Le blogue de François Cardinal

Archive de la catégorie ‘Économie’

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Ma chronique de samedi n’ayant pas été publiée sur le web, je la recopie ici, intégralement, à des fins de débat. Vos commentaires sont les bienvenus.

La rue Sainte-Catherine est unique, historique, mythique. Mais pour combien de temps encore?

Elle est finie l’époque où il fallait se rendre sur cette grande artère pour voir un bon film, bien manger, magasiner. La banlieue offre presque tout ce que l’on y retrouve, avec en plus, des mers de stationnements gratuits.

Prenez les enseignes prestigieuses qui faisaient jadis la fierté de la Ste-Cat, elles ne sont plus exclusives. La Maison Birks a ouvert une succursale au DIX30, Holt Renfrew a fait de même avec son antenne HR2 et Apple s’est installé d’abord à Laval, ensuite au centre-ville.

Plus évocateur encore, les nouvelles bannières d’importance ne voient même plus la nécessité d’avoir pignon sur rue Sainte-Catherine. Pourquoi payer un tel loyer, semblent s’être demandés Williams-Sonoma et Crate & Barrel, quand on peut tout bonnement s’installer à Laval…

Qui les blâmera? Certainement pas les consommateurs de l’île qui sont presque aussi nombreux que les banlieusards à magasiner au Carrefour Laval et au Dix30…

Si bien qu’aujourd’hui, la Sainte-Catherine a beau conserver un certain dynamisme, on ne peut miser sur sa simple réputation pour espérer qu’elle survive. Il faut, au contraire, profiter de sa réfection à venir, annoncée mardi par le maire Coderre, pour lui insuffler une nouvelle valeur ajoutée, seule façon d’attirer à la fois les Montréalais et les banlieusards.

Mais pour cela, il faut répondre au principal défaut de cette artère commerciale. Il faut briser le tabou…

***

Ce n’est peut-être pas politically correct de le dire, mais l’unique élément qui manque à la Catherine pour rivaliser avec le Dix30 et le Carrefour Laval, c’est le stationnement. Du stationnement fluide, facilement accessible, à toute heure du jour.

Oui, le centre-ville est bien desservi par le métro. Oui, on peut s’y rendre à vélo, en BIXI, en taxi et en autopartage. Mais il faut se mettre la tête dans le sable pour ne pas voir que dans la région, 70 % des déplacements se font en auto.

Dure réalité : les Montréalais de Pierrefonds et de Pointe-aux-Trembles n’iront pas sur la Sainte-Catherine en métro, les résidents de Beaconsfield et de Mont-Royal ne prendront pas le train pour magasiner au centre-ville, les gens de Brossard et de Terrebonne ne sauteront pas dans le bus pour assister à un concert à la Maison symphonique.

Plate de même.

Il est là, le problème de la Sainte-Catherine et du centre-ville en général. Un problème qu’on ne veut pas voir, un problème qu’on feint d’ignorer, comme l’a prouvé l’aménagement de la Place des festivals.

On a conçu une place fort invitante… mais on n’a rien fait pour en assurer l’accès autrement qu’en métro! S’y rendre en auto est un véritable cauchemar!

Comprenez-moi bien, c’était une excellente idée d’expurger le cœur du Quartier des spectacles de voitures, d’en piétonniser les contours, d’en accroître la convivialité pour les cyclistes. Mais il aurait fallu, aussi, améliorer l’accès et le stationnement tout autour, comme on le voit dans les grandes villes européennes. Leur centre historique est souvent libre de voitures, mais il est habituellement bordé de stationnements propres et étagés.

Bref, ce n’est pas parce qu’on empêche les autos de circuler dans un périmètre donné qu’il faut les empêcher d’en approcher!

***

La piétonnisation de la rue Sainte-Catherine, telle que défendue par le maire Coderre, est prometteuse. À première vue, cette idée a le potentiel d’être le grand coup qui redonnerait une valeur ajoutée à cette grande artère, sans se lancer dans un projet intéressant mais trop coûteux comme le tramway (à ce sujet, lire le dernier billet sur mon blogue).

En augmentant l’espace accordé aux piétons, comme New York l’a fait à Times Square, on pourrait en effet transformer la Ste-Cat en un lieu convivial où il fait bon marcher, pour magasiner, se divertir, après le bureau, le jour, le soir, la semaine, le weekend.

Pour ce faire, il faut réduire la place de la voiture. Il faut éliminer le stationnement de surface. Il faut donner bien plus d’espace aux piétons et aux cyclistes qu’on a osé le faire sur le boulevard Saint-Laurent.

Mais de grâce, évitons de refaire le coup de la Place des festivals. Évitons de créer un bel aménagement déconnecté de la ville et de la mobilité qui l’entoure.

Rappelons-nous que plus de 50 % de la population de la région habite à l’extérieur de l’île de Montréal. Qu’une partie significative des résidents de l’île réside à bonne distance du métro. Et qu’une portion non négligeable des gens qui magasinent préfère le faire en auto.

Qu’on le veuille ou non, la piétonnisation de l’artère devra s’accompagner d’un réseau de stationnements, souterrains idéalement, gratuits avec achats si possible, servant à rabattre les consommateurs qui risqueraient ainsi d’être moins tentés par une journée enfermée dans un centre commercial, davantage par une journée en plein air sur une artère vraiment unique.

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Vendredi 28 mars 2014 | Mise en ligne à 14h13 | Commenter Commentaires (156)

Retour des Expos: on le construirait où, le stade?

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Ironique, au moment précis où le débat reprend sur le retour des Expos, on annonce qu’on va remplir le trou censé accueillir… le nouveau stade des Expos.

Rappelez-vous l’an 2000… On prévoyait construire un stade tout neuf de 36 215 places à côté du Centre Bell, dans le quadrilatère formé des rues de la Montagne, Peel, Saint-Jacques et Notre-Dame. Dessiné par le consortium Axor-Provencher Roy, il s’agissait d’un très beau bâtiment de forme ovoïde muni d’une paroi extérieure en verre (image ci-dessus).

«Le stade en chantier dès avril», titrait La Presse en février 2000…

Or la semaine dernière, Cadillac Fairview a annoncé, dans l’exact même quadrilatère, un impressionnant projet à l’horrible nom «Quad Windsor» : cinq tours résidentielles et deux tours de bureaux.

Donc 14 ans plus tard, le secteur séparant l’ETS et la garde Windsor est désormais envisagé comme ceci…

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En ce weekend de matchs, donc, bien qu’un retour du baseball ne soit qu’un improbable projet (je répète : pas question de mettre un sou d’argent public dans un nouveau stade), posons-nous la question à la fois pour se rouler dans une bienveillante nostalgie et se projeter dans un avenir prometteur: où joueraient les Expos s’ils revenaient à Montréal?

Il existe cinq scénarios, selon l’étude de faisabilité de la Chambre de commerce : le Bassin Peel (A), le Bassin Wellington (B), le site de l’Hôpital pour enfants (C), le terrain Blue Bonnets (D) et le Stade olympique (E).

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Analysons-les un par un, en remontant du dernier au premier…

- Stade – On peut déjà exclure le Stade olympique des scénarios possibles, la Ligue de baseball ayant bien fait comprendre qu’elle n’y retournerait JAMAIS.

- Blue Bonnets – On peut aussi exclure le site de l’ancien hippodrome, situé à une dizaine de kilomètres du centre-ville. Le stade ne verra le jour que s’il est payé par le milieu des affaires. Or le milieu des affaires n’investira que dans un stade à distance de marche du quartier des affaires.

- Hôpital pour enfants – Le site sera déserté avec l’ouverture du CUSM. Il serait donc possible de démolir le bâtiment pour y construire un stade. Mais le site me semble un peu trop décentré pour en faire un véritable stade de centre-ville. Et j’entends déjà les débats sur ce secteur «trop à l’ouest»…

- Bassin Wellington – Bon, on commence à parler sérieusement. Le site est dans un secteur appelé à se développer, à moins de 2 km de marche du cœur du centre-ville. Il offrirait une superbe vue sur les gratte-ciel. Mais il y a un hic : il demeure difficile d’accès, enclavé entre la voie ferrée, l’autoroute Bonaventure (on le voit bien ici).

- Bassin Peel – Là, on parle… Avec la démolition de l’autoroute Bonaventure s’ouvrira tout un secteur où la mixité serait la bienvenue, après avoir tapissé Griffintown de tours à condos homogènes.

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Le choix de ce site, poussé à la fois par Projet baseball Montréal et Projet Montréal (Etienne Coutu, anciennement de la formation, a réalisé l’esquisse ci-dessus), est doublement intéressant en ce qu’il permettrait la renaissance du quartier «Goose Village» en plus de se trouver sur le passage probable du SLR du futur pont Champlain.

Vous auriez donc là un site d’une grande synergie, à la confluence du centre-ville et de la banlieue, à un lancer de balle du quartier des affaires.

Qui dit mieux?

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Samedi 8 mars 2014 | Mise en ligne à 8h44 | Commenter Commentaires (177)

Ouvrir les bars jusqu’aux petites heures? Pourquoi?

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Le débat entourant la possible ouverture des bars jusqu’à 6 heures est intéressant en ce qu’il oppose deux éléments qui font la force de Montréal, à savoir sa joie de vivre et sa qualité de vie.

D’un côté, Montréal est reconnue à l’international pour son dynamisme urbain, sa vie nocturne, ses rues grouillantes et sa branchitude. Et de l’autre, elle se distingue par son échelle humaine, sa grande sécurité, ses nombreuses activités diurnes et la qualité de vie qu’elle offre à ses résidents.

En proposant d’allonger les heures d’ouverture des bars, le maire Coderre pose une question importante : est-ce possible de concilier ces deux éléments forts de l’identité de la métropole, ou y en a-t-il nécessairement un qui supplantera l’autre?

Personnellement, je trouve qu’il y a beaucoup d’arguments qui militent contre cette proposition, mais je suis tout à fait favorable à un débat, à une consultation qui pourrait révéler de nouveaux arguments, d’un côté comme de l’autre.

La question que je me pose, pour l’instant : pourquoi?

Oui, l’industrie des bars en arrache et pourrait ainsi espérer regagner un peu ce qu’elle a perdu. Oui, cette initiative pourrait consolider l’image de «fun city» de Montréal, pour reprendre l’expression de Gilbert Rozon.

Mais il me semble que le gain est timide (et incertain) par rapport aux irritants qu’une ouverture prolongée pourrait susciter.

Je pense aux désagréments pour les riverains dans les quartiers qui sont, justement, en pleine ébullition nocturne. Saint-Laurent n’est plus le pôle qu’il était, pas plus que Saint-Denis, alors qu’émergent parallèlement des quartiers comme le Vieux, Griffintown et le Mile-End. Des secteurs beaucoup plus résidentiels, justement.

Je pense au fait que la richesse des artères commerciales de Montréal émane souvent de leur proximité avec les quartiers résidentiels, une mixité salutaire, un équilibre qui pourrait être troublé par des bars ouverts jusqu’aux petites heures du matin.

Je pense aux coûts en sécurité publique engendrés par un étalement des heures d’ouverture, dans un contexte où les budgets de la police connaissent chaque année d’importantes hausses qui grèvent les finances de la Ville.

Rien de tout cela n’empêche d’aller de l’avant avec l’idée de M. Coderre, on s’entend. Ce ne sont en fait que des réserves, bien plus qu’une opposition de principe de ma part.

Mais j’ai beau tendre l’oreille aux arguments (à la minute 5:35) du maire Coderre, écouter le directeur général de la Société de développement du boulevard Saint-Laurent, lire les propos du président de l’Association québécoise de la vie nocturne, je dois avouer que je ne saisis pas encore tout à fait la pertinence d’une telle proposition.

Ne redonnerait-on pas un second souffle à cette industrie, sans les inconvénients cités, en réduisant le fardeau fiscal des tenanciers de bars, leurs tracas administratifs et bureaucratiques, le nombre de juridictions auxquels ils doivent répondre, les contraintes qui les empêchent d’ouvrir des terrasses et de multiplier les initiatives pour attirer les clients (avant 3 h)?

Qu’en pensez-vous? Vous êtes d’accord avec cette nouvelle idée du maire Coderre? Ou vous la voyez négativement?

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