
Tout de même ironique. Pendant des années, on a tout fait pour éviter que les institutions prennent trop de place sur le mont Royal et aujourd’hui, on a peur qu’elles n’en prennent plus suffisamment…
Au cours des prochaines années, on va se retrouver avec quatre immenses complexes immobiliers vides sur la montagne : le Royal-Victoria et le Shriners en 2015, l’Hôtel-Dieu en 2017 et le couvent des soeurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie, déjà vacant.
C’est énorme. On parle de 23 pavillons*. De 240 000 m2 de surface. Et d’intenses travaux de rénovation, de désamiantage, de transformation, de reconstruction et de démolition.
Mais avant même de penser au chantier à venir, une question se pose : que fera-t-on de tous ces bâtiments?
C’est l’interrogation à laquelle les participants du Sommet du mont Royal ont tenté d’apporter des réponses, hier. Un Sommet qui a servi à lancer un début de réflexion… sur un sujet qui aurait dû être abordé il y 12 ans quand on a commencé à parler des mégahôpitaux!
On a dormi sur la switch. Commençons donc par le commencement: ce qu’il faut éviter à tout prix.
Il existe deux scénarios cauchemardesques.
Le premier, un abandon des bâtiments en attendant LE projet… qui ne vient jamais. Comme la superbe et désolante gare Viger.
Le second, une transformation des lieux en condos, comme Marianopolis.
Ce dernier a eu droit à tout un encadrement législatif. Le pire a été évité quand Gérald Tremblay a finalement refusé un projet de densification du site. Mais il n’en reste pas moins que le projet en cours, qui s’appelle M sur la montagne, a des airs de gated community dont… la communauté est exclue.
Donc entre l’abandon et la privatisation pure et simple, on fait quoi? Trois cas de figure.
1) On ouvre la porte au privé, ne serait-ce que partiellement (condos, hôtel,etc.). Avec un encadrement législatif strict, bien sûr. Mais vous le savez, les règles ont leurs limites. Et cela pose la question de l’accessibilité publique des lieux qui doit absolument être maintenue.
2) On conserve la vocation institutionnelle des édifices. McGill est intéressé par le Royal-Vic, une reconversion idéale à mon avis, à l’image de l’acquisition de la maison mère des Sœurs Grises par Concordia. Mais cela ouvre la porte à d’autres questions. Combien coûteront le désamiantage et la transformation du site? Qui payera sachant que McGill souffre déjà d’un déficit d’entretien de 600 M$? Et si le gouvernement participe, pourra-t-il et devra-t-il aussi le faire pour l’Hôtel Dieu? Le 1420? Le Shriners?
3) On mise sur des solutions alternatives et plus originales. En lien avec la santé comme l’a exigé Lord Mount Stephen en léguant le site du Royal-Vic (cliniques, labos, centres d’adaptation, CHSLD, etc.)? En lien avec l’économie sociale, comme on vient de le faire avec l’ancienne maison mère des Sœurs de la Providence, pas loin du pont Jacques-Cartier (logements abordables, OSBL, coopératives, etc.)? Ou complètement autre chose?
Comment voyez-vous la chose? Est-ce qu’il y a une solution qui vous semble préférable? Ou plutôt un mélange, une mixité d’usages? Doit-on faire de la prospection à l’international comme on l’a fait pour le silo no5? Et à quel point le gouvernement et la Ville doivent-ils s’impliquer financièrement?
***
* Les quatre complexes qui se vident…
1) Hôpital Royal-Victoria (CUSM)
Date de construction du premier bâtiment : 1863
Nombre total de bâtiments : 14 pavillons, 122 075 m2
Les trois plus anciens bâtiments :
· Pavillon A, Administration (1893), 8 étages 10 849 mètres carrés
· Pavillon E, Cliniques externes (1893), 5 étages 6 392 mètres carrés
· Pavillon L, Laboratoires (1893), 4 étages 3 685 mètres carrés
Les trois plus gros bâtiments :
· Pavillon F, des Femmes (1926), 10 étages 14 477 mètres carrés
· Pavillon R, Ross Memorial (1916), 6 étages 13 232 mètres carrés
· Pavillon H, Hersey (1907), 7 étages 12 744 mètres carrés
2) Hôpital Hôtel-Dieu (CHUM)
Date de construction du premier bâtiment : 1859
Nombre total de bâtiments: 5
Les trois plus anciens bâtiments :
· Pavillon Olier (1861) 5 867 mètres carrés
· Pavillon Vimont (1861) 5 831 mètres carrés
· Pavillon Marie Morin 4 (1861) 8 515 mètres carrés
Les trois plus gros bâtiments :
· Pavillon De Bullion (1952) 15 882 mètres carrés
· Pavillon Jeanne-Mance (1951) 13 407 mètres carrés
· Pavillon Le Royer (1942) 10 798 mètres carrés
3) Hôpital Shriners pour enfants (CHUM)
Date de construction du premier bâtiment : 1925
Nombre de bâtiments: 2
Bâtiment et superficies libérés : 8 268 mètres carrés
4) 1420 Mont-Royal (UdeM)
Date de construction du premier bâtiment sur la montagne : 1839
Nombre total de bâtiments : 25
Bâtiments et superficie libérés : 19 400 m2 (1 000 m2 utilisés actuellement par l’Université de Montréal)
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Il s’agit pourtant du berceau de la modernité architecturale au Québec, à mettre en parallèle avec d’autres édifices plus connus comme Habitat 67 et le dôme de Fuller. D’ailleurs, Docomomo Québec a publié il y a quelques années un livre qui s’intitule «Sur les traces du Montréal moderne et du domaine de l’Estérel au Québec», c’est dire.











