Quel avenir pour Montréal?

Archive de la catégorie ‘Élections 2013’

Jeudi 16 mai 2013 | Mise en ligne à 7h45 | Commenter Commentaires (55)

Finalement, Coderre ne l’aura pas facile…

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Denis Coderre peut gagner la course à la mairie de Montréal. Mais il peut aussi la perdre…

C’est ce que l’on peut conclure à la lecture du sondage CROP dont on présentait les grandes lignes dans La Presse d’hier. Un sondage qui donne à Coderre une avance significative… mais très, très fragile.

À première vue, il est vrai, le député libéral peut sembler imbattable. Il récolte pas moins de 33 % des appuis, soit autant que ses deux adversaires réunis, Richard Bergeron (18%) et Louise Harel (15%).

Un des grands avantages de Coderre : il est très fort chez les francophones (39%), mais aussi très apprécié chez les non-francophones (25%).

Il s’assure ainsi d’un plus large appui que Bergeron, qui score étonnamment fort chez les non-francos (22%) mais très peu chez les francos (14%). Harel, à l’inverse, plait aux francos (23%) mais pas du tout aux non-francos (6%).

D’ailleurs, une autre enquête d’opinion, moins scientifique, mais néanmoins instructive, confirme cet aspect rassembleur du candidat en devenir. Produit par la firme LXB, ce sondage web aux allures de focus group est présenté comme une «étude perceptuelle» de la candidature de Coderre.

Parmi les traits positifs soulignés par les 523 répondants, on retrouve «rassembleur», «multiethnique» et «sociable».

Mais il y a plusieurs mais…

Il importe en effet de décortiquer le sondage CROP pour s’apercevoir que l’avance du député est chancelante. À ma grande surprise, je dois l’avouer.

Je vois trois écueils que le surfeur Coderre pourrait rencontrer…

1) Le caractère éphémère de la prime à la nouveauté.

Je croyais, bien franchement, que Coderre détenait une avance plus significative sur ses adversaires, grâce à sa notoriété et à sa nouveauté. Or 33 % pour un sauveur, une recrue sur laquelle les électeurs projettent leurs rêves et fantasmes, c’est peu.

D’autant qu’une fois dans l’arène, les nouveaux venus deviennent vite un parmi d’autres. Vous vous souvenez de François Legault le sauveur? En février 2011, TVA titre «Le premier ministre Legault». En décembre, il était crédité de 39 % d’appuis. En janvier, il n’en avait plus que 31 %.

Il a fini troisième aux élections de 2012, avec 27 % d’appuis. Et aujourd’hui, il a de la difficulté à dépasser les 20 %.

2) Le caractère volatile des appuis.

Les appuis à Coderre sont passablement élevés, mais ils sont surtout fragiles. Comme ils le sont pour tous les candidats d’ailleurs. Pas moins de 82 % des partisans de Bergeron «pourraient changer d’avis», un nombre élevé qui rivalise avec l’incertitude des appuis à Harel (76 %) et Coderre (65%).

Quand on sait que cette précarité tourne habituellement autour de 40 % dans les sondages, on comprend que les électeurs n’ont pas encore vraiment fait leur choix. Ni pour l’un, ni pour les autres…

3) La faiblesse de Coderre sur l’intégrité.

Le prochain maire de Montréal doit, avant toute chose, être «intègre, sans peur et sans reproche», soutient une majorité de répondants (54%), une qualité plus importante que d’être «visionnaire» (26%) ou «rassembleur» (13%).

sondage 5Or il suffirait que Coderre se présente avec plusieurs anciens élus d’Union Montréal, que des histoires passées fassent surface ou que de nouvelles révélations soient faites pour que le vernis du député craque. Ses rivaux l’attendent d’ailleurs au détour. Surtout qu’ils seront confortés par le sondage, qui montre que l’on ne croit pas Coderre (25%) tellement plus capable d’enrayer la corruption que les Harel (11%) et Bergeron (13%).

La firme LXB, qui a vérifié la perception des électeurs, estime d’ailleurs que «le scandale des commandites n’est jamais très loin» quand on tâte le pouls de la population, confie André Bouchard, vice-président de la firme.

Rien de tout cela ne garantit que Coderre trébuchera. Son avance est assez importante, somme toute, pour qu’il vogue tranquillement vers la victoire en novembre prochain, comme l’a fait Gérald Tremblay avant lui. Mais il suffit qu’il trébuche sur un des obstacles qui parsèment son chemin pour qu’il peine à finir premier.

Rien n’est joué, finalement.

***

D’autres conclusions intéressantes de CROP…

- Les électeurs sont cyniques, mais toujours fiers d’être Montréalais. Pas moins de 58 % croient que le futur maire ne sera probablement ou certainement pas capable d’enrayer la corruption. Mais 85 % des répondants se disent néanmoins très ou assez fiers d’être Montréalais.

- Il y a toujours un brin d’angélisme dans les sondages. Et celui-ci ne fait pas exception : 82 % des répondants disent qu’ils vont probablement ou certainement aller voter.

- La coalition Applebaum est applaudie : 65 % des répondants se disent très ou assez satisfaits de son travail. Le résultat est tiré vers le haut par les non-francophones, mais il est néanmoins impressionnant. J’y reviendrai.

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On ne s’ennuie pas sur la scène municipale…

À quelques jours de l’annonce probable de la candidature de Denis Coderre, le grenouillage s’intensifie dans les coulisses de l’hôtel de ville.

D’abord, vous le savez, Union Montréal a décidé de se saborder, jeudi. Tout le monde s’est ainsi jeté à l’eau en voyant poindre à l’horizon ce bateau venu d’Ottawa.

On ne sait pas combien y grimperont, mais si je me fie à ce qu’on me dit de tous les côtés, ils seront nombreux (certains élus qui n’ont pas été contactés par Coderre seraient même insultés…)

Or cela fait peur aux deux partis en selle. Ou à tout le moins, à certains élus et militants de ces deux formations, qui ne croient pas à la possibilité d’une victoire avec leur chef respectif.

C’est vrai à Projet Montréal, mais c’est encore plus vrai à Vision Montréal. Surtout que de probables démissions sont à prévoir dans ce parti dans les prochains jours, ai-je appris. Je ne donnerai pas de noms puisque je n’ai pas la confirmation des principaux intéressés, mais si ces défections ont bel et bien lieu, elles profiteront à Coderre, et aussi un petit peu à Bergeron…

Dire que la panique a saisi Vision Montréal serait trop fort, mais je peux certainement affirmer que la panique a saisi certains élus et militants de Vision Montréal. Certains songent ainsi à leur avenir dans cette formation, d’autres à l’avenir de la formation…

Du côté de Projet Montréal, certains proches du chef sont persuadés que Bergeron fera sa propre vague orange, mais d’autres croient plutôt qu’il concentrera ses appuis le long de la portion est de la ligne orange…

On me dit d’ailleurs que le mouvement en faveur de Lise Bissonnette (une page Facebook a été créée à cette fin cette semaine) émane justement de sympathisants de Projet Montréal, qui aimeraient voir l’ancienne directrice du Devoir prendre la place de Richard Bergeron. Ou encore mieux, la tête d’un parti formé de la fusion de Vision et Projet Montréal.

On fabule? Je crois bien que oui. Pour avoir posé la question à Mme Bissonnette, hier, je peux dire que son refus de se lancer dans la course est on ne peut plus catégorique.

Chose certaine, les prochains jours seront cruciaux en ce qu’ils permettront un double réalignement des forces en présence. Un réalignement d’élus, mais aussi, probablement, un réalignement des formations. Certains, au sein des partis politiques, rêvent toujours à une candidature de l’extérieur.

D’après-vous, il est trop tard? Les jeux sont faits? Ou pas?

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Dire que la Charte de Montréal n’a pas prévu pareille débandade est un euphémisme…

Déjà profondément bouleversé par le départ de Gérald Tremblay, le conseil municipal ne cesse de se réaligner depuis. Et la venue prochaine de Denis Coderre y est pour beaucoup.

Radio-Canada révélait tout à l’heure que six élus d’Union Montréal, dont trois conseillers municipaux, s’apprêtent à quitter le navire, demain, dont le chef, Richard Deschamps.

Comme pour le Canadien, ça sent la fin…

Mardi déjà, deux élus d’Union ont remis leur démission pour siéger à titre d’indépendants*. Cela ramenait à 14 le nombre de conseillers municipaux dans l’ancien parti de Gérald Tremblay, le même nombre que l’opposition officielle, soit le parti Vision Montréal de Louise Harel qui en compte aussi 14.

Par conséquent, Union Montréal perd le statut de groupe majoritaire qu’il avait conservé jusqu’ici… et Vision Montréal perd celui d’opposition, puisque la formation devient ainsi la plus importante du conseil avec une majorité de sièges.

Pour sa part, Projet Montréal, avec 10 élus, demeure en troisième position… mais pourrait ravir rapidement le statut d’opposition officielle, puisqu’il sera à un seul siège d’Union Montréal, qui passera à 11 conseillers demain.

Vous me suivez toujours?

Il n’y a rien d’anodin dans tout cela. Car du coup, vous l’aurez appris ici en premier, Louise Harel perd son statut de chef de l’opposition, et le boni de 40 020 $ qui l’accompagne. Mais elle ne gagne strictement rien en échange, puisque le poste de maire est occupé.

Elsie Lefebvre, elle aussi de Vision, perd pour sa part son statut de leader de l’opposition, Mais elle gagne (sous réserve de vérifications en cours à l’hôtel de ville) celui de leader de la majorité et conserve ainsi son boni de 16 578 $.

Par conséquent, l’élu qui remplacera Richard Deschamps à la tête d’Union Montréal demain touchera un boni de plus de 40 000 $. Mais il pourrait n’en profiter qu’une courte semaine, étant donné que l’on chuchote à l’hôtel de ville que d’autres démissions sont à prévoir avant l’annonce de Denis Coderre, la semaine prochaine.

MISE À JOUR à 16h45 mercredi: Claude Dauphin vient de remettre sa démission. Cela signifie que Projet Montréal risque de devenir demain la véritable opposition, non pas Union Montréal. Et donc, que Richard Bergeron touchera les fameux 40 000 $. Mais puisqu’il n’y a rien de simple à l’hôtel de ville, ce chambardement pourrait aussi permettre à l’Équipe Coderre de devenir majoritaire au conseil… dans les prochains jours! En effet, les élus qui quittent Union le font fort probablement pour se joindre à Coderre. Or la nébuleuse des indépendants (avec 28 élus) est plus importante que les autres formations. Théoriquement, donc, dès sa création, l’Équipe Coderre pourrait devenir le parti majoritaire à l’hôtel de ville…

Ce n’est pas compliqué, la Charte de Montréal est conçue en fonction d’un parlement bipartiste alors qu’on a affaire depuis quelques mois à un parlement en folie…

***

* Les démissionnaires

Mardi, Clémentina Teti-Tomassi et Jean-Marc Gibeau ont quitté Union Montréal. Demain, selon Radio-Canada, ce sont Richard Deschamps, Manon Barbe, mairesse de l’arrondissement de LaSalle, et Alvaro Farinacci, conseiller de LaSalle, qui tireront leur révérence. De même que les conseillers d’arrondissements Vincenzo Cesari, Laura-Ann Palestini et Josée Troilo.

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