Le blogue de François Cardinal

Archive de la catégorie ‘Général’

Jeudi 1 mai 2014 | Mise en ligne à 10h40 | Commenter Commentaires (31)

Ça mange quoi en hiver, un «city columnist»?

PHOTO Olivier Pontbriand

PHOTO Olivier Pontbriand

«Hon… Est-ce que c’est ton choix? Tu es content… quand même?»

La question m’a été posée 100 fois dans les dernières semaines. À tout coup, elle impliquait la même sollicitude pour ce dur coup professionnel que je subissais.

Quitter l’édito…

Devenir chroniqueur…

Retourner dans le brouhaha de la salle de rédaction…

Une destitution. Sans aucun doute…

«Honnêtement, m’a écrit un lecteur, j’ai beau relire vos derniers éditos, je ne comprends toujours pas pourquoi on vous a viré de l’équipe éditoriale.»

Or soyez rassurés, amis lecteurs, je quitte mon beau bureau vitré de plein gré. Ou plutôt, on m’appelle dans la salle et par conséquent, je dois quitter mon bureau ainsi que l’équipe éditoriale, que j’aimais beaucoup. Et il ne s’agit nullement d’une rétrogradation.

À La Presse, le chroniqueur occupe pas mal ce qui ressemble le plus au poste idéal. Il a pleine latitude pour écrire ce qu’il veut, comme il veut, quand il le veut (ou presque).

Pensez Boisvert, Foglia, Lagacé, Ouimet, Marissal, Elkouri, Lortie. Ils font tantôt de l’humeur tantôt de l’analyse, des portraits et des dossiers, du terrain et des voyages, du commentaire et des textes plus humains, des textes courts et longs.

En anglais, on dit «columnist», pour ne pas porter à confusion avec les «chroniqueurs» invités ou ceux qui sont participent à des émissions de radio ou de télé sur une base hebdomadaire. Et dans mon cas, on appelle cela «city columnist», dans le jargon. Ce qu’on peut traduire par chroniqueur, affaires municipales et urbaines.

Merci donc pour la compassion, mais d’autres en ont plus besoin que moi.

***

On dit donc «city columnist», mais je préfère me qualifier, en privé, de «cities columnist».

En tant que chroniqueur, mon terrain de jeu principal sera certainement Montréal, mais aussi Longueuil et Laval, les banlieues de l’île et de la région, Québec et Toronto, New York et Berlin.

Pas que je me promènerai constamment, simplement parce que j’entends m’intéresser à toutes les villes afin que ma couverture du Grand-Montréal s’inscrive dans les tendances urbaines du moment (j’haïs le mot «urbain», d’ailleurs, tellement galvaudé, mais je serais bien mal barré de mettre une croix dessus…).

J’entends donc avoir un regard véritablement métropolitain, d’abord l’île qui rend l’existence de la région possible, ensuite les municipalités qui l’entourent. Il se passe bien des choses en dehors de Montréal, à Laval et Longueuil particulièrement, mais aussi dans ce vaste écosystème urbain (vous voyez…) dont les interactions font du Grand-Montréal ce qu’il est.

Mon ambition est de faire du commentaire, principalement, mais aussi à l’occasion des portraits et du terrain, des anecdotes et des observations, des nouvelles, des voyages et de l’humeur, des critiques de livres et des comparaisons avec d’autres villes, au gré de l’actualité.

Cela dit, les fidèles de ce blogue seront les moins dépaysés des lecteurs. Mes chroniques ressembleront quelque peu aux billets que j’y publie, tans en substance qu’en style en en diversité, mais avec plus de terrain, étant donné que je m’intéresserai désormais à cet enjeu à temps (très) plein.

En outre, je ne changerai pas. Je continuerai à être de centre gauche, plutôt «solidaire lucide», à rêver de villes à échelles humaines, à avoir un parti-pris pour les transports actifs, à espérer une ville ayant plus d’autonomie ainsi que les moyens de servir la collectivité tout en cherchant à devenir plus efficace, etc.

Mais bien franchement, je ne sais pas pourquoi je vous précise tout cela, car ce que j’aime en particulier des villes, c’est qu’elles sont la plupart du temps des agnostiques idéologiques : le pragmatisme est leur seul penchant.

Et s’il y a une chose qui me caractérise, c’est ce côté pragmatique, justement, que j’essaye d’appliquer à mes textes et opinions («le mieux est l’ennemi du bien», est ma phrase fétiche). Peut-être pour ça que j’aime le monde municipal et que je l’ai couvert, directement ou indirectement, au cours des 15 dernières années, d’abord au Devoir puis à La Presse.

Pour tout vous dire, d’ailleurs, devenir chroniqueurs aux affaires municipales est un rêve que je caresse depuis aussi longtemps que je me souvienne… En espérant que vous aurez autant de plaisir à me lire que j’en aurai à écrire. Bonne lecture.

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Mercredi 29 janvier 2014 | Mise en ligne à 13h22 | Commenter Commentaires (39)

Budget: trois chiffres passés à la machine anti-spin…

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Disons-le, c’est un budget globalement positif que nous a servi l’administration Coderre, ce matin. Il y a évidemment des plus et des moins, mais ce qui ressort le plus, c’est un réel souci de contrôler les dépenses.

Voici trois chiffres passés à la machine anti-spin pour comprendre le premier budget de l’ère Coderre…

+ 1,3 % (non pas + 0,3 %)

Si l’on se fie au maire, l’administration Coderre-Desrochers a réussi à limiter la hausse du budget de la Ville à «seulement 0,3%». «Ce n’est pas juste un symbole, a-t-il dit, c’est la preuve qu’il y a eu des efforts importants de notre part.»

Vrai, il y a eu des «efforts importants», mais il y a aussi eu un peu d’aide du gouvernement et du contexte politique, avouons-le.

D’abord, la véritable hausse du budget n’est pas de 0,3 %, mais de 1,3 % si l’on met de côté un changement comptable du gouvernement qui ne rembourse plus la TVQ aux municipalités de la même façon. Je vous épargne les détails, mais cela a fait «disparaître» tout près de 50 millions $ des dépenses de la Ville!

Ensuite, le contexte politique a donné un petit coup de pouce à l’administration qui profite d’une baisse soudaine du coût des travaux en raison des révélations faites à la commission Charbonneau. «Cela nous a aidés à contrôler nos dépenses», reconnaît du bout des lèvres le président du comité exécutif, Pierre Desrochers.

Cela dit, je ne voudrais pas avoir l’air rabat-joie. Même avec une hausse des dépenses corrigée à 1,3 %, on voit que la Ville a travaillé fort pour juguler le budget. Juste pour vous donner une idée de l’effort fourni, les dépenses des administrations passées ont augmenté de 2,7 % (2013), 5,12 % (2012), 5 % (2011) et 5,6 % (2010)…

- 20,1 M $ (non pas un gel)

Une des façons privilégiées par la Ville pour réduire ses dépenses a été un gel des budgets transmis aux arrondissements. Mais ce gel est bien relatif puisqu’il ne s’est pas traduit par un gel des comptes de taxes pour autant, bien au contraire…

En choisissant de garder les budgets des arrondissements au même niveau plutôt que de les indexer, la Ville a en effet demandé un «effort global» de 20 millions $ à ces derniers. Un 20 millions $ qui correspond à un manque à gagner.

Normal quand on sait que la ville-centre a aussi participé à l’effort en réduisant les budgets des services centraux de 60 millions $? Peut-être, mais un coup d’œil à la multiplication des taxes locales (qu’on appelle taxe relative aux services, c’est-à-dire une taxe foncière aux immeubles imposables) donne à penser que plusieurs arrondissements sont au bout du rouleau, et que cet effort est dur à donner.

Globalement, les conseils d’arrondissement ont augmenté les revenus des taxes de services de 13 %, ce qui se traduit localement par des hausses parfois très salées. Mercier-Ho-Ma, par exemple, a haussé sa taxe de 23 %, Saint-Léonard de 30 %, Anjou de 65 % et Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles de… 108 % !

Si l’on prend ce dernier arrondissement comme cas de figure, la Ville peut se vanter d’avoir réduit les taxes de RDP-PAT de 0,2 %… mais la variation de la taxe locale fait bondir le compte de 5,5 %. Résultat pour le compte de taxes du contribuable de cet arrondissement : une hausse non négligeable de 5,3 %…

+ 2,8 % (non pas + 1,9 %)

Le maire Coderre soutient avoir respecté son engagement de limiter la hausse de taxe globale à 2 %. «Nous avons rempli notre promesse en limitant la hausse à 1,9 %», a-t-il dit.

Ce qui est techniquement exact.

Mais cela, encore une fois, est sans tenir compte des hausses des taxes de services en arrondissement, qui font bondir les charges fiscales des contribuables. «Nous avons limité ce qui est sous notre contrôle», s’est défendu le maire.

C’est à moitié vrai, comme l’a démontré le point précédent. C’est la ville-centre qui décide des budgets des arrondissements. Il est donc difficile d’imputer à ces derniers l’entière responsabilité de la hausse des taxes locales, qui servent bien souvent à combler ce que la Ville ne leur donne pas ou ne leur donne plus.

Il faut donc regarder le budget de la Ville et des arrondissements plus globalement… tout comme on doit regarder plus globalement les hausses de taxes. «Ça sort de la même poche», comme dirait Denis Coderre.

Ainsi corrigées, les hausses de taxes ne sont donc plus de 1,9 %, comme on le soutient, mais bien de 2,8 %. Fait à noter : ce calcul n’apparaît nulle part dans le budget distribué ce matin. Pire, la Ville a laissé un blanc, comme vous le voyez ci-dessous, au bas de la colonne «variation des charges fiscales totales»!

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Mercredi 11 septembre 2013 | Mise en ligne à 7h25 | Commenter Commentaires (67)

Montréal doit surmonter son traumatisme historique…

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Je suis allé manger avec un bon ami, hier midi, qui revient à Montréal après une absence de sept ans.

Fascinant.

Ayant été correspondant à Los Angeles pour La Presse, Nicolas Bérubé suivait évidemment de loin ce qui se passait ici. Il savait donc pour les cônes orange et la Commission Charbonneau.

Mais il n’avait pas vu l’évolution surprenante qu’a connue Montréal au cours des dernières années. Et bien franchement, il a les yeux grands comme des dollars depuis son retour…

Il n’en revient tout simplement pas du nombre de cyclistes sur les pistes cyclables, de la facilité des déplacements à pied, de la transformation du Quartier des spectacles avec ces restaurants vitrés, de l’embellissement de plusieurs secteurs de la ville, de l’amélioration notable du service d’autobus, de la présence de toutes ces nouvelles constructions, etc.

Précisément la thèse que je défends dans mon livre Rêver Montréal, que je lance officiellement aujourd’hui (et dont vous pouvez lire un extrait ici) : Montréal va tellement mieux que ce qu’en disent les Montréalais, qui ont le nez trop collé sur les défauts de la métropole pour s’en apercevoir.

Il y a ainsi une déconnexion entre les perceptions et la réalité, un écart entre la représentation que l’on se fait de Montréal et ce que Montréal est devenu. Comme si l’accumulation des déceptions au fil des années et des décennies empêchait les Montréalais d’apprécier les succès et réussites de la métropole, sa qualité de vie, ses forces, ses atouts.

On se retrouve ainsi avec une ville qui va bien sur le terrain, mais qui n’a pas d’appropriation symbolique et populaire, comme l’a judicieusement souligné la professeure Lucie K. Morisset au micro de Samedi et rien d’autre, le week-end dernier.

«Une ville, ce sont des fonctions urbaines. Mais c’est aussi un ordre symbolique qu’il faut entretenir de génération en génération, a-t-elle précisé. C’est pour ça qu’on élit des gens, pour qu’ils entretiennent une vision collective de ce que nous sommes.»

Or depuis l’ère Drapeau, depuis l’Expo et les J.O., depuis le déclin qui a fait perdre à Montréal sa place de première métropole économique du Canada, cette vision collective peine à se reconstruire. Comme si les Montréalais s’étaient convaincus que leur ville ne pouvait plus bien aller, car jamais elle n’irait aussi bien qu’à l’époque…

Un traumatisme historique, en quelque sorte, que l’«immobilisme» des dernières années, la saga des fusions-défusions et l’absence de leadership des dernières années ont renforcé.

Mais si on prend la peine de mettre nos aprioris de côté. Si on privilégie les faits à la perception. Si on regarde froidement les statistiques. Si on compare ce qu’était Montréal il y a 10 ans à ce qu’elle est devenue aujourd’hui plutôt qu’à ce qu’elle était en 1950. Si on aborde Montréal comme la grande métropole francophone qu’elle est devenue plutôt que la métropole anglophone qu’elle n’est plus, on se rend compte, comme Nicolas, que la métropole va plutôt bien, merci.

Mieux encore, elle est à un moment charnière. Les mandats d’Union Montréal sont terminés. La Commission Charbonneau a permis de commencer le grand ménage. Les années de sous-financement des infrastructures semblent être chose du passé. Le transport en commun atteint des records en 150 ans. De grands chantiers sont à la veille d’être lancés, Champlain, Turcot, Bonaventure.

Bref, les fenêtres de l’hôtel de ville s’ouvrent toutes grandes, les possibilités se multiplient, les occasions se présentent en grand nombre. D’où les «101 idées pour relancer la métropole» contenues dans mon livre.

D’où la réponse positive des 80 personnalités que j’ai approchées pour coécrire le livre avec moi, de Phyllis Lambert à Jean-Paul L’Allier, en passant par Georges-Hébert Germain, Normand Laprise, Martin Petit et Lise Bissonnette (en guise d’avant-goût, vous pouvez lire ici les textes de Jean-René Dufort et Alain Simard).

D’où surtout la réponse positive de toutes ces personnes peu habituées aux tribunes politiques, comme Kent Nagano, Jean Coutu, Philippe Dubuc, Geneviève Grandbois et Andrew T. Molson.

Bien franchement, j’aurais approché tous ces gens en 2009, et je ne suis pas certain que la moitié aurait accepté de se joindre au projet. Mon impression après avoir échangé avec eux, avoir constaté leur enthousiasme, avoir lu leurs textes et avoir observé une multiplication des tribunes de débat et de réflexion en ville : de belles années s’en viennent pour Montréal…

À condition que les Montréalais cessent de ne voir que les défauts de leur ville. À condition qu’ils se sentent davantage impliqués dans le devenir de cette métropole. À condition qu’ils se réapproprient leur ville, au symbolique comme au figuré.

Montréal va bien. Mais Montréal ira tellement mieux le jour où les Montréalais le réaliseront.

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