Quel avenir pour Montréal?

Archive de la catégorie ‘Environnement’

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À l’heure actuelle, on compte une quarantaine de jeunes de moins de 14 ans à Griffintown, soit à peine 2,5 % de la population. On est donc bien loin de la moyenne des quartiers de Montréal, à 15 %.

C’est donc dire l’énorme effort qui attend la Ville si elle veut vraiment faire de Griffintown «un milieu de vie agréable aux familles et socialement mixte, un quartier diversifié marqué par la mixité des usages et la création».

J’ai pondu un édito sur le sujet, hier, où je conclus qu’il est tout simplement trop tard, que la Ville a trop attendu avant de planifier le développement de ce secteur fragile. Un constat que plusieurs m’ont reproché, le qualifiant de «défaitiste», voire d’«alarmiste».

Or je persiste et signe, l’état d’avancement des chantiers et projets a verrouillé le quartier, obligeant les familles à aller se faire voir ailleurs (probablement en banlieue).

Voici quelques infos troublantes qui le prouvent, glanées dans le rapport de l’Office de consultation publique :

- Les terrains de Griffintown se vendent à un prix équivalent à 16 fois la valeur de l’évaluation municipale.

- 60 % des unités de logement prévues visent des personnes seules ou des couples sans enfant; à peine 8 % offrent trois chambres… et ce sont pour la plupart des penthouses inabordables!

- Le prix des logements est si élevé que plusieurs unités construites pour les familles n’ont pas trouvé preneur… et ont donc été subdivisées en petits condos.

- La planification du réseau de transport en commun et de transport actif n’est qu’à ses balbutiements, même si ce dernier devrait constituer la colonne vertébrale de ce nouveau quartier.

- Griffintown ne compte aucun des équipements nécessaires pour devenir un milieu de vie familial (services de santé et services sociaux, école, garderie, etc.) Or le prix des terrains est si élevé que les deux seuls projets à avoir germé (deux CPE) n’ont jamais vu le jour, faute de pouvoir les rentabiliser…

- La CSDM estime que la construction d’une école primaire s’impose dans Griffintown étant donné que les écoles voisines sont pleines. Or aucun terrain n’a été prévu à cette fin. Et le pire, c’est que la CSDM ne peut pas faire de demande au ministère de l’Éducation… tant qu’elle ne dispose pas d’un terrain pour les construire!

Pour que le secteur puisse rejoindre la moyenne d’enfants des autres quartiers, il faudrait qu’il réussisse à faire passer leur nombre de 40 à 1500, une situation qui implique la construction de 1200 logements familiaux. Or à peine 200 sont actuellement en chantier ou autorisés!

On peut donc multiplier les cases de stationnement réservées aux femmes enceintes, aménager quelques parcs et obliger les promoteurs à développer des jardins de rue, rien de tout cela ne réussira à attirer les familles dans un tel contexte urbanistique.

Aussi ambitieuse soit la vision de développement de la Ville, elle arrive tout simplement trop tard pour voir le jour.

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En marchant dans les rues de Griffintown, l’autre jour, mon fils s’arrête devant un chantier, regarde les superbes images modélisées servant à attirer l’attention des acheteurs et me pose la question : «dis, papa, comment ils savent à quoi ressemblera le futur?»

Je me suis gardé de lui dire que ces rendus informatiques sont utopiques, qu’il n’y aura probablement pas autant de piétons souriants et de cyclistes que l’image le prétend. Je lui ai plutôt répondu qu’ils dépeignent de futures scènes urbaines comme on se les imagine.

C’est à cet échange que j’ai pensé, hier, en visionnant à nouveau la vidéo du ministère des Transports sur le projet Turcot. Présentant les grandes lignes de la reconstruction telle que proposée par les libéraux en 2010, et confirmée par les péquistes lundi dernier, les fonctionnaires ont réussi à intégrer au projet plein de choses… qui ne sont tout simplement pas dans le projet!

1) Dans les premières minutes (1:34), la voix hors champ vante les «400 000 m2 à développer» et les «milliards en retombées projetées». Or tous ces beaux bâtiments que l’on voit émerger en bordure du canal ne verront presque certainement jamais le jour.

Regardez bien les images. Les constructions se trouvent exactement là où bon nombre d’industries lourdes ont aujourd’hui leurs locaux, leurs cours, leurs entrepôts. «Or on fait quoi avec toutes ces industries, demande Richard Bergeron de Projet Montréal. On pense les exproprier? Décontaminer les sols? Pour accélérer la désindustrialisation de Montréal?» Pourtant, il n’y a rien dans les cartons du MTQ ou de la Ville à cet effet. La preuve, c’est que les bâtisses résidentielles disparaissent un peu plus loin dans la vidéo (2:00)…

2) On nous présente aussi dans la vidéo (1:42) un beau tramway moderne roulant sur un tapis de gazon qui se poursuit jusqu’à l’infini. On vante aussi l’existence d’un «éventuel tramway» avec «corridors protégés» (2:37)… en montrant l’image d’un tramway qui roule dans le Vieux-Montréal!

Encore une fois, il n’y a aucun projet de tramway en cours, rien de la sorte dans le budget du projet Turcot, pas même une intention exprimée par la Ville à cet effet.

3) Poursuivons. On mousse ensuite les mérites d’«un quartier à échelle humaine + vie de quartier + proximité» sans préciser de quoi il s’agit. Dans le projet, l’unique secteur résidentiel dont on parle est celui de la Côte-Saint-Paul, là où on retrouvera les remblais et les murets, précise la conseillère municipale Véronique Fournier de Vision Montréal. Rien de bien idyllique…

4) On montre aussi la falaise Saint-Jacques (2:04), au pied de laquelle se trouvent une piste multifonctionnelle et un milieu humide. Fort bien, mais quand on sait que le gouvernement entend enclaver l’escarpement en rapprochant la cour de triage et l’autoroute 720 à moins de 30 mètres, il est pour le moins hypocrite de parler d’une «mise en valeur de l’écoterritoire». On ne le valorise pas avec ce projet, on l’enferme. Et on s’assure ainsi de ne plus jamais rien faire de ce secteur riche sur le plan historique et naturel.

Également, ne risque-t-on pas de créer un coupe-gorge avec cette piste cyclable enclavée? On parle ici d’un sentir de plus de 4 kilomètres coincé entre la clôture Frost de la future cour de triage et l’imposant escarpement. Invitant…

5) Au milieu de la vidéo (2:31), on souligne aussi l’existence de «corridors protégés» pour accueillir une «navette aéroportuaire complémentaire à un train de l’ouest». Or y a-t-il encore quelqu’un qui croit à cette navette, à part Aéroports de Montréal je veux dire?

6) On termine la vidéo (3 :42) avec un beau slogan, «Un projet aux couleurs de Montréal», façon pour le MTQ de répondre à ceux qui lui reprochent son manque de sensibilité locale. Or cela est bien loin de la réalité. Gérald Tremblay avait peut-être accepté le projet du bout des lèvres, mais les réactions de l’administration de coalition ainsi que celle des partis d’opposition, à l’époque et aujourd’hui, montrent bien comment le projet passe mal dans la métropole

On voit là, encore une fois, comment les images de modélisation projettent non pas un futur en devenir, mais une utopie qui risque d’être bien loin de la réalité en 2020. On souligne sur le site Turcot.gouv.qc.ca qu’«une vidéo à jour sera disponible sous peu». Espérons qu’elle sera moins portée sur la publicité trompeuse, cette fois…

Vous y croyez, vous, à ces images idéalisées?

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On aime beaucoup citer les réussites urbanistiques des pays scandinaves, des villes américaines progressistes, des capitales européennes. On s’inspire des woonerf, des naked streets, des shared spaces

Et pourtant, on néglige ce que l’on a ici même et qui forme notre singularité : les ruelles.

Cette histoire des cols bleus débarquant dans une ruelle de Villeray au début du mois avec leur manque de jugement et leurs sacs de gravier pour ruiner une patinoire artisanale est proprement ahurissante!

D’abord parce qu’elle émane, comme le pastagate d’ailleurs, comme cette contravention donnée à un père de famille qui jouait au hockey dans la rue avec ses enfants, d’une seule et unique plainte. Comme si n’importe quel citoyen enragé pouvait dicter à la collectivité, à lui seul, ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

Ensuite parce que les ruelles de Montréal sont déjà, pour la plupart, négligées par la Ville qui permet aux voitures de s’y stationner comme s’il s’agissait de vulgaires terrains vagues. Ce qui éloigne les enfants, les familles et le jeu libre.

«Il n’y a pas si longtemps, les ruelles étaient le lieu où se déroulait le jeu spontané. Les enfants sortaient en arrière et se retrouvaient dans la ruelle pour jouer. Cela n’existe plus», souligne Avi Friedman, professeur d’architecture à McGill et auteur de Room for Thought: Rethinking Home and Community Design.

«Aujourd’hui, ajoute-t-il en entrevue, les enfants qui veulent jouer au basketball ou au soccer doivent demander à leurs parents de les emmener dans des endroits prévus à cet effet, souvent loin de la maison. Cela a tué la spontanéité du jeu.»

C’est l’évidence même. Mais manifestement, la chose doit être rappelée à certains employés de la Ville. Le débat qui a eu lieu mercredi au conseil municipal a ainsi le mérite de rappeler à tous l’importance des ruelles pour les enfants, pour la rétention des jeunes familles, mais aussi pour la richesse patrimoniale de Montréal.

Il faut donc saluer le travail d’Elsie Lefebvre, conseillère de Villeray et leader de l’Opposition officielle, qui a déposé une motion, adoptée à l’unanimité après quelques tiraillements, visant à sensibiliser les élus et les fonctionnaires du bien-fondé des ruelles blanches (et vertes).

Espérons maintenant que cela se traduira par des mesures proactives favorisant l’appropriation par les citoyens de leur ruelle, hiver comme été.

Mieux, pourquoi ne pas élaborer un plan de protection et de mise en valeur des ruelles? Rien de bien compliqué ou coûteux. Un simple document visant à sortir les voitures et ramener les enfants dans les ruelles, dont on compte près de 500 km à Montréal.

Il s’agirait d’une intention collective de retransformer ces terrains de stationnement en terrains de jeux, ce qui cadre bien avec l’intention de faire de Montréal une ville «physiquement active» et celle de retenir les jeunes familles. Quand on voit qu’ailleurs, certains travaillent fort pour ouvrir les rues aux enfants, il est étonnant de constater qu’on ne le fait pas pour les ruelles, ici.

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Plan figure-fond des ruelles de Montréal, 2012. © Claudia Delisle, Thomas-Bernard Kenniff & Emily Young.

Pour la Ville, d’ailleurs, le patrimoine urbain n’est pas constitué que de bâtiments en pierres grises. «Il porte aussi l’empreinte des époques passées sous forme de tracés de rues, de paysages, de constructions, d’éléments naturels, de vestiges archéologiques ou de vues exceptionnelles.»

La politique du patrimoine, adopté en 2005, va plus loin en englobant «tout objet ou ensemble, naturel ou culturel, matériel ou immatériel, qu’une collectivité reconnaît pour ses valeurs de témoignage et de mémoire historique en faisant ressortir la nécessité de le protéger, de le conserver, de se l’approprier, de le mettre en valeur et de le transmettre».

Or au même titre que les escaliers extérieurs, les ruelles font partie de l’imaginaire de Montréal, comme en fait foi d’ailleurs l’oeuvre ci-contre, aperçue cet hiver à l’exposition ABC : MTL – Un Autoportrait de Montréal du Centre canadien d’architecture.

Il n’y a qu’à lire les romans de Michel Tremblay ou visionner le magnifique documentaire La mémoire des anges, sorte de patchwork d’archives d’une centaine de films produits à Montréal par l’ONF durant les années 1950 et 1960, pour se convaincre que les ruelles se qualifient parfaitement. Vous ne trouvez pas?

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