
Montréal est ingouvernable. Plus personne ne remet en question cette affirmation. Plus personne ne prend même la peine de donner des exemples pour le prouver.
Montréal est tout simplement ingouvernable. Point.
Donc lorsque la CAQ propose de réduire le nombre d’élus et d’arrondissements, on applaudit.
Mais quel est le lien entre «l’ingouvernabilité» et la taille du conseil municipal? Pas clair.
Montréal est ingérable parce que certains dossiers sont difficiles à mener à terme, certains projets traînent en longueur, certains conflits entre organisations rendent la prise de décision difficile… mais pas parce que le nombre d’élus est élevé.
Je donne en édito aujourd’hui trois exemples de surgouvernance pris au hasard dans l’actualité. Décortiquons-les.
- Cas no 1 : le SRB Pie-IX. C’est long, très long même. La principale raison, la multiplication de structures. Piloté par l’AMT, épaulé par la STM et la STL, le projet touche principalement quatre arrondissements, deux villes, une MRC, la CMM, le MTQ et Infrastructures Québec. Autant de «partenaires» qui doivent s’entendre sur tout.
- Cas no 2 : les réfections d’infrastructures. Les chantiers s’étirent, on se retrouve avec des chaussées qu’il faut rouvrir, des travaux menés tout croche. Le problème, si l’on se fie au président de BPR, Pierre Lavallée, qui a témoigné devant la Commission Charbonneau : le nombre effarant de fonctionnaires et de services municipaux à Montréal.
- Cas no 3 : la lourdeur administrative. Peu importe que ce soit les tout nouveau restaurateurs ambulants, les promoteurs immobiliers ou les organisateurs d’événements, tous se plaignent du fouillis structurel de Montréal. Pas sorcier, on multiplie depuis toujours les couches organisationnelles sans prendre la peine d’en éliminer en chemin. Tous doivent ainsi frapper à 68 portes avant d’avoir un début d’entente de principe.
Or que nous révèlent ces trois cas?
D’abord, que Montréal est un monstre bureaucratique qui étouffe sous les structures et organisations. On retrouve des fonctionnaires en nombre impressionnant, des organisations avec un mandat similaire (la planification du transport revient autant à la CMM qu’à l’AMT) et des structures multiples au rôle contestable (on compte sept conférences régionales des élus dans le Grand-Montréal, alors que l’agglo et la CMM sont justement des conseils d’élus).
On peut donc revoir la composition de quelques arrondissements, comme le propose la CAQ, cela ne changera strictement rien dans le grand tout. On se ramassera ainsi avec un énorme débat alimenté par les arrondissements qui vont disparaître… pour quelques changements bien mineurs.
Ensuite, que le nombre d’élus n’est pas en cause. Ils sont peut-être trop nombreux, ils faut peut-être réduire leur nombre pour des raisons économiques, mais ils ne sont pas pour autant responsables des problèmes de surgouvernance de Montréal, comme en attestent les trois cas cités ci-dessus, mais aussi le rapport de l’OCDE (2004), le rapport Côté-Séguin (2010) et le rapport Léonard (2013).
Jamais dans ces documents n’évoque-t-on le nombre d’élus à Montréal. Il y en a peut-être trop aux yeux des auteurs de ces rapports, mais ils se gardent bien de le préciser, tout simplement parce qu’il y a des problèmes autrement plus graves et épineux auxquels il faut s’attaquer.
Cela dit, je vois bien que sur ce débat, je suis pas mal isolé. À part Projet Montréal qui a lancé quelques critiques sur le timing de l’annonce, tout le monde semble être du bord de la CAQ.
Et vous, vous penchez aussi du côté de la Coalition?
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