Quel avenir pour Montréal?

Quel avenir pour Montréal? - Auteur
  • François Cardinal

    François Cardinal est éditorialiste à La Presse. Journaliste depuis une dizaine d'années, il est également chroniqueur à la radio et auteur des essais Le Mythe du Québec vert et Perdus sans la nature.
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    Archive de la catégorie ‘Immigration’

    Chaque lundi, un blogueur invité a pour mandat de nous dire de quoi Montréal a besoin. Cette semaine: Doudou Sow, sociologue-blogueur, conférencier et conseiller en emploi pour le projet Mentorat Québec-Pluriel au Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé.

    DSC_2781bL’île de Montréal représente 70% de l’immigration québécoise. La réalité de l’immigration à Montréal devient donc un enjeu national. En commission parlementaire, la chef de l’opposition officielle de la Ville de Montréal, Louise Harel, avait raison d’affirmer en août 2011 que : « la diversité à Montréal (…) c’est son ADN.»

    Montréal est certes une ville laboratoire social en Amérique du Nord mais a besoin concrètement de miser sur la richesse de la diversité ethnoculturelle dans tous les sens du terme. Cette métropole doit absolument maximiser le plein potentiel économique des immigrants. Dans cette perspective, Montréal doit mener une évaluation de toutes les pratiques pour mieux faciliter la reconnaissance des compétences et des diplômes des immigrants.

    L’intégration des nouveaux citoyens montréalais nécessite des actions concrètes pour lutter contre la déqualification professionnelle des immigrants qui possèdent généralement plus de quatorze années de scolarité. Il faut également créer des passerelles entre les employeurs et les chercheurs d’emploi par le biais de stages et du mentorat pour leur permettre de mieux connaître et comprendre le fonctionnement organisationnel du marché du travail nord-américain.

    L’implication de tous les partenaires sur la question de l’intégration et du maintien en emploi permettrait de s’attaquer au taux de chômage alarmant de certaines communautés culturelles qui est trois fois plus élevé que la moyenne québécoise. Le cercle vicieux « pas d’expérience canadienne, pas d’emploi et vice versa », le sous-financement des organismes communautaires, la fermeture des ordres professionnels, l’absence de formations passerelles pour les immigrants témoignent de leurs difficultés d’intégration socioprofessionnelle.

    Un changement de paradigme consisterait à mieux vendre la diversité par une mobilisation citoyenne et une valorisation des bons coups de l’immigration. Des programmes de rapprochement interculturel contribueraient à l’idéal du vivre-ensemble harmonieux de la deuxième ville francophone au monde.

    Montréal symbolise la conception du modèle de l’intégration selon le point de vue idéologique où l’on se situe. Un emploi en français correspondant à la hauteur des compétences et qualifications de l’immigrant constitue une intégration économique et culturelle réussie.

    Les multiples obstacles auxquels font face les immigrants empêchent leur apport optimal à l’économie montréalaise. La contribution des travailleurs qualifiés immigrants, des étudiants étrangers formés au Québec et des immigrants investisseurs suppose une bonne stratégie de rétention de cette catégorie économique dans un contexte de politique d’immigration de plus en plus concurrentielle. Les immigrants peuvent participer à la réduction du déficit entrepreneurial au Québec et devenir ainsi des créateurs d’emplois.

    Le recrutement de profils orientés vers les besoins du marché du travail montréalais (économie du savoir et industries tertiaires) est la condition gagnante d’une meilleure sélection. La satisfaction des indicateurs de qualité d’emploi renforce l’attractivité de Montréal.

    L’immigration n’est certes pas une panacée mais fait partie intégrante des solutions sur le plan démographique, économique, linguistique et socioculturel.

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    Mercredi 27 mars 2013 | Mise en ligne à 7h45 | Commenter Commentaires (84)

    La bonne entente est-elle possible entre Anglos et Francos?

    gedi

    «Les relations anglo-franco fonctionnent très bien en pratique, mais moins en théorie.»

    La phrase est de Josh Freed, le chroniqueur de la Gazette qui m’accompagnait lundi soir, lors d’une rencontre organisée par le groupe Génération d’idées. Nous étions tous deux «mentors» pour une séance de remue-méninge sur la langue intitulé : «Pour mieux s’entendre».

    La quarantaine de personnes présente était invitée à «faire la démonstration que la bonne entente est possible entre anglophones et francophones».

    Exercice fascinant, surtout dans un contexte où les tensions semblent grandissantes sur la question. Des deux côtés de la clôture.

    Une partie des Francos pousse le PQ à multiplier les mesures coercitives pour redonner au français une place prépondérante, tout en réagissant très mal à ce qui leur semble être des reculs. Tandis qu’une partie des Anglos digèrent mal l’élection du PQ, ainsi que son projet de loi 14.

    On le voit dans les échanges sur les réseaux sociaux, dans la création de groupes comme Put Back the Flag et Equality Party 2.0, dans les réactions qui ont suivi la suggestion du ministre Lisée d’avoir un accueil bilingue dans les stations de métro du centre-ville, dans les réactions au blogue invité de lundi, etc.

    Un bon exemple est survenu jeudi dernier, lors d’un débat en anglais organisé par CBC Montreal. Les échanges entre les panélistes (Jean-François Lisée, Kevin Tierney, Aislin…) étaient fascinants, mais ils étaient très souvent enterrés sous les chahuts des spectateurs (et d’Anne-France Goldwater, qui multipliait les impolitesses), manifestement enragés contre le représentant du PQ…

    Donc, que faire pour bâtir des ponts au moment où plusieurs s’évertuent à les brûler?

    Voici quelques suggestions faites, pêle-mêle, après deux heures de réflexion intense par petits groupes :

    - Intégrer des anglophones dans les émissions francophones, et vice-versa,

    - Subventionner les activités culturelles et sportives qui rapprochent les communautés linguistiques,

    - Développer de meilleures structures d’accueil pour les immigrants,

    - Appliquer la loi 101, plutôt que de tenter de l’élargir,

    - Instaurer des écoles primaires bilingues,

    - Créer des programmes d’échanges entre Montréal et les différentes régions du Québec,

    - Favoriser les occasions de bénévolat dans l’autre communauté linguistique,

    - Traduire certains articles de La Presse en anglais, et certains articles de The Gazette en français,

    - Dresser une liste des similitudes qui existent entre les Anglos et les Francos qui résident à Montréal,

    - Nommer des ambassadeurs biculturels, comme Sugar Sammy ou Josh Freed.

    Les idées sont donc nombreuses, et touchent à différents aspects de la vie montréalaise. Personnellement, aussi intéressante soit cette liste, je trouve qu’il manque une chose : des mesures pour ramener les francophones sur l’île.

    Car l’exode se poursuit, comme l’a révélé lundi l’Institut de la statistique du Québec. Un exode qui «défrancise» l’île de Montréal, réduit la mixité linguistique et diminue les occasions d’échange, justement. D’où la nécessité de s’attaquer à cet enjeu aussi.

    Cela dit, rappelons que les relations entre les deux communautés sont toujours très bonnes aujourd’hui, malgré une escalade des inquiétudes croissantes de part et d’autre. En pratique, dans la rue, les cafés, les places publiques, cette relation va bien.

    Mais elle a encore besoin d’un peu d’aide, en théorie, pour éviter que les tensions s’emballent.

    Vous en pensez quoi, de ces idées? Vous en avez d’autres?

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    296798-selon-auteurs-livre-remede-imaginaire

    Il y a du bon et du moins bon dans les données publiées hier par Statistique Canada.

    Le bon, c’est que les immigrants sont de plus en plus nombreux à intégrer le français dans les langues parlées à la maison.

    Ils étaient 21 % en 2001, 23 % en 2006, et ils sont maintenant 24 %.

    L’intégration est un processus long, ce que confirment ces chiffres. Les jeunes immigrants parlent de plus en plus français. À l’école, dans la cour, dans leur quartier. Ils ramènent ainsi cette langue à la maison, laquelle s’ajoute aux langues déjà parlées par les parents.

    Le moins bon, par contre, c’est que cette même intégration est menacée sur l’île. La plupart des jeunes familles quittent en effet Montréal pour la banlieue. Elles amènent avec elles leur unilinguisme français et ainsi, nuisent à ce terreau fertile d’intégration qu’est la ville centre.

    Les chiffres de StatCan sont sans équivoque : les ménages uniquement francophones sur l’île sont passés de 46,6 % à 39,6% en dix ans, ce qui est loin d’être étranger au départ des familles.

    L’exode de ces jeunes citoyens de la classe moyenne vers les couronnes est une très mauvaise nouvelle pour Montréal, qui se dévitalise et se paupérise ainsi. Mais elle l’est aussi pour le Québec, qui voit sa métropole perdre son caractère français.

    Il importe donc, pour Montréal mais aussi pour le Québec, de tout faire pour retenir les jeunes familles sur l’île.

    Vision Montréal en faisait d’ailleurs écho, cette semaine au conseil municipal, en déposant une motion visant la bonification de l’accession à la propriété pour les familles (et en pilotant le PPU sur Griffintown adoptée mardi). Une motion hélas rejetée par l’administration Tremblay.

    Ce qui est incompréhensible quand on sait que…

    1) le Plan d’action famille de la Ville s’en va tout droit vers l’échec,

    2) les promoteurs se contentent de construire du condo uniforme,

    3) et, surtout, les prix d’achat admissibles au programme d’accession à la propriété de la Ville sont inférieurs aux prix moyens du marché immobilier!

    Lueur à l’horizon, cependant. Le gouvernement Marois entend s’attaquer à ce problème. Et ce qu’il y a d’intéressant, c’est que pour une fois, le PQ parle de mesures incitatives, non pas coercitives.

    Jean-François Lisée travaille actuellement sur un plan d’action visant à favoriser l’accès à l’habitation et aux logements abordables à trois ou quatre chambres.

    «On commence à faire le tour des idées qui circulent pour inciter à la construction de plus d’habitations pour les familles d’un, deux ou trois enfants», a-t-il indiqué hier.

    Une très bonne chose pour le français, mais aussi pour la métropole, qui ne peut envisager l’avenir avec beaucoup d’optimisme si elle continue à perdre ses jeunes familles de la sorte.

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