Quel avenir pour Montréal?

Quel avenir pour Montréal? - Auteur
  • François Cardinal

    François Cardinal est éditorialiste à La Presse. Journaliste depuis une dizaine d'années, il est également chroniqueur à la radio et auteur des essais Le Mythe du Québec vert et Perdus sans la nature.
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    Archive de la catégorie ‘Patrimoine’

    Samedi 8 juin 2013 | Mise en ligne à 8h28 | Commenter Commentaires (62)

    Le mont Royal se vide. On fait quoi?

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    Tout de même ironique. Pendant des années, on a tout fait pour éviter que les institutions prennent trop de place sur le mont Royal et aujourd’hui, on a peur qu’elles n’en prennent plus suffisamment…

    Au cours des prochaines années, on va se retrouver avec quatre immenses complexes immobiliers vides sur la montagne : le Royal-Victoria et le Shriners en 2015, l’Hôtel-Dieu en 2017 et le couvent des soeurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie, déjà vacant.

    C’est énorme. On parle de 23 pavillons*. De 240 000 m2 de surface. Et d’intenses travaux de rénovation, de désamiantage, de transformation, de reconstruction et de démolition.

    Mais avant même de penser au chantier à venir, une question se pose : que fera-t-on de tous ces bâtiments?

    C’est l’interrogation à laquelle les participants du Sommet du mont Royal ont tenté d’apporter des réponses, hier. Un Sommet qui a servi à lancer un début de réflexion… sur un sujet qui aurait dû être abordé il y 12 ans quand on a commencé à parler des mégahôpitaux!

    On a dormi sur la switch. Commençons donc par le commencement: ce qu’il faut éviter à tout prix.

    Il existe deux scénarios cauchemardesques.

    Le premier, un abandon des bâtiments en attendant LE projet… qui ne vient jamais. Comme la superbe et désolante gare Viger.

    Le second, une transformation des lieux en condos, comme Marianopolis.

    Ce dernier a eu droit à tout un encadrement législatif. Le pire a été évité quand Gérald Tremblay a finalement refusé un projet de densification du site. Mais il n’en reste pas moins que le projet en cours, qui s’appelle M sur la montagne, a des airs de gated community dont… la communauté est exclue.

    Donc entre l’abandon et la privatisation pure et simple, on fait quoi? Trois cas de figure.

    1) On ouvre la porte au privé, ne serait-ce que partiellement (condos, hôtel,etc.). Avec un encadrement législatif strict, bien sûr. Mais vous le savez, les règles ont leurs limites. Et cela pose la question de l’accessibilité publique des lieux qui doit absolument être maintenue.

    2) On conserve la vocation institutionnelle des édifices. McGill est intéressé par le Royal-Vic, une reconversion idéale à mon avis, à l’image de l’acquisition de la maison mère des Sœurs Grises par Concordia. Mais cela ouvre la porte à d’autres questions. Combien coûteront le désamiantage et la transformation du site? Qui payera sachant que McGill souffre déjà d’un déficit d’entretien de 600 M$? Et si le gouvernement participe, pourra-t-il et devra-t-il aussi le faire pour l’Hôtel Dieu? Le 1420? Le Shriners?

    3) On mise sur des solutions alternatives et plus originales. En lien avec la santé comme l’a exigé Lord Mount Stephen en léguant le site du Royal-Vic (cliniques, labos, centres d’adaptation, CHSLD, etc.)? En lien avec l’économie sociale, comme on vient de le faire avec l’ancienne maison mère des Sœurs de la Providence, pas loin du pont Jacques-Cartier (logements abordables, OSBL, coopératives, etc.)? Ou complètement autre chose?

    Comment voyez-vous la chose? Est-ce qu’il y a une solution qui vous semble préférable? Ou plutôt un mélange, une mixité d’usages? Doit-on faire de la prospection à l’international comme on l’a fait pour le silo no5? Et à quel point le gouvernement et la Ville doivent-ils s’impliquer financièrement?

    ***

    * Les quatre complexes qui se vident…

    1) Hôpital Royal-Victoria (CUSM)

    Date de construction du premier bâtiment : 1863

    Nombre total de bâtiments : 14 pavillons, 122 075 m2

    Les trois plus anciens bâtiments :

    · Pavillon A, Administration (1893), 8 étages 10 849 mètres carrés

    · Pavillon E, Cliniques externes (1893), 5 étages 6 392 mètres carrés

    · Pavillon L, Laboratoires (1893), 4 étages 3 685 mètres carrés

    Les trois plus gros bâtiments :

    · Pavillon F, des Femmes (1926), 10 étages 14 477 mètres carrés

    · Pavillon R, Ross Memorial (1916), 6 étages 13 232 mètres carrés

    · Pavillon H, Hersey (1907), 7 étages 12 744 mètres carrés

    2) Hôpital Hôtel-Dieu (CHUM)

    Date de construction du premier bâtiment : 1859

    Nombre total de bâtiments: 5

    Les trois plus anciens bâtiments :

    · Pavillon Olier (1861) 5 867 mètres carrés

    · Pavillon Vimont (1861) 5 831 mètres carrés

    · Pavillon Marie Morin 4 (1861) 8 515 mètres carrés

    Les trois plus gros bâtiments :

    · Pavillon De Bullion (1952) 15 882 mètres carrés

    · Pavillon Jeanne-Mance (1951) 13 407 mètres carrés

    · Pavillon Le Royer (1942) 10 798 mètres carrés

    3) Hôpital Shriners pour enfants (CHUM)

    Date de construction du premier bâtiment : 1925

    Nombre de bâtiments: 2

    Bâtiment et superficies libérés : 8 268 mètres carrés

    4) 1420 Mont-Royal (UdeM)

    Date de construction du premier bâtiment sur la montagne : 1839

    Nombre total de bâtiments : 25

    Bâtiments et superficie libérés : 19 400 m2 (1 000 m2 utilisés actuellement par l’Université de Montréal)

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    hi-dia-detroit

    Dans la catégorie «quand on se compare, on se console», y a pas mieux que Detroit. Voilà une ville si amochée qu’elle est non seulement sous tutelle, mais aussi au bord de la faillite tant sa dette est immense: 15 milliards $.

    Un homme a été nommé pour trouver un plan de sauvetage et sortir ainsi l’ancienne ville industrielle du trou. Un homme qui vient de proposer une idée très surprenante : vendre les œuvres du Detroit Institute of Arts, un des joyaux des États-Unis.

    La valeur de sa riche collection: 15 milliards $, justement…

    On s’en doute, l’idée avancée par Kevyn Orr, le «Emergency Financial Manager», a fait scandale chez nos voisins. Mais elle est néanmoins prise au sérieux, surtout que ce dernier ne semble pas vouloir reculer devant la levée de boucliers.

    Pourquoi je vous en parle? Parce qu’il y a peut-être là une occasion pour Montréal*…

    On retrouve en effet dans la cour du DIA une très belle œuvre signée… Calder, un stabile similaire à celui du Parc Jean-Drapeau du nom de «Young Woman and Her Suitors».

    Et si Montréal mettait la patte dessus et réglait du coup le débat sur le déménagement de L’Homme?

    J’ai écrit à l’Institut mardi pour me renseigner, mais on ne veut pas répondre à mes questions, étant donné que le musée est en guerre avec le tuteur Orr. Il n’est pas question de vendre une seule œuvre de la collection, m’a répondu Pamela Marcil, la directrice des communications.

    Mais M. Orr rétorque qu’en ces temps exceptionnels à Detroit, des gestes exceptionnels devront être posés. Il laisse donc la porte ouverte à une éventuelle vente des œuvres, une décision qu’il croit pouvoir prendre sans même l’accord du musée.

    Combien vaut la sculpture? Dur à dire. L’Homme, selon plusieurs sources, est évalué à 50 millions $, mais il est deux fois plus imposant que «Young Woman». Donc quelques dizaines de millions, probablement.

    Les mécènes montréalais qui étaient prêts à payer pour le déménagement de notre Calder au centre-ville seraient-ils intéressés? Et vous, êtes-vous prêts à mettre quelques dollars?

    * Merci à Martin Cossette pour le flash…

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    008

    Il y a de ces trésors patrimoniaux cachés, au Québec…

    Le collègue Jean-Christophe Laurence racontait hier l’histoire du centre culturel de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, un bâtiment méconnu de la province qui est malheureusement menacé de démolition.

    livreIl s’agit pourtant du berceau de la modernité architecturale au Québec, à mettre en parallèle avec d’autres édifices plus connus comme Habitat 67 et le dôme de Fuller. D’ailleurs, Docomomo Québec a publié il y a quelques années un livre qui s’intitule «Sur les traces du Montréal moderne et du domaine de l’Estérel au Québec», c’est dire.

    Ce vaste complexe érigé en 1936 et inauguré deux ans plus tard par le jazzman Benny Goodman faisait courir les foules, à l’époque. On venait même des États-Unis pour admirer l’ensemble, et profiter d’une de ses composantes : centre commercial, salle de ballroom, salle de cinéma, manège pour les chevaux, etc.

    C’est un lieu riche d’histoire où l’écrivain Georges Simenon, par exemple, a écrit certains de ses romans. On doit les plans à l’architecte Antoine Courtens, connu pour le Palais de la Folle Chanson, à Bruxelles.

    Je sais bien que le bâtiment est un peu de loin du profit de ce blogue sur le Grand-Montréal, mais je voulais néanmoins évoquer son existence et surtout, publier quelques images d’alors et d’aujourd’hui, tant le centre est méconnu.

    Voici donc une photo prise ces derniers jours du centre communautaire, que le ministère de la Culture étudie actuellement afin de décider s’il mérite ou non un classement. ON peut la comparer avec la photo d’époque, en haut de ce billet, qui rend bien le caractère moderne et épuré de l’architecture du bâtiment, avec à l’avant, la guérite du pompiste.

    006

    Au départ, il s’agissait d’un véritable complexe de villégiature Art déco, comprenant 1) un sporting club, 2) un hôtel et 3) un centre commercial, que l’on voit dans chacune de ces trois photos.

    sportinghotel

    centre

    Intéressant de l’extérieur, le complexe l’était aussi de l’intérieur. Il y avait 1) un cinéma de 300 places, aujourd’hui occupé par l’hôtel de ville de Sainte-Marguerite, 2) un Holt Renfrew et 3) d’intéressants éléments art déco comme la cage d’escalier de l’entrée.

    cinema

    holtescalier

    Mais l’élément le plus fort de l’ensemble architectural est sans conteste l’hémicycle situé à l’arrière du bâtiment principal, dans lequel on retrouve le Blue room, dancing et salle de spectacle, et aux côtés duquel il existe une pergola.

    blue

    pergola

    Donc on classe et on protège, d’après vous, ou on laisse le promoteur HBO Construction détruire d’importantes parties de l’ensemble, afin d’en faire un tout nouveau centre récréatif et hôtelier?

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