Quel avenir pour Montréal?

Archive de la catégorie ‘Arrondissements’

Mercredi 8 janvier 2014 | Mise en ligne à 8h58 | Commenter Commentaires (73)

La silhouette de Montréal ne sera plus la même…

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Infographie: Michel Cusson, La Presse

Après une disette de deux décennies, voilà que Montréal verra pousser les gratte-ciels comme des champignons cette année.

Il y a bien eu récemment quelques rares constructions d’envergure comme l’Altitude Montréal (on ajoutait dans ce cas une vingtaine d’étages à des bâtiments existants) ou ces tours d’une vingtaine d’étages, comme le Crystal et la Cité du commerce électronique, mais rien de comparable à tout ce qui se construira au-delà des 30 étages d’ici la fin de 2014.

Le mois dernier, on dénombrait pas moins de 14 projets d’au moins 30 étages dans l’arrondissement Ville-Marie en additionnant à la fois les projets en chantier, à l’étude et autorisés.

Ce qui est fort impressionnant, en plus d’être une excellente nouvelle pour le centre-ville qui connaît actuellement une renaissance salutaire (je ne crois pas que les promoteurs soient suicidaires, contrairement à ce que certains ont compris de mon dernier billet. Ils sont certes ambitieux, mais ils misent sur un ensemble de facteurs qui risquent de leur donner raison. J’y reviendrai.).

Certes, les 14 projets ne verront pas tous le jour, mais plusieurs sont déjà en cours. Voici six des plus importants édifices résidentiels sur le point de lever s’ils ne sont pas déjà en chantier ou carrément construits, accompagnées de quelques commentaires architecturaux.

1- MARRIOTT COURTYARD

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360, boulevard René-Lévesque Ouest, entre les rues de Bleury et Anderson

Architectes : Brian Burrows Architecte/Architex

Projet presque achevé, ouverture imminente

Le complexe est composé d’un basilaire de 11 étages et d’une tour résidentielle de 40 étages. Si l’hôtel a ouvert ses portes il y a quelques semaines, les 250 unités de logement ne seront prêtes qu’au cours des prochains mois. Baptisé Le V, ce gratte-ciel est signé par Le groupe Architex à qui l’on doit le campus Bell Canada, à L’Île-des-Sœurs. Élancé, doté de fenêtres bleutées, l’édifice a une allure moderne et discrète. L’un de ses mérites est de combler le plus important terrain vacant du boulevard René-Lévesque à l’est du centre des affaires.

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2- ALTORIA/AIMIA

alto1001, côte du Beaver Hall, entre l’avenue Viger et la rue de La Gauchetière

Architectes : NEUF architect(e)s

Permis de construction émis, projet avancé

À un jet de pierre du Square Victoria, cet édifice de béton et de verre a été conçu par la firme NEUF architect(e)s (anciennement DCYSA, firme qui œuvre notamment sur le CHUM). Il est composé d’un vaste socle rectangulaire de 10 étages dans lesquels on retrouvera bureaux et activités commerciales, surmonté d’une tour de 24 étages qui accueilleront 152 unités de logement. On dit avoir calqué une telle mixité sur le très populaire Columbus Circle à New York. Le projet vise la certification LEED Or.

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3- LE ROCCABELLA

roc1300, boulevard René-Lévesque Ouest, entre les rues de la Montagne et Drummond

Architectes : Béïque Legault Thuot Architectes

Permis de construction émis, en chantier

Aux côtés du Centre Bell, dans un secteur où il y a actuellement peu de logements, le cabinet d’architectes Béïque, Legault et Thuot (à qui l’on doit le Crystal de la Montagne, adjacent) propose un projet de deux édifices identiques. Plutôt conventionnelles, mais dotées d’une surface qui rappelle les pierres grises de Montréal, ces tours jumelles de 41 étages remplaceront un terrain de stationnement occupé illégalement. Derrière une enfilade de colonnes, un basilaire commercial relira les édifices au rez-de-chaussée, des bureaux seront aménagés dans les deux premiers étages, puis les tours, en retrait, offriront 540 logements.

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4- ICÔNE

icone1221, boulevard René-Lévesque Ouest, entre les rues Drummond et de la Montagne

Architectes : Béïque Legault Thuot Architectes

Permis de transformation émis, en chantier

Signé par la même firme d’architectes que Le Roccabella, l’Icône se distingue par sa modernité assumée et sa seconde peau faite de panneaux de verre. Le complexe est composé de deux édifices, une tour résidentielle de 39 étages (357 unités d’habitation) flanquée d’une plus petite tour à usage mixte de 27 étages comprenant un hôtel, des commerces au rez-de-chaussée ainsi que d’autres logements (120 unités). Lui aussi remplace un stationnement illégal. Créatif et surprenant, cet ensemble d’édifices est la plus futuriste des nouvelles constructions du secteur.

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5- L’AVENUE

avenue1275, avenue des Canadiens-de-Montréal, entre les rues de la Montagne et Drummond

Architectes : Page + Steele/IBI Group Architects

Permis de construction bientôt émis

Avec ses 50 étages, cet édifice entend devenir la plus haute tour résidentielle de la ville. Moderne, audacieux et original, le projet prévu en face du Centre Bell sera composé de trois volumes rectilinéaires sculptés. On y trouvera des commerces sur deux étages, des bureaux sur les cinq étages au-dessus et 315 logements dans les étages supérieurs.

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6- TOUR DES CANADIENS

canadiens1290, avenue des Canadiens-de-Montréal, entre les rues de la Montagne et Drummond

Architectes : Groupe IBI/DAA/CHBA

Permis de construction bientôt émis

Inspiré du Maple Leaf Square, l’édifice de 48 étages sera érigé Place des Canadiens. Conçu par la firme IBI DAA CHBA (anciennement Cardinal Hardy et Martin Marcotte/Beinhaker), le bâtiment sera scindé en deux parties distinctes rappelant la dénivellation naturelle des lieux. Sobre, simple et élégant, le complexe comprendra un basilaire de 14 étages destiné à loger un bar, un restaurant et un centre sportif, ainsi qu’une tour de 47 étages comprenant pas moins de 700 logements.

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Jeudi 26 décembre 2013 | Mise en ligne à 9h10 | Commenter Commentaires (47)

La politique du «ni-ni», appliquée à la ville…

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L’initiative des ruelles blanches de Rosemont n’est certainement pas le plus important projet de 2013. Mais c’est néanmoins mon coup de cœur…

En un mot, l’administration de François Croteau a décidé d’appliquer dans ses nombreuses ruelles une politique de «non-ingérence, non-indifférence» qui permet aux citoyens de prendre collectivement possession de ces terrains de jeu potentiels.

Bravo!

On se rappellera que l’année a débuté avec le geste malheureux de quelques cols bleus de l’arrondissement Villeray qui ont décidé de répondre à la plainte d’un seul citoyen en répandant des abrasifs sur deux patinoires artisanales aménagées dans une ruelle par des parents dégourdis.

Cette bourde a eu le mérite de forcer la réflexion sur l’avenir de ces éléments du domaine public qui servent trop souvent de stationnement. Villeray a ainsi réfléchi à la chose durant l’année pour finalement adopter, début décembre, une résolution permettant l’utilisation des ruelles à des fins récréatives durant la période hivernale.

Mais plus intéressante encore est l’approche poussée parallèlement par l’arrondissement Rosemont, qui a décidé de donner aux citoyens la part du domaine public qui lui revient, à l’année longue.

La réflexion se mène depuis 2010, il est vrai, mais c’est néanmoins en 2013 qu’elle s’est élargie aux quatre saisons avec la création des ruelles blanches, suite à l’expérience malheureuse de Villeray.

Tout a débuté il y a trois ans avec l’idée de permettre aux citoyens de gérer eux-mêmes les ruelles et les jardins de rues (ces carrés parfois asphaltés, parfois gazonnés, qui se situent en façade de maison entre la rue et le trottoir).

«La première étape a été de trouver une formule permettant aux citoyens de couper eux-mêmes le béton et l’asphalte dans les ruelles, explique le maire Croteau. Ce qui fut fait grâce à une coordination avec les travaux publics et l’éco-quartier.»

En soi, cela est un exploit. L’arrondissement a alors identifié les lieux où les citoyens peuvent couper l’asphalte sans nuire à la sécurité et aux infrastructures souterraines. Puis il a permis la fermeture partielle de certaines ruelles sans nuire à la circulation des véhicules d’urgences et des citoyens.

Pour appliquer son approche «ni-ni», l’arrondissement a tout de même dû élaborer certaines règles minimales. Les citoyens qui veulent aménager une ruelle verte doivent ainsi obtenir l’approbation de 50% + 1 des riverains.

Très rapidement, le projet a fait boule de neige, si bien que 50 ruelles vertes ont été ainsi aménagées en trois ans. Et tout près de 30 s’ajouteront en 2014.

La même stratégie fut ensuite adoptée pour les jardins de rues devant les logements, là où les citoyens peuvent maintenant retirer de l’asphalte et aménager des potagers dans les saillies de trottoirs verdies.

«Les citoyens peuvent installer des tuteurs pour protéger leur jardin des chenillettes l’hiver, précise le maire. Du coup, on diminue la quantité d’espaces déneigés pour protéger la verdure.»

Tout naturellement, les ruelles blanches étaient les suivantes sur la liste des secteurs profitant de cette «non-ingérence, non-indifférence». Les mêmes règles s’appliquent en hiver comme en été, ce qui permet maintenant aux citoyens d’aménager des patinoires, des châteaux forts, voire d’énormes glissades en bois avec escaliers pour y monter, comme dans cette ruelle située entre les rues Holt et Dandurand…

«On peut qualifier cela de démocratie directe, selon M. Croteau. L’État se retire presque totalement du processus et donne la responsabilité aux citoyens, qui ont aussi à s’assurer d’éliminer les nuisances et de garantir la sécurité des installations.»

Intéressant, une initiative qui peut plaire autant aux gens de droite que de gauche!

On a là tous les bienfaits de l’approche anglo-saxonne de la «community». On a les ingrédients nécessaires au développement d’un esprit de quartier. On a la naissance d’un fort sentiment d’appartenance à l’arrondissement. Et ce, sans que ce dernier n’impose quoi que ce soit puisque les projets émanent d’en bas, non pas d’en haut.

Voilà pourquoi il s’agit de mon coup de cœur local de l’année.

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Vendredi 15 novembre 2013 | Mise en ligne à 6h48 | Commenter Commentaires (74)

Démolition de l’école Baril: un cas de conscience…

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J’ai passé près de trois jours à éplucher les nombreux rapports, les études et les avis sur l’école Baril, cet établissement d’Hochelaga-Maisonneuve fermé d’urgence il y a plus de deux ans pour cause de moisissures.

Pour tout vous dire, j’ai commencé mes recherches avec un préjugé favorable à la restauration de ce magnifique bâtiment de style Beaux-Arts conçu par l’architecte Joseph-Dalbé Viau, à qui l’on doit aussi la crypte de l’Oratoire St-Joseph (mieux préservée, heureusement…).

Pas vrai qu’en 2013, me disais-je, on va régler un problème de moisissure en rasant une école, surtout pas celle-ci, qui constitue, avec l’église voisine du Très-Saint-Rédempteur, un ensemble monumental institutionnel d’une grande beauté et d’une grande importance pour la communauté qui gravite autour.

Au fur et à mesure de mes lectures, ma colère augmentait face à ce qui est clairement une négligence des autorités qui, jusqu’à tout récemment, ont laissé l’école se transformer en passoire puis pourrir tranquillement…

J’ai parlé à Dominique Paul, l’ancienne directrice de l’école Baril de 1999 à 2006. Elle m’a raconté toutes les demandes faites à la CSDM pour réparer le bâtiment, notamment sa toiture sévèrement abimée lors de la crise du verglas. «On me disait à chaque fois que c’était prévu dans le Plan triennal d’immobilisations. Mais chaque année, le plan était reconduit…»

Elle a ainsi été obligée d’installer un drain de fortune qui se vidait dans l’évier d’une classe. Elle a dû monter sur une chaise pour percer le faux plafond qui ployait sous la force d’une poche d’eau. Elle a été obligée de refaire d’urgence le faux plafond pour éviter que du plâtre ne s’effondre sur les élèves.

Et on ne parle ici que du plus visible. L’infiltration d’eau s’est évidemment faite ailleurs dans le bâtiment, pendant des années.

Résultat : le bâtiment est pourri jusqu’au moellon.

Non seulement la fondation est infestée par l’humidité, les champignons sont présents dans les trois rangs de briques, et ce, sur les quatre façades.

La question qui tue : peut-on, malgré cet état avancé de délabrement, restaurer le bâtiment?

Robert Cadotte, ex-commissaire de la CSDM devenu administrateur de l’Atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve, estime que oui. Il m’a expliqué sa proposition de fumigation au dioxyde de chlore et d’«encapsulation» des zones affectées.

L’idée est intéressante. D’autant que cela coûterait moins cher que la démolition, qu’on sauverait ainsi un bâtiment patrimonial et qu’une étude signée par la firme d’architecture Beaupré-Michaud confirme qu’une restauration du bâtiment est faisable.

«La poursuite des travaux de restauration de l’immeuble nous apparaît une avenue raisonnable», écrivent les auteurs dans leur étude de février dernier.

Or après avoir parlé à tous les intervenants dans ce dossier et après avoir lu tous les documents pertinents, j’en viens à la conclusion que cette technique relativement nouvelle d’encapsulation a un bon potentiel… mais qu’elle est tout simplement trop risquée pour l’école Baril.

Le confinement de la moisissure a certes réussi à régler des problèmes de contamination dans des cas moins graves, comme à l’Institut de cardiologie. Mais l’étude de la firme LVM montre bien que le cas de l’école Baril est autrement plus grave.

«L’inspection de la maçonnerie a permis de révéler la présence de croissance fongique active dans la maçonnerie des quatre façades du bâtiment. (…) De l’humidité a été détectée sur les trois rangs de briques (…) Cette croissance fongique active dans la brique est une source potentielle de contamination de l’air intérieur du bâtiment.»

Que recommandent les grandes agences internationales spécialisées en pareille situation? La démolition, hélas.

Quand un matériau poreux comme la brique est infecté par une croissance fongique active, l’«encapsulation» est même déconseillée, selon l’American Conference of Governmental Industrial Hygienists, l’American Industrial Hygiene Association et l’Institute of Inspection, Cleaning and Restoration Certification.

C’est d’ailleurs en s’appuyant sur ces recommandations et celle de Scott Armour, un expert américain ayant visité l’école Baril, que la Direction de la santé publique de Montréal conclut que l’école ne devrait pas être reconstruite dans l’enveloppe actuelle du bâtiment.

«La littérature et l’expérience montrent que les moisissures encapsulées parviennent tôt ou tard à émaner de la maçonnerie contaminée», écrit la DSP de Montréal.

Un avis d’ailleurs confirmé par une autre DSP, celle de la Capitale-Nationale. «Aucun architecte ne souhaitera garantir l’efficacité de l’encapsulage à long terme. Même chose pour le gaz. C’est sûrement une bonne technique, mais on manque de données pour la garantir», explique Michel Legris dans le dernier Québec Science.

Il existe donc un risque. Un risque qui n’est peut-être pas très grand (les experts de la santé publique ont la fâcheuse habitude de viser le risque zéro), mais un risque tout de même.

Or rappelons que l’école Baril n’est pas qu’une école parmi d’autres. C’est le cœur d’un quartier défavorisé. Un quartier où le taux de décrochage est plus élevé qu’ailleurs. Un quartier qui, plus que les autres, a besoin de son école de proximité, elle qui en a perdu trois d’un coup!

L’ancienne directrice de l’école Baril me racontait comment elle et son équipe devaient chaque matin appeler plusieurs enfants à la maison pour les inciter à traverser la rue et venir à l’école. Chose impensable, évidemment, avec une école située loin du quartier, comme c’est le cas actuellement.

Va-t-on donc prendre le risque, aussi minime soit-il, de ramener les enfants dans une école Baril restaurée… pour ensuite les déménager à nouveau si jamais des champignons se pointaient à nouveau?

C’est ce qui est arrivé à l’hôpital St.-Mary’s, en Californie. On a utilisé du dioxyde de chlore pour nettoyer la moisissure. On a tout refermé. Peu après, la moisissure est revenue.

Quand on sait que des enfants ont été malades en raison de l’incurie passée des autorités, quand on sait qu’une génération entière d’élèves aura été trimballée d’un établissement à l’autre, quand on sait l’importance des écoles de proximité dans les quartiers défavorisés, prendre le risque d’une nouvelle fermeture et de nouveaux problèmes de santé est insensé.

J’aurais donc voulu écrire un édito en faveur de la restauration de ce magnifique bâtiment, aujourd’hui. Ma réflexion fut un véritable cas de conscience, du genre à me réveiller en pleine nuit pour continuer à y penser.

Une de mes craintes, évidemment, est le précédent créé par une telle démolition. Quand on sait que le tiers 35 % des écoles de la CSDM est dans un état de vétusté très avancé, il y a inquiétudes à avoir.

Mais la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, m’a rassuré en insistant sur le caractère particulier de l’école Baril. En un mot, m’a-t-elle dit, il n’est pas question de démolir les écoles aux prises avec des problèmes de moisissure, l’école Baril est donc un cas d’exception.

Si j’étais commissaire scolaire donc, si j’étais un élu responsable de l’éducation et de la santé des élèves, j’opterais pour la démolition et la reconstruction de l’école Baril. À grand regret, comme je l’écris aujourd’hui en édito, en m’assurant de préserver le plus d’éléments patrimoniaux possible.

La restauration est habituellement un geste plus durable que la démolition. Malheureusement pas dans ce cas-ci.

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