
Denis Coderre peut gagner la course à la mairie de Montréal. Mais il peut aussi la perdre…
C’est ce que l’on peut conclure à la lecture du sondage CROP dont on présentait les grandes lignes dans La Presse d’hier. Un sondage qui donne à Coderre une avance significative… mais très, très fragile.
À première vue, il est vrai, le député libéral peut sembler imbattable. Il récolte pas moins de 33 % des appuis, soit autant que ses deux adversaires réunis, Richard Bergeron (18%) et Louise Harel (15%).
Un des grands avantages de Coderre : il est très fort chez les francophones (39%), mais aussi très apprécié chez les non-francophones (25%).
Il s’assure ainsi d’un plus large appui que Bergeron, qui score étonnamment fort chez les non-francos (22%) mais très peu chez les francos (14%). Harel, à l’inverse, plait aux francos (23%) mais pas du tout aux non-francos (6%).
D’ailleurs, une autre enquête d’opinion, moins scientifique, mais néanmoins instructive, confirme cet aspect rassembleur du candidat en devenir. Produit par la firme LXB, ce sondage web aux allures de focus group est présenté comme une «étude perceptuelle» de la candidature de Coderre.
Parmi les traits positifs soulignés par les 523 répondants, on retrouve «rassembleur», «multiethnique» et «sociable».
Mais il y a plusieurs mais…
Il importe en effet de décortiquer le sondage CROP pour s’apercevoir que l’avance du député est chancelante. À ma grande surprise, je dois l’avouer.
Je vois trois écueils que le surfeur Coderre pourrait rencontrer…
1) Le caractère éphémère de la prime à la nouveauté.
Je croyais, bien franchement, que Coderre détenait une avance plus significative sur ses adversaires, grâce à sa notoriété et à sa nouveauté. Or 33 % pour un sauveur, une recrue sur laquelle les électeurs projettent leurs rêves et fantasmes, c’est peu.
D’autant qu’une fois dans l’arène, les nouveaux venus deviennent vite un parmi d’autres. Vous vous souvenez de François Legault le sauveur? En février 2011, TVA titre «Le premier ministre Legault». En décembre, il était crédité de 39 % d’appuis. En janvier, il n’en avait plus que 31 %.
Il a fini troisième aux élections de 2012, avec 27 % d’appuis. Et aujourd’hui, il a de la difficulté à dépasser les 20 %.
2) Le caractère volatile des appuis.
Les appuis à Coderre sont passablement élevés, mais ils sont surtout fragiles. Comme ils le sont pour tous les candidats d’ailleurs. Pas moins de 82 % des partisans de Bergeron «pourraient changer d’avis», un nombre élevé qui rivalise avec l’incertitude des appuis à Harel (76 %) et Coderre (65%).
Quand on sait que cette précarité tourne habituellement autour de 40 % dans les sondages, on comprend que les électeurs n’ont pas encore vraiment fait leur choix. Ni pour l’un, ni pour les autres…
3) La faiblesse de Coderre sur l’intégrité.
Le prochain maire de Montréal doit, avant toute chose, être «intègre, sans peur et sans reproche», soutient une majorité de répondants (54%), une qualité plus importante que d’être «visionnaire» (26%) ou «rassembleur» (13%).
Or il suffirait que Coderre se présente avec plusieurs anciens élus d’Union Montréal, que des histoires passées fassent surface ou que de nouvelles révélations soient faites pour que le vernis du député craque. Ses rivaux l’attendent d’ailleurs au détour. Surtout qu’ils seront confortés par le sondage, qui montre que l’on ne croit pas Coderre (25%) tellement plus capable d’enrayer la corruption que les Harel (11%) et Bergeron (13%).
La firme LXB, qui a vérifié la perception des électeurs, estime d’ailleurs que «le scandale des commandites n’est jamais très loin» quand on tâte le pouls de la population, confie André Bouchard, vice-président de la firme.
Rien de tout cela ne garantit que Coderre trébuchera. Son avance est assez importante, somme toute, pour qu’il vogue tranquillement vers la victoire en novembre prochain, comme l’a fait Gérald Tremblay avant lui. Mais il suffit qu’il trébuche sur un des obstacles qui parsèment son chemin pour qu’il peine à finir premier.
Rien n’est joué, finalement.
***
D’autres conclusions intéressantes de CROP…
- Les électeurs sont cyniques, mais toujours fiers d’être Montréalais. Pas moins de 58 % croient que le futur maire ne sera probablement ou certainement pas capable d’enrayer la corruption. Mais 85 % des répondants se disent néanmoins très ou assez fiers d’être Montréalais.
- Il y a toujours un brin d’angélisme dans les sondages. Et celui-ci ne fait pas exception : 82 % des répondants disent qu’ils vont probablement ou certainement aller voter.
- La coalition Applebaum est applaudie : 65 % des répondants se disent très ou assez satisfaits de son travail. Le résultat est tiré vers le haut par les non-francophones, mais il est néanmoins impressionnant. J’y reviendrai.
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