Le blogue de François Cardinal

Archive de la catégorie ‘Immigration’

Samedi 1 mars 2014 | Mise en ligne à 7h21 | Commenter Commentaires (255)

Charte et anglos: d’un malaise à l’autre…

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Y a-t-il véritablement un malaise chez les anglophones du Québec, comme le révèle une enquête d’opinion CBC-EKOS? Sont-ils nombreux à avoir envisagé de quitter la province?

Non, répondent plusieurs commentateurs, évoquant des études et des statistiques, citant des chercheurs et des sondages. Avec rigueur, ils scrutent ainsi les données quantifiables pour évaluer la véritable ampleur des doléances des anglophones. Avec raison.

Mais pourquoi n’applique-t-on pas la même rigueur dans le dossier de la charte? Aurait-on plus de facilité à rejeter les affirmations qui nous confrontent que celles qui nous réconfortent?

Il est en effet réconfortant de se faire dire que la charte va amoindrir les tensions avec les communautés culturelles et religieuses, régler la crise des accommodements raisonnables, ramener la neutralité de l’État.

D’accord avec la réponse, on accepte ainsi la prémisse, sans exiger de preuves de l’existence de tensions avec les communautés culturelles et religieuses, d’une crise des accommodements raisonnables, d’un problème de neutralité de l’État.

Par contre, il est confrontant de se faire dire que les anglos vivent un malaise au Québec, que la moitié d’entre eux ont envisagé de quitter la province, que certains ont de la difficulté avec l’actuel climat politique et linguistique.

En désaccord avec leur constat, on refuse la prémisse. On sort les chiffres qui montrent qu’il y a peu de départs dans la communauté anglophone, on cite les chercheurs qui réfutent l’existence d’un malaise, on traque les contradictions dans les études et les sondages.

Or s’il est pertinent d’évaluer avec acuité les conclusions du sondage CBC-EKOS avant de s’alarmer, il est tout aussi important de mesurer l’ampleur du problème que l’on prétend régler avec la Charte. Chose qui n’a toujours pas été faite.

Le ministre Drainville n’a pas encore apporté le moindre chiffre, la moindre preuve qu’il existe un problème, encore moins une crise (réfutée par la Commission Bouchard-Taylor). Et surtout, il n’a pas démontré qu’il fallait absolument y répondre avec une charte qui interdit le port de signes religieux ostentatoires «mur à mur» dans l’ensemble de la fonction publique plutôt que de se contenter des seules personnes qui représentent l’autorité de l’État et de baliser les accommodements.

Il y a certes des tensions à l’occasion avec des communautés culturelles et religieuses, il y a des manifestations d’intégrisme, il y a des femmes obligées de se voiler par leur mari ou une autorité religieuse.

Mais quelle ampleur ont ces phénomènes? Et surtout, quelle ampleur ont-ils dans la fonction publique? On cherche en vain les études, données, statistiques et sondages en appui au projet de loi 60.

Oui, il existe un malaise dans la population par rapport à certains signes religieux, cela est indéniable. Mais pourquoi ce malaise réclame-t-il une réponse aussi musclée, alors que le malaise des anglophones est aussi facilement écarté?

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Mardi 25 février 2014 | Mise en ligne à 12h51 | Commenter Commentaires (127)

La charte est un irritant majeur, selon le Montréal inc.

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Vous avez probablement vu passer ce «programme de relance» en dix points proposé par BMO et le Boston Consultancy Group, dévoilé tout à l’heure par Jacques Ménard et Denis Coderre.

Beaucoup de bonnes choses dans ce document, beaucoup de propositions éculées aussi, du type «spirituomanagerial» («se projeter dans l’avenir», «attirer des talents», «favoriser l’émergence de leaders»).

Je reviens ici sur le sujet, après m’être attardé aux grandes lignes du rapport en édito, car il y a dans l’étude un volet intéressant qui est passé inaperçu : un vaste focus group mené auprès de 50 leaders du Montréal inc.

Les auteurs de l’étude ont passé une heure avec chacun d’entre eux, d’Aldo Bensadoun (Aldo) à Michael Sabia (Caisse de dépôt), en passant par Rémi Marcoux (Transcon), Laurent Beaudoin (Bombardier) et Daniel Lamarre (Cirque du Soleil), afin de les entendre sur la relance de Montréal.

Les propos recueillis ne sont pas attribués, et c’est peut-être ce qui rend l’exercice intéressant.

Les leaders abordent les atouts de Montréal, ils citent quelques priorités potentielles, ils font la liste des «défis» de la métropole… et se permettant ainsi une rare incursion sur le terrain glissant de la langue et de l’identité, y allant de leur propre proposition sur ces sujets brûlants.

Parmi les problèmes de la métropole, on évoque les infrastructures («terribles», «honteux», «ville abandonnée»), le sous-financement des universités (6 825$ par étudiant au Québec, 7 867$ au Canada), le «labyrinthe administratif» de Montréal (qui décourage l’investissement), l’absence de pouvoir du maire de Montréal («qui n’a pas plus de pouvoirs qu’un maire de province») et le faible poids politique de la métropole («Montréal est victime de la politique»).

Puis certains leaders osent s’aventurer sur la question de la langue, soufflant le chaud et le froid en quelque sorte.

D’abord, ils estiment que le gouvernement aurait intérêt à cesser de jouer «défensif» : «plutôt que de faire du français une contrainte, il faudrait oser davantage, être plus proactif et affirmer le fait français comme un atout pour Montréal, notamment en regard du libre-échange avec l’Europe».

Mais ils soulignent, du même souffle, que «l’importance accordée à la connaissance du français dans la sélection des immigrants restreint le bassin de talents auquel Montréal peut avoir accès».

Leur proposition : «embrasser plus largement et investir davantage dans la francisation».

Quant à l’identité, on l’aborde sous l’angle de la charte, ou pour reprendre l’expression du rapport, sous l’angle du «malaise de la charte».

Les leaders se sont dits «préoccupés» par le maintien du caractère cosmopolite de Montréal. «Plusieurs ont spécifiquement abordé, et parfois en termes durs, le projet de charte» qui, à leurs yeux, pénalise la métropole.

«Elle viendrait perturber un vivre ensemble exceptionnellement harmonieux en introduisant une discrimination à l’emploi; elle rendrait plus difficiles l’attraction et la rétention de talents, alors que la croissance démographique de Montréal est déjà faible; elle viendrait aussi cautionner une certaine forme d’intolérance.»

Plusieurs croient que «ce projet mal avisé» cherche à rassurer des citoyens hors métropole qui sont peu exposés à l’immigration et à la richesse qu’elle représente, ce qui tend à accroître le fossé entre Montréal et les régions.

Une proposition est faite : promouvoir la diversité ethnique et religieuse dans l’ensemble du Québec plutôt que de voir comme un problème ce qui est une des forces de Montréal.

Bien dit.

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Lundi 2 septembre 2013 | Mise en ligne à 8h33 | Commenter Commentaires (169)

La Charte: une fausse solution pour un faux problème…

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Déluge de courriels en réaction à mon édito sur la Charte des valeurs québécoises, publié samedi. On me reproche d’être montréalo-centriste, de prôner la séparation de la métropole, de ne pas comprendre qu’ailleurs au Québec la question de l’immigration se pose aussi, etc.

Je tente habituellement de répondre à chaque lecteur, mais le nombre de courriels est cette fois trop important. En lieu et place, je répondrai donc ici aux cinq principaux arguments avancés en citant quelques courriels reçus (je tais les noms de famille, n’ayant pas demandé la permission des personnes visées).

1- Il n’y a pas qu’à Montréal qu’il y a des immigrants.

Benoit L. : «Si on ne met pas des balises, ce sera toute la province qui ressemblera à la métropole.»

Patrick D. : «Vous savez qu’il y a maintenant beaucoup d’immigrants de nationalités très variées dans la ville de Québec aussi ?»

On me reproche de ne pas comprendre qu’ailleurs au Québec aussi, les accommodements posent problème puisqu’il y a, là aussi, des nouveaux arrivants. Vrai qu’il y a des immigrants en région, mais je citerai seulement le maire Labeaume, qui a reconnu jeudi qu’«aucun» cas de signes religieux ayant fait problème n’a été répertorié dans la 2e plus grande ville de la province. Le «problème» est essentiellement montréalais.

2 – Montréal n’est pas une société distincte.

Mathieu Bock-Côté : «Un des grands enjeux liés à la question identitaire, aujourd’hui, est de savoir si Montréal s’inscrit encore dans l’univers de référence québécois ou si elle est appelée à jouer à la société distincte.»

Marc D. : «Je crois bien humblement que le vrai malaise vient du fait qu’a Montréal, si on continue sur cette tendance, on va se retrouver avec une cassure de plus en plus grande avec ‘le reste’ du Québec.»

Montréal n’est pas une entité séparée du Québec, et elle n’est pas en train de le devenir. Oui, il y a de grandes différences entre la métropole et les régions. Oui, il y a à Montréal des accommodements à débattre, à accepter, à rejeter. Mais non seulement se règlent-ils sans chicanes dans la plupart des cas, ils sont bien trop peu nombreux pour avoir un effet délétère sur l’identité du reste du Québec. Montréal ne s’éloigne donc pas de l’univers de référence québécois, à mon avis, il le complète en lui apportant un peu de cosmopolitisme. Cela dit, si c’est vrai que l’île joue la distincte, le départ massif des francophones de l’île en est davantage responsable qu’une poignée de femmes voilées travaillant en garderie. Et rien dans la charte ne pourra contrer cet exode.

3 – Les immigrants ne s’intègrent pas.

Ginette G. : «Pourquoi lorsque ces gens viennent vivre chez nous dans notre beau et grand Canada, ne se conforment-ils pas à nos façons et coutumes.»

Il y a certes des problèmes d’intégration à Montréal, mais ce n’est pas avec une charte qui mène à l’exclusion qu’on améliorera la situation. D’autant que le gouvernement vise précisément ceux qui sont davantage intégrés : ceux qui font partie de la fonction publique. Si nous sommes sérieux dans notre volonté collective de mieux intégrer les nouveaux arrivants, interrogeons-nous sur ce qui cloche véritablement, sur ce qui peut être amélioré, sur les montants investis, plutôt que d’élaborer une liste des «valeurs québécoises» pour des raisons électoralistes.

4 – Les commissions scolaires demandent des règles claires.

Claude P. : «Comment pouvez-vous dire que les Montréalais ne veulent pas de balises pour encadrer les pratiques religieuses ? Parce que le conseil municipal a déclaré qu’il était contre?»

Jocelyne L. : «Vous oubliez tous les accommodements de congé religieux et de locaux de prière pour le personnel que doivent faire les commissions scolaires ?»

D’abord, que la quasi-totalité des élus et des candidats montréalais s’opposent à la charte n’est pas insignifiant. Il s’agit tout de même, ici, des représentants des citoyens. Ensuite, il y a bien eu une sortie de la Fédération autonome de l’enseignement, qui estime que les demandes d’accommodement dans les écoles sont «un très lourd fardeau». Mais ce constat n’est pas partagé par tous les acteurs du milieu de l’éducation. Les directions d’écoles et commissions scolaires ont affirmé devant la Commission Bouchard-Taylor que les choses vont bien, voire très bien, et qu’un équilibre a été atteint. On est donc loin de la prétendue «crise» (cela dit, je me surprends que les profs, qui réclament constamment une plus grande autonomie, se félicitent qu’on impose des règles d’en haut, mur à mur, sans distinction pour les particularités de chaque milieu).

5- Le voile est un signe d’oppression.

Éric G. : «Je trouve que le voile est un symbole d’oppression de la femme. C’est inacceptable. Inacceptable! En faisant un raccourci, on pourrait le comparer à l’étoile portée (de force aussi) par les Juifs dans l’Europe d’Hitler. Comment pouvez-vous être d’accord avec une religion qui méprise la femme, comme le faisait le catholicisme à l’époque?

Jusqu’à ce jour, les kippas et croix dans le cou ne posaient pas vraiment problème. Pas plus que le crucifix à l’Assemblée nationale. Mais soudainement, en raison de quelques accommodements montés en épingle, nous devons tout faire pour évacuer tous les «signes religieux» de l’espace public… alors que dans les faits, pour bien du monde, la véritable cible est le voile. Or si tel est le cas, si le «malaise» que ressentent plusieurs se concentre sur cet unique signe religieux, qu’on débatte de ce sujet, qu’on le nomme, qu’on en discute, plutôt que d’enflammer le Québec avec une charte des «valeurs québécoises» qui tirent dans toutes les directions.

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