Le blogue de François Cardinal

Archive de la catégorie ‘Immobilier’

X232_643F_9

Ma chronique de samedi n’ayant pas été publiée sur le web, je la recopie ici, intégralement, à des fins de débat. Vos commentaires sont les bienvenus.

La rue Sainte-Catherine est unique, historique, mythique. Mais pour combien de temps encore?

Elle est finie l’époque où il fallait se rendre sur cette grande artère pour voir un bon film, bien manger, magasiner. La banlieue offre presque tout ce que l’on y retrouve, avec en plus, des mers de stationnements gratuits.

Prenez les enseignes prestigieuses qui faisaient jadis la fierté de la Ste-Cat, elles ne sont plus exclusives. La Maison Birks a ouvert une succursale au DIX30, Holt Renfrew a fait de même avec son antenne HR2 et Apple s’est installé d’abord à Laval, ensuite au centre-ville.

Plus évocateur encore, les nouvelles bannières d’importance ne voient même plus la nécessité d’avoir pignon sur rue Sainte-Catherine. Pourquoi payer un tel loyer, semblent s’être demandés Williams-Sonoma et Crate & Barrel, quand on peut tout bonnement s’installer à Laval…

Qui les blâmera? Certainement pas les consommateurs de l’île qui sont presque aussi nombreux que les banlieusards à magasiner au Carrefour Laval et au Dix30…

Si bien qu’aujourd’hui, la Sainte-Catherine a beau conserver un certain dynamisme, on ne peut miser sur sa simple réputation pour espérer qu’elle survive. Il faut, au contraire, profiter de sa réfection à venir, annoncée mardi par le maire Coderre, pour lui insuffler une nouvelle valeur ajoutée, seule façon d’attirer à la fois les Montréalais et les banlieusards.

Mais pour cela, il faut répondre au principal défaut de cette artère commerciale. Il faut briser le tabou…

***

Ce n’est peut-être pas politically correct de le dire, mais l’unique élément qui manque à la Catherine pour rivaliser avec le Dix30 et le Carrefour Laval, c’est le stationnement. Du stationnement fluide, facilement accessible, à toute heure du jour.

Oui, le centre-ville est bien desservi par le métro. Oui, on peut s’y rendre à vélo, en BIXI, en taxi et en autopartage. Mais il faut se mettre la tête dans le sable pour ne pas voir que dans la région, 70 % des déplacements se font en auto.

Dure réalité : les Montréalais de Pierrefonds et de Pointe-aux-Trembles n’iront pas sur la Sainte-Catherine en métro, les résidents de Beaconsfield et de Mont-Royal ne prendront pas le train pour magasiner au centre-ville, les gens de Brossard et de Terrebonne ne sauteront pas dans le bus pour assister à un concert à la Maison symphonique.

Plate de même.

Il est là, le problème de la Sainte-Catherine et du centre-ville en général. Un problème qu’on ne veut pas voir, un problème qu’on feint d’ignorer, comme l’a prouvé l’aménagement de la Place des festivals.

On a conçu une place fort invitante… mais on n’a rien fait pour en assurer l’accès autrement qu’en métro! S’y rendre en auto est un véritable cauchemar!

Comprenez-moi bien, c’était une excellente idée d’expurger le cœur du Quartier des spectacles de voitures, d’en piétonniser les contours, d’en accroître la convivialité pour les cyclistes. Mais il aurait fallu, aussi, améliorer l’accès et le stationnement tout autour, comme on le voit dans les grandes villes européennes. Leur centre historique est souvent libre de voitures, mais il est habituellement bordé de stationnements propres et étagés.

Bref, ce n’est pas parce qu’on empêche les autos de circuler dans un périmètre donné qu’il faut les empêcher d’en approcher!

***

La piétonnisation de la rue Sainte-Catherine, telle que défendue par le maire Coderre, est prometteuse. À première vue, cette idée a le potentiel d’être le grand coup qui redonnerait une valeur ajoutée à cette grande artère, sans se lancer dans un projet intéressant mais trop coûteux comme le tramway (à ce sujet, lire le dernier billet sur mon blogue).

En augmentant l’espace accordé aux piétons, comme New York l’a fait à Times Square, on pourrait en effet transformer la Ste-Cat en un lieu convivial où il fait bon marcher, pour magasiner, se divertir, après le bureau, le jour, le soir, la semaine, le weekend.

Pour ce faire, il faut réduire la place de la voiture. Il faut éliminer le stationnement de surface. Il faut donner bien plus d’espace aux piétons et aux cyclistes qu’on a osé le faire sur le boulevard Saint-Laurent.

Mais de grâce, évitons de refaire le coup de la Place des festivals. Évitons de créer un bel aménagement déconnecté de la ville et de la mobilité qui l’entoure.

Rappelons-nous que plus de 50 % de la population de la région habite à l’extérieur de l’île de Montréal. Qu’une partie significative des résidents de l’île réside à bonne distance du métro. Et qu’une portion non négligeable des gens qui magasinent préfère le faire en auto.

Qu’on le veuille ou non, la piétonnisation de l’artère devra s’accompagner d’un réseau de stationnements, souterrains idéalement, gratuits avec achats si possible, servant à rabattre les consommateurs qui risqueraient ainsi d’être moins tentés par une journée enfermée dans un centre commercial, davantage par une journée en plein air sur une artère vraiment unique.

Lire les commentaires (41)  |  Commenter cet article






Samedi 3 mai 2014 | Mise en ligne à 7h20 | Commenter Commentaires (77)

Mirabel, icône architecturale? «Vous voulez rire?»

X002_44FA_9

PHOTO Alain Roberge

«L’aérogare de Mirabel, un grand moment de l’architecture moderne du Québec??? Vous êtes sarcastique??? L’architecte qui a conçu cette horreur mérite d’être déporté!!!»

Dans le flot des courriels reçus hier à la suite de ma chronique sur la démolition de l’aérogare Mirabel, plusieurs commentaires sur la qualité architecturale du bâtiment. Ou plutôt, ce que les lecteurs perçoivent comme une absence de qualité architecturale du bâtiment…

«Voyons donc, un gros bloc dans le milieu de nulle part. Qu’on mette le bull là-dedans au plus vite», m’écrit l’un d’eux.

Or j’ai beau me résigner à la démolition de l’édifice, ce n’est certainement pas en raison de son absence de valeur esthétique. C’est plutôt en raison de son histoire et de sa situation géographique.

Le bâtiment signé par la firme Papineau, Gérin-Lajoie, LeBlanc, Edwards est en effet l’une des icônes québécoises, voire canadiennes de l’architecture moderne. Pas loin de la Place Bonaventure et de la Tour de la bourse (ces deux édifices ont cela de plus qu’ils ont été signés par de grands bureaux d’architectes internationalement reconnus).

L’influence Mies van der Rohe est bien présente, avec sa simplicité, son minimalisme, la pureté de ses lignes, son enveloppe de verre teinté noir. L’inauguration des lieux a été un véritable événement dans le monde architectural canadien, à l’époque.

Pourquoi avaliser la démolition dans ce cas? Parce qu’on a tout essayé en dix ans pour donner une seconde vie aux lieux, sans succès (si l’ancien maire Meilleur n’a pas réussi, personne ne le sera, et ce ne sont certainement pas quelques mois de plus, tels que demandé par Denis Coderre, qui feront une différence…). Et surtout, parce que le bâtiment se situe à des dizaines de kilomètres de Montréal.

Le même bâtiment eut-il été construit sur l’île que j’aurais été le premier à dénoncer sa démolition. Il y a toujours moyen de faire revivre un édifice de cette importance… sauf s’il a été construit dans un champ, loin du cœur de la région, loin de tout secteur un tantinet densifié, loin de tout axe routier d’importance.

Il est donc tout à fait ridicule de me répondre, comme l’a fait un lecteur, qu’«il suffit d’appliquer mot pour mot mon argumentaire au Stade olympique pour décider de le démolir lui aussi».

Le Stade est voisin de l’Espace pour la vie, qui fait partie des 10 lieux les plus visités à Montréal. Le secteur a attiré 2,7 millions de visiteurs l’an dernier. C’est une infrastructure sportive qui peut être réutilisée de 100 façons.

Rien à voir avec un bâtiment difficile à reconvertir, que les investisseurs ont décidé d’ignorer pendant une décennie, situé dans un no man’s land, qui coûte des millions en entretien chaque année.

Un moment donné, il faut se résigner, il faut choisir ses combats patrimoniaux, et celui-là n’en est pas un qui vaut la peine, à mon avis. Vous êtes d’accord, ou pas?

Lire les commentaires (77)  |  Commenter cet article






Mercredi 23 avril 2014 | Mise en ligne à 13h23 | Commenter Commentaires (25)

Pas de «vision» pour le centre-ville? Normal…

skyline-cropped-jour

Cadillac Fairview

On a la critique facile, à Montréal. Quand il ne se passe rien, qu’il n’y a pas de chantiers, pas de constructions, c’est l’immobilisme.

Et quand il y a des promoteurs intéressés à investir, des grues qui se multiplient, des projets par centaines, on ne se réjouit pas d’avoir enfin quitté l’immobilisme, non… on critique plutôt le manque de vision de la Ville, comme certains l’ont fait ces derniers jours en parlant du centre-ville et de son impressionnant boum immobilier.

Je n’en suis pas.

Certes, quand on ouvre un nouveau quartier, Griffintown par exemple, le site de l’hippodrome, l’ancienne gare de triage d’Outremont, il est primordial de planifier, de prévoir, d’intervenir pour que les projets se conforment à une vision d’ensemble, surtout lorsqu’il est question d’un secteur historique.

Mais quand on densifie un centre-ville qui l’est déjà, qu’on ajoute des tours à une forêt de tours, il est normal qu’on accepte les projets à la pièce, qu’on les analyse un à un, au mérite.

Demander «une vision» du développement du centre-ville est, à mon avis, utopique. On ne joue pas à SimCity. On ne peut pas prévoir dix ans à l’avance ce qui s’érigera ou pas dans le secteur financier.

La Ville est davantage en réaction aux projets des promoteurs et de leurs architectes, et c’est correct ainsi. Pourvu, évidemment, que la Ville (ou l’arrondissement Ville-Marie) joue son rôle.

Elle doit appliquer les règlements existants (respect du cadre bâti, des matériaux avoisinants, de la hauteur maximale de 210 mètres, par exemple), imposer certaines contraintes plus spécifiques (les vues sur le mont Royal ou le retrait pour favoriser l’ensoleillement du domaine public, par exemple), profiter de la «révision architecturale» pour inciter les promoteurs à améliorer leurs projets (ce qu’ils font régulièrement après un avis négatif du comité consultatif d’urbanisme), etc.

Cela donne parfois des projets qu’on peut juger banals, des projets carrément moches, mais aussi de beaux projets, des projets audacieux, des projets qui décoiffent. Le résultat est un centre-ville hétérogène, diversifié, bigarré… comme il se doit.

Pour s’en convaincre, il faut visiter l’exposition «Le Montréal du futur» au Complexe Desjardins (l’expo est gratuite, elle commence aujourd’hui et se termine lundi – la plupart des images de ce billet ont été fournies dans le cadre de l’événement). Pour qui aime les maquettes, c’est un véritable magasin de bonbons!

On y retrouve des maquettes de projets en chantier atteignant 3 mètres de hauteur, une reproduction d’une dizaine de tours de Montréal en Mega Bloks, des dessins informatiques de nombreux projets en cours ou espérés (seul grand absent, Cadillac Fairview et ses nombreuses tours projetées), etc.

Bref, on y retrouve du meilleur… et du pire.

Voici donc mes trois coups de cœur (à noter que le Peterson, que j’aime beaucoup, signé par NEUF architect(e)s, n’est pas de l’expo)

* Îlot Balmoral (Provencher_Roy)

balmoral

* Bassins du Havre (Prével)

bassin_jour-27avril2011

* Tour des Canadiens (Cardinal Hardy et Martin Marcotte/Beinhaker)

tour-des-canadiens

Voici mes trois coups de chapeau pour l’audace (on ne parle ici que de projets résidentiels, sinon j’ajouterais le pavillon 5 du MBAM, signé Manon Asselin Architecte et Jodoin Lamarre Pratte).

* Babylone (Arcop)

babylone

* YUL (Menkès Shooner Dagenais LeTourneux)

YUL

* L’Avenue (Broccolini)

avenue

Et voici mes trois déceptions, des projets qui ne manquent pas autant d’esthétique que de lien avec leur environnement (auxquelles j’ajouterais le CUSM si je ne me limitais pas aux tours résidentielles)

* Evolo (Lemay Michaud et Jean-Pierre Bart)

evolo

* Myst sur le Canal (Atelier Chaloub + Beaulieu)

myst

* Roccabella (Béïque, Legault et Thuot)

Rocca

Et vous, vous en pensez quoi du développement en cours du centre-ville?

Lire les commentaires (25)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    novembre 2017
    D L Ma Me J V S
    « oct    
     1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    2627282930  
  • Archives