Quel avenir pour Montréal?

Archive de la catégorie ‘Ville centre’

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Certains voient dans mes textes sur l’exode des familles une «obsession»…

Drôle tout de même qu’on se fasse critiquer quand on survole les sujets de manière superficielle, puis qu’on se fasse attaquer quand on les traite en profondeur.

Cela dit, mon intérêt pour cet enjeu est simplement à la hauteur de son importance, tant il est crucial pour le devenir de Montréal.

D’abord, que la métropole perde un aussi imposant segment de la société québécoise (familles francophones de la classe moyenne) est en soi une mauvaise nouvelle. La vitalité d’une ville tient aussi à sa diversité, à la présence de toutes les catégories de la population, à l’hétérogénéité de ses quartiers.

Ensuite, la présence des jeunes familles de la classe moyenne est importante pour le maintien d’une offre de services diversifiée partout sur l’île, pour la préservation des équipements et activités (le Fort Angrignon a disparu, la Fête des enfants n’a pas eu lieu l’an dernier…), pour la vitalité des artères commerciales (on voit comment elles ont réussi à faire exploser l’offre commerciale de la banlieue).

Enfin, le maintien des familles francophones assure une certaine paix linguistique sur l’île, en préservant un équilibre entre les groupes linguistiques. Si aujourd’hui le PQ se sent permis de lancer de nouvelles attaques sur ce front, c’est en bonne partie parce que l’île se défrancise (en le faisant passer pour une anglicisation de Montréal).

Sur ce, je vous présente 3 nouvelles suggestions (et demie), celles de Christian Savard, directeur général de Vivre en ville :

- Une révision de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (LAU)

Actuellement, il n’est pas possible, ou très difficile, «d’imposer» par le zonage un nombre minimum de chambres. Pour le faire, il faudrait amender soit la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme soit la Charte de la Ville de Montréal. Évidemment, il y a toujours moyen de «convaincre» les promoteurs ou de «négocier» des unités familiales dans le cadre d’un changement de zonage; le bonus de densité en échange de compromis du promoteur, mais ce type d’approche n’est pas adapté à tous les milieux. Bref, une réforme de la LAU, plus ambitieuse que celle déposée par les libéraux avant l’élection, donnerait un bon coup de pouce aux différentes mesures favorables à la rétention des familles.

- Une politique agressive d’acquisition de terrains par la Ville de Montréal

Force est de constater que les limites de rentabilité des promoteurs privés, surtout si on les contraint à faire davantage d’unités familiales, moins payantes que les petits condos, seront rapidement atteintes. Par conséquent, le développement de logement social et l’autopromotion résidentielle devront être appuyés et soutenus afin de favoriser la création d’une offre adaptée à tous les types de besoins et de capacités. Pour cela, la Ville de Montréal devra se montrer agressive pour saisir toutes les opportunités d’acquérir les terrains à construire ou à densifier. Notre expérience et notre revue des pratiques à l’étranger nous montrent que le contrôle du foncier par la Ville est au cœur de la plupart des projets les plus intéressants. Quand la Ville est propriétaire du terrain, c’est pas mal plus facile de négocier ce qu’elle veut avec le privé. À la fin du processus, la Ville revend au prix coûtant son terrain au privé. Elle ne perd pas d’argent, mais elle a exactement le genre de projet qu’elle veut.

- Mettre fin au «deux poids, deux mesures» en transport

Il faut comprendre que l’avantage compétitif de la banlieue en matière de coûts est lié, en bonne partie, au fait qu’elle est fortement subventionnée, notamment dans le domaine des transports. Alors que la banlieue voit sans cesse s’étendre son réseau autoroutier, rendant toujours plus accessibles des secteurs toujours plus lointains, Montréal souffre du sous-financement chronique du transport collectif et n’a pas inauguré de nouvelle station de métro depuis 1988. Pour noircir encore le tableau, rappelons que les autoroutes qui permettent à toutes les villes périphériques de se développer sont payées à 100% par le gouvernement québécois, tandis que le transport collectif est principalement payé par les usagers et les villes.

Pour égaliser les chances et rendre la compétition plus juste, il est primordial de rééquilibrer les investissements de transport du routier vers le transport collectif. Cette stratégie a le double avantage de rendre l’économie de la région plus efficace et de faciliter la vie des familles montréalaises qui subissent, actuellement, les conséquences d’un réseau de transport collectif saturé.

- Offrir la gratuité du transport collectif aux enfants d’âge primaire

Une action simple mais qui ferait économiser des sous, en plus de leur faciliter la vie, à bien des familles montréalaises, serait d’accorder la gratuité du transport collectif aux enfants d’âge primaire accompagnés d’un adulte. Cette mesure ne couterait pas très cher à la Ville et serait une très bonne manière de montrer que Montréal s’occupe de ses familles.

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Il y a dix ans cette année, la Ville posait un premier geste pour retenir les familles sur l’île. Ce n’était pas une révolution, mais une évolution.

Montréal était alors une des dernières municipalités québécoises à s’intéresser aux familles, à les courtiser, à agir pour les attirer et les retenir. Et ce, même si ces dernières quittaient la métropole à grand rythme pour la banlieue…

Pour la petite histoire, Brossard a été la première ville à se doter d’une politique familiale, en 1989. Une idée qui a alors fait boule de neige, au point où 175 autres municipalités et conseils régionaux choisissaient de l’imiter au cours des sept années suivantes.

Montréal a été plus lente à réagir. Elle a commencé par nommer une élue responsable de la famille, en 2003. Puis elle a tranquillement multiplié les petits gestes jusqu’à l’adoption, en 2008, de la politique Pour grandir à Montréal. Elle était alors une des dernières villes de la province à se doter d’un tel document.

Il y a donc dix ans cette année, l’administration municipale amorçait le virage. Un anniversaire qui coïncide avec l’échéance du plan d’action 2008-2012.

Quel bilan tirer de cette décennie d’actions? Beaucoup de gestes, mais bien peu de résultats…

J’en parle dans une série de deux éditos (hier et aujourd’hui), et je veux poursuivre dans ce blogue la réflexion avec vous aujourd’hui et la semaine prochaine, avec la collaboration de plusieurs des experts qui étaient réunis hier lors d’une journée de réflexion sur le sujet (à laquelle j’ai participé).

Quel était l’objectif de la Ville, selon son plan d’action qui est venu à échéance le 31 décembre dernier? Réduire le solde migratoire vers la banlieue de 25 % (il était de – 23 827 en 2006-2007, on souhaitait donc le ramener à – 17 870 en 2011-2012).

Or les derniers chiffres publiés il y a quelques semaines montrent que la Ville a échoué…

Au cours de l’année 2011-2012, note l’Institut de la statistique du Québec, Montréal a accueilli 40 800 personnes en provenance des autres régions, mais a vu 61 300 personnes la quitter pour s’établir ailleurs au Québec.

Résultat : les pertes nettes de Montréal se chiffrent à 20 500 personnes.

Personnellement, j’y vois l’échec de la politique et du plan d’action de la Ville, pour trois raisons.

1) On n’a pas réussi à infléchir la tendance à la baisse malgré un paquet d’interventions échelonnées sur dix ans.

2) On reste exactement sur la moyenne des dix dernières années (20 000).

3) On est revenu exactement à la case départ d’il y a dix ans (20 406),

Je vous pose la question : la Ville perd-elle son temps à essayer de retenir les familles qui quittent vers la banlieue?

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À l’heure actuelle, on compte une quarantaine de jeunes de moins de 14 ans à Griffintown, soit à peine 2,5 % de la population. On est donc bien loin de la moyenne des quartiers de Montréal, à 15 %.

C’est donc dire l’énorme effort qui attend la Ville si elle veut vraiment faire de Griffintown «un milieu de vie agréable aux familles et socialement mixte, un quartier diversifié marqué par la mixité des usages et la création».

J’ai pondu un édito sur le sujet, hier, où je conclus qu’il est tout simplement trop tard, que la Ville a trop attendu avant de planifier le développement de ce secteur fragile. Un constat que plusieurs m’ont reproché, le qualifiant de «défaitiste», voire d’«alarmiste».

Or je persiste et signe, l’état d’avancement des chantiers et projets a verrouillé le quartier, obligeant les familles à aller se faire voir ailleurs (probablement en banlieue).

Voici quelques infos troublantes qui le prouvent, glanées dans le rapport de l’Office de consultation publique :

- Les terrains de Griffintown se vendent à un prix équivalent à 16 fois la valeur de l’évaluation municipale.

- 60 % des unités de logement prévues visent des personnes seules ou des couples sans enfant; à peine 8 % offrent trois chambres… et ce sont pour la plupart des penthouses inabordables!

- Le prix des logements est si élevé que plusieurs unités construites pour les familles n’ont pas trouvé preneur… et ont donc été subdivisées en petits condos.

- La planification du réseau de transport en commun et de transport actif n’est qu’à ses balbutiements, même si ce dernier devrait constituer la colonne vertébrale de ce nouveau quartier.

- Griffintown ne compte aucun des équipements nécessaires pour devenir un milieu de vie familial (services de santé et services sociaux, école, garderie, etc.) Or le prix des terrains est si élevé que les deux seuls projets à avoir germé (deux CPE) n’ont jamais vu le jour, faute de pouvoir les rentabiliser…

- La CSDM estime que la construction d’une école primaire s’impose dans Griffintown étant donné que les écoles voisines sont pleines. Or aucun terrain n’a été prévu à cette fin. Et le pire, c’est que la CSDM ne peut pas faire de demande au ministère de l’Éducation… tant qu’elle ne dispose pas d’un terrain pour les construire!

Pour que le secteur puisse rejoindre la moyenne d’enfants des autres quartiers, il faudrait qu’il réussisse à faire passer leur nombre de 40 à 1500, une situation qui implique la construction de 1200 logements familiaux. Or à peine 200 sont actuellement en chantier ou autorisés!

On peut donc multiplier les cases de stationnement réservées aux femmes enceintes, aménager quelques parcs et obliger les promoteurs à développer des jardins de rue, rien de tout cela ne réussira à attirer les familles dans un tel contexte urbanistique.

Aussi ambitieuse soit la vision de développement de la Ville, elle arrive tout simplement trop tard pour voir le jour.

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