Le blogue de François Cardinal

Archive de la catégorie ‘Culture’

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Dans la catégorie «quand on se compare, on se console», y a pas mieux que Detroit. Voilà une ville si amochée qu’elle est non seulement sous tutelle, mais aussi au bord de la faillite tant sa dette est immense: 15 milliards $.

Un homme a été nommé pour trouver un plan de sauvetage et sortir ainsi l’ancienne ville industrielle du trou. Un homme qui vient de proposer une idée très surprenante : vendre les œuvres du Detroit Institute of Arts, un des joyaux des États-Unis.

La valeur de sa riche collection: 15 milliards $, justement…

On s’en doute, l’idée avancée par Kevyn Orr, le «Emergency Financial Manager», a fait scandale chez nos voisins. Mais elle est néanmoins prise au sérieux, surtout que ce dernier ne semble pas vouloir reculer devant la levée de boucliers.

Pourquoi je vous en parle? Parce qu’il y a peut-être là une occasion pour Montréal*…

On retrouve en effet dans la cour du DIA une très belle œuvre signée… Calder, un stabile similaire à celui du Parc Jean-Drapeau du nom de «Young Woman and Her Suitors».

Et si Montréal mettait la patte dessus et réglait du coup le débat sur le déménagement de L’Homme?

J’ai écrit à l’Institut mardi pour me renseigner, mais on ne veut pas répondre à mes questions, étant donné que le musée est en guerre avec le tuteur Orr. Il n’est pas question de vendre une seule œuvre de la collection, m’a répondu Pamela Marcil, la directrice des communications.

Mais M. Orr rétorque qu’en ces temps exceptionnels à Detroit, des gestes exceptionnels devront être posés. Il laisse donc la porte ouverte à une éventuelle vente des œuvres, une décision qu’il croit pouvoir prendre sans même l’accord du musée.

Combien vaut la sculpture? Dur à dire. L’Homme, selon plusieurs sources, est évalué à 50 millions $, mais il est deux fois plus imposant que «Young Woman». Donc quelques dizaines de millions, probablement.

Les mécènes montréalais qui étaient prêts à payer pour le déménagement de notre Calder au centre-ville seraient-ils intéressés? Et vous, êtes-vous prêts à mettre quelques dollars?

* Merci à Martin Cossette pour le flash…

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À la lumière du débat captivant qui a eu lieu ces derniers mois, la Ville de Montréal choisit finalement de laisser L’Homme tranquille.

L’œuvre de Calder ne quittera pas l’Île Sainte-Hélène, a en effet tranché le conseil municipal. Mieux, elle sera davantage mise en valeur sur le site même où elle a été implantée il y a quelques années seulement.

Une très bonne chose.

L’administration n’accorde pas de budget spécifique à cette mise en valeur in situ, malheureusement, mais elle transfère la responsabilité de l’œuvre au gestionnaire du site, la Société du Parc Jean-Drapeau. On comprend donc que le financement viendra, possiblement, des coffres de cette dernière.

Parallèlement, la Ville demande au Comité-conseil en art public d’orienter son travail prioritairement, non pas sur le déplacement d’œuvres existantes, mais plutôt sur le développement du mécénat et l’acquisition de nouvelles œuvres d’art public.

Cela est un important changement de cap* pour Élaine Ayotte, responsable de la culture au comité exécutif. Car à la suite de la suggestion du mécène et membre du Comité-conseil Alexandre Taillefer, elle s’était montrée favorable au déménagement du stabile de Calder sur l’île de Montréal, avant d’accéder à l’exécutif.

C’est finalement Projet Montréal qui aura eu le dessus, avec le dépôt de sa motion demandant le maintien et la mise en valeur de l’importante sculpture.

Une bonne nouvelle. Vous ne trouvez pas?

*AJOUT: je viens de parler À Mme Ayotte, qui ne voit pas les choses de la même manière. Elle soutient que la motion ne met pas fin à tout jamais à l’idée d’un déménagement. Ce que réfute Projet Montréal… et un peu son propre parti, Vision Montréal. Dans son communiqué de presse, Louise Harel met de gros gants blancs très épais pour ne pas avoir l’air de contredire l’élue de sa formation, mais elle dit néanmoins que l’idée du déménagement est à abandonner, au profit de l’acquisition de nouvelles oeuvres.

«Depuis, certaines déclarations publiques de ses membres ont suscité un débat public passionné, indique Mme Harel. Le resserrement du mandat de l’organisme lui permettra de se centrer sur ses objectifs. Nous félicitons Élaine Ayotte pour son leadership dans l’atteinte des objectifs du Comité-conseil en art public, en vue d’augmenter le nombre d’œuvres d’art public de classe internationale sur le territoire Montréalais.»

Quant à Projet Montréal, qui a adopté la même motion, il est plus clair. Dans son communiqué, le parti se réjouit que le Conseil de ville ait adopté «une motion pour la mise en valeur de l’œuvre de Calder là où il est, c’est à dire sur l’île Sainte-Hélène». «Nous sommes très heureux que le Conseil ait confirmé son intention de laisser L’Homme là où il est présentement», ajoute François Croteau, le maire de Rosemont.

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Mercredi 30 janvier 2013 | Mise en ligne à 7h22 | Commenter Commentaires (18)

L’Homme de Calder ne respecte pas les critères…

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Le débat public entourant le déménagement de L’Homme de Calder est fascinant. Mais il lui manque un élément essentiel : des critères objectifs.

Depuis que le collectionneur Alexandre Taillefer a relancé l’idée, l’an dernier, bien des arguments ont été évoqués d’un côté comme de l’autre. On fait valoir le manque de popularité du Parc Jean-Drapeau, la piètre visibilité de l’œuvre, son importance artistique, etc.

Mais peu d’observateurs ont pris la peine de consulter les critères qui guident la Ville de Montréal en pareilles circonstances. Peu d’œuvres sont déplacées, surtout depuis l’adoption du premier Plan d’action en art public, il y a 20 ans.

Selon le Bureau d’art public de Montréal, les critères appliqués pour déplacer une œuvre s’inspirent des principes inscrits dans les chartes internationales de conservation du patrimoine.

La Ville accepte de déplacer une œuvre lorsque…

- le lieu public pour lequel elle a été créée a perdu sa fonction;

- le site sur lequel elle se trouve doit subir d’importantes modifications, ce qui rend son maintien impossible (pensons au Monument à John Young, de Louis-Philippe Hébert, qui a dû être déplacé pour permettre la construction du Musée de la Pointe-à-Callière, en 1990);

- son environnement physique s’est détérioré au point de mettre en péril sa conservation (pensons au monument aux Patriotes, d’Alfred Laliberté, qui se trouvait sur le terre-plein de la rue Notre-Dame, sous le pont Jacques-Cartier, avant d’être déménagé sur le site du Pied-du-Courant);

- l’œuvre est devenue trop fragile pour demeurer exposée sur le domaine public (pensons à la statue de l’amiral Nelson, de Robert Mitchell, qui a été remplacée par une copie, et dont l’original se trouve au Centre d’histoire de Montréal).

Or L’Homme de Calder ne répond à aucun de ces critères. Au contraire, comme je le souligne en édito aujourd’hui, le stabile a joui d’une restauration complète avant d’être déplacé au bord de l’eau, il y a quelques années, là où il est visible autant de l’île, du fleuve que des îles.

Plutôt que de miser sur le déménagement d’une œuvre pour des raisons discutables, ne devrait-on pas plutôt miser sur une nouvelle œuvre? Pourquoi pas une sculpture d’un artiste québécois comme David Altmejd, Michel de Broin ou Nicolas Baier?

Les mécènes prêts à financer le déplacement de L’Homme accepteraient-ils de mettre leur argent dans la relève plutôt que dans un déménagement?

***

Mais qui est L’Homme, au juste?

- La sculpture a été commandée en juillet 1966 par l’International Nickel Company of Canada (INCO) pour son pavillon d’Expo 67.

- Dès septembre 1966, l’INCO a fait part au maire Jean Drapeau de son intention d’offrir la sculpture à la Ville, à la fin de l’Exposition.

- Fondue en France et montée une première fois à Tours en présence du ministre André Malraux, en janvier 1967, la sculpture a été démontée, puis envoyée à Montréal par bateau, dans 12 grandes caisses en bois.

- L’Homme a été remonté à Place internationale Nickel, sur l’île Sainte-Hélène, en avril 1967, sous la direction de Calder. Il est exposé du 23 avril au 27 octobre 1967. La sculpture a été remise à la Ville après l’Expo.

- Il s’agit du plus grand «stabile» (un terme inventé par Calder afin de caractériser ses œuvres privées de mouvement, donc non mobiles) d’un des plus grands sculpteurs contemporains.

- L’Homme mesure 22 mètres de large et 21 mètres de haut. Il pèse 50 tonnes. Les matériaux nécessaires à la construction de la sculpture ont été fournis par l’INCO à Atlas Steel, à Tracy.

- L’œuvre a coûté 135 000 $ en 1967. Elle vaut actuellement 50 millions $. Il s’agit de la sculpture la plus chère de Montréal.

Source : Analyse et étude complète du monument L’Homme par Alexandre Calder, Ville de Montréal, 19 février 1990

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