

Lire les commentaires (43)  |  Commenter cet article

 

Samedi 18 mai 2013 | Mise en ligne à 22h25 | Commenter Commentaires (36)

Rob Ford: la vérité n’est pas à tout prix

Rob Ford exerce son droit au silence (Photo La Presse)

Rob Ford exerce son droit au silence (Photo La Presse)

Un gang de trafiquants de crack somaliens a mis en vente une vidéo censée mettre en scène le maire de Toronto, Rob Ford, fumant du crack et disant deux, trois trucs pas gentils sur Justin Trudeau et les jeunes de minorités ethniques de son équipe.

Ils réclament “dans les six chiffres”, donc au moins 100 000$, mais plutôt 200 000$, paraît-il.

Ces gens ont appâté deux journalistes du Toronto Star et leur ont montré cette vidéo d’une minute 30 secondes trois fois, le vendredi 3 mai.

Évidemment, le Star a refusé de payer. Et n’a rien diffusé sur le coup, incapable d’authentifier le document, ni évidemment le contenu de ce qui est fumé dans les pipes, si tant est qu’il s’agisse vraiment du maire Rob Ford.

Treize jours plus tard, un site à potins américain, Gawker, diffuse l’info, ayant vu la vidéo, mais ne l’ayant pas expertisée non plus.

Cette diffusion a précipité la publication de l’histoire dans le Star, plus gros tirage au Canada.

Et voilà que Gawker collecte de l’argent dans l’espoir d’acheter cette vidéo et, prétendument, de faire éclater la vérité.

On invoque même l’argument de la “sécurité” des vendeurs!

Les pauvres, voyez-vous, sont inquiets de ce qui peut leur arriver, et peuvent être obligés de déménager!

Quelle blague.

Voilà un site qui réussit à faire payer par un public voyeur une vidéo vendue par un gang criminel!

Ça promet pour l’avenir…

Quel bel encouragement pour les autres extorqueurs: allez prendre en embuscade des gens connus et vendez la vidéo, le public va envoyer de l’argent… à ceux qui vont faire de l’argent avec ça sur des sites à potin!

Le procédé est totalement répugnant, quoi qu’on pense de Ford.

Devant la cour comme comme dans les médias, la “vérité” n’est pas un principe qui écrase tous les autres. Sans quoi la police pourrait aller faire des fouilles sans mandat, des écoutes au hasard.

Gawker prétend donner l’argent à des organismes d’aide aux toxicomanes si jamais ils ne réussissent pas à acheter la vidéo aux trafiquants.

Ouais, ouais.

Donnez donc l’argent tout de suite à ces organismes.

Au moins ça fera oeuvre utile. C’est peut-être là, d’ailleurs, que devrait se rendre le maire de Toronto, pour une consultation…

Lire les commentaires (36)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Twitter

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    mai 2013
    L Ma Me J V S D
    « avr    
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    2728293031  
  • Archives